‹ Saint Antoine de Padoue et les Canadiens-français; aperçu historique sur la dévotion à Saint Antoine dans la province de QuébecChapitre 5 sur 12 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Titres d'églises et de paroisses, institutions et œuvres diverses, imprimés, manuscrits, tableaux et statues, neuvaines publiques, etc., autant de monuments qui attestent l'ancienneté du culte antonien au pays.

Il est tout naturel que les Récollets aient eu le culte de saint Antoine en honneur, et qu'ils aient recherché son patronage. On sait que les célèbres voyages de découvertes -du père Hennepin et de ses compagnons étaient placés sous la protection de saint Antoine, ainsi qu'il le déclare luimême : " En remontant ce Fleuve dix ou douze lieues, la Navigation y est interrompue par un Saut, que nous avons appelé de Saint Antoine de Padoiïe, lequel nous avions pris pour Patron de nos entreprises. Ce Saut a 50 ou 60 pieds de hauteur, une islette de Roche en forme de pyramide au milieu de sa cheutte. " (1)

(1) Nouvelle découverte d'un U es grand Pays Situé dans V Amérique etc. Utrecht, M. DC. XCVII. P. 313. * En 1882, les Etats-Unis célébrèrent par des fêtes grandioses le 200* anniversaire de la découverte des Chutes Saint- Antoine, à Minneapolis.

Les Récollets avaient dédié leur couvent de la Haute- Ville, à Québec, à saint Antoine. Pour pourvoir à cet établissement des Récollets, l'évêque de Québec publia un mandement " leur permettant spécialement comme ils nous, l'ont demandé, dit-il, d'exposer le Très-Saint Sacrement aux jours des festes de saint François leur fondateur, de Notre-Dame des Anges et de saint Antoine de Pade leur titulaire. " (i)

Nous trouvons, dans un recueil manuscrit d'ascétisme et de prières qui a appartenu au frère Marc, Récollet, mort à à Saint-Thomas de Montmagny en 1849, des litanies de saint Antoine, probablement en usage chez les Récollets. (2)

Les archives du Séminaire de Québec conservent aussi une petite feuille manuscrite en parchemin, dont le contenu nous révèle que cette feuille était à l'usage d'un récollet du couvent de Québec. D'un côté est le Tota pulchra es noté, de l'autre le Si quœris. Sans doute, alors comme aujourd'hui, dans les couvents franciscains, on faisait chaque samedi la procession du Tota pulchra es, à laquelle on chantait en outre, au couvent de saint Antoine, le Si quœris, en. l'honneur du saint patron.

Le patronage de saint Antoine que les Récollets invoquaient sur leurs entreprises et sur leur maison de Québec, ils eurent à cœur de l'étendre sur nombre de paroisses nou-

(1) Mandement de Mgr de Sairt-Vallier pour l'établissement du couvent des Récollets à la Haute- Ville, en date du 4 septembre 1692. Archives de l'Archevêché de Québec, Registre A.

(2) Le recueil, composé de deux cahiers, l'un de 94 pages, l'autre de 68 pages [celui-ci avec des pages vides], mesure 6"6 x 4*'i pouces et porte le non* du « F. Marc, Récollet. 1786. »

velles qu'ils furent appelés à fonder et à desservir. C'est ainsi que plusieurs des plus anciennes paroisses du pays, •d'abord desservies par les Récollets, ont pour titulaire saint Antoine. Ce sont : La Baie-du-Febvre, aujourd'hui Baieville, Lavaltrie, Louiseville et Saint-Antoine-de-Tilly. Seize paroisses et missions en tout, dans la province de Québec, ont pour titulaire saint Antoine de Padoue. Ce sont, outre les sus-nommées, Longueuil, Saint-Antoine-de- Richelieu, Bienville, Saint-Antoine [paroisse de Montréal], Pontbriand, l'Ile-aux-Grues, Lennoxville, Perkins' Mills, et les missions d'Escuminac, du Gros-Morne, Saint-Antoine -des Bois-Francs et Saint-Antoine des Squattecks.

L'histoire antonienne de la Baie-du-Febvre est fort intéressante. La voici :

Champlain, dont le père s'appelait Antoine, avait donné le nom de Saint-Antoine à la rivière actuelle de Saint- François, comme le prouve une carte dressée par le père de la Nouvelle-France, (i)

Une autre carte dressée quelques années plus tard, en 1643, et que l'on trouve dans la relation des Jésuites de cette année, (2) indique aussi cette rivière sous le nom de " R. de S. Anthoine. " Le nom de la rivière s'étendit au pays limitrophe ainsi qu'à la baie voisine ; le nom de Baie de Saint-Antoine apparaît en effet sur deux cartes

(1) Cette carte n'est pas dans les Œuvres de Champlain, édition Laverdièie. Il n'est pas sans intérêt de noter que Champlain baptisa aussi du nom de Saint- Antoine une rivière de l'Acadie, aux environs de Port-Royal. (Œuvres, Ed. Laverdière, III, p. 18, carte de Port- Royal).

(2) Cette carte a pour titre : u Description de la Nouvelle- France, 1643. A Paris, chez fean Boisseau, enlumineur du Roy, etc. »

de la fin du xvne siècle, (i) A cette époque, vers 1686, furent bâties les chapelles de Saint-Antoine et de Saint- François. Celle-ci, élevée à l'embouchure de la rivière, fut probablement cause que le nom de la rivière fut changé en celui de Saint-François ; mais le nom primitif demeura attaché au pays voisin. La chapelle de Saint-Antoine, desservie dès l'origine par les Récollets des Trois-Rivières, fut le noyau des deux paroisses de la Baie Saint-Antoine ou Baie du Febvre (2) [depuis quelques années Baieville] et de Nicolet. C'est vers 1703 que ces deux endroits furent érigés en paroisses, le premier sous le vocable de Saint- Antoine-de-Pade. Dans l'église de cette paroisse, et peutêtre déjà dans la chapelle primitive, le saint titulaire était représenté par une peinture, devenue la propriété du docteur Lahaye, de Baieville, qui la conserve comme une précieuse relique.

En 1755, on installa dans l'église un nouveau tableau du

(1) Recueil de cartes, plans et vues relatifs aux Etats-Unis et au Canada, lôjr- 1731, reproduits diaprés les originaux manuscrits et inédits etc, exposés à la Bibliothèque Nationale (de Paris) à l 'occasion du 4» centenaire de la découverte de V Amérique, sous la direction de A. L. Pinart. Paris, 1893. Carte générale des paroisses et missions, etc ; Carte des côtes habitées du Canada. Le Séminaire de Nicolet possède un exemplaire de ce superbe et dispendieux album.

(2) Le fondateur de cette paroisse fut Jacques Lefebvre. Il ne conserva le nom patronymique de Lefebvre qu'à l'aîné de ses enfants, suivant la coutume de ce temps-là ; aux cadets il imposa divers noms tirés de sa seigneurie. L'un d'eux, Jean-Baptiste, prit le nom de Lefebvre dit Saint- Antoine, en l'honneur du patron de la paroisse. Ce Saint Antoine mourut sans postérité, et par suite le nom de cette famille disparut avec lui. En revanche, les prénoms d'Antoine, d'Antonio, d'Antoinette, que nos pères transformaient en Tétenne, Toinon, Toinette etc., sont très en vogue à la Baie-du- Febvre et l'ont été de lout temps.

saint patron, représentant le Saint recevant l'enfant Jésus des mains de sa divine Mère. Cette peinture est, paraît-il, un chef-d'œuvre ; malheureusement la signature de l'auteur n'est plus visible.

En 1905, une nouvelle église, à la façade ornée d'une grande statue de saint Antoine en métal doré, fut bénite à la Baie-du-Febvre. Pour attirer sur les travaux de construction la protection de saint Antoine, on avait semé à profusion dans le béton des statuettes du Saint. Tout, du reste, dans ce beau monument de style romano-byzantin, rappelle saint Antoine et prêche sa dévotion : les armes de la famille de Bouillon et les paroles du bref reproduites dans les arcatures ; les six vitraux qui racontent la vie du Thaumaturge ; l'inscription " Sancte Antoni, or a pro nobis, " multipliée dans les caissons de la voûte, etc.

La dévotion des fidèles de cette paroisse envers saint Antoine est très vive et antique. Les plus anciennes redditions de comptes de la fabrique [la plus ancienne est de 1734] mentionnent en recettes l'item "offrandes des fidèles, " que M. l'abbé Bellemare, le curé actuel, croit être au saint Patron.

L'église possède depuis près de 75 ans une grande statue de saint Antoine portant l'Enfant Jésus. Elle est en plâtre et pleine, et reproduit ce que l'on tient être la vraie effigie du Thaumaturge, en son église de Padoue. Cette statue a toujours été l'objet d'un culte bien cher aux fidèles de la Baie-du-Febvre ; ils y font brûler constamment des cierges.

La solennité du saint Patron y a toujours été célébrée avec beaucoup d'éclat, ainsi que le témoigne le plus ancien coutumier, qui malheureusement ne remonte qu'à 1854. En outre, les fidèles font chanter fréquemment des messes au

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Thaumaturge, et le 13 juin, jour de sa fête, il y en a toujours deux. On ne s'étonnera pas que l'œuvre du pain soit établie dans cette paroisse ; elle y est si populaire que non seulement elle permet de donner la subsistance à plusieurs familles de la localité, mais encore elle fournit un excédent annuel d'aumônes dont bénéficie l'Hôtel-Dieu de Nicolet.

Ajoutons enfin que l'église de la Baie-du-Febvre possède plusieurs reliques de saint Antoine. Ces reliques, avec beaucoup d'autres, furent apportées d'Italie, en 1900, par M. l'abbé Bellemare, à l'exception du petit reliquaire de saint Antoine, qui fut donné à la paroisse en 1885 par feu l'abbé Luc Désilets.

Les reliques antoniennes apportées d'Italie étaient conservées à Spolète, dans le trésor de Pietro Ercolani, héritier d'un curé qui les tenait lui-même de papes qui résidèrent dans cette ville. (1) Voici la liste de ces reliques :

1) Parcelle d'os.

2) Morceau du voile de soie dans lequel furent enveloppés les ossements de saint Antoine.

3) Autre parcelle d'os ; relique insigne mesurant près de quatre lignes de diamètre.

4) Morceau de la tunique du Saint, mesurant environ deux pouces de largeur.

Ces deux dernières reliques sont renfermées dans un ostensoir, les deux autres dans un petit reliquaire.

Voilà, pour le culte antonien à la Baie-du-Febvre. Nous aurons l'occasion, au cours de cet ouvrage, de faire l'historique de la dévotion à saint Antoine dans quelques autres

(1) Abbé J.-Elz. Bellemare: Catalogue des Reliques de V Eglise de Saint- Antoine de la Baie du Febvre. Montréal, 1907.

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