Id
l'argument de saint ANSELME. 30B
tions pour n'être point arrêté par ceux qui s'aviseraient de nier que toutes les perfections soient compatibles et par conséquent que l'idée en question soit possible. Car en disant seulement que Dieu est un être primitif ou de soi, c'est-à-dire qui existe par son essence, il est aisé de conclure qu'un tel être, s'il est possible, existe. » Un peu plus loin il ajoute que « si l'être de soi est impossible, tous les autres le sont aussi, puisqu'ils ne sont enfin que par Têtre de soi. » — « Il semble, remarquet-il avec un certain orgueil, que cette démonstration n'avait pas encore été poussée si loin ^ »
En effet la démonstration est bonne, mais elle implique un retour à la preuve cosmologique.
Avec Kant reviennent les objections. Kant est, croyonsnous, le seul parmi les coryphées de la philosophie moderne, qui ait combattu l'argument de saint Anselme. Il y était naturellement conduit par sa tendance à dénier une objectivité réelle aux idées et aux jugements de la raison pure.
Ce n'est point que Kant fasse grand cas de la preuve cosmologique. Au contraire, à son point de vue la preuve cosmologique, quoique fondée sur l'expérience, ne vaut rien sans la preuve ontologique. « L'expérience ne sert à la preuve cosmologique que pour faire un seul pas, savoir pour s'élever à l'existence d'un être nécessaire... on suppose que le concept d'un être de la plus parfaite réalité satisfait pleinement au concept de la
1. De la démonstration cartésienne de Vexïstence de Dieu, par le P. Lamy, édit. Janet, t. II, p. 268.
nécessité absolue dans l'existence, c'est-à-dire que Ton peut conclure de ce concept à cette nécessité, proposition qu'affirmait l'argument ontologique ^. »
La preuve ontologique serait-elle donc la première et la meilleure? Gardez-vous de le croire. Par elle-même elle n'est point bonne ^ : « Pour des objets de la pensée pure, il n'y a absolument aucun moyen d'en connaître l'existence, parce qu'elle devrait être connue entièrement a priori, et que, d'un autre côté, notre conscience de l'existence appartient tout à fait à l'unité de l'expérience ; et quoiqu'une existence en dehors de ce champ ne puisse être affirmée impossible absolument, elle est cependant une supposition que nous ne pouvons justifier par rien 2. »
Voilà qui est clair. La preuve cosmologique ne vaut que par la preuve ontologique. Mais celle-ci n'a aucune valeur. Il n'y a point de preuve rationnelle de l'existence de Dieu ^.
Saint Anselme eût été sans doute peu inquiet d'une semblable attaque. Le père du criticisme qui a appris aux générations contemporaines que l'intelligence ne comprend que des formes a priori^ sans rapport né-
1. Critique de la raison pure, trad. de Tissot,lPparl.,'ch. m, sec. 5, Paris, Ladrange, 1836, p. 209.