‹ Saint Antoine de Padoue et les Canadiens-français; aperçu historique sur la dévotion à Saint Antoine dans la province de QuébecChapitre 9 sur 12 · Saint Antoine distribuant le pain aux affamés · texte numérisé non relu

Saint Antoine distribuant le pain aux affamés

-S. [A la voûte] Saint Antoine, caressé par l'Enfant Jésus. Les tabkaux I. 3. 4. 5 sont de M. Rousseau ; 2. 5. 7. 8, de M. Saint- Hilaire

pelle a été remplacé par un autel neuf, en marbre, et la statue de saint Antoine qui le dominait, ex-voto de M. l'abbé Th; Proulx, du Séminaire, a été remplacée par une statue en harmonie avec le nouvel autel. L'ancienne statue est destinée à l'aile en construction du Séminaire.

Nous venons de nommer M. l'abbé Proulx. Son nom aurait dû se trouver en tête de ces notes, non-seulement parce que la plupart nous ont été fournies par sa bienveillance, ce dont nous le remercions avec effusion, mais encore et surtout parce que la recrudescence du culte de saint Antoine au Séminaire de Saint-Hyacinthe, c'est M. l'abbé Proulx qui en a été l'agent providentiel.

En 1894, M. Proulx, assez gravement malade, était incapable de poursuivre ses travaux ordinaires. Il lui vint à la pensée que s'il travaillait à la restauration du culte de saint Antoine il obtiendrait peut-être sa guérison ; à tout le moins ferait-il mieux honorer le saint Patron. Il se mit donc à l'œuvre, sous la direction de son saint évêque, Mgr Moreau, et avec l'approbation du supérieur du Séminaire, M. le Chanoine Dumesnil. Pendant deux ans M. Proulx travailla à cette œuvre de restauration, que couronnèrent de succès la lettre du Cardinal Préfet de la Propagande, du 30 avril 1895, et la lettre pastorale de Mgr Moreau, du 20 mai suivant. La splendeur actuelle du culte de saint Antoine et les autres manifestations de la dévotion du Séminaire au saint Patron sont le contre-coup direct et de ces documents et des efforts de M. l'abbé Proulx. (1)

(1) M. Proulx nous écrit que nos Pères l'ont beaucoup aidé dans ses travaux, en particulier « le saint et regretté Père Arsène » e t « l'aimable Père Ange. » Celuici a même laissé un témoignage durable de son concours, en peraiettant à l'artiste de s'inspirer d'un « saint Antoine «vivant.

Or il se trouve que depuis la restauration du culte de saint Antoine au Séminaire de Saint-Hyacinthe, le saint Patron ne devons-nous pas reconnaître en cela son influence ? a dirigé vers ses frères les Franciscains un grand nombre de vocations religieuses. Le Séminaire de Saint- Hyacinthe, depuis 189S, a fourni à l'Ordre de Saint François plus de sujets que tout autre collège ou séminaire au Canada. N'est-ce pas admirable et providentiel ?

Le Séminaire de Rimouski partage avec celui de Saint- Hyacinthe l'honneur et le bienfait du patronage de saint Antoine de Padoue.

Le Séminaire de Rimouski fut érigé canoniquement le 4 novembre 1870, par Mgr Langevin, premier évêque du diocèse ; dans son mandement d'érection il donnait à la nouvelle institution saint Antoine de Padoue pour premier patron, et pour patrons secondaires les saints Anges Gardiens.

Quel fut le motif de ce choix ? Nous n'avons pu le découvrir dans les archives du Séminaire, et les autorités ellesmêmes de la maison n'ont pu nous renseigner. Peut-être faut-il le rapporter à la dévotion séculaire des fidèles de Rimouski à saint Antoine.

On sait que les Récollets furent longtemps les desservants et les curés de cette paroisse, et sous leur influence le culte de saint Antoine dut s'épanouir. De fait, on nous a assuré à Rimouski, que la dévotion au Thaumaturge y avait de tout temps été très vive, et que ses origines se perdaient dans la nuit du passé. On a des témoignages de cette dévotion dès avant l'érection du Séminaire, et ce fait est important à relever. En 1867, l'église de Rimouski possédait un grand reliquaire de saint Antoine, en forme d'ostensoir, ne

bois doré et sculpté, mesurant à peu près quatre pieds et demi en hauteur, et une chapelle dédiée au Thaumaturge.

Un document qui fait partie d'une liasse de papiers intitulée : " Liste d'objets à l'archiconfrérie ", et conservée avec les archives de la paroisse dans l'armoire de sûreté de la sacristie, porte la mention suivante :

" 7. Le reliquaire de la chapelle Saint Antoine coûte 9. o. o. livres payé par des souscriptions, et fait par M. F. X. Berlinguet.

" 8. Les 6 chandeliers de la chapelle Saint Antoine et les deux petites tables coûtent 1. 14.0 livres, le tout payé par quête et souscriptions.

Rimouski, 24 juillet 1867.

P. L. Lahaye ptre. "

Avant l'agrandissement de la cathédrale, à l'endroit du chœur actuel, il y avait deux chapelles superposées : celle du haut était la chapelle de saint Antoine. La transformation de l'église fit disparaître ces chapelles, mais saint Antoine ne perdit pas son droit de cité dans la cathédrale ; on installa sa chapelle au bas côté de l'épître. Mgr Antoine Gauvreau, paraît-il, avait instamment demandé que l'on n'oubliât pas de donner un autel à saint Antoine dans la cathédrale.

Quoi qu'il en soit de l'influence de la dévotion traditionnelle de la paroisse de Saint-Germain de Rimouski à saint Antoine sur le choix de celui-ci pour patron du Séminaire, ce choix n'en reste pas moins remarquable. Deux séminaires — et même trois, comme nous le verrons — dans notre Province placés sous le patronage du grand Thaumaturge !

La chapelle du Séminaire de Rimouski fut mise en possession de la statue du saint patron qui domine son maîtreautel, le 27 décembre 1877, au milieu d'une grandiose cérémonie présidée par l'évêque en personne. Il ne s'agissait pas, il faut en convenir, d'installer une statue quelconque. Lisons plutôt l'acte qui en fut rédigé par le prélat.

" Jeudi le vingt-sept décembre mil huit cent soixante dixsept, Nous, Evêque de Saint-Germain de Rimouski soussigné, avons installé solennellement dans la chapelle de Notre Séminaire diocésain une statue de Saint Antoine de Padoue, premier Patron dudit Séminaire, due à la munificence toute paternelle de Notre Saint Père le Pape Pie IX, glorieusement régnant. Ce don a été fait par Sa Sainteté à la demande expresse de Monsieur le Grand-Vicaire Edouard Langevin et par l'entremise de Son Eminence le Cardinal Jean Simeoni, Secrétaire d'Etat, et de Son Excellence Mgr Vanutelli, son Substitut. Cette statue formait partie des objets offerts à Pie IX à l'occasion de son 50e anniversaire d'épiscopat, et a été obtenue de Sa Sainteté par Monsieur le Grand-Vicaire, qui se trouvait à Rome en pèlerinage pour cette mémorable circonstance. La cérémonie d'installation s'est accomplie en présence des Directeurs et des Elèves de la Maison, d'un nombreux clergé et de beaucoup de fidèles, dont quelques-uns ont signé avec Nous. " (1)

Cette fameuse statue est haute d'environ cinq pieds, elle est en carton romain, et d'un fini très artistique.

Depuis le jour où elle fut installée, des pèlerinages fréquents ont lieu à la chapelle du Séminaire, et l'on rapporte même des miracles qui y auraient été obtenus.

(1) Registre /du Nouveau Séminaire de Saint Germain / de Rimouski./ — Archives du Séminaire.

Le voyageur qui passe en chemin de fer à Sainte-Anne de-la-Pocatière aperçoit au sommet d'une aile monumentale du collège, une grande statue dorée de saint Antoine, dont le métal flamboie sous les rayons du soleil. Est-ce la statue du patron de la maison ? On le croirait, mais ce n'est pas tout à fait cela : saint Antoine protège la partie neuve du Séminaire, dont la reconnaissance des Directeurs lui attribue l'heureux achèvement.

Il y a quelque quinze ans, les autorités du collège projetaient d'agrandir la maison, ■ et les fonds manquaient. Au mois de janvier 1897, M. Antoine Gauvreau, ancien élève de Sainte-Anne, alors curé de Saint-Roch de Québec, qui désirait autant et plus que personne un agrandissement dont l'urgence s'imposait, offrit au Séminaire une petite statue de saint Antoine de Padoue ; elle devait être placée dans le parloir du collège, et signifier au Thaumaturge la mission à lui confiée de trouver les fonds qui manquaient. Cette statue fut bénite, puis installée solennellement à l'est de la porte principale d'entrée, le 17 janvier. M. le Supérieur, l'abbé Dominique Pelletier, aujourd'hui curé de Saint- Antoine de Bienville, prononça le panégyrique du saint ; il fit voir comment saint Antoine avait tout sacrifié pour Dieu, et comment en retour Dieu fit de lui un admirable apôtre et thaumaturge. Il annonça que de même que l'on avait placé sous la protection de saint Joseph l'aile nord du Séminaire, toujours protégée par la statue du Saint, de même l'on mettrait sous l'aimable protection de saint Antoine l'aile projetée, si on réussissait à la construire, après en avoir trouvé les moyens.

Les moyens furent trouvés, et le 19 juin 1901 les fondation furent commencées. L'année suivante 1902 l'aile était

construite, et le 20 novembre, à 10 heures du matin, la statue du Thaumaturge était installée au sommet du bel édifice. A 10.30 heures, les trois cloches de l'église paroissiale sonnaient en l'honneur de saint Antoine, par une aimable gracieuseté du curé, M. l'abbé Fraser, qui voulait s'associer à la joie du Séminaire.

La statue, haute de dix pieds, est en bois recouvert de plomb doré ; ajoutons qu'elle est un don de Mgr Gauvreau. Elle fut bénite, ainsi que l'aile nouvelle, le 28 décembre suivant, par M. Miville, alors supérieur du Collège, qui dans un beau discours redit la reconnaissance que l'on devait à saint Antoine, gardien du nouveau bâtiment. On chanta le Magnificat à pleine voix et l'hymne Iste confessor, puis on se rendit à la chapelle, où la cérémonie se clôtura par le Salut du Très Saint Sacrement. (1)

Saint Antoine a presque un sanctuaire national au Canada. De Chicoutimi en effet le culte antonien rayonne depuis nombre d'années, et saint Antoine y possède, à l'Hôtel-Dieu, un autel qui est le centre d'une extensive dévotion. Il nous faut raconter par le menu le concours merveilleux de circonstances par lesquelles Chicoutimi est devenu célèbre dans l'histoire de la dévotion à saint Antoine au pays. M. l'abbé DeLamarre y fut l'ouvrier providentiel de cette dévotion.

En 1894, M. DeLamarre étant aumônier de l'Hôtel-Dieu de Saint-Vallier, à Chicoutimi, se rendit compte que des fillettes orphelines étaient exposées à se perdre en ville. Il pressa les Religieuses Hospitalières, déjà surchargées de

(1) Tous ces détails nous sont gracieusement fournis par une lettre du Supérieur actuel du Séminaire de Sainte- Anne, M. l'abbé Ludger Dumais, en date du 14 octobre 1909.

pauvres, il les força presque à recevoir ces enfants, à leur donner asile, s'engageant pour sa part à leur procurer, fûtce en se faisant quêteur, le couvert et le vêtement. Les enfants furent admises. Cependant l'aumônier cherchait comment il pourrait accomplir sa promesse, lorsque l'écrivain bien connu, Laure Conan, lui suggéra d'établir l'Œuvre du Pain de saint Antoine pour ces enfants. Mgr Labrecque, évêque de Chicoutimi, donna à M. DeLamarre les autorisations nécessaires. Comme celui-ci partait alors pour un séjour de quelques semaines aux Etats-Unis, il prévint les Hospitalières de garder les orphelines, en s'ou» vrant aux religieuses de son intention d'établir à son retour l'Œuvre du Pain en faveur de l'orphelinat naissant. Désirant un signe de saint Antoine, il confia au Thaumaturge que si, au retour de son voyage, il trouvait sa statue rendue à Chicoutimi, il considérerait comme lui étant agréable l'établissement de l'Œuvre du Pain. L'abbé DeLamarre n'avait soufflé mot à âme qui vive du signe demandé. Or, à son retour il trouva une statue de saint Antoine qui l'attendait. Il la fit bénir à la cathédrale et porter processionnellement à la chapelle de l'Hôtel-Dieu, où elle se trouve encore. M. DeLamarre expliqua du haut de la chaire de la cathédrale le fonctionnement de l'Œuvre du Pain. Aussitôt plusieurs personnes firent des promesses de pains, en retour de faveurs demandées, et que jusque là elles avaient vainement sollicitées. Ces faveurs leur furent accordées tout de suite, et en quelques mois la dévotion au Thaumaturge prit à Chicoutimi un essor merveilleux. L' Oiseau-Mouche, alors publié au Séminaire de Chicoutimi, porta l'événement à la connaissance de ses lecteurs, (i)

(i) Vol. Il, numéros 15, 16, 17, 21 etc.

Entre temps, M. DeLamarre déposa lui-même, dans le tronc des requêtes à saint Antoine, une promesse écrite, en vue d'obtenir certaines faveurs très importantes. Il s'engageait, s'il était exaucé, à faire une aumône, et surtout à propager la dévotion au Saint par tous les moyens qui s'offriraient à lui, et qu'il pourrait employer sans nuire aux occupations de son état, alors nombreuses.

Il fut exaucé le jour même qu'il fit cette promesse, et avec un ensemble de circonstances tel que M. DeLamarre y vit avec évidence l'intervention de saint Antoine. Dès là il se trouvait engagé par sa promesse, et c'est l'origine des nombreux travaux que depuis il a entrepris à la gloire du grand Thaumaturge.

En vue d'accomplir sa promesse il demanda, mais en vain, chez les libraires du Canada, de New- York et de Paris, un opuscule qui pût l'aider à faire connaître son céleste Protecteur et l'Œuvre du Pain. Il voulait le répandre à profusion. Ne trouvant pas ce qu'il désirait, et pressé de s'acquitter envers saint Antoine, il se mit à l'œuvre luimême pour rédiger quelques feuilles de propagande. D'une page à l'autre il arriva à écrire la Dévotion à saint Antoine, ouvrage qu'il dut signer, malgré les répugnances de sa modestie, sur l'ordre de son évêque. Le succès de librairie fut très grand, comme on en peut juger par les six éditions de cet ouvrage.

Cependant, de toutes parts arrivaient à M. DeLamarre des lettres lui demandant de publier des annales de la dévotion à saint Antoine. Le digne prêtre se crut lié par sa promesse et tenu à prendre ce nouveau moyen de faire connaître et aimer saint Antoine. L'évêque de Chicoutimi lui permit de commencer cette œuvre — la publication du Messager

de Saint Antoine — en dépit de ses fonctions de préfet des études et de professeur de théologie au Séminaire de Chicoutimi, et d'aumônier à l'Hôtel-Dieu. Le St. Anthony' s Messenger dût au même engagement d'être publié.

Dans le même temps, M. DeLamarre obtint des religieuses de l'Hôtel-Dieu d'ériger dans leur oratoire une chapelle latérale dédiée à saint Antoine. Les souscriptions affluèrent pour cette œuvre. Un autel en marbre — le premier autel en marbre de la région du Saguenay — y fut placé, et l'évêque le consacra. Le Séminaire, où M. DeLamarre était devenu supérieur, manquait de chapelle. Le supérieur promit encore à saint Antoine de lui dédier une chapelle latérale, s'il voulait lui-même bâtir une chapelle au Séminaire. Contre toute attente, la chapelle fut construite, comme monument à la mémoire du premier évêque de Chicoutimi, Mgr Dominique Racine, par des souscriptions du clergé et des fidèles de tout le diocèse, et le Séminaire n'eut pas à grever son budget pour cette construction. L'évêque ratifia la promesse du supérieur, et une chapelle latérale fut dédiée à saint Antoine. Toujours au moyen de souscriptions volontaires, M. DeLamarre y a fait placer un autel de marbre et un beau tableau, dû comme la peinture murale du sanctuaire antonien de l'Hôtel-Dieu, au pinceau de l'artiste Charles Huot.

Cependant, en 1902, il fallait bâtir un édifice pour loger les orphelines déjà nombreuses. Confiant en saint Antoine, M. DeLamarre insista'auprès des Hospitalières pour qu'elles commençassent les travaux, en dépit de leur manque absolu de ressources. M. DeLamarre, dans sa confiance, garantissait l'intérêt et l'amortissement de la dette de l'édifice ! Or, quelques semaines plus tard, le céleste trésorier de

là

pd

M. DeLamarre lui envoyait un généreux donateur, dont la libéralité assurait la construction de l'édifice, à la grande surprise de plusieurs, qui trouvaient l'entreprenant aumônier d'une imprudence incompréhensible- • •

Ce n'est pas tout.

En 1904, les Sœurs du Bon Conseil, qui avaient charge de la tenue ménagère du Séminaire, signifièrent aux autorités de la maison qu'elles étaient dans l'impossibilité de continuer cette œuvre. Il fallait donc se pourvoir de nouvelles religieuses. M. DeLamarre s'adressa sans succès à plusieurs communautés. En dernier ressort, saint Antoine, que le digne supérieur avait mis de la partie, comme du reste en tout ce qu'il entreprenait, l'amena, par un concours de circonstances admirables, à fonder lui-même une communauté de religieuses destinées à la tenue ménagère des Séminaires. Toujours en vertu de sa promesse de ne laisser perdre aucune occasion de glorifier saint Antoine et de propager sa dévotion, M. DeLamarre appela ces religieuses Sœurs de saint Antoine de Padoue, et les plaça sous le patronage du Thaumaturge. Le bon Saint n'avait-il pas été neuf mois à la cuisine de Monte-Paolo ?

Enfin, des statues de saint Antoine ont été placées dans presque toutes les églises du diocèse de Chicoutimi, et le Saint y jouit de la dévotion populaire, comme dans tout le Canada, et dans l'univers entier.

La chapelle de l'Hôtel-Dieu de Chicoutimi peut à bon droit être regardée comme l'un des principaux sanctuaires antoniens du pays, et peut-être comme le principal. Elle est aussi le centre de l'Association Universelle de saint Antoine, dont le siège est à Padoue. Au commencement de •de 1895, M. l'abbé DeLamarre reçut le diplôme d'Aide

[Adjutor] et de Directeur de l'Association Universelle pour l'Amérique du Nord. C'est grâce à lui que des milliers de fidèles au pays font partie de cette Association.

Plus récemment le zélé serviteur de saint Antoine a établi une nouvelle œuvre pour honorer son grand protecteur. Il s'agit de la consécration des petits enfants à saint Antoine. Les parents lui envoient à l'avance les noms des enfants qu'ils désirent consacrer au bon Saint, et la consécration a lieu le 3' dimanche de chaque mois, dans le sanctuaire de Saint Antoine. Les noms des enfants sont ensuite envoyés à Padoue, où ils sont placés au tombeau du Thaumaturge.

L'église de Louiseville est également un foyer de dévotion à saint Antoine.

Louiseville ou la Rivière-du-Loup, comme l'on disait jadis, a été fondé et desservi par les Récollets, ce qui explique que saint Antoine soit le titulaire de l'église paroissiale. L'église actuelle date de 1804. Sur la façade, au-dessus du portail, dans une niche, est une statue du saint Patron, en bois grossièrement taillé. Depuis quand est-elle là ? Probablement depuis la construction de la nouvelle église. Vientelle des Récollets ? C'est fort probable ; cependant le curé n'a pu nous renseigner sur ce point.

M. le chanoine Tessier devint curé de Louiseville en 1890. A son arrivée il reconnut que saint Antoine n'était guère en honneur dans sa paroisse. Il voulut relever son culte et propager sa dévotion. Il en parla aux fidèles, qui s'en montrèrent fort heureux.

Mais laissons-le parler lui-même dans une lettre qu'il nous écrivait à la date du 2 juin 1909.

• • • " Dès mon arrivée, j'ai commencé à parler un peu de

saint Antoine, et j'ai constaté tout de suite que cette dévotion plaisait à tous les paroissiens. Nous nous sommes procuré une statue du grand Thaumaturge, que nous avons fait installer solennellement dans l'église, par feu Mgr Laflèche ; et depuis cette dévotion ne fait que s'accroître de plus en plus.

'' Quelques années plus tard nous avons établi régulièrement et canoniquement une neuvaine solennelle en l'honneur de saint Antoine, et nous avons obtenu de grands privilèges en faveur de ceux qui suivent les exercices de cette neuvaine, en vertu d'un Rescrit pontifical in perpetuum, en date du 21 avril 1896, donné par Sa Sainteté Notre Saint Père le Pape Léon XIII.

" Nous avons aussi un beau mandement de Mgr Laflèche, établissant cette neuvaine. Nous avons eu aussi le bonheur d'obtenir des Reliques de saint Antoine, un petit morceau des os de saint Antoine, du Révérend Père Antoine Guglielmi, Min. Conv., Recteur de la Basilique de Saint Antoine à Padoue • • • »

Nous regrettons de ne pouvoir, à cause de leur longueur, reproduire ici in-extenso tous les documents dont parle M. le Curé. Disons seulement que par son diplôme Mgr Laflèche établit la neuvaine de saint Antoine de façon on ne peut plus solennelle. Il doit y avoir exercices publics deux fois le jour, avec une messe de saint Antoine, solennelle si l'on veut, et prédication tous les jours. Le jour de la fête du titulaire la messe doit être chantée sous le rit double de première classe. Le Te Deum clôture la fête.

Par le dispositif 4* de son mandement l'évêque souhaite vivement "que le dernier jour de cette neuvaine, qui sera toujours celui de la fête de leur saint Patron, les fidèles de

la ville et de la paroisse de Saint-Antoine considèrent ce jour comme étant le jour du Seigneur et qu'ils l'observent religieusement comme jour de fête d'obligation, en s'abstenant d'œuvres serviles et en vaquant uniquement aux œuvres de prière et de sanctification, ainsi que cela se pratique avec édification, depuis de nombreuses années, chez leurs voisins, les pieux habitants de Sainte-Anne d'Yamachiche. "

De fait, depuis lors la fête de saint Antoine est chômée, à Louiseville, à l'égal des dimanches et des grandes fêtes d'obligation.

Une indulgence plénière peut être gagnée au cours de la neuvaine, et une indulgence partielle de sept ans et sept quarantaines pour tous les jours de l'année, une fois le jour, à perpétuité, par tous ceux qui visitent l'église de Saint- Antoine de la Rivière-du-Loup. (i)

Ce n'est pas tout.

Léon XIII, par ce même rescript, accorde aux prêtres qui célèbrent dans l'église de Louiseville durant la neuvaine une faveur vraiment extraordinaire. Ces prêtres peuvent dire la messe du saint Titulaire, telle qu'elle se trouve au missel. Ces messe?, lues ou chantées, sont célébrées, non pas more votivo, mais comme au jour de la fête de saint Antoine, c'est-à-dire avec Gloria et Credo, et sans aucune mémoire. Elles peuvent être aussi célébrées tous les jours de la neuvaine, excepté les fêtes de première et de deuxième classe. Cette faveur est aussi accordée à perpétuité.

L'église de Louiseville a le bonheur de posséder la pre-

(i) Rescript pontifical du 21 avril 1S96. L'original en est conservé aux archives de l'évêché des Trois-Rivières.

mière relique de saint Antoine qui ait été expédiée de Padoue. Le fait est consigné dans la lettre du R. P. Guglielmini accompagnant cet envoi adressé à l'évêque des Trois- Rivières pour l'église de Louiseville. Nous citons cette lettre presque en entier :

" Padova, le 13 août 1895 " Excellence Révérendissime.

' C'est bien consolant pour moi de voir que des parties les plus lointaines du monde, on m'annonce la dévotion très- vive envers saint Antoine de Padoue, dévotion qui, loin de se ralentir avec le temps, prend sans cesse une vie et une forme nouvelles. Oh ! que j'ai été consolé en lisant dans la lettre vénérée de V. E. que son diocèse a déjà le beau sort de posséder un sanctuaire dédié à ce grand thaumaturge, où accourent les fidèles de tous les pays d'alentour.

" Le zèle de V. E. désireux de promouvoir et d'augmenter cette dévotion, a recours à moi pour avoir une relique des os du grand Saint. Je suis heureux d'annoncer à V. E. que maintenant je suis à même de réaliser son désir. Je m'explique. Jusqu'à ces derniers jours, j'étais contraint de répondre à tout le monde, même à des évêques, d'une manière absolument négative. Très-peiné de devoir en agir de la sorte, pour l'amour de saint Antoine, et pour contenter au moins quelques-uns d'entre ses dévots, je me donnai des mains et des pieds en n'épargnant ni fatigues, ni dépenses, ni voyages, et je réussis enfin à posséder ici un petit morceau d'un os du Saint, conservé depuis les premiers siècles de l'Ordre, dans notre Sacro Convento d'Assise, n'étant

absolument pas possible de toucher à ceux que l'on garde ici dans divers reliquaires de ce trésor sacré.

" Pour y réussir à Assise, que V. E. sache qu'il n'a fallu pas moins d'une permission toute spéciale du Souverain Pontife, par un décret de la S. C. d'après le vote favorable du Ponent, et avec toutes les formalités d'un véritable Procès.

" C'est avec un véritable plaisir que j'envoie pour la première fois à Votre Excellence une parcelle de ce morceau d'os, qui m'a été remis à Assise il y a peu de semaines. J'auvais voulu la placer plus convenablement dans un petit reliquaire ; mais comment risquer de confier à la poste de pareils objets ?• • •

" Avec le plus profond respect etc. Fr. Antoine Guglielmi, Min. Conv., Recteur de la Basilique. " (i)

Une autre paroisse qui mérite une mention spéciale pour son amour envers saint Antoine et pour la protection que le Thaumaturge s'est plu à lui accorder, c'est Saint- Antoine-de-Pontbriand. Saint Antoine a pour ainsi dire présidé à la fondation de cette jeune paroisse.

Lorsqu'au début de 1896, les quelque trente familles qui habitaient l'extrémité Nord du canton de Thetford, comté de Mégantic, voulurent fonder une paroisse, c'est sous la protection de saint Antoine qu'ils se placèrent pour atteindre leur but. Ils furent du reste admirablement secondés par leur digne curé, M. l'abbé L.-G. Auclair, alors curé au Saint-Cœur de Marie, aujourd'hui curé à Saint-Jean-Chrystôme, comté de Lévis.

(1) L'original est aux Archives de l'évêché des Trois- Rivières. Une copie authentiquée se trouve aux archives de la paroisse de Louiseville.

ET LES CANADIENS-FRANÇAIS Si

Il semblait impossible de fonder une paroisse dans ces parages, et l'on dut d'abord se contenter d'une mission chaque mois. Mais la foi des gens était grande, et leur confiance en saint Antoine plus grande encore.

De concert avec leur curé — qui était leur missionnaire desservant — ils demandèrent, le 18 février 1896, au Grand Vicaire de Québec, Mgr Marois, de bien vouloir donner saint Antoine de Padoue comme titulaire à cette jeune mission. Mgr Marois répondit le 25 février : " • • • Sa Grandeur Mgr l'Administrateur [Mgr Bégin] ne croit pas le temps venu de donner officiellement un patron à cette mission ; ce sera pour un peu plus tard, lorsque la décision sera prise d'y fixer le centre d'une future paroisse. Rien n'empêche que vous favorisiez la dévotion à saint Antoine de Padoue dans le but de l'obtenir pour titulaire et de touver les moyens nécessaires pour le faire honorer dans un sanctuaire convenable qui sera érigé à la gloire de Dieu-. "

La confiance en saint Antoine redouble dans le cœur des braves et pauvres colons. On lui achète une statue que l'on fait bénir solennellement ; les aumônes arrivent de toutes parts en l'honneur du Thaumaturge, et l'on décide de lui construire une chapelle de 60 pieds par 42. Les travaux sont commencés dès le printemps de 1896, en avril.

Alors, on fait de nouvelles instances auprès de Mgr l'Administrateur, pour obtenir, d'une manière officielle, saint Antoine de Padoue comme patron et titulaire de la paroisse. Enfin, le 27 avril 1896, Mgr Bégin écrit à M. l'abbé Auclair : " J'accède volontiers au désir qu'ont vos gens de mettre leur mission sous le patronage de saint Antoine de Padoue. Mais comme il y a déjà Saint-Antoine-de-Tilly, Saint-

82 SAINT ANTOINE DE PADOtJË

Antoine-de-Bienville et autres Saint-Antoine, il faudrait, pour éviter la confusion, faire donner au bureau de poste à la localité de la chapelle un nom civil qui pût vous distinguer des autres, comme par exemple Pontbriand, nom d'un ancien évêque de Québec. Vous auriez ainsi Saint- Antoine-de-Pontbriand. "

C'est ce nom qui a prévalu et que porte aujourd'hui avec orgueil la nouvelle paroisse.

A la même date du 27 avril 1896, Mgr l'Administrateur écrivait encore à M. Auclair : "J'apprends avec plaisir que vous êtes déjà à l'œuvre et que vous commencerez aujourd'hui même les fondations de la chapelle de la mission dans le sud-est de votre paroisse.

1 Je vois que la visite régulière du prêtre fera un grand bien dans cet endroit éloigné de tout centre religieux. Je bénis donc de tout cœur cette nouvelle mission ; je bénis l'entreprise de la construction de cette chapelle ; •• • je bénis le missionnaire qui procure de si grands avantages à ces fidèles dispersés dans les montagnes, et privés de secours spirituels- • • Vous désirez obtenir pour titulaire de la chapelle saint Antoine de Padoue, dont la puissance se manifeste en notre temps d'une manière si exceptionnelle, si miraculeuse, et qui vous a aidé à mettre en bonne voie l'avenir de votre mission. C'est un témoignage de reconnaissance qu'il faut donner à ce Saint si populaire, et je règle volontiers qu'il sera le titulaire de la chapelle. " (1)

La chapelle fut construite, mais dans l'intention du missionnaire et même de l'Archevêque, cette mission devait rester longtemps encore, toujours peut-être, sans prêtre

(1) Archives de la paroisse de Saint-Antoine-de-Porttbriand.

résident. Cependant, les trente familles delà mission ne perdaient pas de vue que saint Antoine voulait une paroisse, et ils redoublèrent d'instances auprès de leur céleste protecteur. Ils firent si bien qu'après deux ans à peine, contre l'attente de tous les curés voisins et à la surprise générale, un curé résident y était nommé, M. l'abbé O.-C. Dupuis, et celui-ci venait prendre possession de la chapelle et donner une nouvelle impulsion à la dévotion envers le puissant protecteur de la mission.

M. Dupuis fit agrandir de quinze pieds la chapelle et construisit une sacristie et un presbytère. Deux ans plus tard il était remplacé par M. l'abbé T. Houle, qui fit construire un nouveau presbytère, plus convenable. Enfin, six ans plus tard, M. Houle était remplacé par M. l'abbé François-Ph. Lamontagne. Celui-ci fit bâtir un très beau clocher et termina l'intérieur de l'église et de la sacristie.

La jeune paroisse de Saint-Antoine, après dix ans d'existence, compte 160 familles, lorsqu'elle n'en avait que 30 à ses débuts ; elle est dans la voie du progrès matériel, et plus encore du progrès spirituel. Les paroissiens n'ont pas oublié ce qu'ils doivent à saint Antoine, pour qui ils ont toujours une très vive dévotion.

C'est encore à saint Antoine que les premiers colons des Squattecks confièrent leur établissement. Voici le fait en quelques lignes.

Il y a quelque vingt ans, quelques explorateurs, en vue de fonder uue colonie dans l'intérieur de comté de Témiscouata, pénétrèrent jusqu'aux lacs Squattecks, où il y avait une famille du nom de Viel. Parmi ces hardis chercheurs de terres colonisables, se trouvaient deux ou trois prêtres. Ils célébrèrent le saint sacrifice dans la maison de Viel, et

séance tenante, d'un commun accord, l'on donna à cette région le nom de Saint-Antoine. Aujourd'hui, il y a là plus de vingt familles desservies par le curé de Cabano. Il n'y a pas de chapelle, et l'on y dit la messe dans l'unique école. L'endroit est en bonne voie de progrès.

Bien d'autres localités et un grand nombre d'institutions ou de sociétés se sont placées, surtout depuis une quinzaine d'années, sous le patronage de saint Antoine. Il serait bien intéressant de dire dans quelles circonstances, comme aussi de retracer l'histoire du culte dont jouit le grand Thaumaturge dans ces institutions, et les faveurs par lesquelles luimême s'est plu à payer de retour cette dévotion. Donnons seulement la nomenclature des institutions et des sociétés placées sous le vocable de saint Antoine que nous n'avons pas encore fait connaître. Ce sont:

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