‹ Saint Athanase (295-373)Chapitre 18 sur 21 · L IDOLÂTRIE · texte numérisé non relu

L IDOLÂTRIE

à défendre les poètes, aiiLciirs responsables de la grande vogue et du développement de l'idolàlric (lG-17). Qu'on ne dise pas davantage que l'on a divinisé des hommes célèbres pour les services qu'ils avaient rendus et leurs inventions. A ce compte tous les inventeurs seraient divinisés (18). N'est-ce pas d'ailleurs la meilleure preuve de leur humanité, ce que confirment leurs statues où la forme humaine et la forme animale elle-même sont reproduites"? A ce propos, le docteur alexandrin s'attache à réiuter une objection assez curieuse : les idoles sont des moyens de communication nécessaires avec la divinité (19-21).

L'anthropomorphisme prêté aux dieux et les figures d'animaux sous lesquelles on fait honorer la divinité, no sont pas plus tolérablcs (22). La multiplicité et la diversité des cultes selon les régions et dans une même proviiu'c en démontre bi(Mi la fausseté (23-2i) : de même les sacrifices humains et les vices dont la prati(iue est considérée conuno une partie des devoirs religieux (211-28). (Juant au culte des éléments et du monde pris en luimême, comme un grand tout, il est également illégitime.

Fausseté du culte des éléments.

(i27) Si quelqu'un [)ren(l à part les parties de la cvrixtion et les considère en particulier, par exeni|)le le soleil tout seul, la lune aussi, la terre, l'air, la clialetn-. le froid, le sec, l'huniide, en les iy<tlant de loiil rapport nuituel, il trouvera qu'aucun ne se sidlit à lui nièim^; tous oïd, besoin d'être aidés par les autn's c\ ne se soutiennent (pu> pai- e(>s stu'ours réeiproipies. Le sidi'il est emporté av(M' toid> le ciel, il lui est inii cl nt> saurait exister hors (Iw sa circiuivobitioii ; la Itine et les

autres asti'es témoigucul du secours qu'ils re(;oivcnt «lu soleil, la terre, sans les pluies, ne peut porter de fruit; les pluies sans les nuages ne tomberaient point sur la terre. Pour les quatre éléments qui composent la nature des corps, qui est assez déraisonnable pour ignorer qu'unis ils se soutiennent, séparés et isolés ils se détruisent selon la loi du plus fort.. ?(28) Gomment donc y aurait-il là des dieux, puisqu'ils ont besoin d'un secours étranger? Comment convient-il, de leur adresser une demande, quand eux-mêmes s'adressent aux autres pour avoir le nécessaire ? S'il est raisonnable d affirmer de Dieu qu'il n"a besoin de rien mais se suffit dans son indépendance, que tout se soutient en lui, et qu'il donne à tout la subsistance, comment convient-il d'appeler dieux le soleil, la lune et les autres parties de la création qui n'ont point ces • qualités et réclament une aide mutuelle?

Mais peut-être diront-ils que, si on les unit en un grand corps unique, l'ensemble sera Dieu ?L'existence du tout fait que l'on n'a plus besoin de secours étranger; le tout se suiïit à lui-même et est complètement indépendant. Si la réunion des parties forme le tout, de sorte que le tout soit composé de parties, le tout, est composé de parties qui chacune sont une partie du tout. Or rien de plus éloigné de la conception de l'idée de Dieu. Dieu est tout et non parties; il n'en est point composé diversement, mais l'auteur de la constitution de l'univers. S'il est composé de parties, il est dissemblable à lui-même et n'est comj)iel que parce qu'il a

l'idolâtrie 233

des parlies dissemblables. Soleil il n'est poiul lune, lune il n'est point terre et ainsi du reste. Notre corps d'ailleurs peut aider h le compi"cndre. L'œil n'est point l'oreille, ni celle-ci la main, ni le ventre la poitrine, ni le cou-de-pied; chacun a son activité propre et les diverses parties constituent un seul corps, dont les parties sont unies pour l'usage, mais séparées au moment où la nature qui les a unies les disjoindra, sur l'ordre de Dieu. De même (que le Tout-Puissant nous ])ardonne ce raisonnement !) si nous unissons en un seul corps les parties de la création et si nous l'appelons Dieu, nécessairement il sera dissemblable en luimême, comme on l'a démontré, 'et il sera divisible en autant de parties que sa nature le comporte.

(29) Si Dieu est incorporel, invisible, intangible par nature, comment se représentent-ils Dieu comme un corps et rendent-ils les honneurs divins au.K objets qu sont visibles et tangibles? Si l'on doit penser de Dieu qu'il est puissant, que nul n'est son maître, mais qu'il domine tout et en est le maître absolu, comment ceu.K (pii divinisent la création ne s'aperçoivent-ils pas qu'ils sont en dehors de celte définition de Dieu'?

L'idoliMrio est donc ;'x rojolcr. Mais oi>ninionl arriver à la connaissance de Dieu f l)(nix voies s'oiïi'eiil à liioinmc, l'une plus dircflc ([iii le coiuluil inimédiateniiMitde la ctinnaissanco de soi-ntème àrcllc du W'iho dout ilosl l'œuvi'o v\ par le Verhe au l'ère céleste; i'aulre ddiuiéo pour suppléer à la pr(Mnior(\ la funtcmplalinn du UKUule exlé-

' L'ont. Geitl., 27-29.

rieur. Pour qu'on saisisse exactement la pensée de saint Athanase, au sujet de la première voie, je rapporlerai tout au long ce qu'il en dit. Son exposition l'amène à démontrer, en passant, (]ue l'àme est raisonnable et immortelle.

Première voie pour connaître Dieu : la connaissance de lame. — Existence et immortalité de l'âme spirituelle.

(30) Pour connaître Dieu et en avoir une idée précise, nous n'avons besoin que de nous-mêmes. Dieu est au-dessus de tout, mais la route qui mène à lui n'est pas loin ni hors de nous; elle peut facilement trouver en nous son point de départ, comme l'a enseigné Moïse lorsqu'il a dit : La parole de la foi est au dedans de ton cœur (Deut. 80, 14). Le Seigneur l'a indiqué aussi et l'a confirmé : Le royaume des deux est au dedans de nous (Luc. 17,21). Ayant en nous la foi et 1(^ royaume dcscieux, nous pouvons vite contempler et nous représenter le roi de l'univers, le Verbe du Père Sauveur. Que les Grecs lu^ clierehent pas des prétextes pour adorer les idoles et que personne ne se trompe à la légère, comme s'il n'y avait point cette roule, et qu'on eût une excuse de son athéisme. Tous nous sommes entrés sur le même chemin et l'avons en notre pouvoir, bi(>n que tous ne veuillent jjas y marcher, mais dévient et en sortent, à cause des ])laisirs de la vie (jui lesattirenl du dehors. Si l'on demande (jiielle est celte voie, je i-éponds que c'est uolvv âme et l'intelli-

CONNAISSAN'CE DE DIEU 23a

g-ence (iiii csl va\ elle. L'inlclligence seule peut contempler Dieu et se le représenter.

Mais, de même qu'ils ont nié Dieu, ces impies déclareront peut-être aussi qu'ils n'ont pas d'âme, et c'est là plus que toute autre une affirmation vraisemblable de leur part. Car il faut n'avoir pas d'intelligence pour nier son créateur Dieu. Que chaque homme ait une àmo et une àmc raisonnable, c'est là une démonstration qu'il est nécessaire de faire en peu de mots, à cause des sim])les ; plusieurs hérétiques le nient et pensent que l'homme n'est rien de plus que la lormo visible de son corps.

(31) Un premier signe que l'homme a une àmc raisonnable est sa différence avec les brutes. On les appelle brutes parce que les hommes eux sont raisonnables. Une seconde preuve qui n'est pas négligeable, c'est que l'homme seul raisonne sur ce qui lui est étranger, réfléchit sur ce qui est absent, revieiil sur ce qu'il a examiné et choisit en jugeant ce qui lui |)araît mieux raisonné. Les bètes ne voient que ce cpii est présent, ne cherchent que ce qui s'offre à leurs yeux, même si cela doit leur nuire. L'homme ne cherche pas ce qu'il voit, mais raisonne {tour i-ritiquer ce cpie lui montrent ses regards. Aussi souvent le raisonnement retient-il l'élan naturel. On i'ai><)iin(\ on revient sur le rais()nn(Mn(Mit et chacun se rend compU'. s il niim^ la vérité, (jue resj)rit de ThoinuK^ est tout différenl des sensations corporelles ; leiii' (''laiil é(i'aiig(M', il (>sl leur juge et ce qu'elles reçoivent, il le iliscerne, en garde

la incmoilo, indique aux sens ce qu'il y a de mieux. L'œil ne sait que voir, l'oreille qu'entendre, la bouche que goûter, les narines que percevoir les odeurs, les mains que toucher; ce que l'on doit voir, entendre, toucher, goûter, odorer, ce n'est plus aux sens mais à l'ànie et à rintelligcncc à le discerner. La main pcul saisir un glaive, la bouche goûler un poison; elles no savent si c'est nuisible que parle jugement de l'intelligence. C'est comme pour une lyre bien réglée et un musicien qui en use avec maîlri.se. Chaque corde de la lyre a un son propre, l'une grave, rautreafgu, l'autre moyen, l'autre oxyton, etc. ; leur harmonie ne peut être discernée et leur accord reconnu que parle musicien au courant de son art. L'harmonie n'apparaît et l'accord n'est juste cjue lorsque celui qui tient lu lyre frapjjc les cordes et touche chacune convenablement. Les sens sont comme une lyre bien réglée dans le corps; quand l'esprit les a sous sa direction, l'àme alors discerne oi sait ce qu'elle fait. Or cela n'appartient qu'à 1 homme ; c'est la rationnante de l'àme humaine, qui la distingue des brutes et démontre quelle est réellement distincte de ce qui se voit du corps. Souvent tandis que son corps est étendu à terre, l'homme s'imagine et contemple ce qui est au ciel ; souvent quand le corps est paisible, tranquille, endormi, l'homme s'agite intérieurement, contemple ce qui est hors de lui, traverse et parcourt des contrées, salue ses connais-sances el même souvent connaît d'.iv.uice et <l(>vincce qu il doit laire le jour suivant. Qu'est-ce là sinon IMme raison-

CONNAISSAXCK DE DIEU 237

nable, en qui il raisonne et pense ce qui le dépasse ? (32) Autre argument. Comment le corps de l'homme étant naturellement mortel, l'homme raisonne-t-il sur l'immortalité et souvent désire la mort pour la vertu? Comment, dans un corps éphémère, se représente-t-il leschoses éternelles au point qu'il méprise les obstacles et désire l'éternité? Le corps ne saurait de lui-même raisonner ainsi sur lui-même, ni sur ce qui est hors de lui : il est mortel et éphémère ; il faut donc qu'il y ait autre chose qui raisonne ainsi sur ce qui est opposé et étranger par nature au corps. Qu'est-ce encore, sinon l'àme raisonnable et immortelle ? Elle n'est pas dehors mais dans le corps, comme le musicien pour sa lyre, faisant entendre les meilleurs sons. Comment encore, l'œil étant faitpourvoiretl'oreille pour entendre, ont-ils des dégoûts et des préférences? Qui détourne l'œil de voir ou oblige l'oreille faite pour entendre à ne pas entendre?... Qui agit ainsi contrairement ù la nature du corps? Comment le corps, renonçant à sa nature, se laissc-t-il aller à des suggestions étrangères et mener par un signe? Tout cela démontre l'àme raisonnable directrice du corps. Le corps n'est point fait pour se mouvoir lui-même; il est mis en mouvement par un autre ; ainsi le cheval ne s'attelle point, mais reçoit de son maître l'impulsion. Aussi les hommes ont-ils des lois pour faire le bien et éviter le mal, les brutes ne savent ni raisonner ni discerner le mal, étrangères qu'elles sont à la rationnalité et à la rêlle-

xion.

(33) hHinmorlalilé de làmc est également nécessaire à connaître dans l'enseignement ecclésiastique pour la réiutation de ridolàtrie. On y arrivera de plus près par la connaissance du corps et de sa différence avcci'àme. Si on a démontré l'àmc autre que le corps et le corps mortel, Tàme sera nécessairement immortelle, puisqu'elle n'est point comme le corps. De i)lus, si lame meut le corps, comme on la vu, et n'est point mue par d'autres, il suit qu'elle se meut elle-même et ai)rès avoir déposé en terre le corps, se meut encore par elle-même. Lame ne meurt point; son éloignement fait mourir le corps. Si donc elle était mue par le corps, il s'ensuivrait que la séparation du moteur la ferait mourir; mais si 1 àme meut aussi le corps, à plus forte raison se meut-elle. Se mouvant par elle-même, forcément elle vit après la mort du corps. ho. mouvement de l'àme n'est pas autre chose que sa vie ; ainsi disons-nous que le corps vit quant il est en mouvement, qu'il meurt quand son mouvement cesse. L'activité de l'àme dans le corps rendra cela plus clair. Quand elle vient dans le corps et lui est unie, elle n'est point resserrée etcommensurée à la petitesse du corps ; souvent, tandis qu'il est étendu sur sa couche et immobile, ou même comme en élat de mort, elle veille, j>ar sa propre puissance, et s'élève au-dessus de la nature du corps; et paraissant le quitl(>r, tout en y restant, elle s'imagine et contemple les êtres supra-terrcslres ; souvent môme elle s'entretient avec ceux qui vivent loin de ces corps terrestres, les saints et les anges, et

viciil à eux forlc de la pureté de rinlelligcncc. ComineiiL, à plus forte raison, délivrée du corps, par la volonté de Dieu qui l'avait liée à lui, n'auraii-clle pas une connaissance plus claire de 1 immortalité ? Si liée au corps elle vivait dune vie extra-corporelle, elle vivra bien plus après la mort du corps et ne cessera pas de vivre parce que Dieu l'a faite ainsi par son Verbe, Notre Seigneur Jésus-Glirist. Ainsi les clioses immortelles et éternelles sont l'objet de sa pensée et de ses réflexions parce qu'elle est immortelle. De même que le corps étant mortel, ses sens contemplent les cboses mortelles, de même, sil'àme contemple et discerne les clioses immortelles, doit-elle cire immortelle et vivre toujours. Les pensées et les idées sur l'immortalilé ne l'abandonnent jamais ; elles restent en elle et y deviennent comme un foyer assurant l'immortalité. Aussi at-cllc la pensée de la contemplation de Dieu, elle devient à elle-même sa voie, ne recevant pas du dehors mais d'elle-même la connaissance et la compréhension du Dieu Verbe.

(3i) Les idolâtres, de môme que par la pensée ils se sont détournés de l^ieu, et figuré comme dieux le néant, peuvent monter par leur âme iiitelligeule et se tourner de nouveau vers Dieu. Ils peuvent revenir à lui s'ils déposent la souillure des passions dont ils s'étaient revêtus et se purifient de manière à ùter tout ce qui s'était surajouté d'étranger à l'iime, et la montrent seule telle qu'elle a été créée pour y pouvoir contempler le Verbe du Père, selon lequel ils ont été créés au début.

L lioinine a clé l'ail selon l'image de Dieu el selon sa ressemblance, comme renseigne la divine Ecriture parlant au nom de Dieu : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance (Gen. 1,26). Ainsi quand l'àme écarte d'elle toute la souillure du péché qui la couvre et ne garde que ce qui est pur et conforme à l'image, ajuste tilre, quand l'image brille, elle y voit comme dans un miroir le Verbe image du Père et en lui elle se représente le Père, dont le Sauveur est l'image'.

Deuxième voie pour connaître Dieu :

la contemplation du monde.

Mais si l'enseignement qui vient de l'àme est insul'lisant parce que du dehors linlelligence est obscurcie et n'aperçoit point le meilleur, on peut par les choses visibles percevoir la connaissance de Dieu. La création, par son ordre et par son hai'monie comme par des lettres, lait connaître et proclame son maître et son auteur.

(3o) En elïel. Dieu qui est bon et aime les hommes et a souci des dmes quil a créées, étant invisible el incompréhensible par nature el transcendant à toute subslance produite, voyant que la race humaine n'arriverait pas à le connaître parce que les créatures sont du néant tandis qu il est 1 improduil, il disposa |)ar son N'erbe la créalion, pour cpie, invisible par nature, il

' ConL lient., 30-34.

pût être connu des hommes au moyen de ses œuvres. Les œuvres font sou/ent cj;i naître l'artiste absent. Ainsi dit-on du statuaire Phidias ; la proportion et la correspondance des parties faisaient reconnaître ses œuvres quoi qu'il fût absent. Ainsi l'ordre du monde fait connaître Dieu qui en est l'auteur et le Créateur bien qu'invisible aux yeux corporels*...

il développe par des exemples celte idée de Tordre du monde (3îj-30).

L'ordi'e du monde démontre en même temps runicilé de Dieu :

(38) L'ordre même et l'iiarmonie parfaite du tout démontrent qu'il n'y a pas plusieurs mais un seul Verbe qui gouverne et conduit la création. S'il y avait jjhisieurs maîtres de la création, cet ordre ne se conserverait pas; tout serait <1(^ nouveau dans le désordre, parce que entre eux chacun chercherait à attirer l'uiuvers à sa volonté et combattrait contre les autres. De même que le polythéisme est l'athéisme, la polyarchie est l'anarchie. Chacun supprimant la dominali(»n (K^ l'autre, il n'y a plus derlicr. mais anarchie^ uinverselle. Où il n'y a pas de chef, il y a désordre. De même l'ordre uni({ue et la concorde il'êtres nond)reux et dilTérents démontre l'unité de chef. Si tpielqu'un entend d(> loin une lyre composée de cordes nombreuses et variées et atlnn're l'harmonie de la sympjionie parce que la grave seule ne rend pas le son, ni l'aiguë seule,

' Cont. (ient., 34-3a.

242 l'A DOCTRINE DU SALUT

ni la nioycnuc seule, mais toutes se lont écho, selon la même mesure, il compreiul ainsi que la lyre ne se meut pas elle-même et qu'ils ne sont pas plusieurs à en jouer,mais qu'un seul musicien, quoi qu'il ne le voie pas, tempère, selon son art, le son de chaque corde en vue dune symphonie harmonieuse ; ainsi l'ordre qui . est dans le monde par son harmonie parfaite, où il n'y a pas lutte du haut contre le bas, ni du bas contre le haut, mais observation par tous de leur rang, montre qii il n'y a pas plusieurs mais un seul maître et roi de toute la création qui de sa lumière éclaire tout et donne atout le mouvement.

(30) Un signe indubitable de l'unicité du créateur de l'univers est l'unicité du monde. S'il y avait plusieurs dieux, il y aurait aussi plusieurs mondes différents. Il ne convenait pas que plusieurs lissent un seul monde à cause des inconvénients qui s'ensuivraient. D'abord cela témoignerait de la faiblesse des auteurs, puisqu'ils sont plusieurs à faire une seule œuvre et ce serait là une preuve pas négligeable de l'insuflisance de leur science à chacun pour cette œuvre. Si un seul suffisait, les autres n'auraient pas à suppléer ;Meurinsuflisancc respective. ')r dire qu'en Dieu il y a insuffisance est impie et sacrilège. Parmi nous un artiste n'est point parfait mais médiocre, s'il ne peut seul achever son œuvre mais doit recourir à d'autres. Si d'autre part chacun avait le pouvoir d'accomj)lir l'diivre mais tous y (iniiii.iiciii la main |)()Ui' faire une (riivre commune, ce serait ridicule d'agir ainsi (mi vue d'une gloire

personnelle, puisqu'on prêterait au soupçon d'impuissance. D'autre part attribuer à la divinité la vainc g'ioire est absurde. D'ailleurs quelle utilité k être plusieurs, si un seul suffit pour créer l'univers ? C'est une impiété et une absurdité que l'œuvre soit une et les auteurs nombreux et divers, puisque la raison naturelle enseig-ne que lunité et le parfait sont supérieurs à la diversité. Si le monde était l'œuvre de plusieurs, il subirait des mouvements divers et dissemblables. Selon son rapport à cbacun des auteurs, il serait mù diversement. Or dans cette diversité, je l'ai déjà dit, il y aurait désordre et trouble universel. Le navire gouverné par ])lusieurs. ne saurait naviguer bien, il faut ((u'un seul pilote tienne le g-ouvernail ; la lyre Irappée (l(^ diverses mains ne rendra pas un son barmonieux, il faut qu'un seul artiste en joue. L'unité de la création, l'unité du monde, l'unité de l'ordre qui s'y voit nous oblige à penser qu'il y aussi unité de Roi et de Créateur, le Seigneur. Il n"a créé qu'un monde pour éviter que la multitude de mondes ne fît pensera de multiples créateurs ; un seul monde fera croire à un seul auteur. Ce n'est point parce qu il n'y a qu'un seul créateur (|n il y a un seul monde ; Dieu pourrait en faire d'autres. Mais puisqu'il n'y a ([u'un monde créé, il nous faut croire que son créateur est unique.

(40) Or ce Dieu, quel est-il, sinon le très saint, bien supérieur à toute substance créée, le I^'to du (Christ, qui pareil à un excellent pilote, par sa i>ropre Sagesse

cl son \'crbc, Xolrc Sciyncur et Sauvcnir le Christ, gouverne tout en vue du salut, ordonne et agit, comme cela lui semble bon... Je ne parle pas du verbe qui est naturellcnuMiL inné en chacun des êtres créés et que plusieurs appellent séminal, inanimé, sans raison u4 pensée, n'agissant que par l'art du dehors, selon la science de celui qui l'insère. Ce n'est pas non plus le verbe des êtres raisonnables, composé de syllabes et formé par l'air. Je parle du propre Verbe, Dieu vivant et agissant, du Dieu bon et universel, différent des êtres créés et de toute la création, Verbe propre et unique du bon Père, qui a disposé tout cet univers et l'illumine parsaProvidencc. Verbe bon d'unPèrebon, unissantles contraires, il en forme une harmonie unique. Ce ^'erbe, puissance de Dieu et Sagesse de Dieu, imprime au ciel son mouvement, suspend la terre et la maintient sans ap])ui, par sa seule volonté. ]"]clairé par lui le soleil illumine la terre, la lune a sa lumière mesurée. Par lui l'eau est suspendue dans les nuages, ses pluies arrosent la terre, la mer est contenue dans ses limites, la terre ornée de plantes verdoyantes. Si quelque inlidèle doutait de ces allirmations, se demandant même si le V(M'be de Dieu existe, ce serait folie à lui de doulor ainsi <lu N'crbe de Dieu, mais le spectacle (pi il a sous les yeux lui démontrerait (|iic tout subsiste par le Verbe cl la Sagesse de Dieu, (pie rien d(^ ce qui exisie n'aurait sa stal)ilité s'il ne (bavait l'être au N'crlx» vl au N'erbe divin, ((niunc je I ai dit.

(41) La liai nie des choses Créées, venant du néant,

CONNAISSANCE DK DIEU 245

est flucnte, sans force, périssable par elle-même, le Dieu (le l'univers est bon et parfait par essence. Aussi aimel-il les hommes. Un être bon ne saurait être envieux. Aussi ne rcfuse-t-il lètre à personne mais veut-il leur exislcnce pour pouvoir leur manifester à tous sa bonté. Voyant donc que toute la nature créée, par elle-même est fluente et sujette à la dissolution, pour l'éviter et empêcher la destruction de l'univers, après l'avoir créé par son Verbe et avoir donné l'être à la création, il ne l'abandonne point à elle-même, à ses propres inclinations et agitations, qui l'entraîneraient de nouveau au néant, mais, dans sa bonté, par son Verbe qui est Dieu lui aussi, il dirige et maintient tout. Ainsi illuminée parla direction, la prévoyance et l'ordination du Verbe, la création peut rester stable, participant du Verbe qui est réellement du Père et recevant son secours pour exister. Elle subirait le sort qui lui est réservé, l'anéantissement, si le Verbe ne la conservait point. Le Verbe est l'image du Dieu invisible, premier-né de toute la création (Col. 1,15), parce que par lui tout subsiste, les choses visibles et les invisibles; lui-même est la tête de l'Eglise, comme nous renseignent dans les Saintes Lettres les serviteurs i.\Q la vérité ^

Saint .\lhanase développe longuement ces idées sur le rôle ilu Verbe dans la création et montre comment il élablit l'harmonie des divers cléments, par un'scul actedc sa volonté, artiste divin faisant rendre à la lyre terrestre lies sons en accurtl. chel de chœur, grâce à ([ui liuil se

' Conl. Cent., :!8-U.

lait m lucsuro cl avec iiuilc. Les cires invisibles euxniènics n'échappent point à sa direction, appropriée à la nature de chacun des cires créés (42-44). L'auteur revient ensuite sur la connaissance de Dieu par rintermédiaire du Verbe.

(45) Quand nous regardons le ciel et conlemi)lons son admirable ordonnance et la lumière des astres, nous pouvons nous faire une idée du Verbe de qui vient cet ordre. Nous représentant le Verbe de Dieu, forcément nous nous représentons aussi son Père Dieu, dont il sort, appelé à bon droit interprète et envoyé de son Père. Ce qui se passe en nous le fait comprendre. Quand le verbe est proféré par un homme, nous pensons qu'il a sa source dans rintelligcncc et par le raisonnement, nous attachant au verbe, nous contemplons l'intelligence dont il est le signe ; avec une incomparable supériorité et d'une manière bien plus grande, quand nous contemplons la puissance du Verbe, nous prenons une idée de son bon Père, comme le dit le Sauveur lui-même : « Qui me voit voit iiiun Père » (Jo. li, 9j'.

liC docteur Alexandrin confirme cet enseignement par de nombreux passages de llicriturc (45-46). Il résume ûv nouveau en (piehpies phrases fort belles tonte sa doctrine sur le Verbe, parfaite image du l'ère qui se manifeste par lui conliniiellemenl au monde, et conclut par une dei'niérc condamnation de l'idolàlric (47).

' Conl. (ienl., -i.j.

Les motifs de 1 Incarnation.

Dans la seconde partie de son ouvrage apologétique, qui a pour titre Traite aur VIncarnation du Verbe, saint Athanase pour mieux explicpier les eauses de l'Incarnation remonte jusqu'à la création de l'homme et à la chute originelle qui l'a bientôt suivie; après avoir opposé aux erreurs diverses sur l'origine du monde (2) la doctrine de l'Ecriture (3), il continue :

Premier motif : Relever f homme et détruire le règne

de la mort.

(4) Puisque j'ai à parler delà venue du Sauveur, il me faut parler aussi des débuts de l'Iiumanité : tu verras que nous avons été cause de sa venue, que notre transgression a excité la bénignité du Verbe si bien que le Seigneur est descendu vers nous et a apparu parmi les hommes. Nous avons été l'objet de son Incarnation et pour nous sauver il a été bon jusqu'à exister et se montrer dans un corps mortel. Dieu avait donc fait l'homme et voulait qu'il persévérât dans l'incorruption. Les hommes se négligèrent, se détournèrent de la pensée de Dieu, inventèrent la malice, comme je l'ai dit dans le premi(>r discours et furent frappés de la condamnation à mort {[iii les avait menacés. Ils ne restèrent point ce qu'ils étaient ; leurs inventions les corrompirent et la mort les prit en sa possession et régna sur eux. La transgression du i)récepte les ramena à leur nature, de sorte que, de même qu'ils avaient passé du néant à l'existence, ils supportent dans leurs êtres la corruption avec le cours du temps, à juste titre.

Ayant pour nalure le néaiiL, ils l'uronl par la présence cl la bénignité du Verbe appelés à l'existence ; il était donc conséquent que dépouillés de la pensée de Dieu et se détournant vers le néant (le mal est le néant, le bien l'être, puisqu'il vient de Dieu qui est réel), ils fussent pour toujours privés de l'être, c'est-à-dire que tombés en dissolution, ils persévérassent dans la mort et la corruption. L'homme est naturellement mortel, puisqu'il vient du néant. Par sa similitude avec l'être, s'il l'avait conservée, grâce à sa contemplation, il aurait émoussé la corruption naturelle et serait resté incorruptible, comme dit la Sagesse ; V observation des lois est la confirmation de V incorruption (Sap. 6,10). Incorruptible, il aurait dès lors vécu comme Dieu, ainsi que l'indique quelque part la divine l'écriture : f ai dit -. vous êtes des Dieux et les fils du Très-Haut; mais vous, vous mourez comme des hommes et vous totnbez comme un des chefs {Pi. 81, 0-7).

(5) Car Dieu ne nous a pas seulement faits du néant mais nous a accordé de vivre selon Dieu par la grâce de son Verbe. Les hommes sesontdétournésdeschoses éternelles et parla suggestion dudiabU',s'étant inclinés vers la corruption, ils ont été la cause de leur |)ropre déchéance dans la mort. Ils étaient corruptibles par nature, il est vrai, mais, parla grâce de la participation du Verbe, ils auraient échappé à leur sort naturel s'ils étaient restés bons.

Par suite? de la corruption croissante

(6) La mort accroissait son empire, la corruption s'iniplanlait parmi les hommes dont la race périssait; lui-même, raisonnable et fait à limage de Dieu, disparaissait et l'œuvre divine était détruite. La mortlégalement prévalait contre nous ; impossible decliapi>er à celte loi que Dieu avait portée à cause de la chute. Ce (pii se passait était à la ibis absurde et indécent. Il était absurde que la parole de Dieu fût mensongère, ce qui aurait eu lieusi, la peine de mort étant portée contre

I homme au cas où il transgresserait le précepte, après la transgression Ihommc ne fût point mort...

II était indécent que ce qui était raisonnable et participait au Verbe pérît et, par la corruption, retournât au néant. Il n'était pas digne de la bonté de Dieu que ses œuvres lussent détruites par la tromperie du diable à l'éganl des hommes... Que devait donc faire Dieu qui est bon? Laisser la corruption prévaloir contre eux cl la mort les dominer? Quel besoin alors de leur donner d'abord l'être ? Mieux valait n'être pas que d'être abandonné et de périr. Il y aurait infirmité et non bonté dans la négligence de Dieu, si, après avoir créé, il délaissait la corruption de sa créature plus que s'il n'avait pas d'abord créé l'homme. N'ayant j)oint créé, un n'aurait i)oint discuté sur sa faiblesse ; après la création, il était absurde de laisser périr ses œuvres sous les yeux mêmes de l'auteur. Il fallait donc ne pas abandonner les hommes à la corrui)lion, l)arce que c'était indécent et indigne de la bonté de Dieu.

(7) Mais s'il devait en être ainsi, il fallait aussi,

(1 aiilrc pari, (luc Dieu apparût vùridique dans sa législation sur la mort. 11 eût éié absurde que, pour notre utilité et notre persistance dans l'être, Dieu, le père de la vérité, parût menteur. Que fallait-il donc que Dieu lit 1' Demander pénitence aux hommes pour leur transgression ? On pourrait dire que c'est digne de Dieu ; ainsi tombés de la transgression dans la corruption, ils passeraient de la pénitence à l'incorruption. Mais la pénitence ne maintenait pas ce qu'exigeait l'ordre pour Dieu : il aurait encore cessé d'être véridique, si les hommes n'avaient pas été au pouvoir de la mort. La pénitence n'écarte point de ce qui est conlorme à la nature, elle fait seulement cesser les péchés. Si donc il y a seulement délit et non comme conséquence corruption, la pénitence irait bien ; mais si, une fois commise la transgression, les hommes tombent au pouvoir de la corruption naturelle et sont privés de la grâce de conformité à l'image, que fallaitil attendre encore ? Et de qui avait-on besoin en vue de cette grâce ettle la rénovation, sinon du Dieu Verbe qui dès le début avait tout créé du néant? 11 lui appartenait de ramencn- le corruptible à l'incorruption, et de sauver en tout ce qui était convenable par rapport au Père. Verbe du Père, supérieur à tout, seul il était naturellement capable de tout recréer, de souffrir pour tous et d'intercéder dignement pour tous auprès du Père.

(8) C'est pour cela que le Verbe de Dieu, incorporel, incorrMj)til)le, immatériel, vient sur ludrc lerre, dont il

n'était pas éloigne auparavant, car aucune partie de la création n'est vide de lui et il remplit tout, uni à son Père. Il vient par condescendance, à cause de son amour pour nous, et il se l'ait voir... Il prend un corps qui n'est pas dissemblable du nôtre ; c'est qu'il n'a pas voulu seulement être dans un corps et pour l'apparcncc, car s'il avait voulu paraître seulement, faire sa théoplianie, il aurait pris un corps plus remarquable. 11 prend le nôtre, pas simplement toutefois, mais de rimmaculéc et de la pure Vierge, corps sans souillure et qui ne doit rien à la génération humaine. Lui-même, puissant et créateur du monde, se construit en la Vierge un corps pour temple, se rai)propric comme son instrument, se faisant connaître et habitant en lui. Ainsi il prend quelque chose de semblable à nous et, comme nous étions tous soumis à la corruption de la mort, il le livre pour tous à la mort en l'offrant au Père par amour, pour que tous mourant en lui, la loi do la corruption humaine soit brisée, comme ayant acconqjli son mandat dans le eori)s dominical et ne devant i)lus agir sur les hommes ses semblables. Il ramène à l'incorruptibilité les hommes retournés à la corruption, les vivifie, en s'appropriant le corps, et par la grâce de la résurrection fait évanouir loin deu.x la morl cctnnne un fétu de paille dans le feu.

(9) Le Verbe voyait que la (•()i'nq)lion des hommes ne pouvait èlrc supi)rimée que par la mort. Or le Verbe ne pouvait pas mourir, étant immortel et Fils du Père; il a donc ])ris en propre le corps ipii pouvail mourir

t>52 I-^ DOCTRINE DU SALUT

pour que, paiiicipauL du N'crhc qui duiniiie Loul, il reslàl iiicorrupliblc à cause du Verbe qui lliabilail el iil cesser en tous la corruption par la grâce de la résurrection. 11 offrit donc à la mort comme un sacrifice et une victime sans tache le corps qu'il s'était donné et fit ainsi disparaître en tous la mort, par l'offrande de leur semblable. Le Verbe de Dieu étant supérieur à tous, à bon droit, en offrant son temple et l'instrument de son corps comme rançon pour tous, accomplissait ce (jui était dû dans la mort et, uni ainsi à tous par un corps semblable, le Fils incorruptible de Dieu revêtit à juste titre. tout le monde d'incorruptibilité dans la promesse de la résurrection. La corruption de la mort n'a plus place parmi les hommes à cause du Verbe qui habite en eux par son corps. Quand un roi puissant entre dans une grande cité et habite dans l'une de ses demeures, cette ville est grandement honorée, aucun ennemi ou brigand ne cherche à la renverser et on la regarde comme très digne de soin, à cause du roi qui a habité lune de ses maisons ; ainsi en est-il arrivé pour le roi de l'univers. Quand il est venu en notre terre et a habité un corps pareil au nôtre, toute embùclic de la part des ennemis contre les hommes a cessé ctla corruption de la morta disparu qui prévalait autrefois contre lui. La race humaine aurait péri si le maître universel et le Sauveur Fils de Dieu n'était point venu pour mettre fin à la mort^

' De Incarnalione l'erbi, 4-9.

JKSUS-CHRIST 253

Deuxième motif : Restaurer la connaissance du vrai Dieu.

Après avoir confirmé par l'Ecriture cette doctrine sur le pi'cmier motif de ITiicarnation, saint Athanaso passe À un second. C'est là une idée chère à saint Athanase et ])ar où il se rattache à l'école de saint Irénée ; elle n'a cependant point dans l'ensemble de sa doclrint^ l'iinijortance qu'on lui a parfois prêtée et n'occupe qu'une place secondaire dans ses ouvrages postérieurs sur ce même sujet. Après avoir rappelé comment dans le Verljc nous connaissons le Père, en nous repliant sur notre propre âme (11), connaissance perdue par l'idolàti'ie et à laquelle n'oiil point suppléé en fait la conlemplation des créatures el la loi donnée aux Juifs en vue de tout le monde (12), il monlre([u'il ne convenait pas à la bonté de Dieu de laisser riioninic en |)i-oie cà cette ignorance l'ruil du péché.

(13) Que devait l'aire Dieu ? Que faire sinon renouveler la similitude selon l'image i)our que par elle les hommes puissent de nouveau le (•(»nnailr(^ i' Comment y arriver si Tlmagc même de Dieu n'élail venue à nous, notre Sauveur Jésus-Christ'.' L'iulerviMition (l(\s hommes était impuissante puis(|u\Mix aussi s(mU seulement eonlurnies à l'image ; les anges u'v pouvaient ricMi non plus puisqu'ils ne sont j)oint images. Le Verbe de Dieu vin( en personne, pour (pi'eii sa (pialilé (riiuage dr Dieu il [x'il iccréer l'homme selon l'image. Cela ne pouvait se ï:\'\vc si la nnu'l el la corruption ne disparaissaient point ; il a donc coiniMiablement pris un cor|)s mortel |iour y l'aire disparaître î» jamais la nu ut et renouveler les hommes selon

1 image. On n'avait besoin j)our cela que de 1 Iniati^e du Përe.

(14) Quand une figure tracée sur le bois est presque eiïacée par des souiihires extérieures, il faut la présence de celui qui est figuré pour renouveler l'image dans la même matière ; à cause de la figure, on ne rejette point la matière, mais on l'y renouvelle. Ainsi le très saint Fils du Père, étant son Image, vint en ce monde pour renouveler Ihomme fait selon lui, le retrouver dans sa perdition par la rémission des pécliés, comme il dit lui-même dans les Evangiles : Je suis venu trouver et sauver ce gui est perdu (Luc, iOj'lO), et il disait aux Juifs : Si on ne renaît (Jo. 3,5). Il ne s'agissait pas de génération charnelle, comme ils le pensaient, mais de la régénération et réfection de l'àme selon l'image. Comme l'idolâtrie et l'athéisme possédaient la terre et la connaissance de Dieu était cachée, qui devait apprendre à l'univers ce qui concerne le Père ? L'homme ? Mais un homme ne pouvait parcourir toute la terre, que ses forces naturelles ne suffisaient point à parcourir, il ne pouvait non plus mériter confiance en cela, il ne sufllsait pas à résister par lui-môme à la tromperie et aux imaginations des démons. Tous étaient frappés et troublés dans leur àme par la tromperie diabolique ; comment un homme aurait-il pu détromper l'àme et l'esprit de ses semblables puisqu'ils lui étaient invisibles? Or ce qu'on no voit j)as, comment le transformer? On dira peut-être que la création suffisait. Mais si elle avait

JRSUS-CHRIST 255

suffi, il n'y iiui'aiL jxm'iiL eu taiil de maux. La création existait et les hommes n'en étaient pas moins plongés dans leur erreur sur Dieu. Qui est-ce donc qui était nécessaire sinon encore le Dieu Verbe qui volt Tàme et rintelligencc, qui donne à tout le mouvement dans la création, qui par elle fait connaître le Père? Celui qui par sa propre providence et son ordonnance de l'univers fait connaître le Père, était <lésigné pour renouveler ce même enseignement. Comment cela pouvait-il se faire ? On dira peut-être : de la même façon, en le montrant de nouveau par l'intermédiaire des créatures. Mais cela encore n'élail point sur. Non, les hommes l'avaient déjà négligé et leurs regards n'étaient plus tournés vers le ciel mais vers la terre. C'est donc à propos que, voulant aider les hommes, il vient en homme, prenant pour lui un corps semblable au leur et recourant aux choses d'icibas, je veux dire aux œuvres du corps, alin que ceux qui n'avaient point voulu le connaître à sa providence universelle et à son gouvernement reconnaissent, à ses œuvres faites par le corps, le Verbe de Dieu qui est dans le corps et par lui le Père.

(15) Le Verbe de Dieu a fait comme un excellent maître qui a soin de ses disciples; quand ils ne peuvent être aidés par les grands moyens, avec condescendance, il l(>s iiislrtiit par les plus sinq)les... Les hommes détournés de la contemplation dr Dieu et les regards fixés en bas, comme s'ils étai(Mil au fond d'un gouffre, cherchaient Dieu dans la créature el les

2b6 LA DOCTRINE DU SALUT

choses sensibles, se faisant des dieux d'hommes mortels et de démons. Alors notre bon et commun Sauveur, le Verbe de Dieu prend pour lui un corps et vit en homme parmi les hommes, attirant tous les sens pour que ceux qui pensent que Dieu est dans les choses corporelles, aux œuvres que le Seigneur fait ]jar son corps reconnaissent la vérité et par lui remontent à son Père. Hommes aux pensées humaines, où ils j)ortaient leurs sens, ils se voyaient attirés et de partout recevaient renseignement de la vérité, llegardaient-ils la création? ils la voyaient reconnaître le Christ Seigneur; les hommes qu'ils regardaient comme des dieux? la comparaison entre eux et les œuvres du Sauveur faisait apparaître le Sauveur comme seul Fils de Dieu, puisqu'ils ne pouvaient produire des œuvres pareilles à celle du Dieu Verbe. Si les démons les attiraient, les voyant poursuivis par le Seigneur, ils reconnaissaient qu'il était seul le Verbe de Dieu et (jue les tlémons n'étaient point dieux. Quand les morts attiraient leur attention au point qu'ils adoraient les héros et ceux (pio les j)oètcs apj)cllent (hcux, voyant la résurrection du Sauveur, ils reconnaissaient le mensonge des autres et que seul le Seitriicur vrai était le Verbe du Vrro, maître (!(> la mort. N'oilà pourcpHti il est né, est ap|)ani homiiK^ est mort, (>st ressuscité. Il a obscurci cl émoussé h^s d-uvres des h()nim(>s passés par ses propres œuvr(?s, pour que, partout où sont attirés les hommes, il les ramenât et leur enseignât son véritable Père, comme il dit lui-

même : Je suis venu sauver et trouver ce qui est perdu (Luc, 19,10).

(16) Une fois que la pensé;' (lt>s hommes était ainsi tombée clans les clioses sensibles, le Verbe s'abaissa jusqu'à se montrer corporollement pour amener à lui, comme homme, les hommes, incliner leurs sens vers sa personne et désormais persuader à ces hommes qui le voyaient homme, grâce à ses œuvres, qu'il n'était pas seulement homme mais encore Dieu et Verbe et Sagesse du vrai Dieu. C'est ce- que voulait indiquer saint Paul quand il dit : Enracinés et fondés dans la fui, pour que vous puissiez comprendre avec tous les sai7its quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur et connaître, supérieure à la science, la charité du Christ, pour que vous soyez remplis de toute la plénitude de /?iew (Epiies. 3, 17-19). Le Verbe s'est partout déployé : en haut, en bas, dans la profondeur et la largeur; en haut pour hi création, en bas pour l'incarnation, dans la profondeur pour l'enfer, dans la largeur pour le monde ; loul est plein de la connaissance de Dieu.

C'est pourquoi il n'a pas dès son arrivée oiïert son sacrifice pour tous, livrant son corps à la mort et le ressuscitant, ce cpii l'aurail rendu invisible, mais il s'y est rendu visible, vivant longtemps en lui, accomplissant les (l'uvrcs cl les prodiges qui le faisaienl connaître comme n'étant plus seulement un honinie mais le Dieu Verbe. Double était la manifestation de la bonté du Sauveur par son Incarnation ; il écartait

258 I.A DOr.TRlXE DU SALUT

de nou.-? la nioii ol mous renouvelait et, invisible, il manifestait par ses œuvres et faisait connaître (|u il était le Verbe du Père, le chef et le roi de l'univers'.

Rapports du Verbe et de son humanité.

Cette considération amène saint Atlianase à exposer et à i)réciser les rapports du Verbe et de son humanité :

(17) Il n'était point enfermé dans son corps; sa présence dans le corps ne le faisait pas absent ailleurs ; en lui donnant le mouvement, il ne privait pas l'univers de son activité et de sa providence. Chose merveilleuse. Verbe, il n'était contenu par rien mais contenait tout ; de même qu'étant dans toute la création, il est par sa substance hors de tout, mais est en tout par sa puissance, vivifiant chacun et tous, contenant tout sans être contenu, n'étant qu'au sein de son Père, tout entier en tout; de même, étant dans son corps et le vivifiant, il vivifiait aussi tout l'univers, il était en tous et hors de tous; connu par son corps dans ses œuvres, il n'était point inaperçu dans son activité universelle. L'œuvre de l'Ame est de contempler dans ses j)ensées même ce qui est hors du corps, mais elle ne peut agir hors de lui ou mouvoir par sa présence ce qui en est éloigné. Il ne sufïit pas à l'homme de penser à ce qui est loin pour le mouvoir el le transporter, pas plus qu'assis devant sa maison et contemplant lo lir-

' De Inc. Verbi, \\i-\6.

marnent, il ne liùl mouvoir le soleil et tourner le ciel ; on les voit se mouvoir et apparaître, on ne peut agir sur eux. Le Verbe de Dieu n'était point ainsi dans riiomme. 11 n'était point lié au corps mais le dominait; il y était et il était aussi dans le reste et même hors des êtres, ne se reposant que dans le Père seul. C'était là la merveille : comme homme il était gouverné, comme Verbe il vivifiait tout, comme Fils il était uni à son Père. Aussi l'enfantement virginal ne lui causa aucime passion; sa présence dans le corps ne le souillait point, il le sanctiliait au contraire. S'il est en tout, il ne participe point de ce tout ; tout au contraire est par lui vivifié et sustenté. Le soleil qu'il crée et (pie nous voyons dans sa course à travers le ciel n'est point souillé par ce qu'il touche de terrestre, n'est point obscurci par les ténèbres; il les éclaire et les purifie; à plus forte raison le très saint Verbe de Dieu, reconnu créateur du soleil et Seigneur incarné n'était point souillé ; incorrupti])le, il vivifiait et purifiait le corps mortel. Il n'a point fait de péché et il n'y a point eu de ruse sur ses lèvres (l Pet. 2,22).

(18) Lors donc que les théologiens disent qu'il mange, qu'il boit, qu'il est enfanté, sachez que c'est le corps comme corps qui était enfanté et nourri, mais le Dieu Verbe, uni au corps, ordonnant l'univers, par ses actions dans le corps se manifestait non pas homme, mais Dieu Verbe. Cela lui est pourtant attribué parce ([ue le cor|)S qui mangeait, était enfanté, souffrait, irai)partcnait pas à un autre mais au Sei-

gncur; puisqu'il sciait fait homme, il convenait que l'on parlât de lui comme d'un homme, pour qu'il apparût incarne en vérité et non en apparence. Mais de même que ces actes démontraient sa présence corporelle, ses œuvres faites par le corps le manifestaient Fils de Dieu*...

Ici saint Athanase fait l'application du principe à divers miracles évangéliqueset conclut que c'était là une manière d'agir fort sensée : puisqu'on l'avait méconnu dans la création, il ne lui restait (ju'à manifester ainsi sa divinité et par là à faire connaître son Père dont il est l'image.

(19) Dans la mort même, ou plutôt dans son trophée contre la mort, la croi.v, toute la création confesse celui qui se fait connaître dans le corps et souiïre non pas en simple homme mais comme Fils de Dieu et Sauveur de tous. Quand le soleil se détournait, la terre tremblait, les montagnes se fendaient, tous étaient dans la frayeur, cela manifestait la divinité du Christ sur la croix et la servitude de la création à son égard et le témoignage que sa frayeur rendait à la présence de son maître. C'est ainsi que par ses œuvres le Dieu Verbe se montrait au.\ hommes-.

Saint Athanase s'étend longuement sur le témoignage que rendent à la divinité du Sauveur sa mort et sa résurrection. C'est d'ailleurs le point capital de notre foi, connu de tous, sur lequel il convient d'insister.

' De Inc. Verhi, 17-18.

» De Inc. VerOi, 19.

La mort'et la résurrection de Jésus Christ. Leur signification

(20) Comme il fallait payer maintenant la dette universelle, tous devant mourir, on la vu, — celait la cause principale de savonne — , après avoir démontré par ses œuvres sa divinité, il oITrit pour tous le sacriiicc, livrant au nom de tous son temple à la mort pour nous décharger tous et nous délivrer de l'antique transgression, se montrer supérieurmcme à la mort et manifester dans l'incorruptibilité de son propre corps les prémices de lunivcrselle résurrection... Le corps dont la substance était commune avec le reste (puisque c'était un corps humain), bien que, par un prodige inouï, il fut né uniquement de la Vierge, était mortel selon la loi commune àses semblables etsubitla mort. Mais parce (pie le Verbe était venu en lui, il ne subissait plus la corruption duc à sa propre nature ; grâce au Verbe qui avait habité en lui, il fut exempté de la corruption. Vin quoi il y eut double merveille : la mort de tous était consommée dans le corps tlominical, la mort et la corruption étaient détruites par suite de l'union avec le Verbe. La mort était nécessaire et devait être subie pour tous pour payer la dette de tous. C'est l)ourquoi le Verbe ne pouvant lui-même mourir, étant immortel, prit pour lui un corps pouvant mourir, pour l'offrir au nom de tous, comme son bien propre et pour que lui-même souffrant pour tous, parce qu'il y était, anéantit celui (|ui avail la jjuissance do la mort.

c'est-à-dire le diable, et délivr.il lous ceux qui, par crainte de la morl, pendant leur vie entière étaient attachés à la servitude.

(!21) Maintenant que le Sauveur universel est mort pour nous, nous les lidèlcs dans le Christ, nous ne mourons plus comme autrefois, selon la menace de la loi, — cette condamnation n'existe plus — ,1a corruption a cessé et a disparu dans la grâce de la résurrection ; maintenant notre corps se dissout seulement le temps lixé par Dieu pour que nous puissions obtenir une résurrection meilleure. Comme les semences jetées en terre nous ne périssons point dans la dissolution ; nous sommes ensemencés pour la résurrection ; la mort est anéantie parla grâce du Sauveur'.

Suint Atlianasc s'attache à réfutei' ([uel([ucs objcclions concei'nant le genre de mort du Sauveur. Et cl'al)ord pourquoi la mort ignonunicusc de hi croi.x, cl non la niorl naturelle? il repond que cette mort-ci l'aurait plus facilement fait regarder comme nn simple mortel, par l'autre éclate davantage sa divinité. De mènic il était plus convenable qu'il subît la mort donnée par les Juifs que de se la (Uiiiiier liiiiDr'iuc. lui (pii étailla vie et venait mourir |)our les auti'cs. Cétait d'ailleurs de toute manière bien l)!us démonstratif pour la résiiiTcetion que le Sauveur avait toujours en vue (22-23). Uuaiit à rignominie de le croix, elle n'a pas été choisie sans raison : elle rend son triomphe sur la UKjrt plus éclatant (24). C'est l'athlélc d'autant plus loué (jue le combat a été plus difficili* et plus rude. Le chrétien sait d'ailleurs (piaucime autre

' De Inc. Vethi, 20.

jiisus-ciiuisT 263

iiKiri ne iKnis ('tail ulil(> : il fallait ùlcr la iiialcdiclioii ])()rtéc conlro la croix : réunir les peuples disperses et les c(H>voquer : ov ([n'est-ee siiion étendre it^s ])rcis sur la croix pour les app(>lci-, purifier l'air où i-é<,niaient les puissances des ténéhi'es et nous ouvrir le chemin du ciel (2o)'? La résurrection a suivi après trois jours seulement pour attester à la fois cl la réalité de la mort et Tincorriiplion du corps sanctifié [jarle Verbe, démontrant ainsi (pie le corps n'était point mort parce (pie la nature du Verbe ([ui rhai)ilait était trop faible, mais pour faire disparaître la mort par la puissance du Sauveur (26).

Réalité des fruits de la mort et de la résurrection du Christ.

("27) Que la mort soit détruite et c[ue la eroix l'ait vaincue, nous en avons une preuve imporlanle et un ténioii,niagc (évident dans le mépris (juen montrent tous les disciples du Christ. Us la foulent au pied, ils ne la redoutent plus, la piétinent par le signe de la eroix et la foi au Christ, eonmi(! un cadavre. Avant la divine venue du Sauveur, la mort était redoutable mt>me pour les saints, tous pleuraient les mourants connue destinés à la corruption ; maisdepuis que le Sauveiu- a ressuscité son corps, la luori n'est plus redoutable. Tous ceux ([ui croient au Christ la l'oulcnl l'omnie si elle n'était rien et préfèrent mourir (pie renier la foi du Christ. Us savent bien (pie la mort ne les faitpoinl périr, mais (pi'ils vivent et (levieniieiit immortels parla résurrection. L(> diable (pii jadis parla mort nous insidlait méchamment, maintenant (pu> ses (huihMirs sont de-

truites (Act. 2, 24), reste seul mort. En voici une preuve : avant de croire au Christ , les hommes regardent la mort comme terrible et la redoutent ; passés à sa foi et à sa doctrine, ils la méprisent au point de lalTronter volontiers et de devenir par là témoins de la résurrection du Sauveur qui l'a vaincue. Les enfants eux-mêmes volent à la mort; les hommes, les femmes même s'exercent contre elle. La mort est devenue si faible que les femmes, jadis vaincues par elles, la raillent comme devenue sans mouvement et sans force. Elle est comme un tyran battu par le roi légitime ; il a les pieds et les mains liés ; tous ceux qui passent le raillent, le frappent, le traînent, ne redoutant plus sa fureur et sa férocité, après la victoire du roi. La mort a été vaincue et exposée par le Sauveur sur sa croix, les pieds et les mains liés ; tous ceux qui passent avec le Christ la méprisent; rendant témoignage au Christ, ils l'inveclivent et l'insultent en disant : Où est, à mort, la victoire; où est, enfer, ton aiguillon^ (1 Cor. 15, oo)i'

S;iirit Allianasc se plail à rcj)rcn(lrc cet ar^ninicnt et à le niellrc en himicre (28-29); il s'en sert cnsiiilc pour montrer, en ramenant leffct à la cause, la réalité de la résurrection de Jésus-Christ :

(30)... Si le mort ne peut plus agir, mais ne conserve la faveur que jusqu'au tombeau et la perd ensuite, si l'activité n'appartient qu'aux vivants, chacun peut juger et voir par ce qui se passe où est la vérité. Quand

' Le Inc. Verbi,Ti.

lo Sauveur a tous les jours une telle action parmi les hommes et persuade tant de Grecs et de barbares en tout pays de passer à sa foi et de se soumettre tous à son enseignement, peut-on douter que la résurrection du Sauveur se soit produite, que le Glirist vive ou plutôt (ju'il soit lui-même la vie ? Un mort peut-il à ce point exciter la pensée des hommes quils renoncent à leurs lois paternelles et adorent l'enseignement du Christ? Commonl, sil est sans activité, comme les morts, fait-il cesser l'action des vivants, de sorte que l'adullère renonce à pécher, le'meurtrier à tuer, liiijustc à amasser, l'impie devient religieux? S'il n'est point ressuscité mais mort, comment poursuit-il les faux dieux auxquels les païens attribuent la vie et l(\s démons honorés par un culte, comment les chasse-t-il et les met-il en déroute ? Où retentit le nom du Christ et sa foi, toute idolâtrie disparaît, toute tromperie des démons est réfutée, tout démon ne peut même entendre son nom mais s'enfuit dès qu'il l'entend prononcer. Ce n'est point là l'œuvre d'un mort, mais d'un vivant et plus encore d'un Dieu...

(3:2)... Mais, dit-on, j)ourquoi resle-t-il invisible ?... S'il n'agit point, on a raison de ne point croire à un être invisible ; mais si ses œuvres crient et le démonlrent avec évidence, pourquoi nie-t-on volontairement la vie aussi manifeste de la résurrection ? Malt^ré l'aveunlement de leur esprit, les sens extérieurs eux-mêmes leur font voir irrécusable la puissance du Christ et sa divinité. Un aveugle (jui ne voit pas le soleil mais en re<j;oil

•266 I.A DOCTHINE DL' >\\Xr

la clialrur sait que le soleil existe au-tlessus de la terre. Ainsi les contradicteurs, bien qu'encore incrédules et le regard émoussé pour la vérité, connaissant la puissance de ceux qui croient, ne doivent pas nier la divinité du Christ et sa résurrection*.

Le reste du livre sur rincarnatiun est consacré à la rcfulalion dirccle des Juifs et des païens : aux uns comme aux autres, saint Athanasc offre une démonstration appropriée de la divinité du christianisme, aux Juifs l'accomplissement des prophéties, aux païens le miracle de la conversion du monde, le changement merveilleux dans les mœurs, que seule une cause divine peut expliquer. Le docteur alexandrin relève dans les prophètes les textes messianiques que dès le premier siècle les chrétiens étaient habitués à méditer et à applif[uer au Sauveur: l'Emmanuel d'isaïc, l'étoile prédili* par HaUiam. et surtout la description du Serviteur de Jahvéh, l'honune de douleur, mourant pour les péchés de son peuple (33- 35) : « Toute lEciiturc est pleine de témoignages (\\n réfutent l'incrédulité des Juifs. » Il n'a point de peine à montrer que crîs prophéties ne s'ai)pli(pient à aucun personnage célèbi'c de l'Ancien Testament et ne visent aucune situation historique autre que celle de notre commun Sauveur, le Dieu \erbr, JNolre Seigneur Jésus-Christ (36-37) :

Jésus Christ a- seul réalisé les prophéties messianiques.

(37) C'est lui (|iii est né (h; la Vierge et est api)aru lioninie sur la Terre, sa génération est inénarrable selon la chair. Xul ne |)eut indiquer son j)èrc charnel, car

' l>e Inc. Verùi, 30-32.

JESCS-CIIRIJT 267

son corps ne vient point de l'homme, mais de la Vierge seule. David, Moïse, les patriarches ont tousdes pères dans leur g'énéalog-ie ; le père du Sauveur selon la chair, nul ne peut l'indiquer. C'est lui dont un astre a annoncé la nativité corporelle. Puisque le Verbe descendait du ciel, du ciel aussi devait en venir l'annonce; puisque le roi de la création venait, il devait être publiquement reconnu par la création tout entière. Son lieu de naissance était en Judée et les Perses venaient l'adorer. Avant même son a])parition corporelle, il avait triomphé des démons ses adversaires et élevé des trophées contre l'idolâtrie. De toutes parts tous les hommes, abjurant leurs coutumes paternelles et l'athéisme idolàtrique, n'ont plus désormais espoir qu'au Christ et se donnent à lui, spectacle visible à tous les yeux. Lcsl<]yypti(Mis n'ont renoncé à leur athéisme que lorsque le Seigneur de l'univers, venant conmie sur un nuage, est allé corporellement chez eux, a dissipé l'erreur idolàtrique et les a tous amenés à lui et à son Père. C'est lui qui a été crucifié à la face du soleil, de la création et de ceux (|tii l'avaient conduit à la mort; sa mort a été le salut et la rédemption de toute la création. 11 est la vie de tous ; comme une brebis, prix du salut (le tous, il a livré son cor|)S à la mort'.

bes temps sont acconipILs, les soi.vante-ciix semaines prédites par Daniel écoulées (38-39). (Juc les .Juifs le reconnaissent donc :

' l>c Inc. \'er/ji, 37.

2tî8 LA DOCTRINE DC SALUT

(40) Que doit encore faire celui qu'ils altendent ? Appeler les Gentils? C'est déjà fait. Faire cesser la prophétie, la royauté/ja vision? Cela aussi a eu lieu. Confondre l'athéisme idolàlrique? Il est confondu et condamné. Anéantir la mort? Elle l'est déjà. Qu'y a-t-il encore que le Clirist doive faire, qui n'ait point été fait? Qu'est-ce qui n'est point accompli, qui permette aux Juifs de se réjouir dans leur incrédulité? Si, comme nous le voyons, il n'y a ni roi, ni prophète, ni Jérusalem, ni sacrifice, ni vision jjarmi cu.v, si toute la terre est remplie de la connaissance de Dieu, si les Gentils ont abandonné leur athéisme et recourent au Dieu d'Abraham par le Verbe Notre Sciij^neur Jésus-Christ, il est évident même pour les plus endurcis que le Christ est venu, qu'il a illuminé tous les hommes de sa lumière et leur a enseigné sur son Pèrelavraicet divine doctrine '.

Aux païens, il faut d'autres arguments. Saint .\lhanasc jnstifuMrabord coiilrc loiir.s moqueries, la notion de Verbe incarné. A ceux qui admcllonl lui Vcrbo, présent dans le monde et le gouvernant, il montre leur inconséquence, quand ils se refusent à admettre la présence spéciale du Verbe dans une partie du monde, le corps, dont il a fait son instrument (41-42). S'il la choisi de préférence à des êtres plus brillants, les astres par exemple, c'est qu'il n'est jjoint venu pour la parade, mais pour guérir notre inlirmilé cl éclairer notre ignorance. Ici Athanasc condense en (pii'lques lignes tcul son enseignement sur la venue du Vrrbe cl la connaissance de Dieu (juclle nous procure (43. Cf. 45 où il se résume).

' De Inc. Verbi, 40.

Mais ne suiïisait-il pas d'un geste comme pour la création, et fallait-il pour cette œuvre que le Verbe prit corps ? Entre autres raisons Athanase donne la suivante ;

Rénovation du corps humain par l'Incarnation.

(44) U faut savoir que la corruption n'était pas étrangère au corps mais lui était attachée, il fallait donc que la vie remplaçant la corruption s'attachât aussi à lui ; la vie serait ainsi dans le corps, comme la mort y avait été... Si le V^erbe était resté hors du corps et n'y fût point venu, la mort eût été très naturellement vaincue par lui, car la mort ne peut rien contre la vie ; la corruption n'en restait pas moinsattachée au corps. Le Sauveur a donc revêtu avec raison ce corps pour que, la vie s'y attachant, il ne fût plus la proie de la mort, mais revêtu d'immortalité et ressuscité, il persév^éràt immortel. Puisqu'il avait déjà revêtu la corruption, il ne pouvait ressusciter sans revêtir la vic; de même la mort de soi n'apparaît que dans le corps, il a revêtu le corps pour y rencontrer la mort et l'anéantir. Une paille est naturellement consumée par le feu ; si quelqu'un écarte le feu de la paille, elle ne brûle pas, elle reste néanmoins exposée au.-c menaces du feu ; car le feu la détruit naturellement. Mais, si on la revêt d'amiante, matière qui, dit-on, résiste au l'eu, la paille ne le redoute plus, son revêtement incombustible lui donne la sécurité. De même pour le corps et pour la mort. Si le Sauveur n'avait écarté la mort du corps que par

270 LA DOCTRINE DU SALfT

un ordiv, il ri'slcrail morlol et corruptible selon son essence. Pour y parer, le corps a revèlu le Verbe de Dieu incorporel ; ainsi il ne redoute plus la mort ni la corruption ; il a j)our revêtement la vie et en lui la corruption a disparue

Mais il y a un argument plus clTIoacc et plus accessible de la divinilr du Christ, c'est la merveille de son œuvre, telle qu'elle s'offre tous les jours aux yeux des païens. Ils n'ont qu'à regarder pour constater les effets miraculeux de la foi chrétienne. La cessation de l'idolâtrie, l'impuissance de la magie, le silence des oracles, ne peuvent s'expliquer par la seule aetion d'un homme, à plus forte raison du démon ; il faut y reconnaître le Fils de Dieu, le Verbe, Sagesse et Puissance du l'ère (46-48). Rien de comparable dans le Panthéon pa'ien (49) et dans l'histoire des rois et des phihjsophes.

Divine Transcendance de 1 œuvre du Christ.

(50) 11 va eu, sur la terre, avant le Cbrist, beaucouj) de rois et de tyrans ; on raconte, chez les Chahlécns, les Eii^yptiens et les Indiens, l'histoire de beaucoup de philosophes et de mages. Qui parmi eu.v, je ne dis pas aj)rès leur mort, mais pendant leur vie, a eu assez de ])uissancc ])Our remplir toute la terre de sa doctrine, faire renoncer une aussi grande multitude au culte des idoles, que notre Sauveur en a ramenés vers lui dcl'idolàlriei'Les j)hilosophes grecs ont écrit beaucouj), avec arl cl c<)mj)élencc ; qindle démonstration a été aussi

• De Inc. Verbi, 44.

JKSUS-CHRIST 271

efficace que la croix dti rJu-istiMiisqu'à leur mort, leurs sophismcs ont gardé quelque force de persuasion, mais ce que pendant leur vie ils croyaient affermir, a été l'objet des discussions et matière à exercices et à controverses. Le Verbe de Dieu, chose étrange, usant de paroles plus indigentes, a jeté l'ombre sur les sophistes les plus renommés, a réduit à néant leurs doctrines ; attirant tout le monde à lui, il a rempli ses églises et, ce qui est admirable, en allant à la mort comme un homme, il a vaincu la grandiloquence des sages sur les idoles. Qui par sa mort a jamais chassé les idoles, commeleChrist'i'OùronfaitentendrelenomduSauveur, toutdémon est mis enfuite. Quia triomphé des passions humaines au point de rendre chastes les impudiques, de faire abandonner les glaiv^es aux homicides, de donner du courage aux peureux ? Qui a persuadé aux barbares et aux Gentils d'abandonner leur fureur, dèlre pacifiques, sinon la foi du Christ et le signe de la croix? Qui a donné aux hommes confiance dans l'immortalité comme la croix du Christ et la résurrection de son corps? Les Crées ont étendu à tout leurs mensonges, ils n'ont pourtant pas pu imaginer la résurrection de leurs idoles, n'étant même point capables de penser que le corps pouvait de nouveau exister après la mort. En quoi ils méritent bien qu'on les approuvé, parce que ces sentiments attestent la faiblesse de leur idolâtrie et ont laissé au Christ la i)uissance de se manifester à tous comme ImIs de Diiui.

(ol) Quel homme après sa mort ou mrmo peu-

dant sa vie a enseigné la virginité et la possibilité de cette verlu parmi les hommes ? Or notre Sauveur et roi universel, le Christ, l'a enseigné avec tant de puissance que les enfants nayant pas encore atteint làge fixé par la loi professent une virginité supérieure à la loi. Quel homme a i)u aller jusque chez les Scythes, les Ethiopiens, les Perses, les Arméniens, les Goths et ceux qui habitent au delà de l'océan, au delà de 1 llyrcanie, a été chez les Egyptiens et les Chaldéens, chez des hommes adonnés à la magie, superstitieux outre mesure, aux mœurs féroces, pour leur prêcher la verlu et la tempérance et parler contre le culte des idoles, comme a fait le Seigneur universel, la puissance de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui non seulement leur a prêché par ses disciples mais les a persuadés dans leur âme de renoncera la férocité de leurs mœurs, de ne plus honorer les dieux de leurs pères, de le reconnaître lui et par lui d'adorer son Père. Jadis, quand ils étaient idolàln^s, les Grecs et les barbares étaient en lutleentrceux et pleins de cruautés pour leurs proches; nul ne pouvait traverser la lerre ou la iiier sans armer sa main diin glaive, à cause de cette guerre inexpiable qu'il y avait entre tous. Toute la vie se passait à combattre ; le glaive était le bâton de voyage et ra])|)ui en toute circonstance. Et pourtant ils servaient les idoles, ils oITraienl des sacrilices aux démons, mais cette idolâtrie ne leur était d'aucune utilité j)our la réforme de leurs mo'iu-s. Quand ils j)assèrcnt à la doctrine du (^liriRl, alors merveilleusement, réellement repentants

JËSUS-CHRIST 273

dans leur cœur, ils ont renoncé à la cruauté des meurtres et ne songent plus à la guerre ; tout est en paix chez eux et ils ne songent qu'à l'amitié *.

Le Christ seul a fait tout cela :

Côi) Cela n'est point incroyable, puisque maintenant encore les barbares, qui sont naturellement de mœurs féroces, continuant à sacrifier aux dieux sont en fureur les uns contre les autres et ont toujours les armes à la main. Dès qu'ils entendent la doctrine du Christ, facilement ils renoncent à la guerre pour l'agriculture ; au lieu dechargerleurs mains deglaives,ilslcsétendent pour la prière; renonçant aux luttes fratricides, ils s'arment contre le diable et les dénions, et en triomphent par la tempérance etla vertu. C'est là une preuve de la divinité du Sauveur ; ce que les idoles n'ont pu apprendre aux hommes, il le leur a enseigné... Ils font la guerre aux démons par leurs mœurs et leurs actions vertueuses, les chassent, se moquent de leur chef le diable, tempérants dans la jeunesse, patients dans les épreuves, vaillants dans les travaux, su})portant les injures, méprisant les spoliations et, ce qui est admirable, ils méprisent la mort même pour être témoins du Christ.

(53) Si tout cela est une œuvre humaine, qu un le montre et qu'on fasse connaître des faits pareils, avant le Christ. Si ce n'est pas a'uvre de l'homme mais de

' De Inc. Verbi, 50-51.

274 LA DOCTRINE Dl* SALUT

Dieu, pourquoi lanl dimpiclé chez les infidèles qui ne reconnaissent point le maître auteur de ces merveilles? C'est comme si on refusait de reconnaître aux œuvres de la création, leur créateur. Dieu. S'ils avaient reconnu sa divinité à sa puissance universelle, ils auraient aussi reconnu que les œuvres faites par le Christ dans son corps ne sont pas des œuvres humaines, mais a-uvres du Sauveur universel, du Dieu Verbe. Et s'ils avaient eu cette connaissance, ils nauraient point, comme écrit saint Paul, crucifié le Seigneur de gloire (l Cou.

Une dernière fois saint Athanasc revient sur I un des nrgunienls, à son avis, les plu.s palpables, de l'origine divine du chrislianisnie : la décadence universelle de l'idolâtrie opposée à la remarquable diffusion de la doctrine du Christ. Les idoles et les dénions usurpateurs qui avaient long^tenips séduit les hommes, se sont retirés couverts de honte dès cpia paru le vrai roi (35).

Que son ami développe par l'élude de l'Ecriture ces pensées q'u'Athanase vient de lui soumettre, il y apprendra encore le second avènement, glorieux celui-là, du Sauveur (56). Mais l'élude ne suffit pas ; il faut y ajouter la pureté de vie : conseil précieux cjuil faut recevoir de la bouche même du saint docteur.

Pureté du cœur nécessaire à l'étude du Christianisme.

(57j Avec l'élude approfondie de l'Ecriture et la vraie science, il faut une vie honnête, une tàme pure, une

• Ue Inc. lerii, 52-b3,

JÉSUS-CHRIST 27o

vertu chrétienne pour que l'àme s'y étant exercée, obtienne ce qu'elle désire et le possède, autant qu'il est possible à la nature humaine d'être instruite sur le Dieu Verbe. Sans une pensée pure et limitation de leur vie, on ne peut bien comprendre les paroles des saints. Si quelqu'un veut contempler la lumière du soleil, il doit essuyer et purifier ses yeux, pour se rendre par sa pureté semblable en quelque façon à celui qu'il désire voir, de sorte que Vœi\, devenu lumière, voie la lumière du soleil ; quand on veut voir une ville ou un pays, on s'y rend pour le contempler. De même, celui qui veut saisir la pensée des théologiens doit d'abord purifier et laver son àme par sa manière de vivre, s'approcher des saints par la ressemblance de leurs actions, de sorte qu'uni à eux par la conduite, il comprenne ce que Dieu leur a découvert, et, en leur compagnie, échappant au danger qui attend les pécheurs et au feu du jour du jugement, il reçoive ce qui est réserve aux Saints dans le royaume des cieux '...

Intégrité de la nature humaine du Christ.

J'ai explique phis haut à quelle occasion le concile d'Alexandrio (362), eut à s'occuper des controverses christologiqucs. Voici le passage du Tomus ad Antiochcnos où il est fait allusion à ces discussions et la décision (pii fui prise :

(7) En ce qui concerne l'économie du Sauveur selon

' De Inc. VerOi, o7.

lachair, plusieurs éluicnl aussicn discussion entre eux. Nous avons interrogé les deux partis. Ils sont tombés d'accord que le Verbe du Seigneur n'est pas, comme jadis sur les propliètes, descendu à la fin des temps sur un homme saint, mais que le Verbe lui-même sest fait chair. Existant dans la forme de Dieu, il a pris la forme d'esclave, est devenu homme pour nous, né de Marie selon la chair, el ainsi legenrehumain,enlui parfaitement et com])lètement délivré du péché et vivifié d'entre les morts, est introduit dans le royaume des cieux.

Ils ont aussi reconnu que le Sauveur n'avait point un corps privé d'àme ou de sens ou d'inlelligence. Il était impossible, le Seigneur s'étant fait homme pour nous, que son corps fût privé d'intelligence; avec le corps, l'àme aussi a été sauvée dans le Verbe. Fils véritable de Dieu, il s'est fait Fils de l'homme; Fils unique de Dieu, il s'est fait le pfemicr-né parmi beaucoup de frères. Aussi n'y avait-il j)oinl un Fils de Dieu antérieur à Abraham, el un autre après Abraham ; autre n'était poiril celui (\m ressuscitait Lazare, autre celui (jui posait des questions sur lui ; c'était le mèmr ipii humainement disait: Où gît Lazare ? et divinement le ressuscitait ; le même qui, dans son corps, crachait comme un homme et divinement, en Fila de Dieu, ouvrait les yeux de laveugle-né ; qui souffrait dans sa chair, comme l'a dit saiiil Pierre, et par sa divinité ouvrait les tombeaux el ressuscitait les morts. Interprétant d'après cela tout ce qui est dit dans l'I^lvangile,

Jfi.SUS-CHRIST 277

ils ai'lirinoi'ciiL qu'ils avaicnl incinc sonliinciiL sur l'iiicarnalioiî eLl'iiumanisalion du Verbe'.

Réfutation de diverses erreurs christologiques.

Je donne ici les principaux passages de la Lettre à Eplclcte :

(2)Quel (Mifera vomi cclteasscrtioiique le corps néde Marie est consubstanlicl à la divinité du Verbe ? ou que le Verbe est changé en chair, os, cheveux et tout le corps, perdant sa propre nature ? Qui a entendu dire à l'Kglise ou même à un chrétien que c'est par figure, non en réalité que le Sauveur a porté un corps ? Qui est assez impie pour dire et penser que la divinité consubstantielleauPère a reçu la circoncision, est devenue imparfaite de parfaite qu'elle était, que ce qui était cloué à la croix n'était pas le corps, mais la substance créatrice de la Sagesse? Qui, appronaiil (|uo c(^ n'est pas (\c jMarie mais de sa propre substance ([uc le Verbe s'est formé tm corps passible, appellerait chrétien celui qui soutient cette opinion ?... Qui a pu penser et dire que celui qui affirme que le corps du Seigneur vient de Marie n'admet plus la Trinité mais une qualernité dans la divinité, de sorte que, à son avis, la chair que le Sauvcnu' a revêtue du sein de Marie appartient à la substance de la Trinité?... Selon d'autres, le corps n'est pas postérieur ;\ la divinité du Verbe, il lui est

' To)/ui.^- ml Anlioclienos\'î,

complclomenL coélcriicl parce qu'il csl lormé do la substance de la Sao^esse. Comment des clirétiens ontils pu mettre en doute si le Seigneur issu de Marie est par substance et par nature le Fils de Dieu, selon la chair de la race de David et de la chair de sainte Marie ? Qui a eu assez d'audace pour dire que le Christ qui, dans sa chair, a souffert et a été crucifié, n'est pas le Seigneur, le Sauveur, Dieu et Fils du Père ? Comment réclament-ils le nom de chrétiens ceux qui disent que le Verbe est descendu sur un homme saint, comme sur un prophète, qu'il ne s'est pas fait homme, prenant corps de Marie ; que le Christ est autre que le Verbe de Dieu qui existe Fils du Père, avant Marie et avant les siècles ? Comment seraient-ils chrétiens ceux qui distinguent entre le Fils et le Verbe de Dieu ?

(4) Où avez-vous pris cette aiïirmalion que le corps du Verbe estconsubstantiel à la divinité (il est bon de commencer par là : ceci démontré mauvais, le reste le sera également) ? Les Saintes Ecritures ne disent rien de pareil, puisqu'on y trouve que Dieu a paru dans un corps humain. Les Pères, réunis à Nicée, n'ont pas déclaré le corps mais le Fils lui-même consubslautiel au Père et de sa substance; ils ont confessé que le corps était de Marie, selon les Ecritures. Reniez donc le Synode de Nicée et proposez votre doctrine en hérétiques; si vous voulez être fils des Pères, ne pensez pas autrement qu'ils n'ont écrit. On peut d'ailleurs bien voir l'absurdité de votre assertion. Si le Verbe est consubstanticl au corps produit de la terre, si d'autre

part le Verbe est consubstantiel au Père, selon la profession (le Nicée, le Père lui-même sera consubstantiel . au corps né de la terre. Alors pourquoi blâmer les ariens d'appeler le Fils créature, vous qui déclarez le Père consubstanti(d aux créatures et proférez une seconde impiété, en affirmant que la chair, les os, les cheveux, les nerfs, lout le corps n'est que la transformation du Verbe qui a changé sa propre nature. Il ne vous reste plus qu'à le dire lui-même né de la terre, puisque c'est d'elle que viennent les os et tout le corps. Quelle insanité de vous contredire vous-mêmes ! Déclarer le Verbe consubstantiel au corps, c'est le déclarer diiïérent de lui en nombre, et pourtant vous imaginez la métamorphose du Verbe lui-même en chair ! Qui pourrait d'ailleurs supporter même ces énonciations ? Vous dépassez en impiété toute hérésie. Si le Verbe est consubstantiel au corps, inutile de mentionner Marie et sa fonction puisqu'avant 31arie le corps peut être éternel, comme l'est le Verbe lui-même, qui, selon vous, est consubstantiel au corps. Quelle utilité dans la venue du Verbe, si c'est pour revêtir ce qui lui est consubstantiel ou, modifiant sa propre nature, devenir corps ? La divinité ne se prend pas elle-même pour revêtir ce qui lui est consubstantiel. Le Verbe n'a point péché, lui qui rachète les péchés des autres, pour s'offiir lui-même, cliangé en corps, en sacrifice pour luimême et se racheter.

(o) Il n'en est point ainsi, oh non ! // a pris la race (V Abraham, comme dit l'Apùtre ; dêxlors il devait être

280 l'A DOCTRINK DU SALUT

en tout seviblableà ses frères (lim.%m-\7) cl prendre un corps pareil au nuire. Aussi Marie est-elle vraiment choisie pour quil prenne ce corps en elle et l'oiïre comme sien pour nous. Isaïe la prophétisait quand il la montrait : Voici la Vierge (Is. 7, 14). Oahriel lui est envoyé, non pas simplement à une vierge mais à une vierge fiancée (Luc. 1, 27) pour que le fiancé alleste la réalité de Ihumanité en Marie. C'est pourquoi l'Ecriture rappelle son enfantementet dit : KUe enveloppa de langea (Lvc. 2, 7); les mamelles qui allaitèrent ont été (glorifiées et le sacridce ofTert, comme pour louverture du sein par Icnfanl, tout cela en preuve de l'enfantement de la Vierge. Gabriel annonçait avec circonspection, ne disant pas simplement ce qui est né en toi, pour ne point laisser penser que le corps venait d'ailleurs, mais de toi pour rendre croyable que ce qui était né venait d'elle ; la nature elle-même montre clairement qu'il est impossible à une Vierge qui n'enfante point (lavoir du lait, impossible de donner le sein à l'enfant et de l'envelopper de langes s'il n'est d'abord mis au monde. C'est ce corps qui a été circoncis le huilième jour, que Siméon a reçu dans ses bras, qui a grandi au cours de l'enfance, a alleint l'âge de douze ans et jusqu'à la lientième année. Plusieurs ont imaginé à tort que la substance même du Verbe changée a reçu la circoncision, elle qui est immuable et inaltérable.

Dans le corps circoncis, porté, mangeant, buvant. se fatiguant, cloué à la cnti.v cl soulTranl. Ir \'(>il)e (l(>

jKSUs-nimisT 28<

Dieu éUiil impassible et incorporel. Ix corps roslait éleiidu au tombeau tandis que lui-même s'en allait^ prêcher aux esprits qui étaient dans la prison, selon la parole de saint Pierre (1 Pet. 3, 19).

(6) Gela montre bien la sottise des f^ensqui affirment le cbangemcnt du Verbe en os et en chair. Si c'était vrai, le tombeau était inutile; le corps l'aurait traversé pour aller [)rccher aux esprits de l'enfer. Or c'est lui qui y est allé, tandis que le corps enveloppé dans un linceul par Joseph était déposé au Golgotha : ainsi tout le monde a vu que le corps n'était point le Verbe, mais le corps du Verbe. C'est lui ressuscité des morts que palpa Thomas; il y vit les places des clous qu'avait endurés le Verbe quand il les vit enfoncés dans son propre cor[)S et pouvant s'y opposer ne l'empêcha point; au conlrairç, le Verbe incorporel sattrihnail comme lui appartenant ce qui était à son corps. Quand le corps était irappé par le serviteur, comme si luimême était le patient, il disait : Pourquoi me frappestu?Le Verbe naturellementintangible, disait (Is. 50,0) : J'ai livré mon dos aux fouets, mes joues aux soufflets; ie n'ai point détourné ma face de la honte des crachats. Les souffrances du corps du Verbe, parce que le^'eI•be lui était uni, le Verbe se les attribuait pour que nous puissions participeràla divinité du \'erl)(\0 merveille! lui-même souffrait et ne souffrait point, soulïrait parce

* Qiiolquos maniiBcrlIs p^rors njoiitont ici iinotrloso : lanft-iepuruliun, acnit'illi'' i)ar I rdilriir Ix'in'difliii.

que son propre corps souffrait et qu'il était dans ce corps souiïrant, ne souffrait pas parce que, Dieu par nature, le Verbe est impassible. L'incorporel était dans le corps souffrant ; le corps renfermait en lui le Verbe impassible qui faisait disparaître les infirmités de ce corps. 11 agissaitainsi et celaarrivaitparce que, prenant ce qui élait à nous et l'offrant en sacrifice, il le lit disparaître; puis nous revêtant de ce qui était à lui il donna à l'Apôtre l'occasion de dire -.Il faut que ce corruptible revêle Vincorruption^ ce mortel revête l'immortalité (l Cor. 15, 53).

(7) Il n' ' avait point Xh seulement apparence, comme le pensent d'autres; oh non! le Sauveur s'élanl fait réellement et en vérité homme, tout l'homme a été sauvé. Si, comme ils le disent, le Verbe n'était qu'une apparence dans le corps, puisque l'apparence n'est qu'une fiction, il s'ensuivra qu'il n'y aura qu'apparence de salut et de résurrection pour l'homme, conformément au très impie Manichée. Mais notre salut n'est pas une apparence; non seulement le corps, mais (oui l'iionmie, âme et cor|)s, a été réellement sauvé par le\'erbe. Humain par nature était ce qui vint de Marie, conformément au.x divines écritures, véritable était le corps du Seigneur; véritable parce (ju'il était identiqueau nôtre, Marie étant notre sœurpuisque nous sommes tous fils d'Adam. Personne ne saurait en douter qui se rappelle ce qu'écrit saint Luc. Après la résurrection. plusi(Mirs croyant ne pas voirie .Seigneur dans son corps refjii de Marie, mais à sa place contem-

pipr un fantôme, il dit : Voyez mes mains et 7nes pieds et les places des clous, c'est moi. Palpez-moi et voyez qu'un fantôme n'ani chair ni os, comme vous voyezque je lésai. Et disant cela il leur montrait ses mains et ses pieds (LuG 24, 39-40). Cela refulc aussi ceux qui ont osé dire que le Sauveur s'était change en os. 11 n'a pas dit : Comme vous voyez, que^e suis chair et os, mais que j'ai. On ne peut ainsi croire que le Verbe lui-même s'est changé en cela; mais seulement qu'il le possède avant sa mort et après sa résurrection.

(8) Après cette démonstration, inutile de toucher au reste et de s'y escrimer... L'expression de saint Jean Le Verbe s'est fait chair (Jo. 1,14) ne signifie pas autre chose, comme de semblables façons de parler lindiquent. Saint Paul écrit : LeChrist s'est fait pour nous malédiction (G.\l\t. 3,13). Il n'est point devenu luimême malédiction, mais a accepté pour nous la malédiction : c'est pourquoi l'on dit qu'il s'est fait malédiction; ainsi s'est-il Tait chair non par un changement en chair, mais parce qu'il a pris la chair vivante pour nous et s'est fait homme. Dire Le Verbe s'est fait chair, c'est dire Le Verbe s'est fait homme, conformément ri ce que dit Joël : Je répandra'i de mon Esprit sur toute chair (Joël 2,28). La promesse ne s'étendait pas aux animaux mais seulement aux hommes, pour qui le Seigneur aussi s'est lait homme. Puisque celte expression n'a point d'autre signification, ils se condamneront eux-mêmes, ceux qui ont pensé (pie la chair née de Marie lui était antérieure et qu'auparavant le Verbe

284 I.A D'tCÏIWNK DU SAFA'T

avaiLjc iic sais quelle :\mc Iminaiiie, où il cxislail do louLo (Horiiilc avant sa venue. On cessera aussi clanirmor que la chair ne pouvait subir la mort, mais était de nature immortelle. Si elle n'est point morte, comment Paul transmettait-il aux Corinthiens ce qu'on lui avait appris : Le Christ est mort pour nos péchés selon les J-jCritures (l Cor. 15,3). Comment même y a l-il eu résurrection, s'il n'y a pas eu mort? Ceux-là aussi seront couverts de honte qui se sont imaginé qu'il pouvait y avoir quaternité, au lieu de Trinité, si l'on disait que le corps vient de Marie. Si nous affirmons, disentils, que le corps est consuhslantieiau Verbe, la Trinité reste Trinité, puisque le Verbe ne lui apporte rien d'étranger, mais si nous reconnaissons pour humain le corps né de Marie, forcément, le corps étant d'une substance étrangère et le Verbe y existant, il y a qiiaternilé au lieu de Trinité par l'adjonction du corps.

(9) Avec ces affirmations, ils ne comprennent j^oint qu'ils se contredisent. Supposons que le corps ne soit pas de Marie mais consnbstantiel au \'erbe, ils n'en auront pns moins j)our cela leur tétrade. Le Fils étant consnbstantiel au Père, n'est pas le Père, mais lui est consubstantiel ; de même le corps consnbstantiel au Verbe n'est pas le Verbe mais autre et, s'il est autre, il n'y a plus Trinité mais quaternité, selon eux. Kn effet, ce n'est pas la Trinité vraie, réellement parfaite et indivisible, (jiii reçoit accroissement, mais celle qu'ils ont inventée. Or comment sont-ils encore chrétiens ceux (pii in\('nleiil mi Dieu en dehors du véritable ?

J)"yillcurs dans icui' second sopliisinc, ou peut saisir une grande insanité : si du fait (juil est allirmé dans IKci-iture que le corps du Sauveur vient de Marie et est humain, ils pensent qu'il y a quatcrnité et non Trinité, par suite de l'adjonction du corps, ils se trompent fortement en mettant sur le même rang créateur et créature et en supposant que la divinité peut recevoir accroissement. Us ignorent que le Verbe sest fait chair non pour accroître la divinité mais pour ressusciter la chair, que le Verbe est né de Marie non pour se perfectionner mais pour racheter le genre humain. Comment peuvent-ils croire que le corps, racheté et vivilié par le Verbe, accroît la divinité du Verbe qui l'a viviiié 1' C'est au contraire le corps humain qui a beaucoup gagné à la participation et à l'union du Verbe ; de mortel, il est devenu immortel, de psychique, spirituel, quittant la terre il a franchi les portes du ciel. La Trinité donc, même après que le Verbe a pris corps en Marie, reste Trinité, n'admettant ni accroissement, ni diminution. Elle est toujours parfaite; en la Trinité on reconnaît l'unique divinité et ainsi est prêché dans ri*]glisc le Dieu unique, le Père du Verbe.

(10) Cela imposera silence à ceux-là aussi (jui diseni ([ue celui qui est né de Marie n'est point le Chris!, n' Seigneur, ni Dieu. Si Dieu n'était pas (hms le corps, comment, dès qu'il fut né de Marie, fut-il appelé Kmmaniiel, ce qui signifie Dieu avec nous (Mat. 1,23)? Si le \'erbe n'existait pas dans la chair, comment saint

Paul écrivait-il aux Romains : De qui est le Christ selon la chair, lui qui est au-dessus de tous, Dieu béni dans les siècles, Amen (Rom. 9,5). Qu'ils avouent aussi leur erreur ceux qui niaient d'abord que leCrucilié fût Dieu; qu'ils se lient aux divines Ecritures et surtout à Thomas qui après avoir vu en lui les traces des clous s'écria : Mon Seigneur et mon Dieu (Jo. 20,28)! Le Fils étant Dieu et Seigneur de gloire était dans le corps ignominieusement cloué et déshonoré; le corps soufTrait percé sur la croix ; de son flanc coulait le sang etleau, mais il était le temple du Verbe, rempli de la divinité. Aussi le soleil, voyant son créateur 'plein de palience dans son corps outragé, retira ses rayons et obscurcit la terre. Le corps, de nature mortelle, ressuscita surnaturellement, par le Verbe qui était en lui. La corruption naturelle a cessé; ayant revêtu le Verbe qui est au-dessus de 1 homme, il est devenu incorruptible.

(M) Quant à ceux qui s'imaginent et disent que, pareillement à ce (jui se passait pour les prophètes, le Verbe est venu sur un homme né de Marie, il est inulile de s'escrimer,- puisque cette folie porte en ellemême sa condamnation. S'il est venu ainsi, pourquoi est-il né de la Vierge, et non pas lui aussi de l'homme et de la femme? Chacun des saints est né ainsi. Pourquoi, si le Verbe est venu ainsi, dit-on de lui seul et non de tous que sa mort a eu lieu pour nous? Pourquoi, si le Verbe est descendu dans chaque prophète, ditesvous seulement du Fils de Marie qu'une fois, h la con-

sommation des siècles, le Verbe est venu ? Pourquoi s'il est venu, comme il venait chez les saints antérieurs, tous les autres n'ont-ils point encore ressuscité, le Fils de Marie seul est-il ressuscité après trois jours ? Pourquoi, si le Verbe est venu comme chez les autres, seul le Fils de Marie est-il appelé Emmanuel, comme si son corps né de Marie était rempli de la divinité? Emmanuel est, en effet, interprété Dieu avec nous. Pourquoi encore, s'il est venu ainsi, chaque saint mangeant, buvant, se fatiguant, mourant, on ne dit point que le Verbe mange, boit, se fatigue, meurt, comme cela a lieu seulement pour le Fils de Marie ? Ce que ce corps a souffert lui est attribué comme s'il souffrait lui-même. Tandis que de tous les autres on dit seulement qu'ils furent enfantés et engendrés, du Fils de Marie seul il est dit : Et le Verbe s est fait chair (Jo, 1,14).

(12) Cela montre que chez tous les autres le Verbe n'est venu que pour prophétiser ; en Marie le Verbe lui-même prenant chair sest fait homme, étant par substance et par nature Verbe de Dieu ; il est devenu homme selon la chair, de la race de David et de la chair de Marie, comme a dit saint Paul. Le Père le montrait quand au Jourdain et sur la montagne il disait: Voici mon Fils bien-aimé en qui jai mis mes complaisances. Les ariens l'ont nié mais nous, le reconnaissant, nous l'adorons, ne divisant point le Fils et le Verbe, mais sachant bien que le Fils est le Verbe lui-même par qui tout a été fait, par qui nous avons été rachetés. Aussi

avons-nous ôlO fort étonnés qu'il ait pu môme y avoir contention parmi vous sur des choses si évidentes ^..

Légitimité de 1 adoration étendue au corps du Christ.

Les fragments suivants sont extraits de VEpiUula ad Adclphium, contre les ariens.

(3) Nous n'adorons point une créature, oh non! Les païens et les ariens commettent cette erreur; c'est le mnîlrc de la création fait chair, le Verbe de Dieu que nous adorons. Bien que sa chair en elle-même fasse partie des créatures, elle est devenue le corps de Dieu, Nous n'adorons point ce corps en lui-même, isolé du Verbe; voulant adorer le Verbe, nous ne le séparons ])as non plus de la chair, mais sachant que le Verbe s'est fait chai?', nous le reconnaissons Dieu, même (juand il s'est fait chair. Qui est assez insensé jx)ur dire au Seigneur : J-^loigne-toi de ton corps, pour <jiu; je t'adore ■' Qui assez impie, pour lui dire avec les Juifs, à cause de son cori^s : Pourquoi, loi qui es homme, le fais-tu Dieu (.lo. 10,33j':' Ainsi n'agit point le lépreux. Il adorait Dieu (pii était dans le corps cl, reconnai.ssant qu'il était Dieu, il dit : Seigneur, si lu veux, lu peux me purifier (}\.ki. 8,:2). La chair ne lui lit l>oint regarder le Verbe de Dieu comme une créature et, parce que le Verbe était démiurge de toute la création, il ne méprisait j)oint la chair que le Verbe avait revêtue, mais il y adorait le créateur universel comme

Kpislula ad Ejiiclelum. n» û, i-12.

flans son tenii)lc créé et il élaiL [)urilié. Ainsi l'Iiémorrhoïsse crut, toucha seulement la frange et fut guérie ; la mer (^ui écumait entendit le Verbe fait chair et la tempête cessa; l'avcugle-né, parle crachat de la chair, rcrut du \'erbe sa g-uérison. Ce qui est plus important et plus étonnant, — peut-être est-ce là ce qui a scandalisé les plus impies, — quand le Seigneur était suspendu à la croix (son corps était là et le Verbe en lui), le soleil s'obscurcit, la terre frémit, les rochers se fendirent, le voile du temple se déchira et beaucoup de corps saints ressuscitèrent.

(4) Cela se fit et nul ne se demanda, comme osent maintenant le faire les ariens, s'il faut obéir au V^erbc fait chair. Voyant l'homme; ils le reconnaissaient pour leur créateur; entendant la voi.K humaine, ils ne disaient point, pour ce qu'il avait d'humain, que le Verbe est créature. Ils tremblaient au contraire et reconnaissaient qu'il parlait de son temple saint... La création n'adore point une créature; elle ne refusait pas non plus, à cause de la chair, d'adorer son Seigneur, mais elle voyait son créateur dans le corps et au nom de Jésus tout genou lléchissait et lléchira, au ciel, sur la lerre ctdansles enfers, et toute langue confessera, en dé[)it des ariiMis, (jue le Seigneur Jésus- Christ est dans la gloire de Dieu son Père. La chair n'a point apporté l'ignominie au Verbe. Oh non ! au contraire elle a été glorifiée par lui. Pour avoir pris la forme d'esclave, lui (pii existait dans la forme de Dieu, le Fils n'a point perdu de sa divinité; il est au con-

290 L.V DUCTUIXE DU SALUT

traire devenu le libérateur de toute chair et de toule la création. Si Dieu a envoyé son llls né de la femme, cela ne nous apporte point la honte mais plutôt gloire et grande grâce. Il s'est fait homme pour nous diviniser en lui ; il est né de la femme, a été enfanté d'une Vierge pour transférer en lui notre génération coupable et nous rendre désormais race sainte, participant de la nature divine. C'est ce qu'a écrit le bienheureux Pierre : Ce qui était impossible à la loi, où était la faiblesse, à cause de la chair, Dieu envoyant son propre Fils dans la similitude de la chair de péché, au sujet du péché, a condamné le péché dans la chair (i Pbt. 1, 4).

(5) Le Verbe a pris chair pour délivrer tous les hommes, les ressusciter tous d'entre les morts, les racheter dupéché. La mépriser, ou, à cause d elle, traiter le Fils de Dieu de créature, n'est-ce point être ingrat et se rendre digne de toute haine ? C'est comme s'ils criaient à Dieu : « N'envoie point ton Fils unique dans la chair; ne lui fais point prendre chair de la ^^ierge ])Our nous délivrer de la mortel du péché. Nous ne voulons pas qu'il soit dans un corps, ainsi il ne subira point la inortj)our nous; nous ne voulons pas que le Verbe se lasse chair, pour devenir i)ar là médiateur de notre ascension vers toi et nous faire hahiler les demeures célestes. Que les portes du ciel se ferment pour que ton Verbe, par le voile de sa chair, ne nous renouvelle point la route des cieux. » Ce sont les'paroles qu'ils prononcenl avec une (Ii;il)oIi(|ti(> ;iMdae(\ (](M1.\ (|iii ne

JÉSUS-CHUISÏ 291

veulent point adorer le Verbe fait chair, sont ingrats envers son incarnation; ceux qui séparent le Verbe de la chair pensent qu'il n'y a ni rédemption du péché, ni délivrance de la mort. Où donc enfin ces impics trouvent-ils isolée la chair prise par le Sauveur, pour oser dire : Nous n'adorons point le Seigneur avec sa chair, mais nous séparons le corps et n'adorons que le Seigneur?...

(6) Après avoir nioiilré que sa doctrine est coufurnic à lEcriluro, saint Athanaso continue :

Comment se serait-il donné pour nous, s'il n'avait l)oint porté la chair? C'est en la portant qu'il s'est donné pour nous, pour que, recevant la mort dans sa chair, il anéantit le diable (jui avait la puissance de la mort. Aussi partout rendons-nous grâces au nom de Jésus- Christ et ne rejetons-nous point la faveur qui nous est venue par lui. La présence du Sauveur dans la chair a été rançon de la mort et salut de toute la création...

(1) Je désire que ta piété leur pose cette question : Quand Israël recevait l'ordre de monter à Jérusalem pour adorer dans le tenq)le du Seigneur, où il y avait l'arche et au-dessus d'elle les chérubins de la gloire, couvrant de leur ombre le propitiatoire, agissaient-ils bien ou non? S'ils faisaient mal, pourquoi ceux ipii méprisaient cette loi étaient-ils punis? 11 est écrit : Qui méprisera et ne montera pas, sera détruit dan>< le peuple (Deijt. U'»,1^)- S'ils faisaient bien cl en cela plaisaient à Dieu, comment ne sont-ils i)as dignes de mille

iiiorLs, CCS ariens qui approuvent le peuple ancien d'honorer le temple et ne veulent pas adorer le SeijT;neur existant dans la ciiair comme dans un tem])le. Pourtant le temj)le antique était construit de pierre et d'or, comme 1 ombre; la réalité venue, la iiiçurc a cessé et, selon le mot du Seigneur, il n'est pas resté dans le temple pierre sur pierre qui n ait été démolie. Considérant le temple fait de pierres, ils n'estimaient pas que le Seigneur qui y parlait était une créature et ne méprisaient point ce temple en s'en éloignant pour adorer, lis y venaient et rendaient le culte légal à Dieu qui y faisait entendre ses oracles. Après cela, comment le cor])s du Seigneur, vraiment sain et vénérable, annoncé par l'archange Ga])riel, formé par l'Esprit-Saint, devenu le vêlement du Verbe, n"est-il pas adorable? Le Verbe étendant sa main corporelle lit lever le malade en proie à la lièvre; il parla de sa voix d'homme et ressuscita Lazare; de même étendant ses mains sur la croix il mil en déroute le chef de la puissance de l'air, qui agit maintenant dans les lils de désobéissance (P]iMi. ;2,2) et nous a rt'ndiic libre la route vers le ciel

(8) Outrager le temj)le est donc outrager le Seigneur (jui s'y trouve; séparer le Verbe du corps, c'est rejeter la grâce tpii imi lui nous est donnée... Si le Verbe était une créalurc, il n';',urait point j)ris un corps créé pour h' vivilier. De (piel secours une créature est-elle aux autres créatures, elle qui a besoin aussi de salut i' Parce (pic \r Verbe créateur est devenu démiurge de la création, à la lin des siècles, il a revèlu sa créature, pour

la renouveler comme crcaleur et la reformer. Une créature ne saurait sauver une autre créature, pas 'plus qu'une créature ne crée les autres. C'est le Verbe qui est créateur... *

* Episiula ad Adelpliiuia, w" 3-tJ.

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