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Le Rationalisme chrétien au XI"" siècle, Paris

Bouchitté regrette seulement que le docteur du Bec ait donné à son argument la forme logique. Cette forme le gâte, dit-il. D'autres diraient sans doute qu'elle en fait mieux ressortir le défaut.

Rémusat entre assez dans les vues de Bouchitté. Il déclare l'argument mauvais comme syllogisme, mais bon comme tendance. L'idée conçue nécessairement témoigne de la réalité de son objet. Rémusat reconnaît toutefois que l'argument n'est pas démonstratif sans le recours au Monologium ^

Saisset, dans sa thèse latine 2, se plaint également que saint Thomas n'a pas compris la portée de l'argument de saint Anselme. Il trouve la preuve cosmologique insuffisante, parce que, d'après lui, elle prouve l'être nécessaire, mais non l'être parfait et infini. C'est une idée empruntée à Kant. Saisset n'a pas compris que la preuve cosmologique ayant donné l'existence d'une première cause qui n'est pas causée, qui par conséquent est par soi, eus a se, de cette notion ainsi acquise d'un être par soi réellement existant se déduisent facilement toutes les perfections divines.

Dans ces dernières années, le R. P. Ragey, mariste, a fait une étude particulière de la vie et des œuvres du saint archevêque de Cantorbéry. En 1893, il a publié un volume consacré spécialement à l'argument du Proslo-

1. Saint Anselme de Cantorbéry, Paris, 1853, II« part., ch. m.

2. De varia 5. Anselmi in Proslogio argumenti fortuné, Paris,

giiim ^. L'auteur ne prétend pas défendre directement l'argument; mais on voit bien qu'il le tient pour valable. Il soutient que ceux qui ont' critiqué Targument n'en ont pas saisi le point essentiel. Quel est ce point essentiel? On a peine à le démêler dans les considérations fuyantes multipliées par l'auteur et qui paraissent parfois opposées l'une à l'autre. Il nous suffit de remarquer avec lui que « le malheur de cet argument, c'est que, même en le supposant concluant, il y a beaucoup de choses qui servent à sa démonstration, et que, pour le comprendre, il faut les connaître toutes et les avoir toutes présentes à l'esprit en même temps. Ces choses ne sont toutes indiquées ni dans le Proslogiwniy ni dans la réponse de saint Anselme à Gaunilon. Il s'en faut même de beaucoup 2. » On ne saurait avouer plus ingénument que saint Anselme a manqué son but de présenter un argument très simple et saisissable à première vue. Qui a donc jamais prétendu que les raisons proposées par le saint docteur ne puissent être utilisées, si elles étaient précédées, soutenues et complétées par beaucoup d'autres raisons?

La défense la plus complète et la plus profondément étudiée du célèbre argument nous parait celle qui a été publiée en Allemagne par Dom Adlhoch. Ce savant bénédictin, professeur au collège de Saint-Anselme , à Rome, a cru devoir à son ordre et à l'institution où il enseigne

1. V argument de saint Anselme^ Paris, Delhomme et Briguet, 1893.

de soutenir les vues du docteur du Bec. Il s'est livré à un examen minutieux de toute la polémique antérieure et nous avons plus d'une fois utilisé les renseignements qu'il fournit^.

Le principal souci de Dom Adlhoch est d'éloigner de saint Anselme le reproche d'ontologisme. Cette préoccupation s'explique très bien par la situation de l'auteur à Rome. L'ontologisme est une des dernières erreurs philosophiques condamnées par le Saint-Siège. Il est l'objet d'une surveillance méticuleuse de la part des théologiens italiens. Toute doctrine soupçonnée à tort ou à raison d'ontologisme est d'abord décriée.

A parler de sang-froid, saint Anselme avait certainement quelques -unes des tendances qui font l'ontologiste. Nous avons relevé nous-même dans ses écrits plusieurs expressions qui pourraient prêter à la critique. Néanmoins, nous croyons injuste d'accuser un homme éminent d'une erreur inconnue de son temps, pour quelques assertions dont la portée dernière n'était pas encore entrevue.

L'argument de saint Anselme est-il ontologique? Nous croyons bien que le saint docteur lui eût prêté moins d'importance sans la teinte ontologiste qu'avait sa pensée de derrière la tête. Nous accordons toutefois volontiers à Dom Adlhoch que dans sa forme explicite et sa signification directe, il n'est pas ontologique.

L'habile bénédictin veut que l'argument soit à la

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