‹ Saint Athanase (295-373)Chapitre 19 sur 21 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

On a vu la jurande place qu'occupe l'Ecriture Sainte dans les ouvrages dogmatiques de saint Athanase. De ses travaux (>xégéti(|ues en dehors dequel(|ties fragments dont l'étude l'esté à l'aire, il ne reste ([uc la Lettre à Marccllin sur les Psaumes et un extrait sur le Canon. J.a lettre à Marcellin forme une excellenle introduction à la lecture des Psaumes; l'extrait sur le Canon est intéressant par les renseignements qu'il nous donne sur les usages de l'Eglise» d'Egypte. Pour l'Ancien Testament, Athanase est encore fidèle au canon jiiifi't relègue les deutérocanoni(pies avec le Pasteur et la Didaclic parmi les livres dont la l(H'ture est recommandée aux néophytes. On n^nar- (piera la rigueur avec laquelle sont proscrits les a|)0cryphes. Ce fragment sur le Canon est tiré de la 39"= Epilre feslale.

EUACMENÏ SUil I.K CANON

Nous avons nieiilionné les iiérélique.s comme des morts, les lidèU^s comnn^ ayant pour hnir salut lesdivi-

296 EXhCiKSE. — TlIKOI.Or.IK PASTOU.VI.R. — ASCÉTISME

nos Éci'ilurcs. Je rcdoulc aussi que, selon le mol de saint Paul aux Corinlhiens {"2 Cuu. Il, 3), ((uelquesuns parmi les simples ne soient, à cause de leur simplicité et de leur droiture, induits en erreur par la fraude de quelques hommes et n'en viennent à tomber sur d'autres livres qu'on appelle apocryplics, trompés par l'homonymie des livres authentiques. Je vous demande donc de me permettre, sur un sujet qui vous est connu, de vous écrire moi aussi en vue de la nécessité et de l'utilité de l'Eglise. Au monuMit (1(> rappeler ces enseignements, j'userai, pour autoriser mon audace, de l'exemple de l'évangélistc Luc' et je (lirai : Puisque plusieurs ont essayé (Luc 1,1) de se fabriquer les apocryphes et de les mélanger à ri'xri turc inspirée de Dieu, sur laquelle nous avons été bien instruits, comme l'ont transmise à nos Pères ceux qui dès le début furent témoins oculaires et ministres de la parole, il m'a ])aru bon à moi aussi, invilé j)ar des frères lidèles et bien informé, d'exi)Oser à la suite quels sont les livres canonisés, transmis par la Iradilion cl doiil le caractère divin est objcl de loi. Ainsi ccmix (jiii ont été trompés condamneront ceuxqui les ont induits en (M'reur;ceux qui sont r<'stés incorruptibles se réjouii'ont de ce rappel.

Il y a donc appartenant à l'Ancien Testament i'I livres, autant, ai-je ouï dire, qii(> de lettres dans l'alphabet hébreu ;poin-l'or(lreet le tilre,ils sont ainsi distribués;: d'nbnrd la ('.(Mièse, j)nis l'Exode, puisleLévi-

' l-;i |iln;i>c (|iii snil est c;il(iiiéi" sur le prologiU" di' l'Ilvaiitrili! (lu buiiil Luc.

tique, ensuite les Nombres, en dernier lieu le Deutérononie. Immédiatement après Jésus, fils de Navé (Josuc) et les Juges, puis Ruth; puis immédiatement les quatre Livres des Juges; le premier et le second comptent pour un seul livre, de même le troisième et 1(^ quatrième. Ensuite le premier et le second des Paralipomènes ne comptent aussi que pour un livre ; de même Esdras I et li. Après vient le livre des Psaumes et àsa suite les Proverbes, puisI'Ecclésiastc etle Cantique des Cantiques. En outre il y a Job et enfui les Propliètes; les douze ne forment qu'un livre; puis il y a Isaïe, JércmieetavccluiBaruch, les Thrènes, la lettre, après Jérémie, Ezéchiel et Daniel. Là s'arrêtent les livres de l'Ancien Testament.

11 no faut point hésitera énumérer ceux du Nouveau Testament. Ce sont quatre l^vangiles, selon saint Mathieu, selon saint Marc, selon saintLuc, selon saint Jean. Puis les Actes des Apôtres et sept épi Ires des Apôtres apj)eléos catholiques, une de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean, une de Jud(\ 11 y a ensuite ([uatorzc épîtres do Paul, écrites dans l'ordre suivant : la i)r(Mnièi'(> aux llomains, deux aux Corinthiens, puis une aux Calâtes, une aux Kphésiens, une aux Philip- ])i(Mis, un(^ aux Colossiens, ensuite deux aux 'i'hessaloniciens, l'épître aux Hébreux, deux à Timothée, une à Tit(\ la dernière à iMiih'-mon. l'.nlin rA|)Ocalypse de Jean.

Voilà les sources du salul : qui a soi!" peut se désaltérer à ces discours ; là seulemcul est annoncé l'ensei-

208 EXÉr.KSE. — TIlÉOLOr.IE PASTOHALK. — ASCÉTISME

gnemenl de la piélé. Que nul n'y ajoute, que nul n'en supprime. Le Sauveur sur ce point faisait honte aux Sadduccens: Voiisvous trompez dansvotre ignorance de V Ecriture (Mat. 22, 19), il avertissait les Juifs : Scrutez les Ecritures car ce sont elles qui rendent témoignage de mo^~(Jo, 5. 39).

Pour plus de précision et par nécessité, j'ajoute qu'il y a d'autres livres en dehors de ceux-ci, qui ne sont pas canonisés, dont les Pères cependant ont réglé la lecture pour les récents converlis désireux de s'instruire dans la doctrine de la piété: la Sagesse de Salomon et la Sagesse de Sirach (l'Fxclésiaslique), Esther, Judith, Tobie, la Doctrine dite des Apôtres, le Pasteur. Ainsi, mes chers, en dehors de ceux-là canonisés et de ceux-ci admis pour la lecture, aucune mention des apocryphes. Ils sont une invention des hérétiques c[ui les écrivent quand ils veulent et les gratifient de dates arbitraires, alln de les présentercommme anciens, et (le s'en autoriser j)Our tromper les simples (').

LETTRE A MAUCELLIN SUlî LES PSAIMES

i\} J'admire ton ardeur chrétienne, cher Marcellin. 1'ii portes bien I épreuve présente, quoiqu'elle l'ait fait beaucoup souffrir et tu ne négliges point l'ascèse. J'ai (hmandé au porteur de la lettre quelle vie tu menais

maiiilonant (|nc In n'es ])his malade ; il m'a np|)ris qu'^

' Kxliîiil (If la '.>9' épîh'e feslale ((|ui n'est pas anlremcnt ((iiiniK.'). envoyée parsaiiil Atliiiniisc cm HfiT.

tu donnais tes loisirs à rÉcrilure sainte tout entière; cependant le livre des Psaumes est plus fréquemment entre tes mains et tu tâches à saisir le sens que chacun ri^cèle. Je t'en félicite, car j'ai pour les Psaumes la même passion, comme d'ailleurs pour toute l'Écriture. Me trouvant dans ces dispositions, j'ai fait la rencontre d'un vieillard studieux et je veux t'écrirc la conversalion qu'il eut avec moi sur les Psaumes, dont il avait un exemplaire en main; ce récit est à la fois agréable et instructif. Le voici :

(2) Mon enfant, notre Écriture tout entière, l'Ancienne et la Nouvelle, est inspirée de Dieu et utile à renseignement, comme il est écrit ; pourtant si l'on y rélléchil, le livre des Psaumes mérite une attention jiartieulière.

Chaque livre en effet nous offre et nous explique un (Miseignement propre : le Pentateuque, l'origine du monde et la vie des patriarches, la sortie d'l\gypte cl la distribution de la législation; le Tritcuquele j)arlage (h^s lots (Josué), les actes des Juges et la généalogie de David (Ruth), les livres des Rois et des Paralipomènes, l'histoire des rois ; Ksdras la délivrance de la captivité et le retoiu' du peuple, la reconstruction du lempl(M>t (1(^ la ville; les Prophètes annoncent la venue du Sauveur, rappellent les préceptes, réprimandent les pécheurs, pro{)hétisent sur les nations. Le livre des Psaumes, comme un jardin où poussent toutes ces ]ilautes, les célèhn^ dans ses chants où eu outre il montre ses biens propres.

300 lîxicr.icsE. — TiiK(ir,0(,iF. pastouai-e. — ascétisme

(3-4) l/aiilciir iiKHilfc ici |);u- (iiiol(|iu's citations ((Usinent les Psaumes i-a|}|)c'lkMit les faits tic la (leiiéso, de rivxotic. (les Nombi'es, du Deuléronoine, Josué. les Juges, k's Uois. Ksdras. Je retiens seulement ce qu'il dit du Sauveur pivdil [)ar les Prophètes.

(o) Presque chaque Psaume rappelle les Prophètes. Sur ravènemcnt du Sauveur, et qu'il viendra en tant que Dieu, ainsi s'exprime le psaume iO: Le Seigneur viendra manifeslemenl, notre Dieu, et il ne se taira point; le psaume 117 : Béni celui rjui vient au nom du Seigneur. Xousvous avons béni de la maison du Seigneur; le Seigneur [est] Dieu et il nous a apparu. Il est le Verhc du Père, comme le chante le 107'' : Jl envoya son Verbe et il les guérit et il les sauva de leurs corruptions. Celui (jui vient est lui-même Dieu et Verbe envoyé. Sachant que ce Verbe est Fils de Dieu, il lait parler le Père au psaume -4'* : Mon cojur a proféré nu bon Verbe et encore au lÛD" : De mon sein avant l'aurore je Cai engendré. Que i)eut-on dire eng-endré du Père sinon son Verbe et sa Sagesse ? Sachant que c'est à lui (jue le Père disail : Que lalumière soit et le lirmamoit cl toutes choses, le livre des Psaumes (•«(ulieul aussi au M'- : Le Verbe du Seigneur a afi'crmi les deux, V Esprit de sa bouche toute leur force.

(<îj 11 n"a ])oinl i<«-noré la venue du Christ, c'est même le sujcl ])riuci|>al du psaume 44 : Ton trône, ô Dieu, riour r éternité; c'est mi sceptre de droiture que le sccjtirc de ta royauté. Tu as aimé la justice, tu as liai r iniipiilé : rV'.s7 ponrf/uoi Dieu l\i oint, ton Dieu,

de lliuile de l'exuUalion, de préférence à tes compagnons. Pour que nul ne s imagine qu'il esl venu seulement en apparence, il montre ({uil sera homme, lui par qui tout s'est fait (Ps. 86). La Mère Slon dira : unhoynme et un homme esl né en elle, c est lui qui Va fondée, le Très-Haut. C'est dire : Le Verbe était Dieu ; tout a été fait par lui et le Verbe s'est fait chair, Aussi connaissant la naissance virginale, le Psalmiste ne l'a point tue, mais il l'exalte aussitôt, au psaume 44 : Ecoute, ma fille et vois, incline ton oreille et oublie ton peuple et la maison de ton père, car le roi a désiré ta beauté. C'est encore analogue à ce que dit Gabriel ; Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. Après l'avoir appelé Christ (oint) il montre aussitôt sa naissance humaine d'une vierge quand il dit : Ecoule, ma fille. Gi\hvïc\, lui, 1 .ippcllc pai- son nom J/a/'ic, parce qu'il est étranger à sa naissance; David, puisqu'elle est (le sa race, l'appelle avec raison sa lille.

(1) Après avoir dit qu'il serait homme, les Psaumes montrent naturellement (|u il est passible dans sa chair. Le psaume it prévoit la conjuration dos Juifs : Pourquoi les peuples ont-ils frémi? et les nations formé de mauvais desseins? Les rois delà terre se sont présentés, les chefs se sont groupés contre le Seigneur et son Christ; au psaume :2l le Sauveur lui-même fait connaître son genre de mort : Tu tn'as conduit à la poussière de la mort; des chiens nombreux m^ont entouré; l'assemblée des pervers m'enserre. Ils ont troué 7nes 7nains et mes pieds, ils ont dénombré tous

:W2 EXKGÈSE. — Tlli:ul.m;iE l'AsrORAt.E. — ASCÉTISME

nies O.S. KiLV ont considéré cl m'ont regardé, ils se sotit partagé mes vêtements et sur ma robe ont >elclesort. Trouer ses mains cl ses pieds, qu'est-ce .sinon in(li(iuer son crucilicnienl? A tous ces enseignements, le l'salmistc ajoute que ce n'est point pour lui mais poumons (jue le Seigneur soulfrc ainsi ; toujours en son nom il dit au psaume 87 : Sur moi s est affirmée la colère, et au 08": Ce que je n'avais point vole, j'ai dû le j)aijer. Il a souffert une mort indue, pour nous; la colère excitée contre nous par la transgression, il la chargée sur lui, qui nous dit par Isaïe: Lui a pris toutes^ nos faiblesses, tandis (jue nous-mêmes nous écrions dans le psaume 137: Le Seigneur restituera pour moi, et le Saint-Esprit au 71' : Jl sauvera les fils des pauvres, il humiliera l'hypocrite, car il a sauvé le pauvre de la main du puissant et V indigent qui navail point d'appui.

(8) Aussi les Psaumes prédisent-ils son ascension corporelle au ciel (Ps 23). Elevez vos portes, c/iefs : soulevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire feiia son entrée -jimW' (40'^) Dieu est monté dans l'allégresse, le Seigneur, aux cris de la trompette. Ils annoncent (pi il siéi^era, au psaume 10!): Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Assieds-loi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse do tes ennemis iescabeau de tes pieds ; le psaume U célèbre la déroute du diable: Tues assis sur ton Trône, juge de justice ; tuas réprimandé les peuples et l'inijiie a péri. Le Psalmiste ne caclic |)oint c|uc le (îlirist a vvrw tout jugcMiienl de son Père; il annonce sa

venue comme juge au psaume 71 : 0 Dieu, donne lo?i jugement au roi et ta justice au fils du roi, pour juger ton ijeuplc avec justice et tes pauvres avec jugement ; — au 40" : // appellera le ciel là-haut et la terre pour juger i^on peuple. Les deux annonceront sa justice, car Dieu est juge; — au 81": Dieu s'est dressé dans rassemblée des Dieux, il jugera au milieu des dieux. Beaucoup de psaumes nous apprennent la vocalion des Gentils, surtout le 47^ : Tous les peuples, frappe:^ des mains, exultez pour Dieu dans la voix de Vallégresse ; le71'-": Devant lui tomberont prosternés les Ethiopiens et ses ennemis lécheront la poussière, les rois de Tarse et les îles apporteront des présents, les rois des Arabes et Saba amèneront des cadeaux et tous les rois de la terre l'adoreront, tous les peuples le serviront. Le livre des Psaumes célèbre les laits et chacun des autres les prédit.

(D) Le vieillard ajoutait qu'il niynorait point (pie chaque livre de l'I^^criture contient de prélerence cette même doctrine sur le Sauveur : c'est leur sujet à tous et coi accord vient dell^lsprit. De même que renseignement des autres livres peut se retrouver dans les Psaumes, celui des Psaumes est souvent dans les autres. Moyse écrit un cantique, Isaïe chante, Habacuc prie en vers. Chaque livre contient encore des prophéties, des préceptes législatifs, des récits. Le même Esprit est s^u' tous et conformément à la distribution qui en est faite à chacun, cha(|U(> livre exerce et remplit son ministèri* de grâce que ce soit pi'()[)hélie, législation, souviMiir histo-

20't EXlîr,K>E. — TlIKOl.or.IF, IV\STOn.\I,E, — ASCliTISMK

riquc ou grâce des psaumes : car c'csL l'unique cl mémo Esprit de qui viennenl toutes ces distributions, luimeMiie restant de sa nature indivisible. Aussi est-il tout entier en chacun, bien que chaque ministère ait en ])ropre certaines manifestations et divisions de lEsprit. Souvent aussi, selon la nécessité actuelle, chacun, soutenu par l'Esprit, administre la parole. Par exemple, je l'ai déjà dit, Moïse, le législateur, prophétise parfois et chante ; les prophètes, au milieu de leurs prédictions font des préceptes : Lavez-vous, devenez purs; Ole de Ion cœur la souillure du mal, Jérusalem. Parfois ils racontent, ainsi Daniel, l'histoire de Suzaïuie; Isaïe, celle de llabsacès et de Sennachérib. De même le livre des Psaumes, dont l'objet propre est le chant, accessoire dans les antres livres, traite ces sujets à pleine voix dans ses mélodies; cependant lui aussi porte des lois : Fais cesser la colère, laisse-là la fureur , el : Décline loin du mal, fais le bien; cherche la paix cl poursuis-la. Parfois il raconte la marche dlsraCl el propiiélise sur le Sauvcnu", comme il est dit plus haut. (10) Accordons à tous cette grâce commune de l'Esl»ril; (fu'on la trouve en chacun, la mém(> entons, comme le besoin le réclame el l'Espril le veut. On ne lient pas comj)lc dujjhis ou du moins dans cette nécessité, pour que chacun sans relâche, accomplisseet parachève sa propre mission. Pourtant même en cela le livre des Psaumes a je ne sais (luelle grâce propre et «lemande une allenlion particulière ; outre ce qu'il a de commun avec les autres, il a ce mérite propre qu'il

ronfcrmo tous les mouvements de i'àme, ses changements et ses redressements, bien décrits et représentés. Ainsi un homme inexpérimenté qui les y étudie et les considère peut se former comme il y est indiqué. Dans les autres livres, on entend seulement des prescriptions sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire, ou des pro])]iéties sur le fait seulement de la venue du Sauveur, des récits qui permettent de faire connaître la vie des rois et des saints. Le livre des Psaumes, outre ces enseignements, fait connaître au lecteur les mouvements de sa propre âme et les lui enseigne, selon ce qu'il éprouve et qui l'embarrasse; il peut se former d'après ce livre une idée de ce qu'il doit dire. Ainsi il ne se contente pas d'avoir entendu; il sait encore comment il doit parler et agir pour guérir son mal. Il est vrai que les autres livres contiennent aussi des discours prohibitifs, défendant le mal, mais celui-ci exprime encore comment il faut s'en écarter. Par exemple, c'est un précepte que de faire pénitence ; faire pénitence c'est cesser de pécher; ici est exprimé et comment faire pénitence et ce qu'il faut dire pour se repentir. De même Paul a dit : La tribulation opère danfi V âme la patience, la patience laprobation, laprobation Vespérance, Ve^pérance ne confond point ((Rom. 5, 3o). Les Psaumes décrivent et montrent en plus comment il faut porter les tribulations, ce que doit faire l'aflligé, ce qui doit suivre la tribulation, comment chacun est éprouvé, quelles sont les pensées de celui qui espère au Seigneur. C'est aussi un précepte que l'action de grâces,

les Psaumes enseignent ce que doit dire celui qui rend grâces. Ainsi, apprenant par ailleurs que ceux qui veulent vivre dans la piété seront persécutés, nous apprenons des Psaumes ce qu'il faut dire, quand nous fuyons au sein de la persécution, et après la persécution, quels discours ccu.\ qui ont échappé doivent tenir à Dieu. L'on nous invite à bénir le Seigneur, à lui faire nos aveux ; les Psaumes expriment comment il faut louer le Seigneur, quelles paroles rendent un hommage acceptable. Pour chaque sujet l'on trouverait ainsi les divins poèmes accommodés à nous, à nos émotions et situations.

(Uj II y a encore ceci de merveilleux pour les Psaumes. A lire les autres livres, ce que disent les saints et les objets de leur discours, les lecteurs les rapportent à ce qui est le sujet du livre, les auditeurs se sentent étrangers au récit, de sorte que les actions rappelées excitent seulement ladmiration ou le désir de 1 imitation. Celui qui prend le livre des Psaumes ]>arcourt avec l'admiration et l'étonnemenl accoutumé les prophéties sur le Sauveur renfermées déjà dans les autres livres, mais lit les autres psaumes comme s'ils lui étaient personnels. L'auditeur, comme l'auteur, entre en componction et s'accommode aux paroles des cantiques comme s'ils étaient de lui. Pour être |)lus clair, je n'hésiterai pas, comme le bienheureux Apôtre, à reprendre ce que j'ai dit. Il y a plusieurs discours des ])alriarcjies, dits en leur nom ; Mo'fsc parlait et Dieu répondait ; IJi<' et l'Iisée, établis sur la montagne du

Carmel, invoquaient le Seigneur et sans cesse disaient : Vivant est le Seigneur devant gui je me tiens aujourd'hui ! Les paroles des autres saints prophètes ont avant tout pour objet le Sauveur ; un certain nombre aussi, les Gentils et Israël. Pourtant personne ne prononcerait les paroles des patriarches, comme si elles étaient de lui, on n'oserait imiter et dire les paroles mêmes de Moïse, ni celles d'Abraham sur son esclave et sur Ismaël ou sur le grand Isaac ; si quelque utilité ou nécessité survenait, on n'oserait pas les dire de soi. Même si quelqu'un compatissait à des souffrants et désirait le meilleur, il ne dirail pas avec Moïse : ^(^ Découvre-toi à moi, » (Ex. 33, 13), ou encore : « Si tu leur remets ce péché, remels-le; si tu ne le reine i s pas, efface-moi de ton livre, que lu as écrit (Ex. 3:2. 32). » Même quand il s'agit de pro|)liMes on n'cMiipIoierait point personnellement leurs paroles pour reprendre ou louer ceux qui ressemblent par leurs actions à ceux que blâmaient ou louaient les prophètes ; on ne dirait point : Vivant est le Seigneur, devant qui '>e me tiens aujourd' liui. Qui pr(>nd eu main ces livres voit clairement que C(\s mots sont à lire, lioii pas comme personnels, mais comme appartenant aux saints et aux objets dont ils parlent. Les Psaumes, chose étrange ! sauf ce qui concerne le Sauveur et les prophéties sur les Gentils, sont au lecteur comme un discours personnel, chacun les chante comme écrits pour lui et ne les prend et ne les parcourt pas comme dits par un autre ou écrits sur un autre. Ses disposi-

30S EXlîr.KSE. — TlIÉOLOr.IE PASTOUM.K. — ASCÉTISME

lions sont celles de qu('I({u'un (iiii ])arle sur lui-même ; ce qu'il lit, il le rapporte à Dieu comme l'ayant fait en parlant en son nom. Il n'éprouve pas de crainte devant ces paroles, comme celles des patriarches, de Moïse , et des autres prophètes, mais plutôt les considérant comme personnelles et écrites sur lui, il ])rend courage pour les dire ou les chanter. Qu'on ait gardé ou transgressé les commandements, les Psaumes s'appliquent aux deux états. Or, de toute nécessité, il faut vivre dans l'un ou l'autre et, observateur de la loi ou transgresscur, lire les paroles écrites pour chacun.

(12) Elles me paraissent être pour le lecteur comme un miroir pour qu'il s'y considère avec les mouvements de son âme et les récite sous cette impression. Mémo l'auditeur reçoit le chant comme fait pour lui ; ou bien convaincu par sa conscience et confondu, il se repentira, ou bien entendant parler fl'espoir en Dieu et du relèvement accordé à ceux qui croient, il se réjouit de ce que cette grâce lui est accordée et commence à remercier 13ieu. Quelqu'un chanle-t-il le troisième psaume? Faisant réflexion sur ses propres tribulations il s'applique les paroles du psaume; il lit de même le 11'^ et le 10'' selon sa confiance et sa prière ; au 50° ce sont les expressions de sa propre pénitence; les 53% 55", 100% 4l« expriment ses sentiments sur la persécution (|ni lui est propre ; ce sont ses paroles qu'il chante au Seigneur. Ainsi pour chaque psaum(\ il est dit et ordonné par l'esprit, (h' manière, comme je l'ai déclaré, à nous faire connaître les mouvemeuts de notre àme,

à les faire dire tous comme vciiaiil de nous, comme nos propres paroles pour nous rappeler nos émolions antérieures et réformer notre vie spirituelle. Ce que disent les psaumes peut nous servir d'image cl d'exemple.

(13) C'est là encore la grâce du Sauveur. Fait homme poumons, il a offert son corps pour nous à la mort, l)oiu' nous délivrer tous de la mort, mais voulant nous montrer sa façon de vivre céleste et parfaite, il Ta exprimée en lui-même pour (pi'on ne soit plus facilement trompé par l'einiemi, puisqu'on a un gage de sécurité, la victoire qu'il a remportée pour nous sur le (liahle. Aussi n'a-l-il |)as seulement enseigné mais pratiqué son enseignement pour (pie chacun l'entendant parler et le regardant comme on regarde un modèle accepte de lui l'exemple de l'action lors(ju'il enlciul : Approwz de moi que je suis doux et humble de cœur. (JNlAT. II. ^9). On ne saurait trouver enseignement plus parfait de la vertu que celui exprimé par le Sauveur en sa propre personne : Endurance, philanthropie, bonté, force, miséricorde, justice, on trouvera tout en lui et Ton n'a rien en fait de vertu à désirer quand on considère cette vie humaine. Paul le disait consciennnent : Soyez mes im iialeurs, comme je le suis du Christ ( l Cmi. 1 1 . I). Les législateurs chez les Grecs n'ont de grâce que pour légiférer; le Seigneur, en vrai Seigneur de l'uinvers, prenant soin de son (ruvre, non seulement légifère, mais se donne en modèle pour ([ue ceux cpii le désirent sachent comment agir. Aussi, avant même sa venue parmi nous,, l'a-l-il fait enlcMidre dans les Psaumes et,

nous a-l-il montré en lui lliomme terrestre et Ihonime céleste, pour que chacun puisse dans les Psaumes connaître les mouvements cl les dispositions de lame et V trouver comment les ffuérir et les rectifier.

(lo) Pour parler avec plus d'assurance, toute l'Ecriture divine est maîtresse de vertu et de foi véritable, le livre des Psaumes offre en plus Timage de la conduite de lame. Quand on se présente chez un roi on règle d'abord son attitude et ses paroles pour ne point se faire chasser comme malappris. Ainsi à celui qui court pour la vertu et veut connaître comment Notre Seigneur scst conduit pendant sa vie mortelle, le livre divin rappelle d abord quels sont les mouvements de Tàme, elle le forme et l'instruit sur ce sujet.

Ici .saint Alhana.sc insère un catalogue des Psaumes selon leur caractère et les sentiments qui y sont exprimés, narration, prière, aclioiis de grâce, exhortation, etc., etc. Puis, il le détaille en reprenant chacun de ces sujets parliculicrs, autour desquels il groupe les psaumes qui s'y rapportent. Il serait fastidieux de trans- «rire au long ces passages (n"* 15-26). Je me contente de f r;i(liiir'(' lo n'^ 10 à titre doxomplo.

(IG; Si, voyant l'extension universelle de la grâce du Sauveur et le salut du genre humain, vous voulez converser avec Dieu, chantez le psaume 8. ^'oulez-vous chanter le chant du pressoir pour remercier 4c Seigneur? vous avez les psaumes 8 et 83. Sur la défaite des ennemis et la driivrance de la création, sans orgueil j)our vous, mais sachant que ces hauts faits

EXÉGKSR 311

sont rd'iivrc du l'"il.s de J)icu, ivcilcz le psaume 9 qui le concerne. Si quelqu'un cherche à vous troubler, ayez conliance au Seigneur et dites le psaume 10. Quand vous voyez la superbe de beaucoup et l'extension grandissante du mal, au point qu'il n'y a plus d'actions saintes parmi les hommes, cherchez un refuge dans le Seigneur et dites Icpsaume 11. Les ennemis prolongentils leurs attaques? ne vous désespérez point comme si Dieu vous oubliait, mais invoquez-le en chantant le psaume 12. Ne vous associez point aux blasphèmes impies contre la Providence, mais entretenez-vous avec Dieu en récitant les psaumes 13 et 52. Celui qui veut apprendre quel est le citoyen du royaume des cieux doit dire le psaume 14.

Après celle clas.sificaliun tlèlaillce des l'saunics. selon I(^s divfTs scnlinienls do l'àmo et ses besoins religieux. sjiiiiL Atlianasc ex|)li(Hir l'iililiU' de la forme [joctique et (lu (liaul. adoptes [xmi' les l'sjuiiues.

(27)(^uel(pu's sinq)les parmi nous, tout en croyant à 1 inspiration divine des paroles, pensent que l'on chante les psaumes j)our l'agrément des sons et \c plaisir des oreilles. Ce n'est pas e.vaet. L'iu^riture n'a point cherché Je chariiie et la sétluelion, mais l'utilité de r;\me; cette fornu' a élé choisie» surtout pour ilvux raisons. D'abord il convenail (|iie 1 JM'rilurt.' loue DiiMi non seulement à voi.\ pressée mai.-; au.ssi à voix liMite. On lit d'une manière cunliiun' la loi, les prophètes, les livres historiques, le Nouveau Testamenl -, la voix lente

est pour les psaumes, les odes, fcs cantiques. C'est ainsi que lesiiommcs aiment Dieu de toute leur force et leur puissance. Il y a une autre raison. Une flûte bien réglée rend un son parfait; ainsi des divers mouvements de l'àme, la pensée, le désir, la colère ; leur mise en mouvement et celle des membres donne l'activité au corps. La raison veut que l'homme ne soit pas en désaccord et en conflit avec lui-même, par exemple qu'il raisonne très bien et agisse mal, comme Pilatc : Je ne vois pas en lui de quoi Vaccuser, disait-il (Jo. 18, 38) et il adoptait 1 avis des Juifs ; ou qu'il désire le mal mais soit dans limpuissance de le faire, ainsi les vieillards de Suzanne ; ou qu'il s'abstienne de commettre l'adultère mais soit voleur, de voler mais soit homicide, de ne pas tuer mais soit blasphémateur. (28; Pour éviter ce trouble intérieur la raison demande que l'àme ayant l'esprit du Christ, comme dit l'Apôtre (I. Cor. 2, 1(5), s'en serve de directeur, qu'en lui elle domine ses passions, commande aux membres du corps pour obéir à la raison. Comme le jjlectre pour l harmonie, dans cette harpe qu'est l'homme, l esprit doit être lidèlement suivi, les membres et les mouvements dociles et soumis à la volonté de Dieu. Cette tranquillité parfaite, ce calme de lintérieur a son image et son modèle dans la lecture modulée des Psaumes. Nous faisons connaître et signilions les mouvements de l'âme par nos paroles ; de même le Seigneur, voulant que la mélodie des mots fût le symbole de 1 harmonie spirituelle dans l'àme, a fait chanter les Psaumes en mesure et avec

accompagiicmciil de mélodie. C'est le désir de lame d'être bien, comme il est écrit : Quelquunde vous estil joyeux? Qu'il chante (Jac. 5, 13). Ainsi s'aplanit ce (lu'il va en elle de Iroublé/d'àpre etde désordonné ;lc cliant guérit aussi la tristesse : Pourquoi es-la triste, mon duie, et pourquoi me troubles-tu (P.s. 41, G)? Elle reconnaîtra son erreur et dira : Mes pieds ont été un peu agités (Ps. 72, 2); si Ion craint, l'espoir fortitiera : Le Seigneur est mon secours, je ne craindrai point l'action de l'homme (Ps. 117, 65).

(29j Ceux qui ne lisent point ainsi les psaumes divins ne chantent pas sagement, mais cherchant leur agrément, ils encourent le blâme, car la louange n'est pas belle dans la bouche du pécheur (Ecole. 15, 0). Ceu.\ qui chantent ainsi de manière à proférer la mélodie des paroles d'après le rythme de l'àme etTharmonic avec l'h^sprit chantent à la fois de bouche et de cieur; ils sont utiles à eux-mêmes et aux auditeurs bien disl)Osés. Le bienheureux David chantant ainsi pour Saiil, phiisait à Dieu et éloignait deSaûl le trouble et la folie, ramenant la trantpiillité dans son âme. Ainsi les prêtres en chantant appelaient au calme l'àme des loules elles excitaient à la concorde avec ceux qui fonl des chœurs au ciel. La lecture mesurée est le symbole de la disposition bien ordonnée et tran(|uille de 1 esprit. Louer Dieu avec des cvmbales sonores, la cithare et le décachorde était le symbole et [indication de la disposition régulière des membres du corjjs, comme des cordes, des pensées de l'àme comme des cymbales, etipietoutrece-

314 EXEGESE. — THEOLOGIE l'ASTOUALE. ASCETISME

vait le mouvcincnl cl la vie de l'iiiipulsion de l'esprit, car riiomiiie vit de lespril et morlilie les actions du corps (Rom. 8, 13). En chantant de cette manière il liarjnonise son àme et la ramène de la dissonance à 1 accord, de sorte que, ferme dansson état naturel, elle n'a aucune fraveur, mais a au contraire rimaf>ination tranquille et désire davantage les biens à venir. Bien disposée par l'harmonie des paroles, elle oublie ses passions et regarde avec joie vers l'cspril du Christ, occupée des biens les meilleurs.

(30) 11 faut donc, mon enfant, que les lecteurs de ce livre acceptent avec sincérité ce qu'il renferme dû à 1 inspiration divine et y recueillent, comme dans un jardin, les fruits selon lutilité qu'on leur reconnaît. J'estime en effet que dans les discours de ce livre toute la vie humaine, les sentiments et les passions de 1 àme sont contenus et décrits et qu'il n'y en a pas d'autres. A-t-on besoin de repentir et de confession ; 1 afiliction et la tentation vous ont-elles surpris; est-on poursuivi ou a-lon échappé à des embûches ; est-on en |)roie à la tristesse et au trouble ou à quelqu'un des sentiments indiqués j)lus haut; ou vit-on i)rospère, liiomi>hanl de ses ennemis, désireu.x de louer, de remercier et de bénir le Seiu'ncuri' (Jn est instruit de ce qu il laul faiiv, dans les psaumes divins. Que l'on choississe ceux (pii se rapj)ortent à chacun de ces sujets, (pi'oii les disi! comme s il s'agissait de soi et qu'on les ra|)port<' à Dieu avec des senlimenls conformes à ce (pii esl écrit.

(31) Que Ton ne cherche pohit à h^s orner de paroles séductrices, à modifier la diction et à y clianqcr ([iioi (jue ce soit; (|a'on lise et chante ce qui est écrit, sans art, pour ([ue ceux ([uinous ont servi ainsi, reconnaissant leur bien, [)rient avec jious ou phitiH ([ue l'Esprit (pii a parlé dans les saints, voyant que ses discours rendent le même son que les nôtres, nous vienne en aide. Plus la vie des saints l'emporte sur celle des autres, plus leur paroles sont meilleures et plus puissantes que nos compositions...

(3:2) Quand donc maintenant on les lit, qu'on ait confiance que par clic Dieu nous viendra promptement en aide dans nos besoins. Si l'on est afllig-é, cette lecture procurera une grande consolation ; si l'on est tenté et persécuté, on paraîtra plus résistant et l'on sera protégé par le Seigneur qui a protégé d'abord l'auteur ; on i'cu'a i'uir le diable et ses démons. Si ion a j^éché on rentrera en soi-même et l'on cessera ; si l'on n'a pas péché, on se verra dans la joie parce qu'on tend vers les biens qui s'ofl'i'eut à nous; dans la lutte le chant des psaumes donnera des forces et l'on ne sera jamais ébranlé loin de la vérité; mais on convaincra h's imposleui's cpii essaient d'induire en errt'ur. Ce n'esl poinl un homme ([ui s'en porte garant, mais la di\ lue lù-rilure elle-iTième. Dieu commanda a Mo'ise d'écrire le grand Canli([ue vl de l'enseigner au peuple (Del't. oI.I'.M; il ordonne à (•(diii qui est constitué eliel'ih" li'ansi'rirele Deuléronome (Deut. 17,18), de le gar(hM' entre ses mains et d'en ujéditer toujoui's les |)aroh;s, cixv ces discours sul'lisenl

])()ur rappeler le souvenir de la verlu et porter secours à ceux (jui les médilenl sincèrement. Quand le fils de Navé entra dans la terre promise, voyant le campement des ennemis et les rois des Amorrhéens tous réunis pour la i,^uerre, au lieu darmes et de glaives, il prit le livre du Deutéronoine, le lut devanttoutle peuple, rapl)ela les paroles de la loi et en ayant armé le peu[)le fui vainqueur des ennemis (Jos. 8j. Le roi Josias, après la découverte du livre et sa lecture publique, ne redoulait plus les ennemis (4 Reg. i'I). Quand le ])euple élait en guerre, l'arche qui contenait les ruidoau.x de la loi précédait l'armée, et celait une protection suflisanle, quand il n'y avait pas parmi ceux qui la portaient ou dans le i)euple de péché ou d'hypocrisie triomphante. 11 faut la foi et la sincérité pour que la loi réponde aux vieux.

(33) Pour moi, disait le vieillard, j ai entendu dire à des gens de sens, qu'autrefois, du temps d'Israël, il sid'Iisait de lire la loi pour chasser les démons et l'aire cesser les embûches qu'ils dressaient. Aussi sont-ils tout à fail condamnables ceux <pii délaissent ces livres et se composant d'ailleurs des expressions élégantes, se font aj)peler exorcistes. Les démons s'en moquent et s'en amusent quand ils les entendent; ils craignt'ut au contraire les paroles des saints et ne peuvent même les supporter. L'Ecriture parle en effet du Seigneur (juils ne pouvaient supporter : Je ten prie, lie me tourmente point avant le temps ( Luc 8,;28j ! C'est ainsi (jue l'aul commandai! aussi aux esprits

EKÉGÈSE 317

impurs, que les démops claicul soumis aux disciples (AcT. 16,18; LuciO,17). De même la main du Seigneur fut sur le propliète Elisée ; il prophétisa au sujet des eaux, pour les trois rois, quand il fut sur son ordre joué de la cithare. JMainlenant encore, si l'on a souci de ceux qui souffrent, qu'on, lise les Psaumes; on viendra en aide à celui qui souffre et on montrera sa propre foi vraie el solide. Dieu la voyant donnera guérison complète à ceux qui en ont besoin. Le Saint le savait et a (h"t au psaume 118 : Je méditerai tes préceptes, je n'oublierai point tes paroles; et encore : Tes préceptes étaient le sujet de mes chants, au, lieu de mon exil. Us leur obtinrcntle salut : Si ta loi n' avait point été Vobjet de mes méditations ; j' aurais péri dans mon humiliation. Aussi Paul leur confiait-il la protection de son disciple : Médite ces livres, qu'ils soient ton occupation et tesprogrès seront manifestes (Tm. 4, 15). Qu'ils soient aussi ton occupation ; lis avec sagesse les Psaumes et tu |)oiirras, sous la conduite de l'Esprit, saisir le sens particulier de chacun. Tu imiteras la vie qu'ont menée les saints qui, portés par l'Esprit de Dieu, ont écrit ces livres.

Chaque aniuk' lévequc dAlcxandrie devait faire connaître officiellement à ses nombreux suffragants et à leurs fidèles la date de la fête de Pjuiues. L'usage s'était introduit de faire précéder cette annonce dune sorte dexhortation où l'on rappelait avec l'obligation du jeûne (il durait en Egypte une semaine seulement) et la réception de l'Eucharistie, les principaux devoirs de la vie chrétienne. Ces Lettres festales (Epistukic hcortaslicfc). comme on les appelait, étaient donc quelque chose de tout à fait semblable à nos mandements épiscopaux.

Durant sa longue carrière. Alliaiiase s'était conformé, autant que les circonstances si mouvementées de sa vie le lui avaient i)ermis, à cet usage déjà séculaire et ses lettres soigneusement recueillies formaient une collection assez considérable. En fait jusque vers le milieu du siècle dernier, il ne nous restait «pie (piehpies fragments grecs do nnzc lettres. Une version syriaque découverte en 1842 et 184-7, puis publiée en 1848. combla fort heureusement cette lacune dans l'œuvre de saint Alhanase. Elle contcnail (piinze lettres complètes accompagnées de précieuses indications chronologiques, qui, combinées avec celles déjà fournies |)ar une chronicpie de saint .\thanase. publiée en 1738, et connue sous le nom d'Ilutoria Accphala, permettent de suivre année i)ar année les déplacements de l'évècpie cl de se rendre mieux compte de son activité épiscop;iic. l);uis !«■ cadre assez rigide que lui impose le biil principal «le sa Icllre. r.'vc(pi(> d'Alexandrie varie

0[)i)iirUin('meiit le siijol do ses oxliorlaticms : devoirs de la vie ehi('-lienne. fiiile du [mmIk''. support des tentations, leclure des livres saints... sont tmir à tour recommandés aux fidèles, à l'aide surtout des enseignements si abondan(8 que fournit sur ces matières la Sainte Ecriture. Quehpiefois, avec un abandon tout paternel, révèquc parle de ses pi'i)|)rrs I rihulations ; plus d'une Icllrc est datée d'un lieu d'exil ou écrite sur les grands chemins; il rappelle les fraudes des hérétiques, et met en garde contre leurs embûches, il fait connaître les successeurs donnés aux cvèques égyptiens disparus.

Cette sèche énuméi-aliiui suffit à faire comprendre le genre d'intérêt qu'offrent ces lettres pour la connaissance de la vie chrétienne et du gouvernement ecclésiastique en Egypte au iv" siècle. Nous y saisissons sur le vif comment un évêquc traitait avec ses fidèles et mettait à. leur ])(U'tée les enseignements de la morale évangélitpie. Le théologien y tr(tuve naturellement moins à pi'endre. En (K'Iku's de quel([ues lémoignages très précis sur l'Eucharistie, ces lettres n'offrent pas un intérêt dogmatique considérabh». l'allés sont plusulilcs ,ui bin^i'jijdie cl à l'historien (le l'Eglise qu'au penseur ( Inélien.Je me contenterai ici de transcrire en enlier une di> ces lettres, bien qu'elh* n'offre rien de j)articulier pour la pensée de saint Athanase. Le lecteur aura par la une idée des autres et, sans y attaclKM' une valeur (\xagérée, pourra se fair(> par luimême une opinion sur rimporlanc-e de la découvorlt» des lettres festales.

CINOUIKMI': bETïlU': FESTALf: (A.WKE 33.$)

(i) II est beau, iii(»s frères, de i)asser d'uwo i'v[c à l'autre, d'une prière, d'un jc>ùn(\ d'uni^ .-^«dennilé à une autre prière, ini autre jeune, une aud-e ïîulennit»'-. NOici

320 EXÉCÈSE. — THKUMX'.IH l'ASTORALE. — ASCÉTISME

derechef le temps qui nous a|)[)orte un nouveau commencement, la connaissance de la bienheureuse Pâque où le Seigneur fut immolé. Nous nous nourrissons de l'aliment de vie et réjouissons notre àme de son précieux sanq; comme d'une source, et néanmoins nous nous avons toujours soif, nous sommes toujours brûlants. Lui-même s'offre à ceux qui sont altérés et dans sa bonté admet à la fête ceux dont les entrailles sont desséchées, selon le mot de ce même Sauveur : Si quelqu'un a soif qu'il vienne à moi et qu'il boive (Jo.7 ,37). On n'étanche pas sa soif seulement quand on s'approche, mais," chaque fois qu'on demande, on obtient facilement d'approcher du Sauveur. La grâce de la fête n'est point restreinte à une époque, son splcndide rayon n'admet point de couchant ; il est toujours prêt à illuminer l'esprit de ceux qui le veulent. Sa puissance brille continuelle en ceux dont l'àme est éclairée, qui s'occupent des saints livres, jour et nuit, comme l'homme proclamé bienheureux dans le psaume : Bieiiheureux Vliomme qui n'est point allé au conseil de r impie, n a point séjourné dans la voie des pécheurs, ne s est point assis dans la chaire de pestilence; sa volonté est dans la loi de Dieu et il médite sur sa loi nuit et jour (Ps. 1,1). Il ne reçoit point la lumière du soleil, de la lune ou de la foule des autres astres; il resplendit aux rayons sublimes du Dieu de l'univers.

(2) Ce Dieu, mes bien-aimés, qui a au début institué celte fêle, nous accorde de la célébrer chaque année. Lui-même, (jui a livré sun Fils à la mort pour

notre salul, nous accorde pour 1»^ mônic motit cette sainte fête qui est signalée dans le cours do l'année et vers ce temps-ci est toujours annoncée. Cette fètc nous guide au milieu des calamités qui nous arrivent en ce monde et maintenant IJieu nous accorde la joie du salut quf émane decetle fête, tandis qu il nous réunit en une seule assemblée, nous assemblant tous partout spirituellement et nous accordant de prier en commun, d'offrir ensemble nos actions de grâces, comme il faut le faire au jour de fête. C'est le miracle de sa bonté ; lui-même réunit pour cette fête les gens éloignés et par l'unité de la foi, rapproche ceux, qui peuvent se trouver loin de corps.

(3j Courage donc, bien-aimés, reconnaissons, coninie elle le mérite, la grâce de cette fête ; remercions 1 auteur de choses si belles. 11 est impossible de remercier Dieu comme on le doit, mais ne point témoigner sa reconnaissance i)Our le bienfait reçu est une iniquité. La nature fait connaître ce qui est impossible, noire libre volonté accuse l'ingratitude. Aussi le bienheureux Paid admirant le grandeur du don divin disait : Qui en est digne (2 Cou. 2/16)? Il a rju'helé \c nionde par le sang de notre Sauveur, il a écrasé les enfers par la nun-l île de notre Sauveur, il a ouvert les portes du ciel et par Notre Seigneur a rendu libre la voie à ceu.x (pii y montent. En attendant, un saint pensant à ce bienfait cl incapable d'en remercier Dieu, disait ; Que rendnii-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné (Ps. 1 lo,i2) '.' Il a donné la vie [)our la niorl, la liberté jtour la servi-

322 EXKIÎÈSE. — TIlEOLOf.IE PASTORALE. — ASCETISME

liuk', le ciol pourrenfcr. Avant rcgnail la mort, d'Adam jusqu'à ^lo'ise (Kom. 5,l-i); mainleiiaut la voix divine a retenti : Aujoiwdlmi lu seras aoec moi au Paradis (Luc, :23,43j. Aussi ces saints qui en avaient l'expérience disaient : Si le Seigneur ne ni avait aidé, mon c'nnc eût presque habile V enfer (Va. 93,17;. Néanmoins quand David se rendit compte qu'il était incapable de remercier, il reconnut la faveur et se déliant de lui-même dit : Je prendrai le calice du salut et f invoquerai le nom du Seigneur. Précieuse devant le Seigneur est la mortde ses saints (Ps. 115, 13,15). Pour le calice, le Seigneur lui-même disait : Pouvez-vous boire le calice que je bois (Mat. !20,22) ?Et commeles disciples disaient oui, le Seigneur dit : Vous boirez mon calice, mais être assis àmadroileouà ma gauche n est pas un don que je puisse vous faire ; il appartient à ceux à qui il a été attribué (Mat. 20,43).

Ayons donc l'àme facile à la reconnaissance, mes bien-aimés, et bien (|ii incapables de remercier, effor- (;ons-nous-y de notre mieux. Quoi(|ue la nature ne puisse rendre grâces convenablement pour lant de bienfaits, tant (jue nous sommes diuis la bonne crainte, rendons .grâces. Or, quand sommes-nous dans la bonne crainte, sinon quand nous nous montrons plus reconnaissants pour ce Dieu <pii nous a accordé tant de bienfaits i' Dociles, nous devons observer la loi et garder ses commandements ; surtout n'allons pas, ingrats, nous regarder comme n'étant pas soumis à la loi et nous livrer au mal . 1 >i(Mi ainn* l'àme reconnaissante, et cpiand

nous nous défions totalement de nous, alors nous offrons nos âmes au Seigneur connue les saints, parce que nous ne vivons pas pour nous mais pour le Seigneur (jui est mort pour nous. Aiisi se conduisait saint Paul : Je suis cloué à la croix du Christ. Je vis, ce n'est plus moi, c'est le Christ qui vil en moi (Gal. ^2,19).

(4) 11 est bien certain, mes bieu-aimés, que nous devons renoncer aux biens du corps et nous occuper seulement de ce qui concerne notre Sauveur. Maintenant le temps nous demande de ne pas dire seulement des paroles de ce genre, mais d'imiter les saints par nos œuvres. Nous les imitons ([uand nous reconnaissons Ciilui qui est mort et ne vivons point pour nous, quand le Ciirist lui-même vit en nous et quand nous rendons grâces au Seigneur de toutes nos forces. Si nous lui rendons, nous ne lui donnons riencpii soit nôtre mais seulementce (|ue nous avons reru de kii ; c'est sa grâce, (pi'il nous redemande. Voilà pourijuoi il dit : Ce que vous m'offrez ce sont mes dons, c'est-à-dire ce que vous m'accordez, vous l'aviez d'abord \\\n de moi. Les dons de Dieu sont toute vertu, sa crainte vraie et bonne. Offrons cela nu Seigneur el «piand on nous trouvera dans la bonne crainte, avec le ipi'il a sanctilié pour nous, nous célébrerons sa fêle. Nous devons nous comporter dans ces saints jeunes, selon (|u'ils oui été institués par lui; ils nous feront trouver le cluMuin qui mène à DitMi; n'agissons |)oinl poiu'lant comme les pa'iens ou les Juifs opiniâtres, ou les héréliifues

d'aujourd'liui elles scliisinaliques. Les païens pensent que le loul de la fêle esl dans l'abondance du repas : les Juifs lromj)és par la ligure el par l'ombre, oui la même oi)iuion; les schismaliques se réunissenl en des lieux séparés et ont des doctrines vaines. Nous, mes frères, nous remportons sur les païens en célébrant la fête avec pureté de l'àme et du corps ; sur les Juifs parce "que nous n'admettons plus l'ombre et la ii,qure mais resplendissons de la vraie lumière et rei>ardons le soleil de justice; sur les sectes parce que nous ne déchirons point la tunique du Christ, mais dans une maison unique, dans l'Eglise catholique, nous mangeons celte ràque du Seigneur qui par rétablissement de ses saintes lois nous conduit à la vertu et nous recommande l'abslincnce requise par la solennité. La Pàque est vraiment l'abstinence du mal, l'exercice de la vertu el le i)assage de la vie à la mort. L'homme l'apprend de ranticpic ligure ; alors on s'efforçait de passer d"l'>gypte à Jérusalem, maintenant nous passons d(.' la vie à la mort ; alors de Pharaon à Moïse, maintenant (hi diable au Sauveur. De même qu'alors la ligure du secours accordé était représentée cluujue année, de même maintenant nous rappelons notre salut. Xous jeûnons parce que nous pensons à la mort ))()ur vivre ensuite. Nous veillons sans tristesse, comme si nous attendions le maître qui revient du festin pour nous voir ensemble, et annoncer au plus tôt le signe de la victoire contre la inoil.

(o) Puissions-nous, mes bien-aimés, selon ce que

ivqtiici'L la doclrine sacrée, nous comporter cl vivre en tout temps mais surtout maintenant, sans oublier aucune (les belles œuvres de Dieu, ni renoncer à lexcrcicc de la vertu, comme nous en avertissent les mots de l'Apôtre : Souvenez-voiia de Jésus-Christ qui est ressuscité des inorts ( :2 Tim. 2, 8). Assurément il ne fixe pas un temps spécial pour ce souvenir; nos pensées doivent toujours s'en occuper et s'affliger cliaque jour de la négligence d'un grand nombre. Commençons ces jours-ci, puisque le temps du souvenir est arrive qui montre aux saints la récompense de leur vocation et exhorte, non sans réprimande, les négligents. Les autres jours, suivons le cours de la vertu, nous repentant des fautes commises, comme il convient, quelles qu'elles soient. Personne en effet n'est pur de souillure, même si sa vie en ce monde n'a duré qu'ime heure, comme l'atteste le très vertueux Job (Joo, 14,4 d'après le grec). Puis, appliquant notre esprit aux cho.ses futures, prions pour que nous ne mangions point la Pàipie indignement et ne soyons point enlacés dans \o danger. La I^àcjue est nourriture céleste i)oiu' ceux ipii célèbrent la fête avec pureté; poiu- les impurs et U^s méprisants, elle est péril et honte. Il (>st écrit : Celui qui mange et boit indignement, est coupalfle de la mort de Nolre-Seigneur (I Cou. 1 1.57). N'allons donc point simplement à la célébration du rile l'(>slal, mais soy(Mis prêts à nous aj)procluM' du (li\ in .\gn(>au el à IoucIkm- les célest(\s mets; pour (•cla purilions nos mains, que notre corps soit sans souillure, gardons

326 EXKr.K>E. — THKOI.nr.IE pastorale. — ASCÉTISME

notre conscience à l'abri de loutc malice. Ne nous laissons pas aller à l'ébriété et aux concupiscences mais entretenons-nous avec Xolre-Seis^neur et les saintes doctrines, pour que, toujours purs, nous puissions participer au Verbe.

(6) Le 14 Pharmulh, au soir du sabbat, nous commencerons le jeûne et nous le finirons le 19, du même mois de Pharmulh ; alors brillera pour nous le saint Dimanche, le 20 de ce même Pharmuth ; nous y ajouterons lès sept semaines de la Pentecôte dans les prières, la communion avec le prochain et une volonté complètement pacifique. Nous serons ainsi héritiers du royaume céleste par Notre Seip^neur Jésus-Christ, par qui soit au l^ère gloire et puissance pour les siècles des siècles. Amen.

Tous les frères qui sont avec moi vous saluent. Saluezvous tous mutuellement dans le saint baiser.

Le locloiir nignoro pas quel développcmont \o couranl (rascrlisnic. si puissant dans rHglisc dès le début, prit sul)ileni(Mil au iv" siècle sous l'influoncc dos grands fondateurs (\o la vie religieuse et du nionachismo. saint Antoine el saint Pacôme en Egypte, saint Ililarion en Palestine, saint Basile et Euslatlie de Séhasto en Cap|jadoce. pour ne rien dire d(>s moines de Syrie. Dès sa jeunesse. Allianase fut altin» de ce côte : pendant quelque ItMiips il suivit la direction de saint Antoine ; nienil>i-e du clergé dAlexandrie, puis évèque, il se souvint toujours du teni|)s |)assé au désert, en toute occasion nianifesla aux moines un dévouement que ceux-ci, à maintes reprises, payèrent même de leur sang. La plus grande iiiliniilé ri'giiait entre l(>s enmmuiiaulés monasti(|ues éparsessurla terre d Egypte et It^ grand évèque d'Alexandrie qui venait les visiter (>t, pendant de longs mois, leur (ItMiianda même un abri contre les poursuites de ses ennemis, (loniiaissanl persuniicllemenl el vc'iu'ranl li-urs chefs les plus renommés, il les fit connaître à 1 t»ecident lorstpu\ acconq)agn('' de deu.\ disei|)l(>s (1(> saint Antoine, il \ inl en 't.39 dc^iuander au pape justice contre ses perséeiilours orientaux, i.e bien (pie firent ces récils oraux, il comprit (pi il y aurait iiit(rèl à le inulti|)lier en les transmettant |)ar écrit à ceux (|ui ne l'avaient point entt'udu. l'eu d(> temps après la imut de saint Aiitoiiu» (357\ il publia avec s(>s Souvenirs personnels, ce (jue les disciples du saint jial riai-ilie (|i> la vie monasli(pie lui lirent con-

328 EXKGBSE. — TIlEOLOr.IE PASTOHAFE. — ASCETISME

nailie. Cet ouvi-ane, doiil mi naurail jamais dû cuiileslcr raiitluMiticilé, cul partmil un surcès extraordinaire. Evagrius, originaire d'Antinclie , qu'il avait ([uittée en 362 pour aceonipaji-ner en Occident saint Eusèbe de Verceil, lavait traduit en latin avant la mort de saint Athanase. On sait par saint Augustin' l'impression |)rofonde que firent ces récits sur les âmes et l'enthousiasme avec lequel des officiers de l'armée romaine renonçaient à leur carrière pour imiter le genre de vie qiu> leur révélait la vie de saint Antoine.

La vie monasti(|ue n'avait pas encore atteint le même développement en ce qui concernait les femmes. Avant l'établissement des monastères qui se fondaient en ce lemps-Ià un peu partout, à coté des couvents d hommes, la vie érémitique ne pouvait être favorisée par l'Rglise et eût offert trop d'inconvénients. L'étal de virginité était cependant dès le comniencenicnt en grand honneur et l'on avait plutôt à en sauvegarder la perfection qu'à exhorter les fidèles à l'embrasser. Très honorées dans ri-lglise, occupant une i)lace à part, avant l(\s simples la'iques, les vierges consacrées à Dieu, ne se dislinguaient extérieurement (|ue par une mise plus austère et une assiduité plus grande aux exercices de la piété. Elles vivaient isolées dans leur famille ou par petits groupes, sans renoncer à la propriété de leurs biens et à la frétiuenlation de leurs concitoyens. Je n'ai point à parler ici des al)us auxquels une pareille situation donnait occasion ; toutes les vierges n'étaient |)oint à la hauleur des devoirs quelles s'étaient imposc-s. Il ne faudrait pas non plus ci-oire cpiil n'y en avait aucune capable de vertus héroïques et fidèle à l'amour du « céleste fiancé ». Saint

' S. ArnrsTiv. Confrfisiovx,]. VIIF.r. 13. — Voir dans la préface de l'édilioii hénédicliiie (.MiiiNE P. G. ,20, c. 827 scj.) les divers léiiioigruigcs de raiili(piili'' siucol oiivrogodc saint Alhanase.

ASCKTISME 32D

Athanase cli-vail, comme ('■vr(|ii('. une allcMilioa spéciale à ces vicrgôs dispersées dans le moiulc La Iradilion littéraire lui attribue un ouvraj^e ou il traitait de leur étal. Faut-il voir cet ouvrage dans un opuscule que les manuscrits nous ont transmis sous son nom? On l'a nié pour des motifs dont la plupart ne sont pas fort sérieux; récemment M. von der Goltz. à (jui nous devons une excellente édition de cet opuscule ^ a fait valoir de solides arguments en faveur de l'authenticité. Sans regarder la question comme absolument tranchée, je crois pouvoir faire figurer ici un extrait de ce beau petit livre. Kcrit avec une admirable simplicité, il constitue pour la vierge chrétienne un manuel précieux qui lui rappelle ses devoirs et lui indique les moyens de se sanctifier, sans recourir aux nusiéi-ités extraordinaires, ni attirer inutil(Miient 1 attention. Ce petit livre est un vrai jovau de la littérature ascéti(|ue et nous donnc^ sur les usages de la piété chrétienne au iv" siècle les renseignements les plus intéressants. Pour ma part je le mets bien au-dessus de ce pastiche un pcMi lourd, à l'usage des moniales, de la vie de saint Antoine, ([u"un inconnu a mis sous le [)at rouage de saint Athanase. et (pidii li-ouve parmi les apocryphes de ce l\'>re, sous le nom de Vie de !<aiiite Si/nclctiquo.

De l'intérêt poi'té par saint Athanase à la vie ascéti((ue et aux moines, il nous reste encore d'autres témoiynaires, quelques Ici Ires — épaves d'une correspondance (pii a dû être volumineuse ', — sui'toul la leltiTau moine .\mun

' Von i>RR Lhh.iv-, .Voy'j; Twrirjp'Ia; rroô; -rr// -âpOEvov (!)(> Viri,'initalo) oinc orhto Scluilt des Aliianasius, Lei|)zi,u: I9Û5, pp. 143 (Texte iind Unlor^. de GoblianK et llarnai'k. iNimic FoIltc .\1V. 2a). Lofe.xlo va de la page .3r> à la page (10.

- Deux lellros à Horsisiiis (Mir.xK P. (i. 2fi. '.)77 080i. avec un rccit de sa fuite fait à l'évcipie .\inmoiiios (//)/(/., DTl) ".t8'2i. une Icllreaux moines (/A/(/. I lS,i-l I8S) dcii.x aiitrc.s ccrites pour dclenilrc saint Basile (ih'ul.. I l(i."i-l 170). ptislcricnic-^ à 1 année 370.

330 EXÉr.ÈsE. — TiiÉfii.nniE pa^^torai-e. — a>céti!îme

(aviuil 354). rcniar(iualjlc écril de dircclioii. où la piélé la plus siiiciTC s'allie au plus pur bon sens. On sait que plusieurs ouvrages de •polémique sont dédiés par saint Alhanase aux moines, ses meilleurs auxiliaires dans la lutte contre larianisme.

Celle prédilection n'allait j)as toutefois jusquà l'aveuglement. Ce sera, je pense donner une idée synthélicpie de sa pensée sur ce point et de sa trempe dame que de mettre fin à ces extraits par la lettre à Dracontim (354?) On y verra avec quelle vigueur cet ami de la vie religieuse sait rappeler au devoir un supérieur de monastère qui cédant aux sollicitations de ses fils, après avoir accepté la consécration épiscopale, refusait de remplir les devoirs quelle lui imposait. Sans rigueur inutile, sans rudesse, avec une parole insinuante où la fermeté sait s"allier à la plus exquise condescendance, lévêque rappelle à son collaborateur infidèle que lépiscopat, surtout par ces temps troublés, est un fardeau auquel un homme de cœur ne se dérobe point. La leçon fut comprise et Dracontius paya quel(|ue (enq)s plus tard de l'exil sa fidélité au d(>voir et à la foi orthodoxe.

La vie de saint Antoine.

La collection des Chcfii-d'auvrc fia<jio(jraphiqiicf< devant recueillir en son entier la biographie écrite par saint .Mlianase. je me contenterai d'indicjuer ici par une brève analyse ce <|ue renferme le discours (n'^" iG-i3) où l'auleui' a condensé les principaux enseignements du patriarche. Il va de soi (pie lout en sinspirant de la pensée et des enseignemenls de saint Antoine, saint Athanase en a profité pour exprimer ses propres idées, La discrétion et la réserve pleine de sens dont témoignent ces pages les rend aujourd'hui encore très instructives ; elles auraient

ASCETISME 331

dû retenir davantage certains critiques, trop domines par leurs préjugés.

Antoine insiste d'abord sur la pei'sévéranceau service exclusif de Dieu ; ne pas se relâcher, ni se négliger, ne pas regarder en arrière, vers le monde abandonné pour toujours; on a laissé si peu, même si toute la terre était sacrifiée à la vocation pour la solitude ! 11 faut faire ineuvre de tous les jours, sans se préoccuper du lendemain, avec confiance dans la grâce de Dieu. C'est la vertu qui est à conquérir, par un travail à notre portée, tout intérieur et qui nous ramène à notre vraie nature et à notre état primitif. Dans relie lutte quotidienne avec la colère et le désir, il faut vaincre encore Tennemi extérieui", le tiémon.

(lest de lui qu".\ntoine va parler jusqu à la (iu de son discours, matière délicate sui' la(|uell(>, même» aujourd'hui, il est difficile d'écrire avec quel(|ue détail d'une façon satisfaisaiile. A combien plus forte raison au iV siècle, (juand les superstitions paicMines étaient encore si vivaccs et la croyance aux inlerventi(jns incessantes des êtres préternaturels si universellement répandue! Sans entrer ici dans une étude de détail inopportune, il suffira de remarquer que c'est là un suj(>t destiné à prendre une place capitale^ dans l'aseèse monastique. .!(> ne parle pas |)récisémenf de ce (pii concerne les interventions ordinaires sous forme de tentations intérieures, ceci est de tous les tem[)s et depuis l'Kpître de saint Pierre est devenu un lieu commun de la lillérature ecclésiasti(pie, je fais allusion à ces inler-vent ions visibles et à ((^s apparitions multiformes qui défrayeront pendant de long.s siècles les chroni([ues monastiques. Ici ])ourtanl le discours il(> saint .\ntoine est dune sobriélt'- relativt' el l'on ne peut (pi'applaudir aux avertissements (ju'il ddune à ses moines pour dévelop[)er en eux le sens du christianisme inliMieur où ui\e volonté sérieuse et énergi(iue se

332 EXKf.KSE. — TIIlîiiLOGIE PASTORALE. — ASCÉTISME

lais.sc' ciiiuliiirc piir la grâce cl iii('i)iisc tous les obstacles, quelle ([ueii soil l'apparence imposante ou terrible. En toute hypotlièse. réalité ou vision sul)jective, il n y avait rien de mieux à dire. C.v?. conseils n'ont l'ien perdu de leur valeur.

J'en citerai pour preuve un court passage où l'on retrouvera avec le nom même (pudques idées fondamentales de ces laineuses règles sur le Diacevnement dex Ef^prits où saint Ignace de Loyola a condensé le fruit de son expérience et de ses lectures. Il est remarquable de retrouver à plus de mille ans de distance une aussi frap. pante ressemblance d'expression, dans la description d'états d'âme. (|ui ne s'observent nulle part mieux (jue dans la pratique intense de la vie ascéti(iue. Les moines selon le cœur de saint Atlianase n'étaient ni des fanali(|ues, ni des imbéciles, mais des hommes pleinement conscients du but élevé qu'ils avaient à poursuivre el des efforts de volonté ((u'il exigeait.

(3o) Le discernement de la présence des bons et des mauvais esprits est facile et possible par la grâce de Dieu. La vue des saints n'est ])oint troublante. // ne querellera point, ne criera point, nul n'entendra sa poix (Is. 42, 2). Cela se passe avec douceur et tranquillité et produit aussitôt la joie, l'allégresse et la conlianee dans l'àme. C'est que le Seigneur est avec eux, lui (|ui est notre joie et la puissance de TJieu le Père. Les pensées restent paisibles, sans agitation de sorte (|ue l'àme éclairée, contemple elle-même ceux qui lui apparaissent. Le désir des choses divines et des biens futurs la péiirlre el la volonté de s'unir à eux si elle jmuvail s'en aller avec eux. Si. pare(> rpTils pont

hommes, quelques-uns reduuleiit la vision des bons esprits, leur apiuu'ilion lait évanouir toute crainte par leur charité ; ainsi agit Gabriel vis-à-vis de Zacharie, lange du sépulcre dans son apparition aux saintes femmes et celui qui dit aux bergers dans l'Evangile : Ne craignez point (Luc 2, 10). La crainte dont ils sont l'objet ne vient point de la timidité de lame, mais de ce qu'on reconnaît la présence d'un être supérieur. Telle est la vision des saints.

(36) L'irruption ties mauvais et leur représentation est troublante, accompagnée de bruits, de sons, de cris, comme s'il s'agissait d'un tumulte de jeunes gens grossiers et de brigands. Aussitôt làmc devient peul'cuse ; c'est le trouble et le désordre des pensées, rabattement, la haine pour les ascètes, lacédie, la tristesse, le souvenir des proches, la crainte de la mort, enlin le désir du mal, la torp<'ur pour la vertu et le bouleversement du caractère...

(37) Voici encore un autre signe. Quand l àme persévère dans la crainte, c'est que les ennemis sont présents. Les démons n'enlèvent point la crainte comme Gabriel pour Marie et Zacharie, et l'ange du sépulcre pour les saintes femmes ; au contraire lorsqu'ils voient craindre, ils renforcent leurs représentations imaginaires pour effrayer encore davantage et enlin se précipitant, ils se moquent et disent : Tombez à genoux |)Our nous adorer...'

' Vila S. Aiiloiiii.. iv 3."i-37.

Lettre à Amun.

Le même esprit droit et ferme inspire la lettre suivanlc adressée à un sii|)éri(ur de nioiiu-s ci;v[)Liens. qui lui avait exposé les scrujMiles de plusieurs d'enti'e eux victimes d illusions nocturnes.

Toutes les créatures de Dieu sont bonnes et pures ; rien d'inutile et d impur dans ce qu'a l'ait le Verbe de Dieu. Nous sommes la home odeur du Chrisl pour ceux qui sont sauvés, a dit l'Apùlre (2 Cor. i, 45). Mais les traits du diable sont variés et multiples ; il s'efforce de troubler l'esprit des simples, décarter les frères de leurs exercices habituels, en semant parmi eux des pensées impures et souillées. En peu de mots je vais tâcher de dissiper l'erreur du mauvais, par la içràce de notre Sauveur, elde fortilierràme dessimples, car tout est pur pour les purs (Trr. 3,15), la conscience des impurs souille tout. J'admire la ruse du diable ; lui qui est corruption et pourriture, inspire des pensées d apparence pure, mais c'est là plutôt embûche qu épreuve. Pour faire renoncer les ascètes à leurs occupations ordinaires avantageuses au salut et en triomj)lier, il excite certains bourdonnements qui n'offrent rien d'utile à la vie, en dehors de questions oiseuses et de bavardages qu'il faut éviter.

Qu'ya-t-il, dis-moi, cher et pieux ami, de coupable on d inq)iii' dans une sécrétion naturelle ?... Si nous croyons (jue 1 homme est l'œuvre des mains de Dieu,

ASCÉTISME 33o

selon les divines Ecritures, comment une puissance pure a-t-clle pu j)roduir(' une nuvre souillée? Si nous sommes delà race de Dieu, selon les Actes des Apôtres, nous n'avons rien en nous d'impur. Alors seulement il y a souillure en nous ipiand nous commettons l'exécrable péché. Quand mali^ré nous se produit quelque sécrétion naturelle, alors, par la nécessité de la nature, nous subissons cela comme le reste. !Mais [)uisque ceux qui cherchent seulement à contredire la vraie doctrine et les actions même de Dieu mettent en avant le mot de riwangile : Ce n'est point ce qui entre dans l liommo qui le souille, mais ce qui en sort (Mat. 'lo,'it, je dois réfuter celte sottise, car je ne saurais raj)i)eler un problème.

Dabord, en raison de leur ignorance, ces iiommes instables l'ont violence à 1 l'écriture (jL Pet. 3,U>j. La parole divine est à expliquer comme il suit. Plusieurs élevaient un doute, analogue an leur, au sujet des aliments ; le Seigneur, les délivrant de leur ignorantr et manifestant à tous la tromperie, dit: Ce n'est pas ce qui entre ((ui souille l'komnie, mais ce qui sort. Puis il ajoute d'où vient ce »|ui sort, du cœur. C'est là, il le sait, ipiesont les trésprs mauvais tirs pensée.^ profanes vl des autres péchés. iMus brièvement rA|)ùtre a donné le même enseignement quand il ilit : La nourriture ne nous recommande pas à Dieu (1 Cnu. 8,8). On poiu'rait dire avec raison : l..e8 sécrétion.^ n.ilurelles ne nous exposent })oint au ch^dinient. L(>s mêdeein.s aussi (pour les confondre niêim- par des gens du

336 EXÉGÈSE. — THÉOLOGIE PASiTOHALE. — ASCÉTISME

(Icliurs) (IcrciuIroiiL CL'H idées; ranimai a cerlaiiis oxutoires nécessaires pour le superllu des humeurs qui sont tians nos divers membres... Quel péché y a-l-il donc devant iJieu, vénérable vieillard, puisque le même maître qui a créé l'être vivant a voulu et lait que ces membres possèdent de pareils exutoircs.

Mais il faut prévenir les arguments des adversaires. Ils pourraient dire : il n'y a pas de péché non plus alors à s'en servir de fait, si ces organes sont l'œuvre du Créateur :' .\ ces interrogations nous imposerons silence en réj)ondant : De quel usage parlez-vous : du légitime, permis par Dieu lui-même: Croissez, a-t-il dit, et muUipliez-ooits et remplissez la terre {Gen. 1,28), que lapùtre a approuvé: Honorable est le mariage cl immaculé le lit nuptial (Heu. 13, 4j ; ou de l'usage vulgaire qui s'exerce en secret et par l'adultère ? Four tout le reste des actions de la vie, nous trouveroh.s aussi certaines différences : tuer n'est pas permis, jKJurlant à la guerre supprimer ses adversaires est légitime et digne de louanges. Aussi de crandesrécompenses sont-elles décernées à ceux qui se sont distingués pendant la guerre ; on leur élève des stèles amionçant leurs hauts faits. Ainsi le même acte, sous un aspect et dans telle circonstance n'est pas permis, sous un autre aspect et en son temps est licite et toléré. Il en va de même de l'union des sexos. Bienheureux qui dans sa jeunesse, uni en libre mariage, a usé de son corps pour la génération ; si c'est jjour la débauche, impudiques et adultères recevront le châtiment décrit

par l'Apùtiv. Il y a doux voios qui s'offroiit à ce sujet : runo i)lu,s abordable; (;t phis commune, celle du mariag-o; l'autre ang-éliquect supérieure, la vircfinité ; si l'on choisit la voie du monde, je veux dire le mariap;e, on n'encourt aucun blâme, mais on ne recevra pas aidant de .^rAces. On en recevra pourtant puisque cet état |)ro(luit lui aussi en fruit trente pour un. Mais si l'on embrasse la vie pure et céleste, bien cpic la voio soit rude d'abord et difficile, on a pourtant des grâces plus admirables; on recueille le fruitparfait, le centuple. Ainsi leurs doutes impurs et pervers sontrésolusdirec- Icment et depuis long-temps par les divines Écritures. Confirme donc, Père, tes ouailles, par les exhortations des Apôtres, les invitations évangéliques, les conseils du Psalmiste : Vwifîe-moi selon ta parole, est-il dil (Ps. 118/107) ; sa parole est de le servir d'un cœur pur. Bien instruit de cela le prophète lui-même comme s'il s'interprétait, dit: Forme en moi un cœur pur, ô Z)îe?< (Ps. 50,1:2), pour que, les pensées impudiques ne me troublent point. David dit encore : Forli/ic-moipar ton esprit principal (Ps. S0.i4), pour «pu^ si ces pensées me troublent, une force puissante v(Miaiil di> Idi m'affermisse, comme uu(^ base. Toi donc, doime ces conseils et d'autres semi)lal)I(>s, dis à (mmix ([ui hésitent à se laisser persuader par la vérité: J'enseignerai aux iniques les voies. Plein di> confianct^ au Seig-neur pour les faire reuonccM' à Kmu- malice, chante : Kt les impies se toiirnrrn)it vers toi{Ps. 50/15). Puissent ceux qui mal à propos soulèvent ces doutes cesser leur

vainc agilation et ceux que leur simplicité a rendus an.xicux être fortifiés par l'Esprit principal ! Quant à vous tous qui connaissez fermement la vérité, gardezla intangible et indéracinable dans le Christ Jésus, Notre-Seigneur, avec qui soit au Père gloire et force, avec le Saint-Esprit, pour les siècles. Amen.

Le traité sur la Virginité.

L'auteur commence par rappeler à la vierge ce qu'elle doit croire (1), et les obliy;ations de son état, détachement absolu (lu monde et de ses Ijjcns (2) et imitation des vertn.s du Christ (3) ; elle est insensée pour le monde mais sage devant Dieu (4). Il lui i-ecommande l'humilité (5), le jeune (6-7); qu'elle évite la vaine gloire et la vantardise (8-9). Cirande sera sa récompense, si elle se met à l'œuvre avec un courage viril (10). Après ees considérations générales, l'auteur descend aux indications pratiques: simplicité dans les vêtements de couleur sombre, mudeslie dans la démarche et les sdins du corps, pas de parfum précieux (11-12). D'un autre coté, pas d'exagération dans la mortification mais un souci modéré de la santé. (Jue la lecture des livres saints et la prière se partagent la journée; aux repas, avant et après, remercier Dieu (12-14); fréquenter les vierges âgées de préférence aux jeunes. L'auteur insiste encore sur le devoir de l'action de grâces à l'égai-d de Dieu (15). Puis vient une intruclion pour sanctifier la journée, en union avec le souvenir du Sauveur, surtoul la douzième heure; la nuit même a sa part de jjrièrc et de larmes piirificat rices (10-18). Le royaume descicux en est le prix.

(18) Que celui qui rherche son repos en ce siècle n'e.spère jtoint recevoir \o i-epos éternel. Le royaume

des cieux n'est point à ceux qui se reposent ici-bas, mais à ceux qui passent cette vie en beaucoup de tribulations et dans la gêne. Ils ne l'obtiennent pas gratis mais avec grande fatigue; de généreuses sueurs Tacquièrent à ceux qui en sont jugés dignes. Peu leur importe qu'ils aient beaucoup à travailler ici-bas; une fois entrés ils oublient leurs travaux et leurs douleurs et tout ce qu'ils ont soufïert en ce monde vain, pour le repos abondant etinénarrable qui leur est donné. Que dis-tu, ô homme? Voici deux voies placées devant toi, la vie et la mort ; prends celle que tu veux. Voici le feu et Veau, étendit la main, où tu veux (Eccle. 15,16). 11 est en ton pouvoir d'obtenir la vie, il est en ton pouvoir d'obtenir la mort. La mort c'est le monde, la vie c'est la justice. Le monde est éloigné de la justice, comme la mort de la vie. Situ marches dans la voie du monde, tu marches dans la voie do la mort et tu quittes Dieu, selon la sainte Ecriture. Si tu marches dans la justice, tu marches dans la vie; la mort ne te touchera point car, pour les justes, il n'y a point mort mais translation, translation de ce mon(h^ au repos éternel. Les justes sortent de cette pénible vie, cornuK^ d'une prison, pour aller aux biens qui leur sont préparés (I Cor. 2,9). Les pécheurs peinent misérablement ici-bas et de l'autre côté le feu les attend ; ils ménlcul donc qu'on les pleure deux fois; dans la gène ici, làbas ils ne trouvent point leurs aises. C'est pourquoi la sainte Ecritiu-e dil : Quaml Vimpie fi'esl toui'nè, il a disparu (Pnov. ïiJ). De partout ils sont à l'élmit : là

340 EXÉOKSE. — THÉOLOGIK PASTORALE. — ASCÉTISME

les douleurs, ici les Iribuhitiuiis. II n'y a pas d'homme qui n'ait à soufîi'iren ce monde malheureux; le pauvre, le riche, l'esclave, l'homme libre, le pécheur, le juste, tous sont également dans la peine et ont à attendre le môme sort en ce monde-ci, pécheurs et justes.

(19) Là-bas il n'en est pas ainsi; leur sort est différent, comme est différente leur souffrance ici-bas. Le juste peine mais pas pour remplir son ventre ; les préoccupations de la chair n'existent pas pour lui, il ne pense môme point qu'il a un corps. Il peine jour et nuit, cherchant Dieu, se privant de sommeil, ne rassasiant point son âme de pain et d'eau, errant dans les solitudes, domptant le corps par de nombreuses austérités, jusqu'à ce qu'il reçoive la couronne qui ne se flétrit point. Le pécheur peine et travaille non pas en vue de la justice mais pour cette misérable chair, pour une femme illégitime, et ces diverses fatigues ne lui suffisent point, il vit dans la malice et l'envie. Mais les insensés ne s'en rendent pas compte, ils sont aveuglés par la nature et les nombreux soucis du monde, ils s'égarent, jusqu'à ce que leur soit envoyé le soldat rigide qui ne fait pas acception de personnes et ne se laisse pas corrompre (Sap. 18,15; Deut. 10,17). Leurs Ames seront entraînées de force par les anges inflexibles et ils recevront de Dieu leur condamnation. Vides ils ont travaillé pour le vide en ce monde, ils se sont occupés des biens terrestres ; c'est pourquoi ils sont 1 allés à leur perte. Oublieux de Dieu en cette vie, ils n'ont point eu cure de se rappeler la crainte de Dieu ;

ASCETISME 341

lui aussi n'a cure d'eux. Dieu est juste, juste est son jugement (Ps. Il8,37j. Quand il viendra juger ce monde, il rendra à chacun selon ses œuvres ; bienheureux le cœur qui reçoit ces enseignements'.

L'auteur enseigne alors à la vierge comment distribuer selon les diverses heures de la journée la récitation du psautier, lui recommande la charité (21), la résignation, les devoirs de l'h(ispil;dité (22) le silence à réglisc. Qu'elle prenne courage pour être fidèle à ces conseils, toujours prête pour le grand départ et le regard fixé vers le terme ("23). Il termine par un éloge très vif de l'état de continence (2i) et un dernier appel à la fidéiifé dans la praliijue de ces avis (25).

Lettre à Dracontius.

(1) Je ne sais que l'écrire; te blâmer parce que lu refuses (l'épiscopat), ou que tu fais-trop attention au temps et le caciies par crainte des Juifs^Çlnoi qu'il on soit, ton acte est blâmable, mon cher Dracoidius. 11 ne convenait pas, la grâce rcyue, de te cacher et toi, homme sensé, de donner aux autres un prétexte pour fuir. Beaucoup à cette nouvelle se scandalisent; non pas simplement de ton action, mais parce (|ue tu considères les circonstances et les tribulations (jui menacent l'Kglise. Je crains que, fuyant pour ton biiMi, tu ne te trouves, à cause des autres, en mauvaise posture devant Dieu. Si pour celui qui scandalise un petit, il serait pré [érable (lu" on lui suspendit au cou une meule

^ De Viroinilri/e. iiMS-li», i-d. voii dn- (lull/. |>|». .H;{-î>.">.

de moulin et qu'on le noyàl (Mat. i8,()), quel serait ton sort à toi devenu pour tant de monde un scandale ? L'accord si mcrveilleu.K qui s'est produit en territoire alexandrin sur ton élection, sera forcément déchiré par suite de ta retraite; lépiscopal de cette terre sera la proie de plusieurs, et ceux-là pas précisément bons, tu les connais assez. Les païens qui ont promis de se faire chrétiens, lors de ton ordination, resteront Gentils, ta piété gaspillant la grâce reçue.

(2) Quelle apologiepourras-tu bien faire valoir ? Quels discours pourront effacer et détruire ces griefs ? Comment relever ceux qui à cause de toi sont tombés et se scandalisent i' Comment, après avoir brisé la paix, pourras-tu la réparer? Mon cher Draconlius, au lieu de joie lu nous as donné du chagrin, 'au lieu de consolation, des tristesses. Nous espérions la consolation de lavoir avec nous et maintenant nous voyons que tu le dérobes et que, condamné au jugement, ton danger te fera le repentir. Il te faut le savoir et n'en pas douter : avant Ion élection lu vivais pour loi, après, pour tes ouailles. Avant de recevoir la grâce de lépiscopal, nul ne le connaissait, maintenant le peuple attend que lu lui apportes la nourriture, l'enseignement scripturaire, Tandis qu'ils ont faim, dans leur attente et que lu ne nourris que toi, quand viendra Notre Seigneur Jésus- Christ et ([ue nous nous présenterons devant lui, quelle défense auras-tu devant tes ouailles en proie à la faim ? Si lu n'avais i)as reçu l'argent, tu serais sans faute ; mais, l'ayant reçu, l'ayant enfoui et caché, à bon

droit il te tliiailces paroles que je ne te souiiaite pas d'entendre : Il le fallait confier mon argent aux banquiers jusqu à ce que je vinsse le leur redemander (Mat. i2o,!27j.

(3) Je t'en prie, épargne-toi et épargne-nous, toi, j)our éviter tout danger, nous, pour nous éviter du chagrin à ton sujet. Aie souci de l'Kglise; que beaucoup des petits ne reroivciiL pas de dommage à cause de toi et aux autres ne lournis pas un prétexte pour se dérober. Si tu redoutes les circonstances et si la frayeur t'a t'ait agir ainsi, ce n'est point là une pensée virile; il te fallait en cela faire niuiilrc de /.Me |)oia' le Christ, prendre plus de courage dans ces conjonctures, et dire les mots de saint Paul : En tout cela nous triomphons (IloM. 8,37), siu'Loii! parce (pi'il ne faut pas être l'esclave du moment, mais celui du Seigneur. Si Por'^anisation ^\v<, j-lglises ne te plait poinl, si tu penses (pic la charge épiscopale n'est pas rénnniérée, alors Ion mépris va jusipi'au Sauveur (pii l'a ainsi réglé; je t en prie, laisse ces raisomieuKMils el ne supporte pas ceux (fui te conseillent dans et' sens ; toiil l'ela n'est point digne de Dracontius. Ce (pie le Seigneur a constitué par ses Apôtres, cela reste bon et ferme ; la lâcheté des frères aura son terme.

(4) Si tous partageaient les senlimenls de tes conseillers actuels, comment serais-lu deviMiu chrélien sans évé(iues ? Si ctnix (pii nous enlourenl en viennent aux mêmes idées, comment les l'iglises vivront-ellesi' Peiiseid-ils. tes conseillers, tpie tu n'as rien \\\\\ parce

344 EXKi.KSE. — TlIKOLOr.IE PASTORALE, — ASCÉTISME

(juilslc inci)risonl?Mais c csl là un« erreur. Ils estimenlalors aussi à rien lagràcedubaplème, si quelquesuns la méprisenl. Tu l'as reçue, mon clier Dracunlius, n'écoule poinl les conseillers, ne te Irompe poinl loimème, Dieu qui L'adonné le redemandera. N'as-lu poinl cnlendu les paroles de 1 "Apôtre : Ne néglige poinl le charisme qui esl en loi (l Tim. 4,14). Nas-tu poinl lu comment il reçoit celui (pii a doublé, comment d a condamné celui (jui avait enfoui? Puisses-tu revenir vile, pour que lu sois au nombre des récompensés. Voyons, de ([ui veulenl-ils que lu sois limitateur ceux qui te conseillent ? Il faut nous conduire selon la norme des saints cl des Pères elles iniiler, sacbant bien (luà nous éloigner deux, nous perdons leur communion. Qui veulenl-ils que tu imiles ? Un indécis, qui veut suivre mais diffère el délibère à cause des siens, ou le bienlieureux Paul, (jui, ayant reçu la mission, ne s'attache plus à la chair et au sang? Bien quil eût dit : Je lie suis point digne du nomd'apôlre {\ Cor. 1o,'J), sachant j)ourlant ce quil avait reçu et ne méconnaissant pas son bienfaiteur, il écrivit : Malheur à moi si je némngélisc point (l Cuil. 9,15). 11 aurait eu la malédiction s'il n'avait point évangéli:»é; il enseigna, il prêcha lllvangile; sa joie et sa couronne furent ses disciples- Aussi poussa-t-il le zèle juscpià prêcher en illyrie, à ne pas hésiter à partir \nn\v Wmw el à s'en aller justpiCn I<lspagne, ])Our (pit- la mesure pins grande de ses fatigues fût aussi celle de sa réc(»m|)ense. Il se gloriliaif pai- suit'' d'avoir (•ond)a!ln le bon condjal. il avait

ASCETISME 345

la couliaiic(> de recevoir la j^n'aiule couronne. Ainsi, mon cher DraconLius, qui iniiles-tu dans ton acte, Paul ou ceux qui en dilfèrent? Je te souhaite et me souhaite aussi d'être imitateur de tous les saints.

(5) Peut-être (juelqucs-uns te conseillent-ils de te cacher parce que tu as dis et as jure que, si tu étais élu, tu ne resterais pas i' J'entends dire qu ils bourdonnent cela aux oreilles et croient servir la piété ; mais, s'ils étaient vraiment pieux, ils auraient plutôt pris garde à Dieu cpii t'a constitué. S'ils avaient lu les divines Ecritures, ils ne t'auraient point conseillé contrairement à eHes, Fais attention qu'ils blâment Jérémie, qu'ils accusent le grand Moïse, (jui n'ont point écouté de pareils conseils, mais, craignant Dieu, ont accompli leur ministère et se sont perfectionnés dans la j)rophétie. Envoyés eux aussi et ayant déjà retju la grâce du proj)hétisme, ils la r(^j)oussaient, mais ils furent saisis de crainte et ne méprisèrent point celui qui les envoyait. Que ta voix soit grêle ou la langue lente^ crains Dieu ton créateur ; si tu le dis trop jeune pour prêcher, redoute celui «pii le connaissait avant tle te façonner; si tu as ilonné ta parole (la i)aroleiiuur les sainls é([uivalail au sermenh, lis .iéréniie. l-ui aussi avait dil : Je ne nommerai pu int le nom dtf Seigneur (Jku. 30, ',)) ; mais ensuite, redoutant le feu in lérieur, il ne lil pas ce (piil avait dit et, sous prétexle de serment, ne se cacha point; il riMloula celui ([ni lui avait conlié la charge el acconqtlil l;i prophétie. Nesais-lu pas, mon cher, ipu- .lonas s'enluil el (le\ inl

ce que tu sais, mais (|u ensuite il rejjrit la prophétie ?

(0) N'écoute doue poiut d'autres conseils. Le Seiqneur connaît mieux que nous nos affaires et sait à qui il eonlie ses Es^Iises. Même si quelqu'un n'est pas digne, qu il ne regarde point sa vie antérieure, qu'il accomplisse son ministère, pour qu'après cette vie, il n'encoure point la malédiction pour sa négligence. Kli bien, mon cher Dracontius, avec cette connaissance et prudent comme tu l'es, n'as-tu point de remords ?N"astu point souci de la perte de ceux qui te sont confiés ? N'es-tu point en j)roie au feu de la conscience? Ne redoutes-tu point le jour du jugement, où aucun de tes conseillers ne viendra à ton secours ? Chacun rendra compte de ce qui lui aura été confié. De quelle utilité fut son excuse à celui qui avait caché le denier? Que servit à Adam de dire : La femme m'a trompé ((îEX. 3, \^). Mon cher Dracontius, même si vraiment lu es faible, il te convient de prendre souci de 1 Kglise abandonnée, à qui seseimemis nuiront, prenant occasion de ta fuite ; il te convient de te ceindre, pour ne point nous laisser seuls au combat; il le convient de le fatiguer toi aussi, afin (|ue tu reçjoives avec tous la récompense.

(7) llàte-loi donc, mon cher, iif larde plus, n(> siq)porte plus ceux (pii t'arrêtent, souviens-toi de celui (|ui l'a donné, ^■iens ici avec nous qui taimons, (jui te conseillons selon l'I'xritiu'e, pour (jue nous t'intronisions et que tu te souviennes de nous pendant la litur- ,gic. Tu n'es pas le seul évèque |)ris parmi les moines,

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tu n'es point le seul chef de monastère, ou le seul aimé des moines ; tu le sais bien, Sérapion est moine aussi et a gouverné beaucoup de moines; tu n'ignores point de combien de moines Apollos est le Père. Tu connais Agatbon, lu n'ignores point Arislon, tu le souviens d'Ammonios, parti avec Sérapion ; peut-être même as-tu aussi entendu parler de Moites dans la Tliébaïde supérieure et tu peux l'informer de Paid de Lalos et de beaucoup d'autres. Tous ceux-là élus n'onlpointconlredit, mais ayant pour modèle Elisée et connaissant Ihistoire dllélic, sachant ce qu'ont fait les disciples et les apôtres, ils ont accepté le souci, n'ont point méprisé le service, ne sont pas devenus inférieur^ à eux-mêmes; ils attendent au contraire le salain» de leurs fatigues, progressant et invitant les autres à progresser. Combien de gens n'ont-ils pas détournés (h's idoles .' Combien ont renoncé, sur leur avis, aux coutumes diaboliques! Combien de serviteurs ont-ils amenés au Seigneur, de sorte que ^ccux qui voient leurs prodiges sont dans l'admiration i'N'est-ce pas un grand prodige (junne jeune fdle s'adonne à la virginité, un jeune homme à la continence, qu'un païen reconnaisse le Christ *

(8) Que les moines ne t'arrêtent donc point, connue si tuétais le seul pris parmi les moines; ne prétexte ])oinl que tu vas déchoir. Tu deviendras même meilleur si tu imites saint Paul elles actions des saints. Tu sais cpie, conslilués administrateurs des mystères, ils onl poursuivi i)lus directement la récompense de la vocation céleste. Quand Paul fut-il martvr et salttMidi(-il à rece-

voir la couronne, sinon quand il fut envoyé pour enseigner? Quand Pierre conlessa-t-il la foi, sinon quand il prèchaill Évangile et devint pèc heur d hommes? Quand Ilélie fut-il enlevé, sinon quand il eut accompli tout son ministère prophétique? Quand Elisée reçut-il en esprit le double, sinon quand il quitta tout pour suivre Hélic. Et pourquoi le Sauveur choisit-il des disciples, sinon pour les envoyer ?

(î)j Donc, avec ces modèles, mon cher Dracontius, ne dis point et ne crois point ceux qui disent que lépiscopat est une occasion de péchés et qu'il porte à commettre des fautes. Tu peux, quoique évèquc, soulïrir la faim et la soif, gomme Saint Paul; tu peux t'abstenir de vin^ comme Timothée ; jeûner perpétuellement, comme saint Paul, et, jeûnant ainsi, rassasier comme lui les autres par tes enseignements, t'abstenant de boire selon ta soif, désaltérer les autres par ta doctrine. Que tes conseillers ne l objectent donc point cela. Nous connaissons des évèquescpii jeûnent et des moines qui se rassasient, nous connaissons des évoques qui ne boivent pas de vin et des moines qui en boivent, nous connaissons des évèques qui font des miracles et des moines (jui n'en font j)oinl. Beaucoup d'évèques n'ont jamais été mariés, il y a des moines qui ont été pères de famille, de même qu'il y a des évèques pères de famille et des moines qui n'ont pas de postérité ' ; nous connaissons encore des clercs qui souffrent la faim

' On so rn|)|)rlli" (jnc l;i loi du crlibal nVlai( i)oinl, on pralicpip. i)blifî<il(»iiv partoiil au iv siècle pour les iiipn>|)rcs du clore:!'-.

et des moines qui jeûnent. Ceci est permis et cela n'est point défendu. Que partout on lulle ; la couronne dépend non du lieu mais des actes,

(10) N'écoute donc point ceux qui te donnent d'autres conseils; hàte-toi au contraire ; pas do retard, surtout parce que la sainte fête approche, Sftns cela le peuple célébrerait la fête sans toi et tu prendrais sur toi une grande responsabilité. Qui leur annoncera la Pàque si tu n'es pas présent? Qui leur fera connaître le jour de la Résurrection, si tu te caches ? Qui leur donnera les conseils pour bien passer la fête, si tu es en fuite? Oh! combien seront aidés si tu es présent, à combien ta fuite sera pernicieuse! Qui t'approuvera d'agir ainsi ? Pourquoi te conseillent-ds de refuser l'épiscopat, eux qui veulent avoir des prêtres ? Si tu es pervers, qu'ils ne restent pas avec toi ; s'ils te jugcntapte, qu'ils ne soient point envieux des autres. Si l'enseignement et le commandement est une occasion de péché, à leur avis, qu'ils n'enseignent point, qu'ils n'aient point de prêtres, de manière à ne point déchoir eux et leurs maîtres. Allons, n'écoute point ces i)aroles humaines, ne te laisse pas ainsi conseiller, comme jt^ lo l'ai répété souvent; hiite-toi, reviens au Seigneur rt, prenant soin de ses brebis, fais aussi mémoire de nous. C'est dans ce but que j'ai invité à aller vers toi nos chers Ilierax le prêtre et Maxime le lecteur. Leurs discours t'exciteront et cela le fera connaître dans quelles dispositions je t'écris et le danger qu'il y a à ne point se conformer à la discipline ecclésiastique.

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