‹ Saint Athanase (295-373)Chapitre 11 sur 21 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Dans une œuvre consticrce à la pensée de saint Athanasc, ne pas donner une place prépondérante à sa polémique contre l'arianisme serait le présenter sous un faux jour. La postérité plus encore que ses contemporains a honoré dans Atlianase le champion de Nicée, rathlètc et le docteur, dont les efforts "persévérants ont, en dépit de toutes les puissances du talent, de la force matérielle, du nombre, assuré le triomphe de la doctrine catholique concernant la Trinité. Pour apprécier exactement ce rôle d'Alhanase et le délinir avec la précision nécessaire, je suis contraint do rappeler brièvement les origines de l'arianisme et ses premières luttes* Le rôle d'Athanasc se dégagera de lui-même;

' Qu'il me suffise Ue renvoyer pour plus do détails k Dlchesne, Histoire ancienne de lÈfjlisc, t. Il, Paris, 1907. On consultera avec fruit l'article Avianisme du Dictionnaire de théologie catholique

s'il napas toujours été celui que la légende, qui personnifie volontiers toute une époque dans un homme, Itn' attribue, il n'en reste pas moins considérable. Saint Atlianase domine, on peut le dire sans conteste, toutes les personnalités de ce siècle fécond en hommes d'Église supérieurs.

LES DÉBUTS DE l'aRIANISME

On aurait tort de se ligurer, au début du iv* siècle, les Eglises organisées comme elles l'étaient au temps de saint Jean Chrysostome par exemple. Jeunes encore, à peine délivrées des persécutions, elles se développaient lentement, recevant des circonstances le plus souvent, l'impulsion vigoureuse ou discrète qui les amenait au plein épanouissement de la discipline et de la vie intérieure. Dans le domaine de la théologie, un grand travail restait à faire pour coordonner les dogmes, en préciser la portée, en adapter l'expression aux notions philosophiques et à la mentalité de la foule épurées et assainies, l'our cette œuvre comme elle nous apparaît ébauchée dans les écrivains ecclésiastiques

]i;iile 1'. Le Baouelet et celui sur saint Âtlianasc (même auteur). Les deux articles contiennent une bibliop:ropliie abondiiiitc jus- (|u'cn 1902. Depuis celle éitoque, il n va put-re i'i signaler comme élude iinporlanle sur saint Athanase que le mt'moire de M. li. ScHWAUTZ, Ziniiescliicfile des Alhanu.tius dans lesiYflc/int7</e« de Ua-llingue, l'.»Ol-l'JOo.

INTRODUCTION i

du III'' siècle, la liiérarchie officielle laissait aux individus une très large liberté. Soucieuse de maintenir le dépôt de la foi, tel qu'il lui était transmis surtout par le Symbole, elle se préoccupait de le faire connaître aux catéchumènes, sans y ajouter encore un commentaire autorisé. Les maîtres abusaient-ils notoirement de leur situation et enseignaient-ils quelque nouveauté par trop scandaleuse ? L'évèque intervenait alors et prononçait une censure énergique. Se contcnlaient-ils d'apporter des développements nouveaux et, tout en soutenant des hypothèses moins traditionnelles, respectaient-ils les vérités capitales dont ils proclamaient la transcendance par rapport à leurs liumaines opinions, on les laissait en repos, comptant sur le temps pour faire tomber les branches folles en fortifiant les rameaux sains. Plus d'une fois, au courant du in'= siècle, des erreurs s'étaient produites sur la Trinité, qui avaient produit quelque émoi. Pour laisser dtî côté les hérétiques caractérisés, une intervention grave du pape Denys, provoquée par des fidèles même d'Alexandrie, avait obligé son illustre homonyme, l'évèque de cette ville, à préciser son enseignement théologique et à expliquer certaines expressions malsonnantes. Peu auparavant Origène en son école de Césarée, quelques années plus tard, Lucien à Antioche, s'attaquant au même problème, émirent des principes dangereux qui obscurcirent dans nombre d'esprits la notion concrète du dogme trinitaire telle que la tradition le transmettait nette-

ment formulé dès le temps de saint Irénée. Léclectisme philosophique portait ses fruits et sans qu'on y prit garde viciait ces nouvelles reclierciies de la spéculation théologique. L'arianisme en fut 1 aboutissement naturel.

Oti a peine aujourd hui à s'expliquer comment une erreur aussi fondamentale ait pu à ce point s enraciner dans riy^dise et y susciter des troubles prolongés. Ne l'avait-on pas déjà maintes fois repoussée au siècle précédent et les instructions envoyées de Rome par le pape Dcnys n'en contenaient-elles pas la condamnation explicite'? Le désarroi des intelligences et 1 orgueil du Gnostique, en face de la tradition et de l'autorité, s ils n'expliquent pas complètement, rendent du moins plus intelligible cette grande crise de la pensée chrétienne qui remplit tout le iv*^ siècle. Les grands docteurs de ce temps n'en parlent qu'avec épouvante et leurs expressions sur cette hérésie, dernier elîorl de l'enfer, où ils voient un des signes précurseurs de 1 Antéchrist, nous feraient presque penser qu'ils ignoraient les erreurs des siècles précédents si eux-mêmes n'avaient pris soin de les mentionner. G est qu'en réalité rarement l'Église fut aussi j)rès de la ruine et le christianisme aussi perfidement mis en question.

L erreur éclata dans la capitale de 1 Egypte, mais elle couvait en Orient et en Asie Mineure où elle trouva les défenseurs les plus nombreux et les plus ardents.

* Cf. lo (cxte rJe Dexys dans le Ue decrelis Sicaenae Synodi, n» 26, MiONE. P. G . t.2.j. c. 46i. B.C.

Ses origines malérielles sont obscures, une seule chose émerge des documents mutilés et en partie contradictoires qui nous ont conservé le souvenir de ces premiers temps. Entre l'évèque Alexandre, défenseur du dogme traditionnel et l'un de ses prêtres, de grand talent et de vie austère, Arius, un dissentiment théologique se produisit qui eut pour conséquence la déposition de ce dernier avec plusieurs de ses partisans. Le prêtre n'accepta point cette condamnation; il en appela au peuple pour lequel il condensa sa doctrine en des chansons dont retentirent bientôt les rues et les théâtres d'Alexandrie; il en appela aux femmes en particulier et aux vierges qu'il groupait bientôt par centaines autour de lui; il en appela surtout, expulsé une première fois d'Alexandrie, à de puissants amis qu'il avait dans le haut clergé de Palestine et de Syrie, élèves la plupart, comme lui, du martyr Lucien. Des deux côtés ce fut une lutte enfiévrée, on opposait synodes à synodes, lettres à lettres. L'évèque Alexandre n'envoya pas moins de soixante-dix circulaires à l'épiscopat des diverses provinces et jusqu'à Byzance appelée bientôt à de si hautes destinées. Arius n'était pas en reste; ses lettres et celles de ses défenseurs, beaucoup écrites en particulier pour intercéder auprès d'Alexandre, étaient elles aussi colportées, commentées et contribuaient à attiser le feu de la dis: corde. En ce temps où lart d'écrire était déjà une puissance, un sophiste de renom, plus habile écrivain que chrétien solide, puisqu'il avait apostasie, Astérius

de Cappadocc, s'offrit à servir l'arianisme et en enrichit le patrimoine intellectuel. De ces œuvres primitives, en dehors de deux ou trois lettres conservées intégralement, il ne nous reste que des fragments presque tous transcrits par saint Athanase. Ils montrent assez quel fut racharnement de la lultc et le radicalisme des négations ariennes :

« Dieu n'est point Père de toute éternité; il fut un temps où Dieu seul existait et n'était point encore Père ; plus tard seulement la paternité survint. Le Fils n'a point toujours existé. Tout provient du néant, tout est créature et œuvre ; le Verbe de Dieu est donc lui aussi venu du néant et il y a eu un temps où il nélait pas. Il n'était pas avant de devenir, mais lui aussi a commencé d'être par la création... Dieu seul existait; le Verbe et la Sagesse n'étaient point encore. Puis Dieu, voulant nous créer, produisit un élre qu'il api)ela Verbe, Sagesse, Fils, pour nous créer ])ar son moyen... Il y a donc deux sagesses : lune propre et immanente à Dieu ; c'est en cette sagesse que le Fils a reçu l'être et c'est seulement parce qu'il y participe qu'il a reçu le nom de Sagesse et de Verbe. La Sagesse a reçu l'existence par la sagesse, par la volonté du Dieu sage. C'est ainsi qu'il y a en Dieu un verbe différent du Fils. Le Fils parcipant de lui reçoit, par grâce, le nom de Verbe et de Fils'. .)

' Abus. Tlialie.iili'i' piir S. Atii.vnase. Oratio l contra Arianos, n» 5. P. G., t. 26. c. 21, AU.

Ces blasphèmes sont extraits de la Thalie, la complainte populaire, composée par Arius et adressée par lui « l'illustre, l'homme qui a beaucoup souffert pour la gloire de Dieu, à tous les élus de Dieu, enfants saints orthodoxes qui ontreçul'esprit de Dieu ' ». Une formule j)lus scicntitique nous est conservée dans une sorte d'ultimatum présenté par l'hérésiarque et ses amis à 1 cvêque d'Alexandrie, où ils ont l'impudence de se réclamer de l'enseignement même d'Alexandre. Athanase encore nous l'a le premier conservé.

« Voici notre foi, reçue des aïeux, apprise de toimême, bienheureux pontife.

« Nous connaissons un seul Dieu, seul improduit, seul éternel, seul sans principe, seul vrai, seul immortel, seul sage, seul bon, seul puissant, juge ou Créateur universel, ordonnateur, dispensateur, immuable et invariable, juste et bon. C'est le Dieu de la Loi, des Prophètes et du Nouveau Testament. Il a engendré un Fils unique avant les temps séculaires, par qui il a fait les siècles et tout l'univers; il l'a engendré non en apparence, mais en vérité; ce Fils s'est constitué, par sa volonté immuable et invariable, créature de Dieu parfaite et non l'une [quelconque] des créatures, engendré, mais non pareil à l'une [quelconque] des choses engendrées. Ce n'est pas une émanation comme Valentin a imaginé cette génération du Père;

' Arus. Thalie, début, cité par S. Athanase, i6j</., P. G., t. iî6, C.20. C, 21 A.

8 LE DOr.ME DE LA TRINITÉ

ni 00 que veut Manichéc, une partie eonsubstanlielle du Père ; ni avec Sabclliusqui divisait la monade, l'ôtre à la fois Fils et Père; ni ce que dit Hieracas, flambeau do flambeau ou torche partagée en deux, ni un être préexistant, engendré ensuite et constitué ultérieurement Fils. Toi-même, bienheureux Pontife, en pleine Église et au milieu du clergé, lu as souvent condamné les fauteurs de ces opinions. Nous disons : Par la volonté de Dieu, avant le temps et les siècles, il a été créé, il a reçu la vie et lètre du Père qui la constitué dans la gloire. Le Père, lui donnant 1 héritage universel, ne pouvait le priver de ce qu'il possède sans production en lui-même, car il est la source de tout.

« Ainsi il y a trois hypostases (substances). Dieu qui est le principe de tout est sans principe et tout à fait seul. Le Fils, produit hors du temps par le Père, créé avant les siècles et constitué, n'existait point avant d'être produit, mais, produit hors du temps avant toutes choses, il a seul reçu l'être du Père. Il n'est pas en elTet éternel ou coéternel ou coimproduit avec le Père. Son être n'est pas coexistant à celui du Père, comme quelques-uns l'afTirmenf , être relatif, introduisant deux principes improduits, mais, en sa qualité de monade et de principe universel, Dieu est avant toutes choses. C'est pourquoi il existe antérieurement au Fils, comme nous ravonsapj)ris de toi, qui l'enseignais en pleine Kglise. Donc en temps qu'il [le Fils] tient de Dieu l'être, la gloire, la vie el que tout lui a été donné, il a en cela Dieu pour principe. Car Dieu lui commande

comme son Dieu et comme antérieur à lui. Si d'autre part l'on interprète les expressions de lui (Rom, 11, 36) de son sein (Ps. 109, 9) ; je suis sorti du Père et je viens (Jo, iO, 28) comme s'il s'agissait d'une partie consubstantielle du Père ou d'une émanation, ainsi que plusieurs, le Père sera composé, divisible, changeant, corporel, selon eux et par suite éprouvant tout ce qu'entraîne le corps, lui Dieu incorporel K »

Arius disait encore : « Le Verbe n'est pas Dieu véritable. Quoiqu'il porte le nom de Dieu, il n'est point Dieu véritable, mais seulement par participation de grâce comme tous les autres. C'est ainsi de nom seulement qu'il est Dieu. Tout étant étranger et dissemblable de Dieu selon la substance, le Verbe ,lui est aussi étranger et en tout dissemblable de la substance du Père et de son identité; il appartient proprement aux choses produites et aux créatures et en fait parlie-... Le Père est invisible même au Fils; le Verbe ne peut ni voir ni connaître parfaitement et exactement son Père, mais ce qu'il.connaît et ce (ju'il voit est en proportion de ses propres moyens, comme pour nousmêmes notre connaissance est mesurée à notre faculté. D'ailleurs non seulement le Fils ne connaît pas exactement son Père parce qu'il est ^incapable

' La lellro osl roprodiiili' ilaii?; lo DeSi/nodls. w 16, P. G., t. Hù. c. 708-709. Cf. Hahn', n" 18C.

* Arius cité par S. Ath\n.\se. Oi'at. 1. co)it. ArianoSyn" 6, I'. G., t. 26, c. l'I. D, 24 A.

\0 LE DOr.ME DR LA TniMTK

(le le comprendre pleinomonl, mais lui même ne connaît point sa propre substance. Les substances du P^rc, du Fils et de l'Esprit-Saint sont par nature séparées, étrangères lune à l'autre, sans lien, sans rapport ni participation mutuelle. Ils sont, dit textuellement Arius, complètement dissemblables en substance et en gloire, à l'inlîni. Le Verbe, en ce qui concerne la similitude de gloire et de substance est complètement étranger à celles du Père et de l'Esprit- Saint'. »

« Dieu ne nous a pas créés pour lui, mais lui pour nous. Dieu existait seul et le Verbe n'était pas encore avec lui; puis, voulant nous créer, il le fit et dès sa production l'appela Verbe, Fils, Sagesse, pour nous créer par lui, et de même que tout, par la volonté de Dieu, a passé du néant antérieur à l'existence, de même lui, par la volonté de Dieu, n'existant pas d'abord, a reçu l'être... Par nature, le Verbe est comme tous, changeant, mais par sa propre volonté, il reste bon, tant qu'il le veut, mais s'il le veut aussi, il peut changer comme nous, sa nature étant sujette au changement. Aussi Dieu prévoyant qu'il serait bon lui a donné cette gloire que plus tard devenu homme il a eue comme fruit de sa vertu. De sorte que ce sont ses œuvres prévues par Dieu (jui lui ont valu d'être ce qu'il est maintenant-. »

' Aiiius. Thalie dans S. Atiiaxase, ibid., n» 24, AB. ' Déclarations citées i)ar S. Atiiaxase dans Episl. ad Ep. Aeg. et Lybix, n" 12., P. G., t. 2b. c. 5tia. AB.

L'authenticité de ces déclarations d'Arius est pleinement confirmée par l'accord entre ce qu'il dit lui-même dans ses lettres, ce que lui attribue Alexandre et les encouragements qu il reçoit de ses amis de Syrie. Je cite quelques phrases instructives de ces derniers. Georges, prêtre déposé par Alexandre et devenu plus tard évoque de Laodicée, écrivait dAntioche à son évoque : « Pourquoi blâmer Arius quand il dit : Un temps fut où le Fils de Dieu n'existait pas ? Isaïe eut pour père Amos; or Amos existait avant d'engendrer Isaïe; Isaïe n'était pas encore et n'exista qu'après cette génération. » Aux ariens, il disait d'autre part : « Pourquoi blâmer le pontife Alexandre qui dit que le Fils est du Père? Vous aussi ne craignez point de dire que le Fils est de Dieu. Si l'apôtre a écrit que tout est de Dieu (I Cor, 11, 12), comme il est évident que tout est fait du néant et que le Fils est créature et l'une des œuvres, le Fils doit lui aussi être dit de Dieu, comme tout est dit deDicu*. «Cette hypocrite subtilité était destinée à une haute fortune ; les ariens y recouraient encore au concile d'Antioche en 300 et Athanase, on le verra, la vigoureusement combattue. Eusèbe de Nicomédie qui allait prendre la tête du mouvement et devenir pendant vingt ans le chef politique des ariens, gourmandait les lenteurs de Paulin de Tyr hésitant encore et lui exposait le système, avec preuves à l'appui. 11 encourageait vivement Arius et condensait brièvement son jugement

' Georges de Laouic.ke. citi- par S. Ath.vn.vse. De Synodis, n» 17, P. G., t. 26. c. 712. C. 713 A.

^2 l.K DOr.ME DE LA TRINITÉ

dans celle asserlion tranchanle et déduitiiieuse : « Tu penses juste, prie pour que tous pensent également juste. Il est évident que ce qui est fait n'existait pas avant d'être. Ce qui est produit commence à être '. Eusèbe de Césarée, Narcisse de Néroniade, d'autres encore, en termes plus ou moins voilés, émirent des assertions pareilles-.

Pour Athanase cependant, le principal adversaire a réfuter après Arius, celui dont l'œuvre agissait le plus profondément sur les masses, cétait le sophiste Astérius. De son pamphlet quelques rares fragments surnagent. Une idée surtout semble pouvoir en toute certitude lui être attribuée comme sa contribution personnelle, c'est l'assimilation injurieuse entre le Fils de Dieu et la sauterelle, comme manifestations semblables delà puissance divine : « 11 y a beaucoup de puissances, écrit-iP. L'une est propre à Dieu par nature et éter-

' La lettre (I'Iù'skbe de NicoMÉniE à P.\rLix de Tvn est rapportée par Théoiioret. Ilisl. Eccles.. I, :J ; l'e.xtrait de la lettre à Anius, par S. Athaxasr. De Si/noclis, n» 17, P. G. t. 2(1, c. 7. 12 A.

* PourlCusKnE de GÈsAnÉE, voir surtout sa polémique avec M.\rc.F.L d'AN<;YHE et .m-s letlre.s à Ale-vandhe et à Eii'hhatiox, citées par le sei;osd Co.ncii.e de Nicée. S. Athvnase cite imi court fragment de la lettre à EiipliraHon {De Si/nodi.s, n» 17. P. G., t. 26, c. 712 B), et un extrait dune lettre (I'Atiianvse h'Axazarde ii Alexandhe (//>/</). Sur l'allitude de Paii.in de Tvii et de Nakcisse de Nkroniade, Mai\cei. d'AxcYHE fournil d'intéressants renseignements (fragments conservés par Kuséhe de Césarée dans le C'oh- IraMai'celliim, éd. Klostermanx dans \*t Corpus de Berlin, l.c.4).

' Les fragments d'AsTÉRius sont éi)ars dans S. Athanase {Oral, contra ariauos, 1. 30, 32: II, 2i, 28, 37, 40 : III, 2. 60 : De Decr. Sic. !iyn., 8, 2u ; L)e Si/iioclis, 18-19) et au nombre de IG dans les

nelle; quant au Christ, il n'est point puissance véritable (le Dieu, mais lune de ces puissances, auxquelles appartiennent aussi la sauterelle et la chenille, qui sont même appelées grande puissance de Dieu (Juel, 2.25). Il y en a beaucoup d'autres semblables au Fils, à propos desquelles David invoque dans ses chants « le Seigneur des puissances » (Ps. 23, 10).

11 faut convenir cependant que chez la plupart de ces écrivains, Astérius et Eusèbe de Césarée surtout, on trouve des expressions beaucoup plus atténuées qui marquent un état d'esprit moins lermement arrêté que celui d'Arius.

On connaîtle remède apportée cette situation. Après quelques années de stérile discussion et les pourparlers inefticaces dllosius, à Alexandrie, sur l'invitation de Constantin, les évèques de la chrétienté se réunirent à Nicée. La défaite des ariens fut écrasante. Le Symbole proclama désormais explicitement le Fils, de la substance de Dieu, consubstdnliel au Père; il anathématisa ceux qui disent : a II y eut un temps où il n était pas, a'cant d'être engendré il n'existait pas, il aélé produit du néant » ou qui aflirment qu iZ est d'une autre hypostase ou substance (que celle du Père), que le Fils de Dieu est créé, changeant, variable. » Mais cette défaite eut un lendemain terrible pour les vainqueurs. Surlcchamp

extraits de M.\ucel d'ÀNovnE que rapporte Eusèbe. Cf. linde.x dressé par M. Klostermaxn dans son édition du Contra Marcellum : Cf. pour le fg. cité S. Ath.. Conl. Arianos. Il, 37.

de bataille où la lutte reprit bientôt, ardente et implacable, deux générations orthodoxes tombèrent fortement décimées. Atbanase resta presque seul debout danscette déroute ; toujours battu, il revenait toujours au combat et, par son opiniâtre persévérance, mérita d'assister enlinaux débuts de la victoire défmitive.

LA l'EUSÉCUTION CONTRE ATIIA.NASE

La campagne menée par Eusèbe de Nicomôdic contre les vainqueurs au concile de Xicée, s'ouvrit au lendemain de l'élection dAthanasc comme évèque d'Alexandrie. Ce dernier a plusieurs fois reproduit la liste des évèques qui en furent les principales victimes, après Eustathe d'Antioclie, le défenseur le plus autorisé et le plus brillant de l'orthodoxie. Attaqué lui-même dès la première heure, il resta bientôt seul avec Marcel d'Ancyre, allié dangereux, en présence des eusébiens. Ce n'est point ici le lieu de refaire Ihisloire de ce duel prolongé où les reprises se multipliaient quand on croyait s'être une bonne fois débarrassé d'Athanase. Les accusations les plus invraisemblables étaient accueillies tout comme les perlides insinuations destinées à éveiller et à entretenir la défiance du pouvoir impérial. L'évêque d'ailleurs était fort ; malgré les intrigues méléciennes et ariennes il coinptaitsurlappui de lépiscopat égyptien très uni autour de lui ; il était

le protégé et le héros de cette génération nouvelle de chrétiens qui avait envahi les déserts sur les pas de saint Antoine ou se groupait autour de saint Pacôme. Nulle retraite n'était plus sûre pour lui que leurs solitudes. Pourtant là n'est point tout le secret de sa force. Un homme d'un temj)érament médiocre se fût usé dans ces luttes. Atiianasey déploya des qualités supérieures; il est un de ceux qui ont le plus mis en valeur toutes les ressources de l'âme humaine. Je ne conteste point sa sainteté et ne veux point le rapetisser en dissimulant le surnaturel de sa vie. Quoi qu'on fasse on n'arrivera point à borner à une ambition vulgaire et à une simple rivalité d'amour-propre la lutte héroïque où Alhanase dépensa plus de trente-cinq ans de sa vie. Sa conduite s'inspirait de cet amour intense pour le Christ et pour l'Église dont il a parlé si souvent en termes émouvants. Conscient du devoir qui lui incombait, il puisa dans ces vues la force de résister et de triompher en des épreuves multipliées. Mais, cela dit et reconnu, il n'en reste pas moins que notre héros n'est point de ceux qui demandent au ciel les miracles en se refusant à user des moyens mis à leur disposition par la Providence. Grec jusqu'aux moelles, il ne recula devant aucune des occasions qui s'offrirent à lui de tourner les obstacles ; et d'admirables dévouements vinrent toujours à point pour le seconder. Pas une minute il ne s'abandonna lui-même ; poursuivi par la force brutale, il résistait jusqu'au Dioment où la résistance devenait une inutile folie; alors il se dérobait, mais

i6 LE DOGME DE LA TRINITÉ

c était pour faire cnlcndrc haute et sereine, tour à tour avec réloquencc du proscrit, injustement condamne, ou la vigoureuse indignation du justicier dominant de haut les puissances de ce monde, la Voix de la conscience humaine outragée en sa personne, les plaintes de 1 Eglise bafouée par ses propres enfants et livrée à la risée des inlidèles, les prolestalions de Tévcque éloigné de son troupeau livré aux insultes et aux mauvais traitements delà canaille.

Je ne puis que donner ici une idée rapide de ces nombreux écrits de polémique personnelle ou historique : ils n'intéressent qu'indirectement la doctrine de lévéque d Alexandrie. Lorsqu'une première fois des bandes armées ont introduit de force dans sa ville et son église épiscopalc l'intrus arien Grégoire (330), Athanase obligé de fuir en Occident où déjà il avait été relégué par Constantin, dénonce à ses collègues du monde entier ces violences anlichrétienncs {Encrjclica ad episcopos). En même temps il se préoccupe d'apporlor à Home, où le pape Jules convoque les deux parties devant un synode, les pièces justilicatives de son innocence. Il recueille les procès-verbaux des enquêtes oflicielles, collige les lettres impériales lui rendant bon témoignage, demande à ses évéques et à ses prêtres dattestcr ofliciellemcnt ce qu'ils ont vu des honteuses intrigues fomentées pour le déshonorer et le perdre. Ainsi armé, à môme de corroborer le témoignage de sa conscience par les attestations authentiques les plus diverses, il se présente le front haut,

INTRODUCTION i7

devant le pape et le clergé romain qui attendent vainement ses adversaires. Le pape Jules (34lj, puis le concile de Sardique (342-343) proclament solennellement son innocence et rompent ainsi définitivement avec lépiscopat oriental qui sobstine à refuser la revision de son procès. Constance lui-même sous la pression des circonstances le rappelle et lui donne des témoignages répétés damitié. Athanase en profite pour démasquer dans un plaidoyer fortement documenté toute la perfidie arienne et les machinations ourdies contre lui depuis vingt ans {Apologia contra arianos, 3o0). Ce n'était pas inutile puisque, dès l'année suivante, la persécution un moment interrompue reprenait de plus en plus ouverte. Le nom d'Athanase est alors un vrai brandon de discorde. Ce n'est point son orthodoxie qui est enjeu, mais sa per.sonnc. A Arles (fin 353), à Milan (355), dans des entrevues particulières, on insiste auprès des grands évèques d'Occident, Ilosius de Cordoue, Paulin de Trêves, Denys de Milan, Hilaire de Poitiers, Lucifer de Cagliari, auprès du pape Libère lui-même pour qu'ils condamnent Athanase et comme, dans la défection presque universelle, ils résistent et se refusent à condamner un innocent, les évèques de cour obtiennent de Constance contre eux un décret d'exil. Athanase ne pouvait longtemps y échapper. Deux tentatives avaient échoué (été 355, 5 janvier 350) ; dans la nuit du 8 au 9 février 350 l'église de Théonas est soudainement envahie par les troupes de Syrianus. Resté dabord sur son siège pontifical, Athanase est

cmporlé de l'orcc cl caché par ses fidèles. Mais au désert, s'il se cache, il n'entend pas se taire et renoncer aux devoirs de sa charge. Fidèlement transmis par des moines dévoués jusqu'à la torture et à la mort, ses écrits encouragent les chrétiens persécutés, indiquent aux prêtres leur devoir. Tandis que Georges le Cappadocien se prépare à renouveler, en prenant la place d'Athanase, les violences qui marquèrent dix-huit ans plus tôt l'intrusion de Grégoire, Athanase met son clergé en garde contre les compromissions (Epistula ad episcopos ,Egypti et Libyae 356-357). Puis, coup sur coup, deux apologies de ton bien différent font connaître au monde la duplicité, 1 infamie, les cruautés de ses ennemis et la triste dégénérescence de l'idéal chrétien que marque cette force impériale mise par les évèques au service de l'hérésie. On croirait parfois entendre la violente parole de Lucifer de Cagliari qui, vers ce temps-là, consacrait deux livres à défendre l'évêque d'Alexandrie. Si, par de justes représailles, la parole indignée de lévèque semble oublier vis-à-vis de Constance les égards jusque-là prodigués au pouvoir, la conscience chrétienne se reconnaît pourtant dans les fièrcs protestations d'Athanase. Sous une autre forme, ces écrits continuaient l'œuvre des apologistes protestant dès le premier jour contre la tyrannie (le l'Ktat imposant de force un culte impie {Apologia ail imperalorcm Conslantium, 3oG; Apologia de fuga sua, 3o7). Vers le même temps, il adressait aux moines un autre écrit, où il refaisait à sa manière et du point

(le vue orlliocloxe l'hisloire des vingt flernièrcs années (335-37). II est facile de dégager de cette œuvre {Hi&toria arianorum ad monachos, 357), à compléter par YEpistula de morte Arii) où la rhétorique occupe une place que nous jugeons excessive, les faits authentiques qui en sont la trame. Elle ne passa point inaperçue et il semble bien que c'est là pour une part que Théodoret, pour ne nommer que lui, a puisé sa conception de l'histoire. Hélas ! trop d'écrivains ecclésiastiques devaient l'imiter, au détriment de la sobriété, du bon goût et, il faut bien le dire aussi, trop souvent de l'entière vérité.

Athanase ne mérite point ce reproche. S'il est partial, comme l'est forcément tout auteur de plaidoyer pro domo; si, dans le recul des années, nous sommes amenés à porter parfois sur tel ou tel de ses adversaires un jugement moins passionné et moins sévère, encore pouvons-nous constater qu'il a un respect suffisant de son lecteur. On a fait justice d'imputations portées à la légère, selon lesquelles il aurait fabriqué ou du moins truqué ses documents. Pour celles de ses pièces qui nous viennent aussi d'autres sources indépendantes, on a pu constater son entière fidélité. Pour toutes, Athanase semble avoir voulu d'avance leur garantir créance, en les accompagnant des mentions les plus circonstanciées. 11 signale habituellement non seulement les destinataires et les auteurs, mais les messagers eux-mêmes que l'empereur avait choisis pour lu transmettre ses dépèches. Ses œuvres historiques sont'

d'un précieux secours, même pour l'historien profane, cl ont beaucoup contribué à enrichir l'onomastique du IV* siècle. L'ensemble de sa polémique personnelle et de ses ouvrages historiques est une œuvre de bonne foi, où Ton retrouve dans le soin de recueillir les documents originaux pour en constituer un dossier aussi complet que possible, un écho des grandes traditions scientifiques léguées parle Musée aux successeurs des philologues alexandrins.

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