‹ Saint Antoine de Padoue et les Canadiens-français; aperçu historique sur la dévotion à Saint Antoine dans la province de QuébecChapitre 6 sur 12 · CHAPELLE DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC. (P · texte numérisé non relu

CHAPELLE DU SÉMINAIRE DE QUÉBEC. (P

paroisses ou missions dédiées au Thaumaturge ; mais pour plusieurs d'entre elles, la documentation est nulle.

Seize paroisses ou missions dans la seule Province de Québec, avons-nous dit, ont saint Antoine de Padoue pour titulaire, (i)

Nous ne croyons pas qu'aucun autre saint, si ce n'est Notre Dame, saint Joseph et sainte Anne, soit titulaire d'aussi nombreuses paroisses dans notre pays. C'est un fait bien significatif.

Outre les paroisses, ce sont encore des institutions et des associations qui se fondent sous le patronage du grand Thaumaturge. Pour ne parler ici que des plus anciennes, nommons l'Hospice Saint-Antoine, fondé en 1860, à Montréal, au N° 24, rue Labelle, par M. Olivier Berthelet, et béni le 13 juin 1861, par Mgr Bourget. Cet hospice était 41 destiné à recevoir tous les rebuts de la société. " Il eut pendant plusieurs années pour directeur M. l'abbé Bélanger, " frère hospitalier de Saint Antoine," assisté de ' • cinq novices du même Ordre. " (2)

En septembre 1863 fut fondée " l'Association des Dames de charité" pour "l'entretien des infortunés de l'Hospice Saint-Antoine. " C'était un ouvroir qui se réunissait tous les lundis, à une heure de l'après-midi, pour la couture. (3)

Il existait aussi à Montréal il y a quelque cinquante ans une association ouvrière sous le vocable de Saint Antoine.

(1) La chapelle de la Seigneurie de Lachèvrotière avait pour titulaire saint Antoine de Padoue. (Cf. Registres du Cap-Santé, 2 janvier 1704). La paroisse formée de cette seigneurie n'a pas conservé ce titulaire à son église.

(2) Annuaire de. Ville-Marie, ière Partie, p. 90. L'annuaire ajoute plusieurs détails intéressants sur cet établissement.

(3) Annuaire de Ville-Marie, p. 100.

Cette association, fondée en 1856 par Messire Picard, prêtre de Saint-Sulpice, était une société de secours mutuels qui n'admettait dans son sein que des personnes de "la classe travaillante ou mercantile, (toute classe professionnelle exceptée). "

Saint Antoine était invoqué à l'ouverture et à la clôture de toutes les réunions. L'article 8 des règlements publiés en 1863 porte que " tout membre qui n'a pas payé sa contribution pour la messe de Saint Antoine, deux mois après la fête patronale, n'a pas droit aux bénéfices et est suspendu d'un mois après avoir payé. " L'article 17, 3* prévoit que " tous les membres doivent assister à ce devoir religieux [la messe le jour de la Saint Antoine] sous peine d'une amende de deux chelins et six deniers."

La septième conférence de Saint-Vincent-de-Paul fondée dans l'ordre des dates à Montréal fut la conférence Saint- Antoine, établie le 10 juillet 1853. (1)

En 1836, à l'angle des rues Saint-Bonaventure et Sainte- Marguerite, à Montréal, l'externat Saint-Antoine, dirigé par des religieuses, donnait l'instruction aux enfants. (2)

La paroisse Saint-Antoine de Montréal doit son nom à l'ancien faubourg du même nom, connu dès avant 1800. Dans ce faubourg, en 1799, fut ouvert le cimetière Saint- Antoine, qui fut le lieu des sépultures pour la ville de Montréal jusqu'à l'ouverture du cimetière de la Côte-des-Neiges en 1854. (3)

L'importante rue Saint-Antoine à Montréal est contemporaine sans doute du faubourg. Québec, Les Trois-Riviè-

(1) Annuaire dt Ville- Marie, p. 94.

(2) Annuaire de Ville-Marie, p. 45.

(3) Annuaire de Ville-Marie, p. 362.

res, Saint-Hyacinthe, etc. ont également d'anciennes rues Saint-Antoine.

De la paroisse Saint-Antoine est né le quartier Saint- Antoine, district électoral pour les Parlements et pour l'Hôtel-de- Ville. Enfin, la Côte Saint-Antoine complète la liste des antiques possessions territoriales de notre Thaumaturge à Montréal.

Près de Sorel, saint Antoine a donné son nom, à une époque fort reculée, à l'Ile Dupas. Des actes de 1701, 1705 et 1706 en font foi. (1) A ce sujet, M. Huguet-Latour fait les réflexions suivantes : " Ainsi ce n'est pas seulement lorsque l'île Saint-Ignace fut réunie en paroisse à l'île Dupas, que celle-ci prit le nom de Saint-Antoine ; elle était ainsi nommée avant qu'il y eût une église ; elles reçurent peut-être leurs noms en même temps ; toujours ce fut une belle idée de placer ces deux îles, les plus considérables de toutes celles qui sont situées à l'entrée du lac Saint-Pierre, sous l'invocation des patrons des deux maisons religieuses qui avaient envoyé les premiers missionnaires en Canada. Elles avaient, ce semble, par ce trait de ressemblance, un certain droit d'être réunies en une seule paroisse ; ce fut, de plus, un prêtre de Saint-Sulpice qui en commença la desserte. Toutes ces considérations contribuent à rehausser davantage, à nos yeux, la paroisse de l'Ile Dupas, car on est toujours fier de son nom et de ses ancêtres, et on a raison de l'être, quand ils sont honorables. " (2)

D'excellents témoins de la dévotion de nos pères à saint

(1) Annuaire de Ville-Marie. Histoire de la paroisse de la Visitation de l'Ile Dupas, p. 35.

(2) Annuaire de Ville-Marie, ilid., p. 25.

Antoine, ce sont les tableaux et les statues d'une époque reculée, dont quelques-uns ont été conservés jusqu'à nos jours. Mentionnons-en quelques-uns.

Parmi les tableaux, plusieurs furent apportés de France par M. l'abbé Philippe-Jean-Louis Desjardins, prêtre français que la Révolution exila sur nos rives. Ce prêtre se fit suivre d'un grand nombre de tableaux, dont il raconte luimême la provenance dans une lettre : " Toutes les églises de France avaient été pillées, du temps de Robespierre, en !793> par des milliers de fripons. Des spéculateurs avaient collectionné un nombre infini de tableaux volés. Un de ces hommes fit banqueroute : sa collection fut vendue par autorité de justice. Je me rendis à l'encan, les tableaux étaient en piles dans une cour à Paris ; c'était une montagne de tableaux. Cette montagne me fut adjugée pour presque rien, comparativement à sa valeur réelle.

" Quelques jours plus tard, le cardinal Fesch, archevêque de Lyon, grand connaisseur, m'ordonne de faire transporter chez lui, à Lyon, ma collection. Il en achète quelquesuns et me remet le reste : c'est ce que vous avez reçu au Canada. Ils furent acquis par le séminaire de Québec, la cathédrale de Québec, l'église de Saint-Michel de Bellechasse, de Saint-Antoine de Tilly, et quelques autres églises du Canada. " (i)

Un Saint Antoine de cette collection fut acheté par la Fabrique de Saint- Antoine de Tilly, en 1811, en même temps que quatre autres tableaux, parmi lesquels la Stigmatisation de saint François d'Assise.

(1) Cité par M. P.-G. Roy, dans sa monographie de Saint-Antoine de Tilly, Lévis, 1902. P. II.

De la même provenance est le Saint Antoine de l'église de Saint-Henri de Lauzon. "Il représente dans une seule composition originale la vision de l'Enfant Jésus par les deux grands saints populaires, François d'Assise et Antoine de Padoue. Saint Antoine de Padoue, revêtu de l'habit de l'ordre des frères mineurs, est agenouillé et tient un livre ouvert sur lequel l'Enfant Jésus est debout. Saint François d'Assise contemple cette scène avec ravissement. La Vierge est assise sur des nuages, au milieu d'une gloire d'anges. L'un joue de la viole, un autre la couronne, un troisième lui apporte des fleurs. A l'arrière scène, on aperçoit un moine qui interrompt tout à coup sa lecture et regarde le ciel en se couvrant les yeux de sa main comme s'ils étaient éblouis par tant de lumière. " (i)

De ce tableau il a été fait deux très belles copies par les religieuses du Bon Pasteur de Québec. De ces peintures l'une orne un des murs de l'évêché de Québec, l'autre se trouve dans l'église de Saint-Michel de Bellechasse. La même religieuse a aussi copié le fameux saint Antoine de Murillo pour la chapelle Saint-Joseph, dans la Basilique de Québec.

(i) J.-Edm. Roy. La Seigneurie de Lauzon, t. 2, p. 209. Ce tableau est daté de 1603 et signé Guy de Halle, écrit M. Roy. Or, la l;ste des tableaux envoyés au Canada par l'abbé Desjardins et préparée par l'expéditeur lui-même, assigr.e comme auteur à cette peinture l'artiste Vignon. La publication rie la liste d« l'abbé Desjardins, dans V Action Sociale du 21 oct. 1909, appela, le 28 oct. suiyant, dans le même journal, sous la signature autorisée du recteur de l'Université LavU, M l'abbé Amédée Gosselin, une série d'observations, d'où il ressort que les noms d'auteurs, attribués par l'abbé Desjardins à ses tableaux, ne sont pas toujours authentiques. Serait-ce le cas pour le tableau de Saint- Henri? Peut être bien, et l'autcui véritable de cette peinture serait, anime l'écrit M. Roy, Guy de Halle.

d'Antoine avec l'Enfant-Dieu. Saint Antoine y est représenté avec l'habit de récollet. Le tombeau de l'autel est fermé par un panneau, sur lequel est sculpté et peint le même sujet. Le divin Enfant est suspendu au cou de son serviteur, qui tient dans sa main droite un lis ; à la gauche du Saint, un prie-Dieu, sur lequel est un livre ouvert ; auprès du prie-Dieu, taillée dans la muraille, une tablette où reposent deux livres ; suspendue à la muraille, une croix ; enfin, à la droite du Saint, s'ouvre une grande fenêtre, par où l'on aperçoit le bleu du ciel. Le sculpteur a évidemment voulu représenter la pauvre cellule du Thaumaturge.

A la Procure de la Maison-mère des Sœurs de la Charité,, à Montréal, on conserve aussi un ancien tableau de saint Antoine, fort détérioré, dont une note annexée fait connaître la provenance : "Ce tableau vient d'une Demoiselle Vitré qui reconnaît avoir été préservée d'un incendie en priant Saint Antoine de prendre soin de sa maison, lorsqu'elle fuyait le sinistre sans avoir eu le temps de n'en rien sauver. Cette maison en bois demeura intacte. Etant entrée pour sauver quelques objets, on voulut sans doute prendre ce tableau, mais on n'en enleva que le cadre, la toile demeura suspendue sur le mur jusqu'après l'incendie. — Montréal, 1770. "

Chez les mêmes sœurs de la Charité, se trouvaient aussi deux statues en bois de saint François et de saint Antoine. Ces statues furent gracieusement données aux Pères Franciscains de Montréal en 1907. A cette occasion, la Revue du Tiers-Ordre [1907, p. 116] publia sur ces statues une notice historique, dont nous extrayons ce qui revient à notre sujet : " La première [statue] représente le Séraphique Père plus que grandeur naturelle, avec le capuce raide et encadrant la

tête que portaient autrefois les Récollets. La statue de saint Antoine est plus petite et représente naturellement l'apparition de l'Enfant Jésus qui vient caresser son ami. La tenue du Saint est assez raide ; celle de l'Enfant-Jésus pareillement: si l'on ne savait l'histoire, on pourrait, en le voyant lever la main, se tromper sur le sens de son geste. Mais l'inexpérience de l'artiste s'explique. D'après les traditions des Sœurs, les deux statues ont été taillées dans le bois brut par les Iroquois (i) pour décorer l'ancienne église des Récollets. En 1760, lors de la conquête anglaise, alors que l'autorité s'empara de l'église pour en faire le temple protestant, les Récollets chassés du lieu saint profané confièrent les deux Statues à la Rvde Mère d'Youville qui vivait encore. Les filles de la vénérable fondatrice les entourèrent d'une vénération respectueuse. Lorsque l'Hôpital Général de la rue Dorchester remplaça la vieille maison située en ville et devenue trop petite pour rester la maison-mère du grand Institut, les statues suivirent les Sœurs et furent installées à la tribune de l'Eglise. C'est là que saint François et saint Antoine, tout rajeunis sous une couche de peinture fraîche, recevaient les fréquentes visites de tout le personnel de la maison. Les pauvres surtout, les vieillards et les affligés aimaient à les venir prier, leur demandaient des faveurs et apprenaient du Patriarche des Pauvres à aimer ou du moins à supporter leurs souffrances et leur pauvreté.

"Or, depuis le mois d'octobre les pauvres cherchent en

(1) Ce ne sont pis seulement les Iroquois qui auraient connu et vénéré saint Antoine. Le R. P. Pacifique, O. M. C. , de Sainte- Anne de- Re<-tigouche, nous assure qae les Micmacs, dont il possède parfaitement l'histoiie et les tradition?, connaissaient bien saint Antoine, pour lequel ils ont toujours conservé au moins le culte du souvenir et une grande vénération. — Note Je l'auteur.

vain leurs deux saints amis à la tribune de leur église. Attirés sans doute par le voisinage si proche de leurs frères et enfants, ils sont revenus au milieu d'eux revivre la vie d'autrefois, avant 1760. Ce fut une grande joie parmi les Frères quand les deux statues firent leur apparition dans le cloître, mais chez les Sœurs Grises qui les virent partir, ce fut, pour les pauvres surtout, un grand deuil et un pénible sacrifice ; saint François saura compenser cela. "

En 1909, un nouveau don d'une semblable statue en bois de saint Antoine était fait aux Franciscains de Montréal. Cette statue vient-elle des Récollets ? C'est probable, et nous croirions assez volontiers qu'elle ornait la façade de leur église. Toujours est-il qu'elle fut livrée vers 1847 par un prêtre de Saint-Sulpice, M. Prévost, à M. Pierre Benjamin Desroches, pour qu'il la brûlât. On ne savait qu'en faire. M. Desroches préféra la rafraîchir et la conserver. Il la donna, 32 ans plus tard, à sa petite fille Mde Bourgeaut, qui la garda pieusement comme une relique jusqu'à sa mort, et alors la légua à notre couvent de Montréal. Ajoutons que M. Prévost, ayant vu la vieille statue dans sa toilette neuve, fut si content qu'elle n'eût pas été détruite, qu'il paya luimême et la peinture et le travail du peintre !

Il nous faut encore mentionner une statuette que l'on peut voir à la Procure de l'Hôtel-Dieu de Montréal. Cette st?tuette est aussi ancienne, semble-t-il, que la maison, qui la possédait et la vénérait, en tout cas, dès avant 1792, puisque la relique porte des traces de l'incendie qui en 1792 dévora l'Hôtel-Dieu. C'est une œuvre vraiment artistique ; détail curieux, saint Antoine est représenté les pieds chaussés.

Cette petite statue — elle ne mesure qu'un pied et demi

— a toujours été l'objet d'une grande vénération chez les Hospitalières de Saint-Joseph, et cette dévotion se rattache au culte que ces bonnes religieuses ont de temps immémorial voué à saint Antoine, culte qui leur a valu les faveurs les plus signalées, comme nous le tenons de source autorisée. De tout temps, pour ainsi dire, la communauté de l'Hôtel-Dieu de Saint-Joseph s'est préparée à la fête du Thaumaturge par les pieux exercices des Neuf Mardis, et la communion le jour de la fête du Saint y est générale et des plus ferventes. Cette dévotion est passée par le canal de la maison-mère dans les diverses fondations qui sont issues d'elle, ce qui démontre que la dévotion à saint Antoine est pour ainsi dire un patrimoine de l'Institut.

Signalons aussi en passant la grande statue de saint Antoine érigée, par la générosité des fidèles du quartier Saint-Antoine de Montréal, au-dessus de la façade de la cathédrale de cette ville.

Ces reliques du passé — tableaux et statues — nous rappellent éloquemment l'ancienneté du culte antonien au pays. Mais si l'on peut affirmer que les communautés religieuses sont les gardiennes sûres des traditions pieuses, les témoignages qu'elles nous offrent de leur dévotion antique à saint Antoine sont l'écho le plus éloquent qu'il se puisse entendre de la dévotion de nos pères au thaumaturge franciscain.

Déjà les Sœurs de la Charité et les Hospitalières de Montréal nous ont appris leur culte traditionnel à notre Saint. Les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame et leurs élèves ont de tout temps eu le même culte au Thaumaturge, non seulement dans la maison-mère, mais dans toutes leurs nombreuses maisons. Ajoutons que la Congre-

gation est affiliée à la Pieuse Union fondée en l'honneur du Thaumaturge franciscain, (i)

Descendons maintenant vers Québec, en interrogeant sur notre chemin les Ursulines des Trois-Rivières. Elles nous répondent, par la bouche de la Révérende Mère Marguerite- Marie, leur distinguée archiviste : " Le culte de saint Antoine a toujours été en honneur dans notre communauté. Un corridor — celui des cellules des anciennes religieuses — lui est dédié. Le bon saint y a sa statue toujours fleurie et souvent illuminée. Tous les ans, une neuvaine solennelle se fait par la communauté, les neuf jours qui précèdent le 13 juin. Ce jour-là, on chante un salut. Nous avons plusieurs images de saint Antoine •• "(2)

Un détail relevé dans le journal tenu aux Trois-Rivières par le notaire Badeaux durant l'invasion américaine de 1 775-76, (3) nous montre que cette dévotion n'était pas confinée au monastère, mais que celui-ci était bien dans l'expression de sa piété, l'écho de la piété populaire. Le journal nous apprend en effet que le 13 juin 1775, une messe fut célébrée — comme elle l'était sans doute tous les ans — dans l'église des Récollets.

C'était la dernière fois que la fête de saint Antoine était célébrée dans son église. L'année suivante, 1776, les Récollets, dont les autorités anglaises voulaient la disparition, quittaient les Trois-Rivières, et désormais leur église, d'abord vacante après leur départ, servira en 1790 de salle

(1) Lettres de la Révérende Mère Saint Marcel à l'auteur, m date du 12 octobre et du 10 novembre 1910.

(2) Lettre du 30 décembre 1909.

(3) Publié par l'abbé Verreau. Montréal, 1873. ï>a2e l^5-

d'audience pour la Cour établie aux Trois-Rivières, puis sera affectée, en 1795, au culte protestant.

Nous arrivons à Québec, où les Ursulines nous rendent un témoignage aussi consolant que leurs sœurs des Trois- Rivières. " Nos plus anciennes Mères, nous écrit la Mère Saint François de Borgia, nous disent qu'il a toujours existé au monastère, à l'intérieur du cloître, un petit autel dédié à saint Antoine, et que la piété des religieuses envers ce grand thaumaturge se plaît à entretenir avec un soin jaloux. Cela nous donne à penser que cette dévotion existe de longue date dans notre communauté. Qui sait si les premiers Récollets ne l'ont pas inspirée à nos anciennes Mères ? La semence jeté dans le sillon aurait fructifié dans la suite des temps, et nous serions les héritières de la tendre piété de nos vénérables devancières.

"Le 13 juin, chaque année, au petit autel du Saint, dans notre avant-chœur, nous avons en son honneur un salut, qui consiste dans le chant de l'hymne de la fête, avec des invocations et le Laudate. Tous les mardis, la relique du Saint est exposée à ce même autel et environnée de fleurs ; des lampes votives brûlent devant la statue et le tableau de saint Antoine, à diverses intentions. "(1)

Nous avons pu voir, lors d'une visite à l'intérieur du monastère, en août 1910, l'autel et le tableau dont il est question dans cette lettre. L'autel est ancien, et le tableau qui le domine — une toile de maître — est plus ancien encore. On n'en connaît malheureusement ni la provenance, ni l'auteur. Les archives du monastère sont muettes sur ces détails, ou plutôt, elles mentionnent seulement que le tableau est d'un artiste inconnu.

(1) Lettre du 24 août 1909.

Le culte de saint Antoine à l'Hôpital Général de Québec est non moins traditionnel que chez les Ursulines, et nous pouvons écrire avec assurance que les Récollets ne sont pas étrangers à ce culte au Thaumaturge franciscain parmi les religieuses de l'Hôpital Général, dont ils furent les confesseurs durant de longues années, de 1713 à 1743, et de 1747 à 1748. Voici ce que nous écrit la Révérende Mère Secrétaire, à la date du 18 juin 1910.

"Dès le début de la fondation de notre monastère [en 1694], ce grand thaumaturge a eu une place de choix 8ans les affections de nos chères devancières ; place que nous tenons à honneur de maintenir encore aujourd'hui.

" Nous possédons, dans l'enclos de notre maison, un autel, à lui dédié, dès 1737. Cet autel renferme un tableau du Saint, devant lequel tous les ans, le 13 juin, nous chantons un salut et récitons quelques prières.

"La statue de saint Antoine est aussi exposée dans une niche creusée cette même année 1737, dans un des murs du cloître, côté extérieur.

" Pendant plusieurs années, le Si quœris a été récité tous les mardis, et la tradition nous rapporte que les grâces particulières obtenues par l'intercession de saint Antoine, pour n'être pas éclatantes par leur grandeur, le sont bien certainement par leur nombre--- Laissez-moi vous relater un trait lequel, je suis sûre, ne manquera pas de vous intéresser. Une de nos bonnes sœurs converses, disparue de nos rangs, professait un culte spécial à saint Antoine. Pendant longtemps elle fut occupée au jardin. Soupirait-elle après un changement de température, soit pour le retour du beau temps, soit pour une pluie bienfaisante, notre sœur Sainte Croix exposait au grand jour un ancien tableau de saint

Antoine, cruellement massacré, vous n'en doutez pas, par les intempéries des saisons, et nous ne craignons pas d'affirmer que, pour l'ordinaire, elle était merveilleusement exaucée. Quelqu'une avait-elle perdu un objet, notre bonne sœur en était vite informée, et après quelques invocations au Saint, la chose était infailliblement retrouvée.

"Nous possédons encore ce tableau, qu'à l'exemple deleur confiante devancière nos sœurs jardinières d'aujour d'hui ont en particulière affection.

"Le nom de saint Antoine a toujours été porté dans notre communauté, et nous aimons à compter ce grand privilégié du ciel au nombre de nos puissants protecteurs. "

Mais c'est à l'Hôtel-Dieu que nous trouverons plus profond encore le culte traditionnel de saint Antoine. Ici nous suivons d'un pied sûr les traces de la dévotion des fidèles eux-mêmes au Thaumaturge.

L'église des Récollets de Québec était le sanctuaire de la dévotion publique à saint Antoine. L'église ayant été incendiée en 1796, le Saint n'avait donc plus d'autel public à Québec, lorsque la construction de la chapelle de l'Hôtel- Dieu, commencée le 22 mai 1800 et consacrée le 29 septembre 1803, permit àl'évêque, Mgr Plessis, d'accord avec les religieuses, de rendre un autel au Thaumaturge et de lui assurer le culte que réclamait la piété des fidèles.

Déjà l'Hôtel-Dieu possédait et il possède encore un petit ©ratoire intérieur dédié à saint Antoine. Dans cet oratoire sont deux anciennes statuettes, l'une en bois, de saint François d'Assise, l'autre en pierre, de saint Antoine, ainsi qu'une relique du Thaumaturge. Cet oratoire existe probablement depuis 1757, selon la Révérende Mère Saint André, archiviste de la maison.

Quoi qu'il en soit, le 8 juin 1804, la supérieure de l'Hôtel- Dieu, la Révérende Mère Sainte Claire, écrivait à l'évêque : *' Monseigneur, ayant aujourd'hui proposée [sic] à notre communauté l'établissement de fête [sic] de Saint Antoine chez nous, toutes la souhaite [sic] avec ardeur et se joignent conséquemment à moi pour priervotre Grandeu d'acorder son approbation à cet effet, le tems étant trop cours [sic] d'ici a mercredy pour espérer un sermon cette année, nous nous bornons à demander une grand messe, vespres et salut du Saint Sacrement ; notre premier devoir en reconnaissance de la faveur que nous sollicitons sera de conserver constamment le souvenir que [sic] nous vous en serons redevables, et c'est de quoi je vous prie Monseigneur d'être parfaitement convaincu ainsi que du respect profond avec lequel j'ai l'honneur d'être etc. " (1) Le lendemain, 9 juin, Mgr Plessis répondait : '• Ma Révérende Mère, je suis flatté que vos idées renconrent les miennes. J'avais déjà pensé que l'on pourrait renouveler dans votre Eglise la dévotion de saint Antoine interrompue depuis l'incendie des Récollets, et je me proposais de passer hier chez vous pour vous proposer la chose. Les occupations du jour m'en ayant privé, votre lettre y a suppléé à propos. Je permets donc que l'on célèbre désormais dans votre Eglise la fête de saint Antoine de Pade avec grand'messe, vêpres solennelles, complies et salut, et le sermon quand il pourra avoir lieu. La seule observation que je fasse, est que quand cette fête arrivera le dimanche ou un jour de fête publique, on aura soin que la messe s'y chante au plus tard à 7 heures, afin de ne gêner aucune-

(1) Archives de 1 Archevêché de Québec. Carton de l'Hôtel-Diéu.

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