ATHANASE A TYR
lui-même ; car, à lappui de leur dire, les accusateurs ou vraient un coffret et montraient une main desséchée (*) , celle de la victime, qui n'avait pas manqué de succomber à ce cruel traitement ; et, convaincus , les Pères du synode « déploraient la mort du malheureux avec des gémissements et des larmes {'). » Fallait-il des témoins? on n'en manque jamais en pays grec. « Quels témoins I » s'écriait Cicéron, trois siècles auparavant, des Grecs I » J'accorde aux Grecs les lettres, le goût des arts, la » grâce du langage, l'esprit, l'abondance de la parole; » mais la religion des témoignages, cette nation ne l'a » jamais pratiquée. Elle ne sait quelle en est la force, » l'autorité, le poids. D'où vient ce mot : Prêle-moi un » témoignage? de Gaule ou d'Espagne? Il appartient T> uniquement aux Grecs, et ceux mêmes qui ne savent » pas le grec, savent comment il se dit en grec (•). »
Au quatrième siècle, la facilité de se procurer des témoins et de leur faire, à volonté, donner le change, sTtpa àvff Irepwv (*), n'a fait que croître. Il s'en trouve pour dire qu'ils ont vu couper une main qui n'a point été coupée, et tuer un homme qui n'a point été tué. Il s'en trouve pour déclarer que , sur l'ordre d'Athanase, le prêtre Macarios a maltraité le prêtre Ischyras, qui .n'était point prêtre, et brisé un calice qui se trouvait n'être qu'un chandelier [^). Des évêques mêmes, envoyés pour faire une enquête dans la Maréote, le théâtre
(*) Saint Epiphane, Hér. lxviii, 7, p. 723 ; Soghate^ i, 28 ; Sozo- MÈNE, II, 25 ; Théodoret, i, 30.
(*) Discours apologétique, 38, p. 123.
(•) Cicéron, Pro Flacco, 3.
(*) Saint Epiphane, Hér. lxviii, 7, p. 723, a. (*) Ibid., p. 723, b.
de révénement, se parjurent avec Taisance de témoins de profession. Arrive-t-il un coup de théâtre? Arsénius, depuis six ans caché et compté parmi les morts, est-il produit vivant et avec ses deux maios? Les moins déconcertés sont les témoins qui, avec un merveilleux sangfroid, confessent leurs mensonges et passent à des témoignages contradictoires. Athanase ne pouvait avoir raison de ces absurdes calomnies, de ces preuves et de ces témoins plus absurdes encore. D'avance il était condamné.
Il n'attend pas le jugement du concile, part la nuit et va droit à Constantinople remettre sa cause entre les mains de l'empereur. En appeler du concile à César, c'était déroger au principe de Tindépendance de l'Eglise, qui fut celui de toute sa vie, et, comme ses adversaires, soumettre l'autel au trône; mais, dans le péril présent, ce pouvait être une habileté, à condition toutefois de donner des gages au plus ombrageux des princes. Consubstantialilé, ressemblance, dissemblance, ces mots qui divisaient l'Orient importaient peu à Constantin. Il voulait être le maître , et le seul maître , même dans l'ordre spirituel. L'Orient, du reste, le comprenait comme lui. C'est à lui que les évêques demandent des conciles et c'est lui qui les réunit ; il les fait surveiller, pour ne pas dire diriger , par des officiers publics ; il confirme les décisions, et tout est dit. Entre ses mains, le concile est un instrument de règne. Ce n'est pas un tyran ; il tient à l'opinion. Une docilité servile ne lui
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iïéptatt point ; mais il ne veut pas d'un^, senriHté maladroite, capable, par excès de zèle, de révolter le sentiment public.
Il entrait à cheval dans Gonstantinople. « sa bienheu^ reuse patrie, » dit-îl dans le récit pittoresque qu'il fait lui-même de cette rencontre-, quand tout à coup se présente à lui l'homme qu'il pensait le moins trouver sut son chemin. C'était Athanase. On- dirait , malgré la différence des conditions et des fortunes, deux rivaux de puissance que le sort , au moment où Tun croyait avoir à jamais frappé l'autre dans une ville éloignée, mettait soudain en présence dans la capitale de Terapire. La première impression du prince fut de la stupeur. Il refuse d'écouter ce suppliant inattendu, et, malgré son instance, allait lui ordonner de se retirer, quand il l'entend s'écrier avec assurance qu^il ne demande qu'une chose : c'est que l'empereur daigne faire venir les Pères du concile , afin qu'il puisse se plaindre devant eux. Constantin était juste ; frappé de cetappoK il se fait instruire des iniquités de Tyr, qui avaient indigné jusqu'au comte chargé d'obtenir la condamnation du trop puissant archevêque. Il adresse aussitôt une lettre sévère aux évêquesqui, en donnant libre carrière à leurs rancunes, l'avaient trop bien servi : « Je ne sais ce que vaut le ju- » gemetjit qu'a prononcé votre synode dans ce tumulte » et cette tempête ; mais la vérité me semble opprimée » parce désordre orageux... Aussi je veux que vous vey^ niez tous auprès de ma Piété, pour me rendre un » compte exact de votre conduite (*). » Aussitôt accourent, non tous les Pères du synode qui, sur un ordre