NEUVIEME MARDI
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Saint Antoine: -son amour de la pauvreté.
./'" Ienheureux les pauvres d:esprit, ■;5f^ car le royaume des deux est à HJ eux." Ce fut par ces paroles que le Sauveur du monde commença son admirable sermon sur la montagne. Notre Seigneur voulait ainsi établir la pauvreté volontaire pour fondement de la perfection évangélique. Et il nous prêcha lui-même la sainte pauvreté par son exemple. Il naquit dans une étable, pauvre : il vécut toute sa vie, pauvre : il n'avait pas même un denier quand il fallut payer le tribut à César : il n'avait pas non plus de maison où il pût célébrer la Pâque avec ses disciples ; et il n'avait pas même de demeure où il pût se reposer : " Les renards ont des tanières ; les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. "
La première d<.s huit Béatitudes est donc pour les pauvres d'esprit, c'est-à-dire les pauvres de cœur et d'affection : s'ils n'ont point de richesses, ils n'en désircni pas : s'ils en ont, ils n'y attachent pas leur cœur
Et combien est grande la récompense que Notre Seigneur promet à tous ceux qui voudront le suivre dans les voies de la sainte pauvreté ! Ce n'est pas seulement la vie éternelle qu'il promet, cet adorable Maître, mais même le centuple dès cette vie, en ce monde. " Quiconque quittera sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants. ou ses terres, pour l'amour de moi, recevra le centuple présentement, dans ce siècle même, et dans le siècle à venir la vie éternelle. "
Tous les pauvres volontaires, c'est-à-dire toutes les âmes religieuses qui quittent tout pour l'amour de Dieu, et qui s'attachent à lui par le triple vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, ont droit à cette magnifique récompense promise par Jésus-Christ notre divin Maître.
Tous les Saints ont suivi Notre Seigneur dans les sentiers de la pauvreté, mais aucun, ce semble, n'a été passionné pour la pauvreté, comme saint François notre Père. Or, le Saint que nous glorifions en ce moment, saint Antoine de Padoue, a été, dit la sainte Eglise, un digne émule de son Séraphique Père : Francisa Patrîs œmuîus. En faisant donc l'éloge de l'un, nous faisons aussi l'éloge de l'autre.
Tout le monde sait, tant cet aimable Saint reste toujours populaire, tout le monde sait que saint Fran-
çois aimait éperdument la sainte Pauvreté, qu'il appelait sa Dame, sa Maîtresse, sa Reine !
Nous lisons dans la vie de saint François, qu'à l'origine de son Ordre, le nombre des disciples de la pauvreté croissait admirablement à l'ombre du délicieux sanctuaire de Sainte-Marie-des-Anges. Ce charitable Père, en effet, portait tous ses enfants dans son cœur, et là, dans ce doux Sanctuaire, sous le regard de Marie, il les élevait avec la tendresse d'une mère. Il était le premier à aller demander l'aumône de porte en porte, pour subvenir à leurs besoins : quelquefois même il y allait seul pour leur éviter les premières confusions de la mendicité, si naturelles, du reste, à des hommes à peine sortis du siècle et de ses serviles vanités. Il fallait pourtant leur apprendre à demander résolument l'aumône pour l'amour de Dieu : et c'est pourquoi il leur tint ce discours. " Mes Frères et mes Enfants bénis ! n'ayez point de honte d'aller demander l'aumône, puisque Xotre Seigneur s'est rendu pauvre en ce monde pour l'amour de nous, et qu'à son exemple, nous avons choisi l'état de la plus parfaite pauvreté. Allez donc, avec la bénédiction de Dieu, demander l'aumône, et cela avec une confiance plus grande que celui qui irait offrir cent pour un. Car, c'est l'amour de Dieu que vous offrez en la demandant, puisque vous dites : " faites-nous l'aumône pour
l'amour de Dieu, " et que le ciel et la terre ne sont rien, comparés à ce divin amour.
Il leur disait encore avec la même simplicité : " Le pain que la sainte pauvreté fait ramasser de porte en porte est le pain des anges, parce que ce sont les bons anges qui inspirent aux fidèles de le donner pour l'amour de Dieu. Le Très-Haut a donné les Frères Mineurs au monde dans ces derniers temps, afin que les élus puissent pratiquer ce qui les fera glorifier par le Souverain Juge, lorsqu'il leur adressera ces paroles si consolantes : " Ce que vous avez fait à l'un des plus petits de mes Frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. "
Puisse cette dernière parole du Pauvre d'Assise réjouir le cœur de toutes les personnes qui continuent toujours, avec la même générosité, à donner le pain de chaque jour, à ses enfants pauvres ! Et daigne le Seigneur exaucer les prières que ces mêmes pauvres font aussi monter tous les jours au ciel, en témoignage de gratitude pour ces âmes charitables qui ici, au Canada, les inondent de leurs abondantes aumônes '.
O bon Jésus, vous le vrai Père des pauvres, faites donc bien comprendre à toutes ces charitables Bienfaitrices des enfants du Pauvre d'Assise, et le grand mérite de l'aumône faite au pauvre, et le grand prix en retour, de la prière du pauvre ! puisque l'aumône
délirre de la mort et que c'est elle qui lave les péchés et fait trouver la miséricorde et la vie éternelle ! Et la prière des pauvres, vous l'exaucez toujours, Seigneur : Vous exaucez jusqu'au désir des pauvres : votre oreille entend même la simple préparation de leur cœur (i) ! Et vous toutes, âmes si bonnes et si charitables, continuez à renfermer l'aumône dans le cœur des pauvres ; et cette aumône, l'Esprit-Saint vous l'assure,
rier pour vous et elle vous préservera de tout mal (2). Exemple. — On sait que dans l'Ordre de saint 1-rançois qui a toujours été si prodigieusement nombreux dès son origine, les Religieux, qui, comme tous les autres ne possèdent rien en propre, ne possèdent aussi rien en commun. La Règle dit absolument : " Que les Frères ne possèdent rien en commun, ni maison, ni lieu, ni aucune autre chose sous le ciel ; mais comme des pèlerins et des étrangers dans ce siècle, qu'ils servent le Seigneur dans la pauvreté et l'humilité et qu'ils aillent avec confiance demander
l'aumône "Ils vivent depuis près de sept siècles,
sur l'unique fonds de la divine Providence. Cependant l'histoire générale de l'Eglise fait remarquer que dans les épidémies, les famines, les plus extrêmes détresses, jamais Franciscain, que l'on sache, n'est mort de faim.
(i)Ps. IX, 11.
12) Eccli. XXIX.. 1$.
Il y a eu pourtant des époques pénibles où les Enfants de saint François se trouvèrent dans de grandes angoisses. Nous ne voulons en citer qu'un exemple.
Dans la Mission de Tene-Sainte, à l'époque des persécutions sanglantes et dans un moment de détresse générale, les Franciscains allaient manquer réellement de pain pour eux et leurs pauvres de Jérusalem. On n'envoyait presque plus d'aumônes des pays catholiques, et les Juifs, à qui il fallut recourir, faute d'autres, pour les nécessités indispensables, les Juifs eurent assez peu de cœur, pour nous prêter, alors que nos pauvres se mouraient de faim, au taux inqualifiable de cinquante pour cent ! Pauvres Juifs, ils ont donc bien toujours été les mêmes ! Cette usure révoltante augmentait, on le comprend, démesurément la dette. La position n'était pas tenable.
Que firent alors les Pères de Terre-Sainte ? Ils eurent recours à notre illustre Thaumaturge, admirable en tous pays. Ils allumèrent dans la Procure absolument vide une petite lampe devant une modeste statue de saint Antoine, et commencèrent avec confiance une Neuvaine en son honneur. Le secours vint, sans tarder, et du côté où il fallait le moins l'attendre (i). Un musulman inconnu se présenta
(i) Car les Musulmans, bien »qu'ennemis jurés des Juifs, ont toujours fait cause commune avec eux. lorsqu'il s'est agi de fairç des avances aux Franciscains,, gardiens des Saints- Lieux,
et, par ses largesses, il aida les Franciscains à sortir des mains des Juifs et à liquider tranquillement leur énorme dette !
La petite lampe brûle toujours devant la statue de notre aimable Saint à l'antique procure des Pères de a Terre-Sainte.
Répons Miraculeux, voir page 12J.
DIXIEME MARDI Saint Antoine et la Sainte Eucharistie
^ a divine Eucharistie !
c'est ici que nous retrouvons notre angélique Saint tout entier.
Le fameux miracle de la mule, rapporté par l'histoire, a rendu son nom célèbre dans tout Punivers. Puisse-t-i] donc nous obtenir à tous, maintenant qu'il jouit, dans le ciel, de ce bon Jésus qu'il avait tant aimé sur la terre, puisse-t-il nous obtenir au moins une faible parcelle de cet amour qui le consumait pour Jésus dans la divine Eucharistie 1
Ah ! fasse le ciel que nous puissions au moins comprendre un peu les merveilles de la divine Eucharistie que nous allons méditer en ce moment !
Notre Seigneur, à la dernière Cène, quand l'heure fut venue, se mit à table, et les douze apôtres avec lui. Et il leur dit : J'ai désiré dV» grand désir de manger cette pâque avec vous, avant de souffrir. A ce brûlant désir de se donner à nous dans la sainte communion,
notre divin Maître ajoute le précepte formel : et au précepte, afin que nous ne cherchions pas à nous y soustraire, il joint la promesse du Paradis. Il y a plus, il nous menace de l'enfer, si nous refusons de le recevoir. Ces invitations, ces promesses, ces menaces, naissent toutes, dit saint Alphonse, du désir extrême que Jésus a de se communiquer à nous dans ce sacrement de son amour.
Le saint Concile de Trente exhorte, conjure, dans sa 13e session, tous et chacun des chrétiens vraiment dignes de ce nom, par les entrailles de la miséricorde divine, de vivre avec une dévotion et une piété telles qu'ils puissent recevoir fréquemment ce Pain supersubstantiel de la sainte communion. Et à la session 2 2t, le saint Concile ajoute ces paroles mémorables : " Le très saint Concile désirerait que les Fidèles, chaque fois qu'ils assistent à la sainte messe, ne se contentassent pas de faire seulement la communion spirituelle, mais la fissent sacramentalement, afin de retirer plus de fruit de cet adorable sacrifice ! "
De son côté le Catéchisme du Concile, parlant de l'obligation grave du devoir pascal, dit : " Cependant 'lue les Fidèles ne se persuadent pas qu'il suffit pour entrer dans l'esprit du précepte de communier une seule fois Tan, mais qu'ils considèrent qu'il faut communier plus souvent dans le cours de l'année. Quant à
déclarer s'il convient, pour tous, de communier tous les mois, ou toutes les semaines ou même tous les jours, on ne peut point là-dessus prescrire une Eègle générale. Cependant c'est une Règle très certaine qu'indique saint Augustin, quand il dit : "Vivez dételle manière que vous soyez capable de communier tous les jours." Et de fait, continuent les mêmes Pères qui ont composé le Catéchisme, les premiers chrétiens communiaient tous les jours, comme nous le lisons dans les actes des Apôtres.
Les mondains et les indifférents ne comprennent rien à la sublimité de cette doctrine, mais les âmes saintes, dans tous les temps, depuis les premiers chrétiens jusqua nos jours, ont toujours eu faim et soif de la communion* fréquente. C'est qu'elles connaissaient les avantages divins de la sainte communion.
Le même saint Concile de Trente expose ces avantages, lorsqu'il répond, en face du protestantisme naissant, avec une autorité souveraine et dans un langage infaillible, au pourquoi de l'institution de l'adorable Eucharistie.
" . . . . Donc notre Sauveur, avant de quitter ce monde pour retourner vers son Père, institua ce Sacrement, dans lequel il a comme épanché toutes les richesses de son amour divin pour les hommes, en en faisant l'abrégé de toutes ses merveilles. Et en instituant
ce Sacrement il a voulu que les hommes le reçussent comme la nourriture spirituelle de leurs âmes; pour entretenir en elles la vie, pour les fortifier, pour les faire vivre de la vie même de Celui qui a dit : " Celui qui me mange vivra aussi par moi;" et comme un antidote qui nous délivre des fautes vénielles et quotidiennes et qui nous préserve des fautes mortelles ! Il a voulu en outre que ce Sacrement fût le gage de notre gloire future et de notre perpétuelle félicité : comme aussi le symbole de l'union de ce corps dont Lui-même est le Chef et dont nous sommes les membres, dans les liens très-resserrés de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, afin que nous n'eussions tous qu'un seul et même langage et qu'il n'y eût point de division parmi nous ! "
Après cette sublime et consolante doctrine, que dirons-nous de tant d'âmes, pieuses d'ailleurs, mais qui s'abstiennent, fréquemment peut être, de s'approcher de la sainte Table, et cela pour des raisons absolument futiles? ô qu'elles le regretteront à leur heure dernière ! Il est pourtant si consolant de faire la communion fréquente et aussi souvent que notre Directeur spirituel nous y autorise.
Notre Seigneur apparut un jour à sainte Marguerite de Cortone et lui dit: "Je sais, ma fille, que tuas faim et soif de la communion fréquente, et en cela tu
me plais grandement. Je bénis ton confesseur a qui j'accorderai une grâce toute spéciale, parce qu'il te dirige en ce sens et qu'il te remonte dans tes craintes." Et lorsque mourut ce confesseur, Notre Seigneur révéla à la Sainte qu'il était magnifiquement récompensé dans le ciel !
Exemple. — A la mort de saint Antoine de Padoue, les miracles se multipliaient de tous côtés. Ceux que je vais raconter s'accomplirent en faveur de deux esprits prévenus contre le Bienheureux. L'incrédulité est une maladie terrible : la guérison n'en est que plus éclatante.
" Un soldat nommé Alcardino, du bourg de Salvatiera, peu zélé pour la foi catholique qu'il avait abjurée, entendait parler de tout côté des grands miracles qui s'opéraient au tombeau du bienheureux Antoine ; mais il refusait obstinément d'y croire. Sur ces entrefaites, il vint à Padoue; et, comme dans l'hôtellerie où il était logé, les étrangers commentaient, à table, les merveilles qu'on racontait en ville, il dit : " J'ai la foi dure : avant de croire à vos propos, je vais jeter cette coupe de verre contre le pavé de la salle : si le thaumaturge dont vous êtes si enthousiastes l'empêche de se casser, je me rendrai à l'évidence. " A l'instant même, il prit la coupe, et il la lança de toute la force de son bras contre les dalles de pierre de la salle. Or
tandis qu'il aurait suffi de la laisser tomber par niégarde pour qu'elle volât en éclats, ce jour-là, elle rebondit comme si elle était élastique, et resta entière. A la vue du prodige, Alcardino se rangea à l'avis de l'assemblée : il proclama la sainteté d'Antoine et la foi catholique. Depuis il se purifia de ses fautes par une bonne confession. Non content de se soumettre aux lois de l'Eglise, il prêchait partout la puissance du Bienheureux, dont il était la preuve vivante, portant à la main la coupe, désormais fameuse, dont Dieu s'était servi pour lui ouvrir les yeux ( i )."
" Un autre jour, dans une réunion assez nombreuse, on parlait des miracles en général. Un des assistants vanta beaucoup les miracles du bienheureux Antoine : il cita en exemple le miracle de la coupe de verre que le soldat incrédule avait lancée, de toute sa hauteur, contre les dalles de la salle et qui ne s'était pas cassée. Alors un esprit fort qui écoutait ce récit, voulut faire une plaisanterie : prenant d'une main une coupe vide et de l'autre des sarments desséchés, il dit : "Si le bienheureux Antoine fait naître des raisins sur ces sarments, et en assez grande quantité pour qu'en les exprimant je remplisse cette coupe de vin, je crierai au miracle et j'ajouterai foi à celui que vous venez de
rapporter.'' Chose merveilleuse ! il avait à peine fini (I) Vie anonyme. — Liturgie franciscaine du XHIe siècle. (Hymne de Laudes).
de parler, que les sarments commencèrent à verdir. Ils se couvrirent de feuilles comme au printemps : enfin, on vit naître des raisins qui fleurirent d'abord et arrivèrent bientôt à leur pleine maturité. Quand on les pressa dans la main, le vin qui *n coula remplit la coupe de verre jusqu'au bord. Ce prodige rendit les tgmoins stupéfaits : ceux qui se moquaient du Saint devinrent ses panégyristes (i)."
Répons Miraculeux, voir page 12J. 1 1 1 Liber miraculoruvn. Apud Bolland.