DEVANT CONSTANTIN
impérial , se transportait de Tyr à Jérusalem pour célébrer la déditsaice de Téglise du Calvaire, mais les pmncipaux chefs de la fai^ion eusébienne.
ConstantlD' avait été reDDemi d'Arius, parce qu'Arius l'avait menacé de sa popularité ; il est maintenant ren>* nemi d'Athanase, parce qu'Athanase est trop maître en Egypte. Les violences imaginaires de la Maréote étaient une pâtinre pour le vulgaire , bonnes pour ir ri lier TapL^ nion et tout justifier. Mais elles n'avaient eu qu'un mé* diocre succès, ^t la calomnie semblait rester à ceux qui l'avaient risqiuée. Il y avait d'autres griefs, les seuls pour Constantin. Athauase, disent les eusébiens, vendait à son profit, au lieu de les distribuer, les blés du fisc destinés à l'entretien des veuves (*) , il imposait des tributs aux Egyptiens ('). C'était un roi, et un roi redoutable. Il menaçait d'arrêter les navires dans le port d'Alexandrie et d'affamer Constantinople. L'archevêque proteste : « Un tel attentat n est pas au pouvoir d'un particulier, » d'un pauvre I » — « Un pauvre I s'écrie Eusèbe de Ni- » comédie, il est si riche qu'il envoie des coffrets pleins » d'or à des amis qui aspirent à l'empire / » L'empereur répète l'accusation avec colère (') et exile l'archevêque à Trêves, au fond de la Gaule. Constantin ne vou* lut pas qu'on lui donnât de successeur ; il ne tenait pas à élever même un ami sur ce trône redoutable. Et, d'ailleurs, comment serait accueilli un autre archevêque dans cette ville enthousiaste de l'exilé? Mais, pour activer l'œuvre de désunion , il fait adresser cette lettre à
(*) Discours apologétique, 18,. p. 109.
(*)Ibid.,60, p. 14K
C) Ibid., 9, p. 104, et 60, p. 141. — Photics, cod. 258, p.
444 MORT d'àrius.
l'Eglise d'Alexandrie par le synode : « Le très-pieux em- » pereur, bannissant toute haine de TEgliseet éloignant » la jalousie qui divisait les membres de Dieu, nous a » engagés par ses lettres à recevoir d'une âme simple et » pacifique Arius et ses partisans qu avait tenus hors de » l'Eglise Tenvie qui hait le bien. Le très-pieux empe- » reur nous atteste la droiture de leur foi (*). » Athanase eut la consolation d'apprendre que , fidèle à son évêque, l'Eglise d'Alexandrie avait été aussi inébranlable que lui (•).
Presque en même temps, lui arrivait la nouvelle de la mort misérable d'Arius, au moment où il allait, malgré l'archevêque de Constantinople, faire une entrée sojennelle dans son église. Il accueillit avec une grande modération ce bruit qui répandait la joie ou la consternation dans tout l'empire. Il glorifia Dieu, sans se réjouir de la mort de son ennemi ; « mais c'était là un des événements qui sont au-dessus des jugements humains ('). » Nous prononcerons-nous avec moins de réserve sur un homme qui remua le monde, mais dont la vie, le caractère, la doctrine même, sont enveloppés de telles obscurités? Nous ne faisons que l'entrevoir dans les écrits d'adversaires auxquels il avait fait trop de mal pour qu'ils songeassent à le ménager. Ses écrits ont été détruits ; une partie de son existence nous échappe, même à ses époques les plus décisives, au lendemain de sa défaite et à la veille du triomphe dont il fut privé par la mort. Son caractère ne nous laisse pas dans de moindres
(*) Discours apologétique, 84, p. 157.
(■) RuFiN, I, 2; SocRATE, I, 37; Sozomène, ii, 35. (•) EpisL ad episc. jEgypti et Lib., 19, p. 229, a; Epist. ad Serap. De morte Àrii, A, p. 270.
incertitudes. Quelle logique et quelles inconséquences! Quelle sévérité et quel orgueil I Quelle fermeté et quelle souplesse I Quelle fière attitude à Nicée I Quels lâches compromis à Constantinople ! Personnage mystérieux, composé de grandeur et de petitesse, de courage et d'astuce, de curiosité désintéressée et d'ambition ; talent séducteur avec une doctrine qui n'avait rien de sympathique, il eut la triste destinée de bouleverser le monde, en attaquant la religion nouvelle dans sa plus consolante croyance.
in.
Il est regrettable qu'on ne nous ait pas conservé les discours qu'Athanase prononça devant le concile de Tyr; mais lui-même a pris soin de nous dédommager. Toujours poursuivi de ces accusations en vain confondues, il composa, vers 349, après sa deuxième rentrée dans Alexandrie, une grande apologie destinée à les mettre enfin à néant. C'est le Discours apologétique contre les Ariens, plaidoyer d'une rare conception et d'une remarquable habileté. A peine l'accusé semble-t-il parler en son nom. Il imite les plaideurs athéniens, qui procédaient eux-mêmes à l'audition des témoins, à mesure quïls avaient besoin de leurs dépositions, dans le cours du discours; mais, tandis que, dans Démosthène, les témoignages et les pièces à l'appui se perdent au milieu des développements de l'orateur, Athanase, pour échapper à la désagréable nécessité de faire son propre éloge, s'eflface et disparaît tant qu'il peut. Il donne la parole aux conciles, au pape, aux empereurs, à ses ennemis.
Ce sont les encycliques des synodes, les lettres de la chancellerie impériale, les rétractations de ses accusateurs et des témoins qui viennent successivement et dans une prodigieuse gradation déposer en faveur de son innocence et mettre la vérité en pleine lumière. Il ne fait que relier toutes ces pièces en un vaste ensemble et de tant de voix différentes composer une apologie, qui a son éloquence.
De tant d'auteurs, celui qui occupe le moins de place, c'est lui-même. Cependant sa part personnelle est peutêtre plus considérable qu'on ne croît. L'encyclique du synode d'Alexandrie (*), toute de son style, a» été écrite, sinon de sa main, du moins sous son inspiration. La lettre du pape Jules au nom du concile de Rome ('), celle du concile de Sardique ('), toutes deux d'un grec facile, tout semblable au sien, et où nulle part on ne sent le latin, furent évidemment rédigées en grec sur les mémoires qu'il avait présentés; et la preuve, c'est que, s'il se présente une pièce dont l'original soit en latin, le texte n'est donné que comme une traduction, ipiimveix ànb Tov pû)|ULatxoO (*]." Athanase a beau s'effacer pour ne faire entendre que ces grandes voix, c'est toujours lui qui parle.
Ce n'est plus aux conciles et aux princes de l'Eglise qu'il s'adresse, mais à tous les orthodoxes, ou plutôt à tous les hommes de bonne foi. Ce qu'il veut, l'exorde le précise avec la calme sérénité de la bonne conscience et
(*) Discours apologétique, 3-19, p. 99-110.
O Ibid., 21-35, p. 111-121.
(•) Ibid., 37-50, p. 122-134.
(*) Lettres d'Ursace et de Valens au pape Jules, 58, p. 139. — Le texte latin se trouve dans les Fragments de saint Hilaire, p. 636-
le vigoureux mépris qu'inspire la méchanceté à la vertu longtemps outragée. Il ne réclame point la bienveillance, la justice; il les impose. « Après tant de démonstrations » qui se sont produites en ma faveur, je pensais que mes » ennemis n'avaient plus qu'à se cacher ou plutôt à se » condamner pour tant de calomnies. Mais, puisque, » loin de rougir de leur propre condamnation, ils pour- » suivent par sottise leurs rampantes menées pour me » chagriner, et avec moi les âmes pures, j'ai cru devoir » vous présenter mon apologie, afin que vous ne tolé- » riez plus les murmures, ou plutôt que vous preniez » sur le fait la méchanceté de ces sycophantes. Je me » justifie pour vous, hommes sincères ; quant aux cher- » cheurs de querelles, ils ne m'inspirent qu'une con- » fiante hardiesse. Car, pour ce qui me concerne, il » n'est plus besoin de jugement. lia été porté, non pas » une fois, non pas deux, mais souvent : d'abord, dans » notre province réunie, par près de centévêques; puis, » à Rome, par plus de cinquante; enfin, dans le grand » synode de Sardique, où plus de trois cents évêques, » assemblés sur l'ordre des très-pieux empereurs Cons- » tance et Constant, déposèrent mes ennemis et s'uni- » rent en ma faveur dans un vole solennel. 11 est donc » superflu que ce qu'ont examiné, jugé et proclamé au » grand jour tant et de tels personnages, soit remis en » question, de crainte que de nouvelles recherches » n'appellent un nouveau jugement, puis de nouvelles » recherches encore, dans une poursuite sans fin. C'est » assez du suffrage de tant d'évêques pour confondre y> ceux qui voudraient encore imaginer contre moi ; et » quand des ennemis même témoignent en ma faveur » et contre eux par la confession de leurs complots, qui
» ne rougirait d'hésiter encore? La loi veut qu'on éta- )> blisse les jugements sur la déposition de deux ou trois » témoins; et voilà que s'élève en ma faveur toute une » multitude, aidée encore de la déclaration de mes en- » nemis (*). »
Athanase comptait sur l'effet que produirait cet ensemble de pièces qui se succèdent sans fin dans son apologie et l'ont fait appeler par des modernes Collection des monuments. Examinons quelle pouvait être la valeur de ces divers documents aux yeux des contemporains qui, prévenus ou hésitants, mais sans esprit de parti, s'interrogeaient sur l'homme célèbre qui, discuté, calomnié, exalté avec uneardeur également passionnée, remplissait le monde romain de ses luttes, de son courage et de ses malheurs. Des lettres des conciles, celle qui devait faire le plus d'impression sur les esprits désireux d'être instruits, était l'encyclique des cent évêques d'Egypte réunis à Alexandrie. Ils sont chez eux, parlent de leurs affaires, dans la pleine liberté de la conscience, et, plus que d'autres, avec connaissance de cause. Tant d'hommes pouvaient-ils se rendre complices de crimes préjudiciables à l'intérêt commun? et comment les contraindre et leur imposer un vote, dans l'hostilité bien connue du pouvoir civil? Aussi méritaient-ils d'être crus, quand, au sujet des prétendues violences de l'archevêque, ils disaient avec l'accent de l'honneur blessé: « Il n'y a point eu de meurtre commis par Athanase ou » pour lui; le fer et les chaînes sont inconnus dans >> notre Eglise. Athanase n'a mis personne en prison, » et il n'a pas dépendu de lui que les portes de la pri-
(*) Discours apologétique, 1 et 2, p. 97 et 98.
» son ne fussent jamais ébranlées. Maintenant, comme » toujours, nos sanctuaires sont purs; il n'y coule que » le sang du Christ. Ni prêtre ni diacre n'ont été tués » par Athanase; cet homme n'a ni assassiné ni banni. » Personne ici n'a été exilé que Tévêque Athanase (*). »
Les lettres du pape Jules et du concile de Sardique s'imposaient-elles avec la même autorité? Ne se disaiton pas, surtout dans cet Orient si ombrageux et si jaloux, que les conciles de Rome et de Sardique, tout composés d'Occidentaux, étaient une revanche de l'Occident sur le concile oriental de Tyr ? Leurs décisions avaientelles été dictées dans l'intérêt de la vérité, ou, même à l'insu des Pères, dans celui d'un allié malheureux? Etaient-elles la réparation d'une grande injustice, ou de simples représailles, dans l'éternelle hostilité de l'Orient et de l'Occident? Ces lettres avaient d'ailleurs l'inconvénient des dépositions qui se répètent. Non moins étendues que l'encyclique du synode d'Alexandrie, elles reproduisaient, sans rien apprendre de nouveau, les mêmes affirmations et les mêmes négations. Néanmoins, au risque de fatiguer le lecteur, Athanase ne pouvait négliger cette double confirmation des décisions du synode d'Alexandrie et cet accord en sa faveur de l'Orient et de rOecident.
Le triomphe d 'Athanase, c'est quand il contraint ses accusateurs de venir, à leur tour, déposer en sa faveur et proclamer son innocence, non plus parle décousu de leurs trames et l'inconsistance de leurs mensonges, maïs par des aveux formels, par des confessions précises, que leur impose la voix impérieuse du sentiment public.
« Je prends Dieu à témoin, lui écrit Ischyras, que je » n'ai point conscience que tu m'aies rien fait de ce » que disent tes ennemis. Il n'y a point eu de calice » brisé, point Jetable sainte renversée; ce sont tes en- » nemis qui, par force, m'ont poussé à cette accusa- » tion (*). » Puis, c'est Arsénius, qui, du fond du monastère où on le tient caché, demande la paix, et, par sa seule lettre, avant de paraître devant le synode de Tyr, témoigne de l'innocence de l'archevêque. Enfin, viennent Ursace et Valens, les commissaires qui s'étaient parjurés à Tyr. « Nous confessons, écrivent-ils au pape » Jules, que tout ce qui est parvenu à vos oreilles sur » Athanase, n'a été de notre part qu'insinuations, ima- » ginalions et purs mensonges [^). » Mais quel fond pouvaient faire des esprits sérieux sur les déclarations de ces misérables qui, après avoir menti et s'être rétractés, étaient très-capables de mentir encore, et n'y manquèrent pas. En effet, Ursace et Valens s'empressèrent de retourner à leur vomissement (*); Arsénius, dans ce même synode de Tyr où Athanase l'avait fait comparaître en sa faveur, vota sa déposition (*). Ischyras fut le plus favorisé de ces tristes personnages. De même qu'en certains pays il suffit , pour méiitor les honneurs populaires et se voir ouvrir les portes des conseils de la nation, d'être une médiocrité bruyante et de savoir se rendre désagréable à l'autorité, il s'était empressé, malgré sa déclaration, de redevenir une victime, et, en récompense, on ne s'était pas moins empressé d'en faire un évêque (•).
(*) Discours apologétique, 64, p. 145.
(*) Ibid., 58, p. 139.
(•) Histoire des Ariens,^, p. 285.
(♦) SOCRATB, I, 32.
(•) Discours apologétique, 16, p. 108; 37, p. 123; 41, p. 126.
D'où vient la force qu'acquièrent dans le Discours apologéligue toutes ces dépositions, les unes d'une valeur réelle, d'autres d'une autorité contestable, quelquesunes absolument nulles, par le mépris que soulevaient leurs auteurs?Elle vient de l'adresse (ivec laquelle ce maître dans l'art de prendre les esprits a su présenter les plus favorables dans tout leur jour, grouper les plus faibles dans le voisinage des fortes, les enchaîner toutes dans une croissante progression. Cet art même n'eût pas suffi, si, tout en paraissant s'effacer, l'orateur n'eût de temps eii temps à l'habileté de la disposition ajouté celle de la parole, et, par des coups d'éloquence, renversé à jamais cet échafaudage de calomnies.
Il n'est pas une circonstance, pas une faute, pas une parole de ses ennemis, qui, habilement relevées et mises à leur place, ne tirent encore du voisinage un nouvel éclat et ne jettent la pleine lumière du grand jour sur cette œuvre de ténèbres et de mensonge. Les Pères du synode de Tyr avaient été confondus par le coup de théâtre du mort vivant, par l'apparition d'Arsénius sur lequel ils s'apitoyaient avec une douleur hypocrite; « Arsénius, se dressant devant eux, les avait convaincus de calomnie. » Mais ils s'étaient vite ravisés, et, puisqu'il fallait renoncer à la main coupée, rejetés sur la violation de l'église d'Ischyras. Ischyras, en effet, soit qu'il eût cédé précédemment à la pression des amis d'Afhanase, soit qu'il cédât maintenant à celle des eusébiens, était déjà revenu de sa rétractation à sa première
accusation. Le synode obtient du comte Denys une enquête et renvoi d'une commission dans la Maréote. « A » quoi bon, s'écrie Athanase, le voyage de la Maréote? » tout a été dit, et tout s'est évanoui. Ou, s'il est absoluy^ ment besoin de la Maréote, qu'on n'envoie pas des » commissaires suspects. Le comte était de , cet avis, ^ mais eux n'en firent rien, et ceux que nous récusions » pour leur arianisme , furent précisément ceux qui » partirent, Diognius, Maris, Théodore, Macédonius, » Ursace et Valons. Puis des lettres pour le préfet » d'Egypte, une escorte de soldats; et, pour comble » d'étonnement, ils laissent l'accusé, Macarios, en prii¥ son et emmèûent avec eux Ischyras, l'accusateur. Si » la justice avait besoin de s'éclairer dans la Maréote, il » fallait emmener l'accusé. Sinon, pourquoi emmener » l'accusateur (*) ? »
On devine le caractère d'une enquête faite dans de tels sentiments et qui eut le résultat qu'on cherchait, la déposition du plus saint et du plus savant évêque de l'Orient. En vain le synode tint les pièces secrètes ; en vain fit-il défense à ceux qui les transcrivirent d'en rien laisser transpirer. Athanase avait partout trop d'intèlli— gences pour qu'elles lui échappassent. Muni de ces pièces, il reprend l'enquête avec une éloquente logique. Il est au milieu des commissaires, dans cette Maréote d'où on lavait en vain tenu éloigné ; il voit, il entend^ il interroge ; il semble moins surveiller que diriger, et, à la vue dé tant de bassesses, de mensonges qui nepeavent se soutenir, de contradictions qui se renversent* l'une l'autre, il s'élève de la calme sévérité de cette ^
(*] Ditcours apologétique, 72, p. 149.
CONTRE LES ÀRIËNS. 153
information à la vertueuse indignation du vengeur de rhonnéteté publique. « Dans leurs trames ténébreuses, y^ ils se frappent eux-mêmes ; ils veulent me tuer, et y^ c'est eux qu'ils blessent, les furieux I Quand ils fai- » saient la perquisition sur les mystères, quand ils » interrogeaient des Juifs, des catéchumènes : «Où étiez- » vous, leur disaient-ils, lorsque Macarios arriva et ren- » versa la table sainte î j> et ceux-ci répondaient : « Nous 1» nous trouvions dans l'église.» Il n'y avait donc point » d'oblation, s'il y avait des catéchumènes dans l'église. » Ils avaient écrit partout que le prêtre était debout et » accomplissait le sacrifice, quand Macarios était entré » et avait tout renversé. Ils demandaient à ceux qu'ils » voulaient : « Où était Ischyras, lorsque Macarios fit son » irruption T » et ceux-ci répondaient : « Il était malade et » couché dans sa cellule. » Il n'était donc point debout à » l'autel, s'il était couché ; il n'offrait point le sacrifice, » s'il était malade et dans sa cellule I En vain faisaient- » ils des signes aux témoins, en vain le préfet les me- » naçait et les soldats les frappaient : le Seigneur dé- » voilait la vérité et faisait voir qu'ils étaient des syco- » phantes (*). »
Ce n'est pas dans les plaidoyers qu'il faut chercher l'image de l'état moral d'une société. Ils n'en peuvent guère montrer que les bas-fonds. Mais, quand une infamie trouve pour complices des officiers publics et la majorité d'un concile, elle nous donne une triste idée du siècle qui permit qu'elle se produisît avec une telle impunité et cet assentiment universel. Mais elle grandit encore à nos yeux les rares héros qui, du milieu de cette
(*) DiBCOwm apologétique, 83» p. 156 et 157.
tourbe impure, et sans se laisser souiller à son contact, s'élèvent fièrement à Tidéal que peut atteindre Thumanité, et, dans la confusion des cris de colère, d'étonnément et d'admiration qu'ils provoquent, portent haut un front couronné de science et de vertu.