‹ Saint AnselmeChapitre 90 sur 96 · Sec. 4, p · texte numérisé non relu

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3. Kant montre une préférence pour lapreuve par la finalité, qu*il appelle pbysicolbéologique, mais il ne la considère pas comme décisive : l"" parce qu'elle ne prouve pas Dieu créateur; 2'' parce que pour conclure elle re- Tient à Tidée de contingence et retombe par là dans la preuve cosmologique qui retombe à son tour dans la preuve ontologique. (M., sec 6, p. 234.)

l'argument de saint ANSELME. 305

cessaire avec la réalité, était à l'antipode des vues de notre saint docteur.

L'influence de Kant a été et devait être grande à raison de son génie. Mais il a été trompé par une analyse incomplète. Il s'est imaginé que dans l'expérience on ne peut trouver aucune base à la nécessité. En conséquence, il a divisé la connaissance humaine en deux parties d'origines diverses : la raison pm*e ayant pour objet le nécessaire et l'expérience ayant pour objet le réel. Dans la vérité, au contraire, la raison pure est abstraite de l'expérience et lui donne sa fécondité, et l'expérience donne à la raison pure toute sa solidité.

Hegel, venu après Kant, nous fait entendre une tout autre note. Sa philosophie est issue, il est vrai, du mouvement provoqué par Kant; mais tandis que celui-ci avait séparé la raison pure de l'expérience, Hegel cherche à rétablir l'unité. La raison pure ne peut démontrer le réel? soit! eUe fait mieux, elle le produit. Le réel, c'est la pensée pure s'objectivant elle-même. Le mouvement dialectique, qui est la vie divine, est identique à la vie des choses. L'idée est identique à la réalité.

Placé à ce point de vue, Hegel ne pouvait repousser la preuve du Proslogium. Au contraire, il la considère comme le mouvement naturel de l'esprit passant immédiatement du fini à l'infini où l'être et la notion sont identiques *. « La détermination spéciale des choses

1. Logique, trad. de Vera, t. H, p. 304. Paris, Germer-Baillière, 1874.

finies, dit-il, consiste à avoir leur raison d'être non en elles-mêmes, mais dans lïdée divine universelle. » Aussi déclare- t-il que « saint Anselme a eu raison de ne pas tenir compte de l'union de la pensée et de l'objet telle qu'elle a lieu dans les choses finies et de représenter l'être parfait comme un être qui n'existe pas seulement subjectivement, mais objectivement. Les objections qu'on dirige contre la preuve ontologique et la notion de l'être parfait, telle qu'elle a été déterminée par saint Anselme, n'ont aucune valeur *. »

Toutefois, la preuve a un défaut : « Le vice de l'argument de saint Anselme consiste en ce que cette unité qu'on représente comme l'être le plus parfait est présupposée, c'est-à-dire n'est saisie que dans son moment immédiat. Cela fait qu'en face de cette identité abstraite, on maintient la différence des deux déterminations, c'est-à-dire qu'en face de l'infini on maintient la représentation de l'existence du fini... On fera disparaître cette objection et cette contradiction en montrant que le fini n'est pas le vrai, que ses déterminations prises séparément sont incompatibles et n'ont pas de réalité, et que leur unité est une identité où elles passent l'une dans l'autre par leur propre mouvement et où elles trouvent leur conciliation 2. »

Saint Anselme ne se serait sans doute pas beaucoup plus ému des louanges et des conseils de Hegel que des objections de Kant. Son esprit était trop profondément

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