VISION DE
nos compatriotes, des paroisses nationales aux États-Unis, partout nous avons le spectacle que vous pouvez contempler ce soir: une réunion de frères qui remplissent les églises au jour du dimanche, qui assiègent les confessionnaux toutes les semaines de l'année et viennent, presque sans exception, s'asseoir à la table sainte au temps pascal.
«Par contre, les défections, dont je parlais il y a un instant, se produisent précisément dans les endroits ou les nôtres n'ont pu réussir jusqu'ici à obtenir leurs paroisses et leurs écoles.
«En dehors de l’organisation paroissiale et de l'école confessionnelle, qui en est l'annexe indispensable, nous avons des auxiliaires puissants dans nos sociétés catholiques. Qu'elles soient nationales ou simplement locales elles ne manquent jamais de nous seconder dans nos œuvres, et de travailler d'un commun accord à promouvoir les grands intérêts sociaux et religieux de notre élément aux États-Unis. Ces sociétés, dans bien des cas, ont précédé, tout en la préparant, l'action du prêtre dans nos centres canadiens.
&A la tête de ces associations, Monseigneur, marche l'Union St-Jean-Baptiste d'Amérique, dont le conseil suprême est largement représenté ici ce soir.
«Cette société nationale, exclusivement amé.
ricaine, qui n’a que neuf années d'existence, compte déjà dans ses rangs 25,000 membres recrutés parmi l'élite de nos populations francoaméricaines. C'est elle qui a pris l'initiative de ce beau mouvement appelé la société du Denier de St-Pierre, qui consiste à faire contribuer nos sociétés au soutien du Souverain Pontife, C'est elle encore qui eut l'idée de cet arc-de-triomphe élevé dans la ville de Montréal à Jésus-Hostie.
« L'esprit chrétien, si bien personnifié par les membres de son grand conseil, s’est manifesté tout récemment, au congrès de Manchester, par la création d'une caisse écolière Pour les aspirants au sacerdoce et d’un fonds de réserve pour les orphelins.
« Cette société, qui réunira bientôt dans son sein les forces vives de notre élément aux États- Unis, a compris les enseignements de Pie X, et ne désire qu’une chose: faire de l'action sociale
catholique dans la mesure de ses forces, et travailler a1 progrès religieux de ceux qui nous sont unis par le sang et de communes aspirations.
«La presse franco-américaine mérite aussi notre reconnaissance, parce qu'elle est d'ordinaire franchement catholique. Il n'est pas jusqu'aux journaux américains qui nous soient généralement sympathiques et nous rendent à l'occasion de nombreux services. Pour notre part, nous devons beaucoup aux feuilles anglaises de cette ville.
« Monseigneur, nous avons ici ce soir le premier magistrat de New-Bedford, Son Honneur le maire Ashley, et plusieurs de nos échevins. Ceci vous prouve que, nous catholiques, nous avons non seulement la protection des lois de ce pays, l'ombre tutélaire de son glorieux drapeau, mais encore l'amitié de ceux qui en sont les représentants officiels.
«Enfants gâtés des autorités municipales de cette ville, nous avons même à nous reprocher d'avoir été parfois un peu exigeants. Toutefois, grâce à l'obligeance et à la courtoisie de Son Honneur, ici présent, grâce aussi peut-être à
mon entêtement, j'ai toujours vu se vériier ce | : Proverbe: « Demandez et ous recevrez n
«Il est un autre Personnage, éminent par ses talents et sa probité, par la haute position qu'il occupe, que je désire faire connaître à Votre Grandeur; monsieur le Congressman Greene. 1R
« Cet homme qui a vieilli dans l'enceinte par- |} lementaire de Washington, est un ami des Canadiens, dont il parle la langue. Il est de toutes | leurs fêtes, et montre Par ses relations cordiales | avec eux, qu'il les considère comme de loyaux sujets de la république américaine.
«Et Pourquoi ne le serions-nous pas, quand cette nouvelle patrie nous accorde une si large hospitalité, quand nous Y Sommes si à l'aise sous l'égide et la protection de ses lois ? |
«La liberté, Monseigneur, n'est pès inscrite | sur la façade de nos édifices publics comme en | Certains pays de l'Europe: mais si le mot n'y est | P&S, nous avons la chose. Grâce à elle, grâce à | cette sublime conquête qui ne peut être le fruit | des seuls efforts de l'humanité, nos églises se construisent, nos écoles régorgent d'enfants, nos Paroisses Prospèrent, et les fils de la vieille |
|: France, transplantés en cette république, peu- 1 vent lui accorder leur allégeance la plus com- | plète, lui donner au besoin la dernière goutte de . leur sang, sans, pour cela, trahir leur religion, | renier leur origine, ou même oublier la langue ! de leurs aïeux.
« Monseigneur, à vous qui présidez ces | grands mouvements religieux qui se conti- | nuent à travers le monde depuis un quart de siècle, à vous qui avez charge d'âmes dans un diocèse du noble pays de Belgique j'ai aussi l'insigne honneur de présenter le représentant du premier pasteur de ce diocèse, M l'abbé Cassidy, chancelier de Fall River.
«Ilnem'appartient pas de faire l'éloge de mon évêque, ni à plus forte raison de vous demander de vous faire son apologiste auprès du Saint- Père; mais s’il arrivait que, dans l’entrevue que vous aurez bientôt avec Sa Sainteté, il fût question de votre passage au milieu de nous, je vous Prierais instamment de dire au Père commun des fidèles que les catholiques du diocèse de Fall River aiment et vénèrent leur Ordinaire; qu'il n’en est pas un qui n'admire sa piété, sa
sagesse, et son esprit de justice, et que, pour nous, en particulier, les Canadiens de son diocèse, nous avons trouvé la paix dans la confiance Sous sa paternelle direction.
«Je termine, Monseigneur, cette adresse un peu longue en vous exprimant notre sincère reconnaissance. Grâce à vous, grâce à votre visite, nous allons maintenant être plus rapprochés du vicaire de Jésus-Christ. Car nousn’ignorons pas les liens étroits qui vous unissent au siège apostolique de Pierre, et personnellement à Pie X.
«Voici notre dernier vœu; vous serez bientôt au pied de Sa Sainteté, dites-lui qu'elle n’a pas d'enfants plus dévoués que les franco-américains; dites-lui qu’ils aiment dans le pape glorieusement régnant leur Père, qu'ils admirent l'apôtre de l’Eucharistie et le Docteur puissant, qui, après avoir terrassé bien des erreurs, vient de donner le coup de grâce au jansénisme expirant.
«Ajoutez, s’il vous plaît, que cette église de Saint-Antoine de New-Bedford, dont il a béni les plans en y apposant son autographe, sera
ti —
bientôt terminée; que nous vous y avons reçu dans l’allégresse, qu’e!le est l'œuvre de l'ouvrier chrétien franco-américain, dont la main généreuse s'ouvre sans se lasser jamais, pour son Dieu, pour sa langue, sa nationalité et sa foi. »
Pr
Quand Mgr Heylen apparut à la tribune, ce furent des acclamations prolongées. — «Salut à vous! dit-il; merci au peuple de la paroisse Saint-Antoine, à la population de New Bedford
pour tout ce que vous avez fait à l’occasion de la visite de celui qui a l'honneur d'être le président du comité permanent des Congrès eucharistiques. Je sais bien que cette belle démonstration n'est pas pour mon humble personne; mais bien en l'honneur de la noble mission dont le Pape a daigné me charger. Merci à Monseigneur de Fall River, qui m'a ouvert les bras comme à un frère; merci à M. le grand-vicaire Cassidy, qui le représente ici ce soir; merci à Son Honneur le Maire. »
Puis monseigneur de Namur nous fit un beau parallèle entre la Belgique et le Canada: «Les
deux pays, dit-il, ont bataillé et ont souffert pour la foi; mais, comme on ne lutte jamais en vain Pour une noble chose, les deux pays ont gardé leur foi, et ils la garderont dans l'avenir. Les peuples des deux pays sont et seront toujours de bons patriotes, parce qu'ils sont et veulent être toujours de bons catholiques. »
Monseigneur nous dit ce que nous devons faire pour demeurer ce que nous sommes, c'est-àdire catholiques et français. «Que les Canadiens répandus aux États-Unis se tiennent groupés autour de leurs pasteurs, autour de leurs églises. Vos prêtres, ce sont vos meilleurs amis, vos plus dévoués défenseurs. Encouragez aussi vos sociétés nationales. L'école catholique, ah! c'est en elle, messieurs, que nous avons trouvé le secret de notre persévérance: c'est elle qui sait former de bons patriotes, des chrétiens fervents et des citoyens éclairés. Continuez la lutte pour vos écoles catholiques et paroissiales. Vos belles associations ont beaucoup travaillé pour vos œuvres paroissiales; elles ont lutté et luttent encore pour la défense de la religion, pour la conservation de la langue et pour la fidélité à
«Canadiens-français, gardez votre langue, elle est la sauvegarde de
superbe temple qu'ils ont élevé à l'honneur du Dieu des autels. »
. Les Orgues
La visite de Mgr Heylen avait été pour New- Bedford un honneur. Pour les six paroisses canadiennes-françaises de la ville, qui étaient toutes représentées à la démonstration du dimanche soir, elle laissait le souvenir de belles leçons, de conseils précieux et de puissants encouragements.
Une autre fête mémorable eut lieu deux ans plus tard, — le 10 septembre 1912. Il s'agissait, cette fois, de l'inauguration des grandes orgues de Saint-Antoine.
Construites par les MM. Casavant, de Saint- Hyacinthe, P. Q., et inaugurées par M. Gaston- M. Dethier, de New York, ces orgues furent bénites par Mgr l'évêque de Fall River. Elles sont considérées commeunedes merveilles sorties de la maison Casavant, d'où en sont sorties tant d’autres. Elles ont coûté $20,000 à la paroisse. Après le concert d’inauguration, les frères Ca- Savant, tout vibrants encore d'enthousiasme,