DEUXIÈME PARTIE
En 1895, le pape Léon XIII recevait en audience un prêtre de Padoue.
— D'où êtes-vous ? demande Léon XIII au visiteur.
— De Padoue, Saint Père.
— De Padoue ? de Padoue ? s'écrie le Souverain Pontife. Quel bonheur ! mon fils, quel bonheur ! Aimez-vous beaucoup votre Saint, votre grand saint Antoine ?
— Ah ! Saint Père, si je l'aime !• • • Je suis né, j'ai grandi près de son tombeau, et j'ai le bonheur de porter son nom. Oui, oui, je l'aime.
— Ah ! mon fils, vous ne l'aimez pas encore assez ! Oui, il faut l'aimer, il faut le faire aimer. Je vous bénis, et tous les membres de son Association universelle ; ce n'est pas assez, en effet, qu'on l'aime à Padoue, il faut aussi qu'on l'aime dans tout l'univers.
Et il ajouta ces paroles remarquables: Saint Antoine, sachez-le bien, n'est pas seulement le Saint de Padoue, il est encore le Saint de tout l'univers.
Cette conversation fut dans le temps rapportée par toutes les revues antoniennes et par les revues pieuses.
Eh bien ! le désir du pape s'est réalisé : " Saint Antoine est le Saint de tout l'univers. . • Il faut qu'on l'aime dans tout l'univers. "
Depuis cette époque, en effet, saint Antoine a vu son culte se répandre jusque dans les parties les plus reculées de la terre, jusqu'en Chine, par exemple, où sa dévotion revêt les mêmes caractères qu'en Occident, et il a vu son culte s'accroître immensément là où il existait, — comme dans notre pays.
Y a-t-il un seul catholique dans notre Province qui de nos jours ne connaisse saint Antoine et sa puissance de thaumaturge ? Un seul qui ne connaisse l'Œuvre du Pain des Pauvres ? ... Et qui dira le nombre de ceux qui ont fait de saint Antoine "leur Saint " ? qui dira le nombre de ses clients, et le nombre de ceux qui tous les jours s'adressent à son intercession ?
Nous n'avons pas ici à rechercher les causes providentielles de ce réveil ou mieux de cet accroissement du culte de saint Antoine de nos jours. Nous constatons seulement que ce fait admirable doit correspondre à quelque dessein miséricordieux de la Providence, la conversion des pécheurs, le soulagement des pauvres et des nécessiteux, par l'infusion dans les cœurs d'une plus grande charité au moyen de l'Œuvre du Pain des Pauvres.
Ce qui en effet a le plus contribué à l'extension de la dévotion à saint Antoine à notre époque, c'a été l'institution de l'Œuvre du Pain. Cette œuvre merveilleuse, qui prit son essor en France, à Toulon, en 1892, était deux ans plus tard universellement connue et pratiquée. Aujourd'hui il n'y a
guère d'église et de chapelle, dans notre Province de Québec, qui n'ait sa statue du Thaumaturge avec ses deux troncs, l'un pour les requêtes et les promesses, l'autre pour les offrandes. Cette œuvre s'est établie au pays avec la bénédiction des évêques, qui l'ont tous encouragée en maintes circonstances et par leurs paroles et par des circulaires.
Il faudrait un volume pour raconter les circonstances souvent merveilleuses qui ont amené, accompagné et suivi l'établissement de l'Œuvre du Pain dans chaque localité. Cela dépasse le cadre de cette notice. Bornons-nous à signaler son établissement à l'Hôpital Saint-Joseph des Trois- Rivières, qui fut le berceau de l'Œuvre dans tout le diocèse.
Au mois de janvier 1895, le R. P. Frédéric, O. F. M., que nos populations connaissent bien, suggérait à un citoyen des Trôis-Rivières, M. Gédéon Désilets, syndic apostolique des Franciscains de cette ville, d'offrir à l'évêque du diocèse, Mgr La flèche, une statue de saint Antoine de Padoue, pour établir parmi les Trifluviens l'Œuvre du Pain des Pauvres. M. Désilets accueillit la suggestion avec empressement, heureux d'attirer par là sur sa famille les bénédictions du Ciel.
L'Hôpital Saint-Joseph était tout désigné pour être dans le diocèse le berceau de cette œuvre destinée au soulagement de toutes les misères. La statue, placée dans la chapelle de l'Hôpital, fut bénite par Mgr Laflèche le 24 mars 1895, jour désigné par l'évêque pour l'établissement régulier de l'Œuvre du Pain dans tout son diocèse.
L'Œuvre était à peine établie et déjà les demandes écrites s'accumulaient au pied de la statue de saint Antoine. Sa Grandeur Mgr Laflèche fut l'un des premiers à faire cet
acte de foi en la puissance du grand protecteur des pauvres. Dès le 27 mars, trois jours après la bénédiction de la statue, on constata que trente-huit billets avaient déjà été déposés dans le tronc des demandes. Le 24 mai, soit deux mois après l'établissement de l'Œuvre, saint Antoine avait reçu quatre cent quarante-trois demandes de faveurs spéciales.
La dévotion publique des Treize mardis, avec prédication, fut aussi instituée à l'Hôpital des Trois-Rivières, en 1897. Comme mémorial des premiers exercices des Treize mardis, une pieuse dame des Trois-Rivières fit placer dans la chapelle de l'Hôpital une tablette murale en marbre, sur laquelle sont gravées en lettres d'or les paroles du Bref. (1)
Une neuvaine publique préparatoire à la fête du Saint fut aussi établie à l'Hôpital.
En 1902, à l'occasion de la clôture de la neuvaine, on demanda à tous les dévots de saint Antoine d'apporter chacun un pain et de le déposer au pied de la statue. On vit aussitôt s'élever une vraie pyramide de pains aux pieds du Saint. Dès la veille de la clôture de la neuvaine on en comptait plus de trois cents. On apporta en outre deux cents bons de pains.
M. l'abbé Joseph Caron, aujourd'hui curé de la Pointedu-Lac, était alors chapelain de l'Hôpital Saint-Joseph. Il eut une grande part dans le succès de l'Œuvre du Pain. II en écrivit l'histoire jusqu'en 1898, avec le récit de nombreu-
(1) Le dessin fut tracé gratuitement « pro Antonio» par M. John Bourgeois, et l'exécution en fut faite par M. Lacroix, ouvrier marbrier, tous deux des Ti ois- Rivières.
ses faveurs obtenues par l'intercession de saint Antoine à l'Hôpital des Trois-Rivières. (i)
Nous avons signalé plus haut la dévotion des Treize mardis, établie à l'Hôpital Saint-Joseph. Comme on le pense bien, les Pères Franciscains n'ont pas négligé d'établir eux aussi dans leurs églises les exercices publics des Treize mardis, avec prédication. A Montréal, ces exercices sont faits en français et en anglais, et sont assidûment suivis par les dévots de saint Antoine, particulièrement par les fidèles de langue anglaise. La fête de saint Antoine dans nos églises est célébrée avec la plus grande solennité, et la charmante cérémonie de la bénédiction des lys entasse des monceaux de ces fleurs devant la statue du Saint.
Depuis 1894, tous les mardis, dans notre église de Montréal, le Saint Sacrement est exposé l'après-midi en l'honneur de saint Antoine, et l'adoration est faite par les sœurs tertiaires.
Notre couvent de Montréal est également, depuis 1895, le siège secondaire pour le Canada de la Pieuse Union en l'honneur de saint Antoine, établie dans notre couvent de Saint-Antoine à Rome, en 1894. Le registre de la Pieuse Union tenu à Montréal accuse de 1895 à 1908, inclusivement, 23,313 inscriptions. Il est probable qu'un certain nombre de noms ont en outre été envoyés directement à Rome, au siège principal de l'Union.
La Pieuse Union est différente de l'Asssociation universelle, dont nous parlerons plus loin.
L'on voit que nos églises franciscaines, sont, comme il
(1) Ce dossier est contenu dans un registre portant en titre «Œuvre de Saint Antoine», mesurant en pouces I2"4 x f^. Il contient 72 pages manuscrites, et 128 vides ; il est conservé aux archives de l'Hôpital des Trois-Rivières.
est juste, des foyers de dévotion à saint Antoine. Ce ne sont pas les seules. Il nous faut mentionner spécialement, et avec l'étendue nécessaire, le Séminaire de Saint-Hyacinthe, l'Hôtel-Dieu de Saint-Vallier de Chicoutimi et la paroisse de Louiseville.
Le Séminaire de Saint-Hyacinthe, anciennement Collège de Saint-Antoine, fut fondé en 1809 par Messire Antoine Girouard, en son presbytère de la paroisse de Saint-Hyacinthe. Le premier collège fut terminé en 1816 [c'est ce qu'on a depuis appelé le " vieux collège ", incendié en 1854], bâti sur le terrain maintenant occupé par la cathédrale, l'évêché et ses jardins. En 1836, la loi civile reconnaissait l'existence légale du Séminaire de Saint-Hyacinthe. Cependant le nom de " Collège de Saint- Antoine " apparaît encore souvent. En 1850, on commença la construction du séminaire actuel, dans lequel on entra en 1853.
L'érection canonique du Séminaire eut lieu en 1842, par mandement de Mgr Bourget, daté du 13 juin, fête de saint Antoine. Nous extrayons de ce document les passages suivants :
" 5#- • • Nous donnons au nouveau Séminaire pour premier patron saint Antoine, confesseur, dont l'Eglise célèbre la fête le treize juin, et pour second patron, saint Louis de Gonzague — Le premier titulaire [de la chapelle, — le Mystère de la Purification de la B. V. M.] et le premier patron seront doubles de première classe avec octave ■ • •
"6*- • • Nous le mettons [le Séminaire] sous la protection spéciale de saint Antoine et de saint Louis de Gonzague, pour que leur puissante intercession obtienne à tous les élèves de ce Séminaire la grâce de passer les plus belles années
de leur vie dans l'innocence, afin de pouvoir dans l'âge mûr travailler à la gloire du Seigneur dans l'état où il les appellera • • •
"Sera notre présent Mandement lu et publié en ce jour à la messe solennelle que Nous allons célébrer dans la chapelle du dit Séminaire en l'honneur de saint Antoine, et ensuite enregistré dans le livre des délibérations de la Corporation de ce Séminaire- • . "
En 1843, le 12 mars, par l'entremise de la Sacrée Congrégation de la Propagande, les prêtres du Séminaire de Saint- Hyacinthe obtiennent du Saint-Siège le privilège de réciter selon le Propre des Franciscains, l'office de la fête et de l'octave de saint Antoine, Patron du Séminaire.
Le Patronage de saint Antoine n'ayant pas été établi selon les formes liturgiques, plus tard on eut scrupule de faire V octave de cette fête — octave que les suppliants de 1843 croyaient permise, d'après les dispositions du mandement d'institution canonique cité plus haut, — comme ils supposaient conforme au droit, d'après la même ordonnance épiscopale, la célébration de la fête elle-même sous iin rite supérieur à celui qui est assigné au calendrier général. On demanda donc et on obtint, le 23 juin 1870, de la Sacrée Congrégation des Rites, la faculté de faire, sous la -rite double de première classe avec octave, l'office de saint Antoine, " Patron du Séminaire et Titulaire de la chapelle du même Séminaire. "
Plus tard, nouveaux doutes portant à la fois sur les deux induits de 1843 et de 1870, parce que la concession de l'un et de l'autre paraissait reposer sur l'hypothèse, alléguée par les suppliants de 1843 et de 1870, du patronage liturgique <le saint Antoine. Or, les formes du droit n'avaient pas été
observées pour donner à ce patronage le caractère et les droits liturgiques. D'où, le 19 mars 1895, nouvelle supplique au Saint-Siège, par l'évêque de Saint-Hyacinthe. Après avoir fait l'historique des précédentes concessions [de 1843 et de 1870] tel qu'exposé plus haut, ce document expose les nouvelles demandes. Nous citons en entier :
"C'est pourquoi les prêtres du dit séminaire de Saint- Hyacinthe, conjointement avec l'évêque soussigné, leur Supérieur majeur, pour mettre fin à tous ces doutes ; pour affermir et faire grandir encore la dévotion presque séculaire de leur Maison à saint Antoine de Padoue, qui en a toujours été réputé le Patron ; pour assurer à eux-mêmes et à leur œuvre la protection toute spéciale du saint Thaumaturge — osent supplier instamment votre sainteté de daigner :
" 1. Confirmer l'élection qu'ils font autant que requis par le droit, de saint Antoine de Padoue, comme Patron de leur Maison :
' 2. Déclarer le même Saint Titulaire de la chapelle publique du même établissement : laquelle chapelle a reçu les bénédictions solennelles de l'Eglise, — que les traditions du Séminaire croient avoir été placée sous le vocable de saint Antoine de Padoue, — mais dont le Titulaire n'est mentionné dans aucun document officiel ;
"3. Valider, autant que besoin, les concessions antérieurement faites par la bienveillance apostolique : à savoir que la fête de saint Antoine de Padoue soit célébrée sous le rite double de première classe avec octave et que tous les ecclésiastiques tenus au bréviaire et demeurant au séminaire susnommé en récitent l'office de fête et d'octave selon le Pro~ pre de V Ordre Séraphique ;
"4. Etendre cette dernière concession : A) à la récitation:
ET LES CANADIENS-FRANÇAIS 6î
du suffrage au Bréviaire (les rubriques le demandant) selon le même office propre des Franciscains, pour tous ces mêmes ecclésiastiques du Séminaire tenus à l'office divin ; B) à la célébration de la messe aussi selon le Propre de l'Ordre de Saint François, pour tous les prêtres offrant le saint sacrifice en la fête du patronage, " intra muros Seminarii."
Le 30 avril suivant, le Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande [Cardinal Ledochowski] faisait droit à cette supplique, sauf pour le dernier point qui regarde la célébration de la messe propre des Franciscains pour tous les prêtres, même pour ceux qui étaient étrangers au Séminaire. (1) Or ce point, qui était alors un privilège, est devenu l'année suivante, pour tout l'univers, de droit commun. Tout prêtre en effet est maintenant tenu de réciter la messe selon l'ordo de l'église ou de la chapelle publique où il célèbre. [Décret du 22 mai 1896] .
Le 18 mai 1895, Mgr Moreau, transmettant à M. le chanoine Dumesnil, supérieur du Séminaire, la réponse de la S. C. de la Propagande, la faisait accompagner de la lettre suivante, qui résume la teneur de la réponse de la S. C. :
" Je suis heureux de vous transmettre avec la présente la copie d'une lettre de son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande, qui m'informe que les Rescrits Apostoliques dont le Séminaire a été gratifié il y déjà assez longtemps, au sujet de la fête et de l'office de saint Antoine de Padoue, conservent leur valeur et que vous pouvez en bénéficier actuellement. Son Eminence fait remarquer que les procédures voulues pour la nomination des Patrons de diocèse,
(1) « Ceterum hsec S. Congregratio non censuit opportunum concedere expetitam extensionem memoratorum privilegiorum sed gaudeat Seminarium favoribus jam impetraiis. "
de ville, ne sont pas requises pour l'élection des Patrons de Séminaire. Je crois devoir accompagner cette lettre de l'Éminentissime Préfet d'un document pastoral que j'adresse à tout le personnel du Séminaire sur cet incident providentiel qui va rehausser de beaucoup le culte de saint Antoine dans votre maison ; ce qui lui sera sans aucun doute la source d'inépuisables bienfaits célestes.
"Je présume que vous commencerez à bénéficier des Induits apostoliques à la fête de votre Bienheureux Patron, le 15 juin prochain, où elle est transférée à raison de la Fête-Dieu qui tombe cette année le 13 juin. A compter de ce jour-là, pour le présent et pour l'avenir, tous ceux qui demeureront au Séminaire et qui seront tenus au bréviaire, devront réciter l'office divin pour la fête de saint Antoine de Padoue comme il est réglé dans les Induits du Saint-Siège pour votre maison. "
La lettre pastorale promise par Mgr l'évêque de Saint- Hyacinthe, et qui fut effectivement adressée "Au Supérieur et aux Directeurs, aux Séminaristes et élèves du Séminaire, "est un magnifique document à la gloire de saint Antoine. Elle met en relief la dévotion de l'évêque et du Séminaire au grand Thaumaturge franciscain. Nous en citons quelques passages :
" En ces derniers temps, vous avez voulu entrer dans le mouvement mystérieux qui fait revivre, dans une intensité de gloire étonnante, le jeune Saint Thaumaturge. Cette pieuse pensée vous est donc venue que la mise en vigueur de vos privilèges apostoliques contribuerait à glorifier davantage saint Antoine dans cette maison qui l'honora toujours d'un culte si fidèle ; vous Nous adressâtes à cette fin une supplique que Nous Nous empressâmes de transmettre
au Saint-Siège, avec notre instante prière de l'exaucer.
" Une lettre, que nous recevons de Son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande, vient de lever tous les doutes, en reconnaissant saint Antoine comme dûment institué Patron du Séminaire de Saint-Hyacinthe- et en déclarant que vous pouvez, conformément aux Rescrits précités : i* célébrer la fête de saint Antoine de Padoue sous le rite double de première classe avec Octave ; 2° faire usage, dans la célébration de cette fête et de cette octave, de la Liturgie propre de l'Ordre séraphique.
44 C'est cette reconnaissance authentique du patronage de saint Antoine sur votre Maison, et l'inauguration de son culte selon le propre de la Liturgie franciscaine, que Nous venons célébrer avec vous. Nous venons nous réjouir avec vous de cet événement, qui grandira l'ardeur de votre piété envers votre aimable Patron, et assurera aussi à votre chère Institution les faveurs également grandes de son patronage.
"Nous ne doutons pas en effet, N. T. C. F., que ce jugement du Saint-Siège — promulgué par les présentes — ne soit accueilli de vous tous avec une pieuse et joyeuse reconnaissance ; car Nous savons quelle dévotion a toujours honoré saint Antoine de Padoue dans les tradictions de votre Maison.
'*... Nous aimons à le penser avec vous, le patronage de saint Antoine fut un des puissants facteurs de cette prospérité qui fait du Séminaire de Saint-Hyacinthe une institution si utile à l'Eglise, et si honorable à notre pays ! "
La lettre pastorale exalte ensuite dans Antoine la science et la sainteté ; elle étudie le mystère providentiel de la recrudescence de la dévotion à saint Antoine en ces derniers temps. L'année 1895 étant le vu* centenaire de la
naissance du Saint, l'évêque voit dans la restauration du culte du grand Thaumaturge au Séminaire en cet anniversaire " une source féconde de bénédictions. " Il exhorte à l'imitation du saint Patron, et termine en lui consacrant tout le personnel du Séminaire — professeurs et élèves, et en adressant au Saint une ardente prière, lui promettant qu'en retour il sera " toujours honoré, dans cette Institution, d'un culte spécial de reconnaissance et d'amour. "
" Sera la présente lettre lue, le quinze juin prochain, jour où se célébrera, cette année, la fête de saint Antoine, à toute la communauté réunie dans la chapelle du Séminaire pour la messe principale de cette Fête. "
Cette lettre est du 20 mai 1895.
Depuis cette date le culte de saint Antoine est particulièrement en honneur, et sa fête revêt un grand éclat au Séminaire de Saint-Hyacinthe. Avant 1895 comme depuis, il y a toujours eu en la fête patronale [précédée d'une neuvaine] messe solennelle et panégyrique ; toujours les élèves ont récité à la prière du soir le Si quœris. Mais en plus, depuis 1895, chaque mardi de l'année, à la messe de la communauté, les élèves chantent une hymne de l'office du saint Patron ou un cantique en son honneur. La vie de saint Antoine leur est lue chaque année. Le jour de la fête, il y a messe et vêpres solennelles, panégyrique, vénération de la relique et bénédiction solennelle du T. S. Sacrement. Toute la communauté se fait un devoir de s'approcher des sacrements. Les chants sont préparés avec soin, l'église est décorée magnifiquement, le drapeau de la maison flotte au haut de la tour, invitant à la joie et à la reconnaissance.
Quant aux dévotions particulières parmi les élèves, elles sont constantes. Vocations, examens, santés, etc., sont sans
Telâche l'objet de prières et de neuvaines au saint Patron. Souvent même des neuvaines avec la relique exposée ont été faites à ces fins.
Notons que le jour de la fête de saint Antoine les finissants se rendent, après la grand'messe, chez M. le Supérieur, et lui communiquent la vocation qu'ils vont embrasser.
C'est probablement au Séminaire de Saint-Hyacinthe que se trouve la plus nombreuse collection de peintures antoniennes au pays. La voûte du chœur est couverte de ces peintures et de ces fresques, qui débordent même dans nef. Elles ont été exécutées en plusieurs fois. Il y en avait quelques-unes avant 1895 [peut-être depuis 1884, la chapelle actuelle datant de cette époque] ; plusieurs ont été ajoutées depuis 1895, e* il en manque encore quelques-unes pour compléter le plan d'ornementation du sanctuaire. Une partie des peintures et toutes les fresques ont pour auteur M. Rousseau ; le reste des peintures est dû au pinceau de M. Saint-Hilaire, tous deux artistes canadiens. (1) Des textes tirés de l'office du saint Patron ornent également la voûte et les murs de la chapelle.
Dernièrement, le vieux maître-autel en bois de la cha-
(1) Voici les sujets de ces peintures :
ïl Saint Antoine devant le tyran Eccelino.