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Phil. Jahrhuch., VIII, IX et X Band

l'argument de saint ANSELME. 311

fois psychologique et historique. Saint Anselme aurait constaté son idée, purement subjective à ce premier moment, d'un être tel qu'on n'en peut concevoir un plus grand. Puis il aurait reconiju que cette idée est le patrimoine commun de tous les hommes. De là sa valeur objective et la nécessité de Texistence de son objet.

L'argument se rapprocherait ainsi, soit de la première preuve de Descartes, soit de la preuve par le consentement universel.

En serait-il plus valable? La même objection se représente toujours. Nous n'avons pas de Dieu une idée directe et immédiate exprimant sa propre nature. Nous n'avons qu'une idée formée par analogie, qui n'a par conséquent, prise seule, d'autre valeur que celle d'un concept de seconde main.

D'ailleurs l'interprétation de Dom Adlhoch nous parait impliquer des vues que saint Anselme n'indique nulle part. L'argument, ne l'oublions pas, repose sur le principe de contradiction; il ne repose ni directement, ni indirectement sur le principe de causalité ou sur la tradition.

Terminons cette revue historique en indiquant l'attitude des néoscolastiques dans la question qui nous occupe.

Cette attitude est généralement hostile à l'argument du Proslogium.

Voici la déclaration de San Severino, le premier auteur de la rénovation du thomisme au xix" siècle.

« De ce que nous concevons un être possible, souve-

rainement parfait, à Tessence duquel appartient l'existence, il résulte que cet être ne peut être conçu comme possible, sans être conçu comme existant, mais il n'est pas permis de conclure qu'il en est de même dans la réalité^. »

Liberatore s'exprime dans le même sens 2.

StOckl, le grand historien allemand de la philosophie scolastique, avait d'abord admis l'argument comme argument ontologique, couronnant par surabondance les autres preuves 3. Mais il modifia cette opinion dans son histoire de la philosophie du moyen âge*, et se rapprocha de l'avis des principaux scolastiques. « A ces preuves, dit-il (les preuves cosmologiques), on peut joindre l'argument ontologique comme preuve surabondante. Toutefois cet argument ne prouve pas proprement l'existence de Dieu, mais bien plutôt la nécessité de cette existence. Il ne peut et ne doit pas exclure les autres preuves de l'existence de Dieu, s'il ne veut perdre lui-même toute force démonstrative. »

Le R. P. Schiffihi formule une opposition atténuée. Il déclare l'argument illégitime en soi^. « C'est tout autre chose, fait-il remarquer, de signifier l'existence par un

1. Éléments de philosophie, Théod, naL, ch. i, art. 2, t. 111, p. 451 (trad. par A. C, Avignon, Séguin, 1895). Celte observation est dirigée en premier lieu contre l'argument de Leibniz.

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