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ou par fragilité humaine, nous a dit une parole peu obligeante, répondons-lui sur le ton de la douceur, car " Une douce réponse brise la colère, tandis qu'une parole dure excite la fureur (i). " Enfin si nous avons eu le malheur de nous oublier nous-mêmes, que le soleil ne se couche pas sur notre différend, mais disposons-nous à une réconciliation mutuelle, afin de pouvoir dire dans notre prière du soir, sans mentir à Dieu: "Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. "
Quant aux absents, ne critiquons jamais une action bonne, sous prétexte qu'elle part d'une intention mauvaise, car Dieu seul lit au fond des cœurs. Pour les actions qui paraissent indifférentes, pratiquons cette belle parole de saint François de Sales : "Si une action avait cent visages, il faudrait toujours la regarder par le plus beau ! " Quelle aimable charité ! Enfin si une action est évidemment mauvaise, la vraie charité trouve encore des excuses ; elle rejette la faute de la personne qui Ta commise, ou sur la violence de la tentation, ou bien sur son ignorance. C'est ainsi que fit notre divin Maître, vis-à-vis de ses bourreaux, lorsqu'il disait : " Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font \ "'
O bon saint Antoine, vous qui avez pratiqué jusqu'à l'héroïsme, l'amour du prochain, obtenez-nous, nous
(i) ^rov. xv, i.
vous en conjurons, par votre puissant crédit auprès de Dieu, que nous observions toujours nous-mêmes les Règles de la charité fraternelle que l'Esprit Saint vient de nous donner, et qu'ainsi, après avoir, à votre exemple, accompli ici-bas ce précepte si cher au divin Maître, nous soyons un jour aussi, admis avec vous au séjour de la gloire !
Exemple. — L'an 1674, un africain qui avait été acheté à un marchand d'esclaves, était au service d'un chevalier, dans la ville de Naples. Ayant eu l'occasion de s'emparer d'une somme d'argent considérable, il l'emporta furtivement. Il mit dans le complot un autre domestique du logis ; et, l'entraînant dans sa fuite, il s'embarqua avec lui sur un navire qui faisait voile vers la Sicile. Ils .étaient sur le point d'entrer au port, quand une violente tempête s'étant élevée, son compagnon fut renversé par le vent et enseveli au fond de la mer. Le maure craignit un pareil sort ; mais il sentit tout à coup la main de saint Antoine qui le saisissait par les cheveux en lui criant : — Rends ce que tu as volé ; ou bien tu vas périr. — En disant ces mots le Saint le ramena dans Naples, où il rencontra son maître. Celui-ci avait fait dire un certain nombre de messes en l'honneur du Saint, et il cherchait à découvrir la trace de son serviteur fugitif. L'esclave ne pouvant pas éviter sa présence, tomba à ses pieds, et lui
demanda pardon pour l'offense qu'il avait commise envers lui. Il obtint sa grâce sans peine : après cela ayant déposé Vargent qu'il avait dérobé, il le restitua à son maître, selon l'ordre qu'il en avait reçu du Saint. Tout fut profit pour lui : il échappa à une mort certaine : et il racheta son à me du péché et de l'enfer, en recevant ie baptême qui le mit au rang des fidèles du Seigneur ( 1 1.
Répons Miraculeux, voir page i2j, (i) Analecta. Apud Bolland.
HUITIEME MARDI Saint Antoine : son amour de la Cn
'est Notre Seigneur qui a dit et qui >| |nous ie répète dans son saint Evangile. Si nous ne faisons pénitence, nous périrons tous. Depuis le péché :d'Adam, c'est la loi de la souffrance >ur tout homme venant en ce monade. La vie ici-bas est un combat continuel. Le saint homme Job se trouvait dans le rude combat dont il parle, et il disait encore : L'homme né de la femme vit peu de temps et cette vie si courte est pour lui toute pleine de misères.
Les mauvais chrétiens ne veulent pas se soumettre à l'indispensable loi de la mortification, de la pénitence. Comme ils ne sont pas au Christ, ils dédaignent de crucifier leur chair avec ses vices et toutes ses convoitises. Et comme ils ne mettent aucun frein aux inclinations mauvaises de la nature, leurs propres passions les tyrannisent : et c'est là, dès ce monde, le châtiment de leur orgueil, semblables à ces philosophes païens, dont l'apôtre saint Paul retrace l'horrible portrait dans sa Lettre aux Romains*". . . . Ils sont inexcusables, parce que ayant connu Dieu, ils rie l'ont point glori-
fie comme Dieu, ou ne lui ont pas rendu grâces ; mais ils se sont perdus dans leurs pensées, et leur cœur insensé a été obscurci. Aussi Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs, à l'impureté : en sorte qu'ils ont déshonoré leurs propres corps en eux-mêmes, se livrant à des passions d'ignominie. . . . remplis de toute iniquité, malice, fornication, avarice, méchanceté ; pleins d'envie, de meurtre, de l'esprit de contention, de fraude, de malignité, délateurs, détracteurs, violents, orgueilleux, arrogants, inventeurs de toutes sortes de mal, insensés, dissolus, sans affection, sans fidélité, sans miséricorde, qui ayant connu la justice de Dieu, n'ont pas compris que ceux qui font ces choses sont dignes de mort ; et non-seulement ceux qui les font, mais quiconque aussi approuve ceux qui les font (i). "
Les chrétiens médiocres admettent la nécessité 4e la mortification, de la pénitence, mais ils n'en accomplissent pas bien les œuvres. Ils trouvent la pratique de la vertu difficile ; ils croient au-dessus de leurs forces le précepte de l'amour des ennemis, du pardon des injures. Il se créent des raisons imaginaires pour échapper à la loi de l'abstinence et du jeûne, et ils vont rarement se prosterner aux pieds du prêtre pour faire l'humble aveu de leurs fautes. lis ne ressemblent point non plus à Jésus Crucifié, et ils s'exposent ainsi
(I) Ad Rom. I.
terriblement à leur damnation éternelle.
Les bons chrétiens, les vrais disciples de Jésus Crucifié, ceux-là comprennent la loi de la pénitence et travaillent à la mettre généreusement en pratique.
Comme pour la sainte vertu d'humilité, les Saints trouvent aussi trois degrés dans la pratique de la mortification.
Le Premier est celui que nous enseigne l'Apôtre saint Pierre, quand il dit : Mes bien-aimés, je vous conjure, comme étrangers et voyageurs sur cette terre, de vous abstenir des désirs charnels qui font la guerre à l'àme(i). Heureux, dit saint Bernard, celui qui se regarde comme un voyageur sur la terre, qui connaît et qui pleure le malheur de son exil et qui s'adressant à Dieu lui dit du fond de son cœur :" Seigneur, ne soyez point sourd à mes larmes ; je suis devant vous un étranger et un voyageur, comme tous ceux qui m'ont précédé, rappelez-moi donc auprès de vous (2). "
Il est certain que ce Premier degré est d'une vertu très-haute, et nous ne ferons pas peu, si nous pouvons y parvenir ; mais il y en a pourtant un autre plus élevé et d'une perfection plus sublime. C'est celui que saint Paul nous désigne quand il dit : " Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (3)."
(1) I. Pet. II, 11.
(2) Ps. XXXVIII.
(3) Col. III, 3.
Ce n'est clone pas assez que nous soyons comme de* voyageurs, il faut que nous tâchions d'y être comme des personnes mortes. Heureux, s'écrie encore Saint Bernard, celui qui est mort de cette sorte ! car cette mort est une véritable vie, puisqu'elle nous conserve sans tache au milieu du siècle, ou que plutôt elle nous en sépare dès ici-bas complètement.
Le Troisième degré se trouve dans ces paroles du même Apôtre : " Le monde m'est crucifié, et moi je suis crucifié au monde.*' Ce degré est encore plus élevé que le Second : car, à celui qui est parvenu jusque-là, c'est peu que l'estime et la gloire du monde lui soient indifférents comme à un mort, elles sont même pour lui une croix et un supplice : et de l'ignominie et du mépris, il en fait le sujet de sa joie et de sa gloire. " A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la Croix de N. S. Jésus-Christ. " Tout ce que le monde aime, est une croix pour moi, et tout ce qui est une croix pour le monde est pour moi douceur et jouissance !
Que chacun de nous juge là-dessus, dit toujours saint Bernard, jusqu'à quel degré il est parvenu, et tâche de faire tous les jours de nouveaux progrès, "parce que c'est en s'élevant de vertu en vertu que nous verrons enfin le Dieu des dieux dans la céleste Sion(i)." {i) Ps. LXXXIII.
Notre grand Saint, à l'imitation de saint Paul et de saint François, son séraphique Père, a parcouru ces trois degrés de la mortification chrétienne.
" En effet, qui pourrait dire jusqu'à quel point saint Antoine a porté l'esprit et la pratique de la mortification, de la pénitence ? Dès sa plus tendre enfance, il mortifie ses appétits et ses goûts ; il mate son corps innocent par les veilles et les privations. Devenu Frère- Mineur, il jeûne les sept carêmes pratiqués par saint François; sa vie est un carême perpétuel. Il n'accorde qu'un petit nombre d'heures au repos ; et quel repos ! pris le plus souvent sur la terre nue. Il est vêtu d'une simple tunique, d'étoffe rude et grossière, qui ne peut le défendre des rigueurs du froid en hiver ; et qui, par sa pesanteur, lui rend plus intolérables les chaleurs de l'été. Sous cette tunique, il cache de rudes cilices ; il ensanglante son corps par de fréquentes disciplines. A ces mortifications volontaires viennent s'ajouter la fatigue des voyages, accomplis à pied la plupart du temps, la privation de nourrituie, les fatigues de la prédication et du tribunal de la pénitence. Arrivé au terme de sa vie, ce vrai pénitent ne croit pas avoir assez fait, et d'une voix tremblante, il récite avec ses Frères les Psaumes de la Pénitence (1).
Exemple — Vers la fin du dix septième siècle, les
Analecta. Apud Bolland,
monuments historiques racontent la conversion miraculeuse d'un jeune indien du royaume de Bengale.
" C'était un esclave que les Pères de Saint- Augustin, établis dans ces parages, avaient acheté. Ils mirent tous leurs soins à lui apprendre les vérités du salut ; mais ils ne purent pas venir à bout de vaincre l'obstination du petit païen, très- épris du culte de ses ancêtres. Or, un jour, tandis qu'il était seul dans une chambre où se trouvait l'image de saint Antoine de Padoue, on l'entendit pousser des cris perçants. Les Pères accoururent aussitôt ; et aux questions qu'ils lui adressèrent pour savoir ce qui lui était arrivé, il répondit que le Saint dont l'image était suspendue à la muraille, avait dénoué la corde qu'il portait autour des reins, et qu'il lui avait donné une rude discipline, en lui commandant d'embrasser la religion de Jésus-Christ. C'est ce qu'il fit peu de jours après. Non content d'être chrétien, il prit l'habit religieux, et il commença à prêcher l'Evangile. Les succès qu'il obtint furent tels. qu'en peu de temps il convertit jusqu'à vingt mille païens. Les Pères de Saint Augustin, ne pouvant pas, à eux seuls, baptiser et catéchiser convenablement un si grand nombre de néophytes, firent appel aux missionnaires les plus voisins. Ceux-ci répondirent à leur invitation, et ils mirent la faux dans cette moisson déjà jaunissante. Dieu bénissait leurs travaux ; aussi
le nombre des nouveaux chrétiens se multiplia avec une rapidité merveilleuse (i)."
Répons Miraculeux, voir page 12J.
(i) Petit Manuel.