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qu'il yaà faire. En considérant une situation, ils n'oublient qu’une chose : la gloire qui poussera sous leurs pas et dont l’humilité Jeur dérobe la périlleuse et trop humaine perspective, Il est donc permis de croire qu’Antoine ne soupçonna pas ce que Padoue lui réservait. Il rendra à cette malheureuse cité le véritable Evangile, obscurci par l'hérésie : il fera refleurir là pureté de ses mœurs : il rétablira la paix parmi les citoyens divisés : il exercera une influence salutaire sur ses destinées politiques, et la préservera des maux prêts à fondre sur elle. Après avoir été son apôtre, !l deviendra le plus illustre de ses enfants. Padoue portera son nom dans les fastes de l'Ordre des Frères-Mineurs. Padoue lui donnera le sien. C’est avec ce baptême de reconnaissance et d'amour que sa mémoire arrivera jusqu’à la-postérité la plus reculée. Enfin il aura sa tombe à côté de son second berceau : mort, Ü vivra dans la gloire que lui assurera sa patrie adoptive. Mais Antoine n’avait pas de pareilles préoccupations. En regardant Padoue, il songeait aux ravages que les sectaires avaient produits dans son sein, Alors ses entrailles tressaillirent : son cœur se déploya sur elle, comme pour ramasser ses enfants égarés et les réchauffer au foyer de la charité de Jésus-Christ. Il franchit ses portes avec simplicité: le moment venu, il Quvrit sa station, en priant le ciel de la bénir,
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Le moment ne se fit pas attendre longtemps : dès le début le Bienheureux fascina son auditoire. Le concours était immense : on venait de tous côtés avec empressement, et on recueillait avec avidité sa parole éloquente, “Chose digne d’admiration, écrit l’Auteur anonyme, dans les rangs de ces masses humaines entassées dans le temple, on n’entendait pas une seule plainte; aucune trace de dissipation ; aucune parole déplacée ne gâtait la beauté de la scène. Les petits enfants faisaient comme tout le monde ; ils retenaient leurs vagisements, pour ne pas interrompre le prédicateur. On prêtait une oreille attentive ; on attachait les regards sur l’homme de Dieu ; on ne ressentait aucune lassitude, tant était grande ia dévotion avec laquelle on le suivait.” La parole d'Antoine sortait comme d'une fournaise ardente. C'était une merveille de voir comment il remuait ses auditeurs. Il pénétrait jusque dans la moëlle des âmes. Il produisait chez elles une émotion profonde, accompagnée de regret et de haine pour les faibiesses et les crimes de leur vie. A cette époque de foi naïve, les pécheurs donnaient un libre cours aux sentiments dont ils étaient agités intérieurement. ‘Ils se tournaient vers leurs voisins, et ils disaient à haute voix, en poussant des gémissements : Malheureux que je suis! jusqu’à ce jour, je n’avais
pas compris la laideur du péché. Si, je l'avais connue
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à coup sûr jamais je ne raurais commis. Alors ils s’exhortaient mutuellement à faire une bonne confession, à entreprendre de pieux pèlerinages par esprit de religion, à s'imposer des jeûnes rigoureux, à jours fixes, en l’honneur de la Mère de Dieu, et à accomplir d’autres œuvres de piété. En même temps ils versaient des torrents de larmes ; ils poussaient de longs soupirs ; ils frappaient leur poitrine à coups redoublés, avec une componction dont aucun récit ne saurait donner l’idée à ceux qui n’en furent pas les témoins.” Du reste ces démonstrations étaient sincères, car elles étaient suiv'25 des conversions es plus éclatantes. A la voix de l’apôtre, les haines héréditaires se calmaïent ; les citoyens divisés par les opinions politiques et par les préjugés de secte se réconciliaient, en se donnant le baiser de paix ; les portes des prisons s’ouvraient ; les malheureuses victimes de la loi ou des vengeances, . que l'esprit de parti rendait alors si fréquentes, recouvraient leur liberté. Les usuriers restituaient le bien mal acquis. Les créanciers renvoyaient les gages dont ils étaient les débiteurs ; ils remettaient les dettes de la veuve et de l’ornhelin. Dans tous ces arrangements, l’homme de Dieu était pris pour arbitre. Chacun s’en rapportait à son avis, avec une confiance illimitée, dont il profitait pour le bonheur général de la
cité. Cependant les hommes de mauvaise vie rougis-
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déserts. D’insignes voleurs et des brigands de grand chemin, laissaient leur abominable métier. C'est à cette époque qu'Antoine convertit ‘une’ bande de douze brigands. ‘“ L'an du Seigneur 1292, un vieillard rapporta à un Frère Mineur qu'il avait connu le bienheureux Antoine. — J'étais, dit-il, brigand de profession. Je faisais partie d’une bande de douze brigands comme moi; nous habitions dans les bois et nous détroussions tous les voyageurs qui passaient près de nous. Maïs ayant entendu parler de la réputation que le bienheureux Antoine s'était acquise dans ses prédications, nous résolûümes, tous les douze, de nous rendre au sermon, un certain jour, cachés sous un vêtement étranger. Nous ne pouvions pas croire aux récits, selon nous exagérés, des effets qu’il produisait ; car on le comparait à une torche ardente et on l’appelait un nouvel Elie, Un soir donc qu’il devait annoncer la parole de Dieu, nous nous miîmes en route pour l'entendre ; mais tandis que nous prêtions l'oreille aux accents qui sortaient de son âme enflammée, nous sentimes le regret de nos crimes s’éveiller dans nos cœurs. À la fin de son discours, notre componction était profonde. Les souvenirs de notre vie souillée de forfaits nous bouleversaient. Quand le bienheureux Père nous eut entendus l’un après l’autre en confes-
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sion, il nous défendit de continuer nos désordres. I} promit à ceux qui y renonceraient les joies du paradis {50 Il menaça ceux qui y persévèreraient des supplices deliRle l'enfer. Plusieurs violèrent leurs serments, et finirent all mal, comme le Bienheureux le leur avait prédit, Ceux V0 qui furent fidèles à leurs engagements, s’endormirent! dans la paix du Seigneur. — Le vieillard ajouta: le bienheureux Antoine nous avait donné pour pénitence de faire douze fois le pèlerinage au Tombeau des Saints Apôtres, c'est le douzième que j'accomplis au jourd'hui. — Tandis qu’il avançait dans ce touchantk récit, des torrents de larmes coulaient de ses yeux. Ii attendait, selon la promesse que le Bienheureux lui avait faite, la paix de la vie éternelle, après avoir ache: vé le cours de sa vie mortelle.”
Les succès qu’Antoine obtenait en chaire amenèrent au sacré tribunal une multitude énorme de pénitents de tout sexe, impatients de confesser leurs péchés. J1 avai
« de la peine à suffire à une pareille besogne. Il était aïdé par les Frères-Mineurs et par les prêtres séculiersi Fe
mais tous ensemble, ils succombaient à la tâche
‘Plusieurs, parmi ceux qui se présentaient pour obte nir le pardon, déclaraient qu'ils avaient reçu des aver ? 3 ;
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fsommeil, l'homme de Dieu leur avait apparu et qu'il leur avait dit: Levez-vous, Maïtin, levez-vous, Agnès ; allez trouver tel Père, et confessez-lui le péché que Lyous avez commis dans tel endroit, et que personne ne connaît, excepté Dieu.” vependant Dieu ne laissait pas les travaux de son serviteur sans récompense, À part les consolations Bintines dont il inondait son âme, il faisait éclater des miracles jusque dans le ministère obscur et sans écho du confessionnal. “Un jour le Bienheureux avait été plus éoquent encore qu’à l'ordinaire. Un homme de l'auditoire fut bouleversé par sa parole, Quand il se présenta pour accuser ses péchés, conformément au conseil qu’on lui avait donné, il poussa des soupirs si profonds, il avait dans la voix de tels sanglots, qu’il fut dans l'impuissance de proférer un seul mot. Alors le Bienheureux lui dit de mettre ses péchés par écrit, afin qu'il pût en prendre connaissance à la lecture. Le pénitent fit ce qu'on lui ordornait : mais quand ilhomme de Dieu eut le p£oier entre ses mains, l’écri- Bture avait disparu ; elle était aussi effacée que si jamais on n’y avait tracé aucun caractère.” Ce phéno-
Bimène avait une très-haute et très-douce signification.
D était pour le pénitent éploré la preuve que ses pé- Achés lui étaient pardonnés au ciel. Il avertissait
Blapôtre que sa peine n'était pas inutile, puisqu'il
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déterminait par sa parole des repentirs si efficaces, fÿ Mais l'esprit du mal était jaloux de tant de mer veilles, parce qu’elles affaiblissaient son empire. Enne. mi irréconciliable de toutes les bonnes entreprises, il essaya de détourner le saint homme Antoine de ses pieux desseins, dont le succès était déjà si avancé, en le tourmentant par des illusions nocturnes. ‘Ce qu je vai: raconter, écrit l’Auteur anonyme, n’est pas une fable : l’homme de Dieu le confia lui-même à un Frère pendant sa vie. Donc une nuit, pendant la sainte qua: rantaine, au commencement des travaux apostoliquesh auxquels nous avons vu que l’homme de Dieu s’étai | consacré, pour restaurer ses membres fatigués, il cher
chait un peu de repos dans quelques instants de son: meil, Mais voilà que tout à coup l’impur satan envahit sa cellule, et le saisissant à la gorge, il le serrait avec tant de violence, que si une force divine ne l'avait pail arrêté, Antoine aurait été très-certainement étranglé Aussitôt le Bienheureux invoqua le nom de la Mère de Dieu, et traçant le signe de la croix rédemptr‘-:, il entonna à haute voix l'hymne: © gloriosa Domina Ainsi il mit en fuite l'esprit de ténèbres : aussitôt il side s sentit délivré de ses embüûches. Comme il désiral jouir de la honte de la défaite de Satan, et qu'il kt
cherchait des yeux, il aperçut une clarté céleste répa due dans sa pauvre cellule, qui la faisait resplendi
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fromme le vestibule dü Paradis.”
Après ce combat d’où il était sorti victorieux, l'in- Mtrépide apôtre continua de s'appliquer au rude labeur Kde la prédication, avec une énergie qui ne connaissait
pas de défaillance. Les efforts de l'enfer pour traverlser son œuvre, produisaient des effets tout contraires. D Le peuple devenait de jour en jour plus avide de l’en-
tendre. Il s'était établi dans la ville une sainte émulation: c’est à qui courrait plus vite pour recueillir es enseignements qui tombaient d’une bouche si élouente. L’affluence fut bientôt si considérable, qu’il allut instituer des stations quotidicnnes dans chaque église en particulier, à tour de rôle ; mais cette mesure ne résolut pas la difficulté, à un moment l’espace manqua tout-à-fait. Aucune enceinte ne pouvait contenir les foules qui se pressaient, et dont le flot envaissant montait sans cesse. Les places publiques ellesmêmes se trouvèrent trop étroites. Alors le Bienheueux songea à sortir hors des murs, pour s'installer en rase campagne ; “afin, dit l’Auteur anonyme, que la rosée de la doctrine du salut qui coulait de l'abondance de son cœur, rafraîchît la terre, en fertilisant son sein.” Il désigne sous cette touchante image, les mes qui avaient soif de la vérité et de la justice, et auxquelles e Bienheureux allait ouvrir les sources sacrées, pour les désaltérer,
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