CHAPITRE II
Ainsi que nous l'avons remarqué plus haut, la science n'avait jamais disparu complètement de TOccident, rÉglise et les moines en avaient conservé le flambeau. Flambeau bien faible, il est vrai , à certains moments, flamme vacillante, ou même étincelle cachée sous les cendres, suffisante toutefois pour que le feu sacré pût être un jour rallmné.
Sous le torrent de l'invasion, les bibliothèques avaient disparu. Une foule d'ouvrages étaient perdus pour l'Occident. Les moyens d'instruction étaient devenus des plus restreints. L'esprit fruste des barbares se prêtait très peu à l'étude et, sous l'étreinte d'une anarchie violente, les populations indigènes prenaient peu à peu les mœurs des barbares.
Cependant les hommes d'étude n'ont jamais fait complètement défaut.
Au moment de la chute de l'Empire d'Occident, c'est Boèce, né en 475, mort en 526. Homme d'un génie ordinaire, mais d'une très grande érudition, il semble placé là tout exprès par la divine Providence pour recueillir quelques épaves de la science gréco-romaine . Boèce traduit les catégories d'Aristote avec l'introduction de Porphyre, le livre De t interprétation (IIspi ép[jiYîvs{a;), les premiers et seconds analytiques, les topiques. 11 fait lui-même des traités sur la division, la définition, le Syllogisme. Comme on le voit, il s'est adonné surtout à la logique.
Son livre De consolations philosophiœy qu'il composa dans la prison où il fut jeté par le roi Théodoric, est toutefois d'une inspiration plus générale et plus élevée ^
Boèce n'a pas constitué une école. Il n'était pas un professeur, mais un homme du monde et un politique. Néanmoins ses ouvrages acquirent une vogue considérable. En l'absence des grandes œuvres de l'antiquité, ils furent le premier fondement de la science du moyen âge. Leur influence fut pour beaucoup dans les tendances logiques et un peu subtiles qui distinguèrent pendant longtemps les écoles de l'Occident.
Après Boèce, Cassiodore, né en 480, mort en l'an 560, conserva là tradition du savoir. Comme Boèce, Cassiodore avait exercé longtemps de hautes fonctions dans l'État. En 532, âgé de plus de cinquante ans, il renonça au