SUR L'INCÀRNATIPN DU VERBE
mêmp l'identité in Créateur et du Sauveur. Il est clair pour tous qu'il est au-dessus de la nature dans laquelle ii a daigné descendre; que lui seul est Dieu dans le Père qui l'a envoyé, el que dès lors doit finir, pour ftire place au sien, le culte des puissances physiques (*).
Les résultats de la mission du Verbe ne sont que la continuation et, pour ainsi dire, la perpétuité de cette manifestation miraculeuse. Et qu'on n'attende pas d'Athanase des lieui^ communs, déjà rebattus de son temps. Il se garde de répéter aux raisonneurs et mystiques enfants du néoplatonisme les arguments que les^ Apologistes adressaient au sénat romain et aux empereurs, à des politiques et à des soldats. C'est au cœur du christianisme et dans ce qu'il a de plus intime, dans la componction et le renouvellement de vie qu'il inspire au pécheur, qu'il prendra des arguments capables de faire impression dans ces esprits légers et railleurs (ils étaient grecs], mais cependant nourris de spiritualisme et d'idéalisme. Presque au sortir de la dernière persécution, il rappelait avec orgueil le courage des martyrs, de femmes, de jeunes enfants, empressés de mourir pour leur foi (*). Mais il était des preuves plus présentes et plus universelles que ces rares et déjà lointaines exceptions. A la vue de cette multitude d'hellènes et de barbares attirés de toutes parts à la foi et à la pratique des enseignements du Christ, qui doute « qu'il soit » ressuscité, qu'il vive, ou plutôt qu'il soit la vie même? » Un mort a-t-il la puissance de pénétrer de douleur » les âmes des hommes, de leur faire renier les lois
(') Discours sur Vlncamation du Verbe, 19, p. 51. (») Ibid., 27, p. 56.
» nationales et adorer un enseignement nouveau (*) ? » Que le jeune apologiste attribue à la bienfaisante action de la religion du Christ la pacification universelle qui suivit son apparition sur la terre ("): il ne manquait pas à Alexandrie d'esprits intelligents et instruits pour lui répondre que Tapaisement des passions politiques qui avaient ensanglanté la fin de la République, et la soumission des peuples qui, Tun après l'autre, étaient entrés dans la paix romaine, avaient eu d'autres causes; et ils n'avaient qu*à le renvoyer aux histoires d'Appien, un illustre enfant de leur commune patrie. Mais pouvaient-ils rester insensibles, quand il leur montrait, déjà peut-être en Ethiopie, dans leur voisinage ('), des barbares qui, sous la pacifique influence du christianisme, passaient de leur férocité naturelle à une douceur jusqu'alors inconnue et désapprenaient la guerre pour les travaux de l'agriculture (*) ? Il était enfin des victoires et des conquêtes qui les touchaient plus que celles des armes et même de la civilisation. C'étaient les conquêtes du christianisme comparées à celles des sages du monde entier, et surtout les victoires que, chaque jour, il remportait sur la philosophie, qui, depuis deux siècles, avait choisi leur ville comme siège de son empire. « Il y. » eut, avant le Christ, beaucoup de sages en Chaldée, » en Egypte et -dans l'Inde. Lequel d'entre eux, je ne » dis pas après sa mort, mais de son vivant, eut assez » de puissance pour remplir toute la terre de sa doc- » trine et arracher à la tremblante adoration des idoles
(*) Discours sur Vlncarnatiori du Verbe, 30, p. 49, (») Ibid., 51, p. 74.
(') Apologie à Constance, 29 et 31, p. 248 et 250. (*) Discours sur V Incarnation du Verbe, 52, p. 74.
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» autant de peuples que notre Sauveur en a attiré à » lui? Les philosophes grecs ont composé de nom- » breux ouvrages avec persuasion et tout Tart de la » parole. Qu'ont-ils montré de comparable aux prodi- » ges de la croix du Christ ? Leur sagesse ne s'est pas » fait croire au-delà de leur mort ; et, s'il était un point » où ils semblaient être forts, c'était entre eux une » rivalité et un mutuel assaut de méditation. Le Verbe » de Dieu enseigne dans un humble langage, et il » éclipse les plus habiles artisans de pensée, annule » leurs doctrines, entraîne tout à lui et remplit ses » églises ; comme homme, il subit la mort et fait taire » la grande voix qu'élèvent les sages en faveur des » idoles (*). » Cette voix n'était autre que celle des docteurs du néoplatonisme, et, chaque jour, sa défaite devenait pour les hellènes sérieux un fait qui, déploré, mais incontesté, avait son éloquence.
(*) Discours sur V Incarnation du Verbe, 50, p. 73.