‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 126 sur 142 · ISAIE, V · texte numérisé non relu

ISAIE, V

au nombre de plus de cinq mille, ayant des armes et des épées nues, des arcs, des flèches, des lances, comme il a été dit plus haut ; il les range autour de réglise et les serre , afin qu'aucun de ceux qui sortiraient ne pût leur échapper. Moi qui ne croyais pas juste, dans un si grand désordre, d'abandonner le peuple, et qui préférais m 'exposer le premier au péril, m'étant assis dans la chaire, j'ai ordonné au diacre de lire le psaume : La miséricorde du Seigneur est grande dam les siècles (^) ; je dis au peuple de répondre , et de se retirer ensuite chacun dans sa maison ; mais le chef s'étant élancé dans le temple, et les soldats assiégeant de toutes parts le sanctuaire pour me saisir, le peuple et les prêtres me pressent , me supplient de prendre la fuite ; je refuse de le faire avant que chacun d'eux soit on sûreté. M'étant donc levé, et ayant prié le Seigneur, je les conjurai de se retirer, a J'aime mieux, disais-je, être en péril, que de voir maltraiter quelqu'un de vous. » Plusieurs donc étant sortis et les autres se préparant à les suivre, quelques solitaires et quelques prêtres montèrent jusqu'à moi et m'entraînèrent ; et ainsi, j'en atteste la suprême vérité, malgré tant de soldats qui assiégeaient le sanctuaire, malgré ceux qui entouraient l'église , je sortis sous la conduite du Seigneur et j'échappai sans être vu , glorifiant surtout le Seigneur de ce que je n'avais pas trahi mon peuple, et de ce que, l'ayant mis d'abord en sûreté , j 'avais pu être sauvé moi-même et me dérober aux mains qui voulaient me saisir.

2S. — C'est ainsi que je fus miraculeusement sauvé

0) Psaumeê, cxxivi.

parla Providence. Qui serait fondé à mè faire un reproche de ne pas m 'être livré entre les mains de ceux qui me cherchaient et de ne pas être revenu sur mes pas pour me présenter devant eux? C'eût été être ouvertement ingrat envers le Seigneur, résister à son commandement et contredire les actions des saints. Que mon accusateur ose aussi accuser le grand apôtre Pierre de ce que, quand il était enfermé et gardé par des soldats, il obéit à rappel de Tange, sortit de prison et, sauvé, ne revint pas se livrer , bien qu'il fût informé des faits et gestes d'Hérode ; que larien furieux reproche à l'apôtre Paul de ne s'être point repenti d'avoir échappé en se faisant descendre du haut du rempart, et de n'être point retourné se rendre prisonnier; à Moïse, de n'avoir point renoncé à l'asile de la terre de Madian pour venir se faire prendre en Egypte ; à David , caché dans une caverne, de ne s'être point offert aux yeux de Saûl ; aux lîls des prophètes, d'être restés dans leur refuge , de ne s'être pas livrés à Achab, et de n^avoir pas agi contre le commandement de l'Ecriture : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dteti (*).

26. — C'est ce respect, cette science , qui m'inspirèrent ma conduile , et je ne rejette pas la grâce et le secours dont m'a honoré le Seigneur, quand ces furieux grinceraient des dents contre moi. Tel fut le caractère de ma retraite , qui , je pense, ne m'attirera pas un seul blâme des esprits sains ; car enfin les saints m'avaient donné l'exemple , conformément à la divine Ecriture. Mais ces hommes, à ce qu'il parait , veulent tout oser, tout tenter pour montrer leur méchanceté et leur cruauté. Leur vie est telle qu'on doit l'attendre de leurs

(•) Deutér moine f vi, 16; Sawt Matthieu, iv, 7.

sentiments et de leurs futiles propos ; et personne ne pourrait dire contre eux tout ce qu'eux-mêmes ne rougissent pas de faire. Léontius , par exemple, accusé de vivre avec une jeune femme du nom d'Eustolium , se voit-il interdire de rester avec elle : il se mutile pour continuer tranquillement son commerce, et néanmoins ne se lave pas du soupçon. Prêtre, c'est surtout pour ce motif qu'il se voit déposer: et tel est Thomme que par violence Constance l'hérétique a fait nommer évêquel Narcisse, chargé de crimes, est déposé dans trois synodes, et aujourd'hui se distingue entre tous par sa perversité. Georges, dégradé de la prêtrise pour ses vices, s'est nommé lui-même évêque et n'en fut pas moins dé[)Osé au grand concile de Sardique. Le plus déplorable pour lui, c'est qu'on n'ignore pas les débordements de sa vie ; on sait dans sa maison qu'il mesure aux plus honteuses satisftictions la fin de la vie et le bonheur de l'âme.

27. — Ils se surpassent l'un l'autre par leurs crimes personnels; mais tous ont une commune souillure : ennemis du Christ , ils ne sont plus chrétiens , mais de vrais ariens. De là pour eux le besoin de ces accusations : elles sont, en effet, contraires à la foi du Christ. Mais ils se cachent entre eux , et Ion ne doit point s'étonner qu'avec de tels sentiments et enlacés de tels vices, ils poursuivent ceux qui ne courent pas avec eux dans la plus impie des hérésies , se réjouissent de les faire disparaître , s'affligent de ne pas voir s'accomplir leurs vœux, et se croient lésés, lorsque, comme ^e le disais, ils voient en vie ceux qu'ils veulent voir morts. Qu'ils soient ainsi lésés ! qu'ils soient faible^ dans leurs injustices ! et que ceux qu'ils persécutent puissent ren-

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