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La théodicée chrétienne peut être considérée comme une science faite*
Ceci ne veut pas dire qu'on n'y puisse rien ajouter, ni modifier quelques démonstrations. La géométrie est une science faite et chaque jour on y ajoute de nouveaux théorèmes. Ceci veut dire que les bases de la théodicée sont solidement assises, que ses solutions fondamentales sont définitivement acquises et qu'elles ne pourraient être autres, si l'on ne conteste les principes de raison qui lui servent de point de départ.
La théodicée est une science rationnelle, développant par des raisonnements simples et bien suivis les conséquences de quelques faits incontestables à Taide d'axior mes indiscutables. Si la raison. humaine peut quelque chose par la déduction, et nous croyons qu'on ne peut lui refuser cette force, la théodicée chrétienne est une de ses applications les plus certaines.
Toutefois, si le fond est immuable, chaque docteur le traite suivant son génie particulier. Ce qui caractérise la théodicée de saint Anselme, c'est le point de vue moral qui ne l'abandonne jamais, c'est l'élévation du concept qu'il s'estformé de l'être divin. Pour d'autres, pour saint Thomas d'Aquin par exemple. Dieu est plutôt cause efficiente et acte pur. Pour saint Anselme, Dieu est avant tout ie bien absolu, la nature souveraine, la perfection au-dessus de laquelle on ne peut concevoir une autre perfection. Pour saint Thomas, Dieu est l'intelligible suprême ; pour saint Anselme, il est d'abord l'être le plus aimable et le plus aimé.
Aussi, quelle tournure vive et éloquente le saint religieux a su donner à son argumentation. L'amour y déborde; le sentiment élève et féconde la raison. En cela, saint Anselme n'est comparable qu'à saint Augustin.
On a souvent reproché aux scolastiques leurs formtdes un peu sèches; c'était leur reprocher de procéder scientifiquement. En tous cas saint Anselme est exempt de ce défaut, si défaut il y a. Il a la forme bien plus littéraire que ses successeurs. Sans doute, il risque çà et là quelques incorrections. N'importe; la lecture du Monologium est pleine de charme ; la conviction de l'auteur est communicative et va droit au cœur. Pour bien apprécier ce chef-d'œuvre, il faut le lire. Nous ne pouvions en donner ici qu'un squelette.
La première partie du Monologium, celle que nous venons d'étudier, est surtout philosophique. La seconde pénètre sur le terrain de la théologie. Elle est consacrée à l'exposition du mystère de la sainte Trinité.
Saint Anselme redit l'interprétation traditionnelle : comment le Fils est la parole du Père, consubstantiel au Père, de la même essence que lui; comment de l'amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père procède le Saint-Esprit qui leur est égal en tout.
Ce mystère n'est qu'un aperçu jeté sur la vie divine. Toute vie implique une certaine variété. L'essence di-
vine étant parfaitement une, simple et indivisible, il ne peut y avoir en elle de dififérences que celles qui dérivent de son activité immanente. Ce sont ces dififérences que le mystère nous fait entrevoir.
Dieu est une unité très simple, mais il est une unité vivante.
N'insistons pas. Ceci est le domaine de la théologie, nous devons le respecter. Saint Anselme a bien essayé de s'élever à ces hautes spéculations par des arguments de pure raison, comme ses moines le lui avaient demandé. Il est arrivé ainsi à des conclusions très vraisemblables. Mais ces conclusions seraient-elles acceptées par celui que la révélation n'aurait pas instruit? Le saint docteur lui-même aurait-il eu l'idée de les poser, s'il n'eût reçu préalablement l'enseignement de l'Église?
Il avoue franchement en certains passages qu'il n'a fait qu'indiquer ce que les choses doivent être, sans pouvoir expliquer exactement ce qu'elles sont*.
Laissons donc ces questions qui seraient un horsd'œuvre dans un ouvrage de pure philosophie. La philosophie ne doit présenter que des affirmations fondées suffisamment sur la seule raison.
Qu'on nous permette toutefois, maintenant que nous connaissons Dieu, autant que l'intelligence humaine peut