‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 37 sur 142 · ROYAUTÉ D'ATHANASE · texte numérisé non relu

ROYAUTÉ D'ATHANASE

» Une ambassade de la ville et le suffrage de Tempereur » Tavaient pour la deuxième fois appelé à l'autorité. »

Ce Philagrius n'est pas un inconnu pour les lecteurs du Discours apologétique, où il est traité d'apostat, et aide de sa personne à Tenquête de la Maréote (*). Valaitil donc mieux que ne le ferait croire ce discours, et fautil toujours suspecter le dire d'un intéressé, même s'il s'appelle Athanase? ou Grégoire pousse-t-il Tindulgence pour un compatriote jusqu'à oublier qu'il avait été le persécuteur de son héros ?

« A la vue de la multitude qui s'agitait comme une » mer sans limites, un assistant dit à un de ses amis, » comme il arrive en de semblables rencontres : « Dis- » moi, mon cher, vis-tu jamais se répandre, en l'hon- » neur d'un seul homme, tant de peuple et avec cette » unanimité? » — « Non, répondit l'autre, pas même » pour Constance. » — « Que dis-tu? reprit le premier » en souriant avec douceur. Tu parles d'une belle mer- » veille I C'est à peine si le grand Athanase eut une pa- » reille entrée. » Et pour soutenir son dire, il l'accom- » pagna du juron de ses compatriotes. Que signifiaient » ces paroles, sinon qu'il mettait celui dont vous enten- » dez l'éloge, même au-dessus de l'empereur (')? »

Ce sentiment était universel. Pour tous, en Egypte, Athanase était plus que le préfet, plus que l'empereur, et, si les deux puissances étaient en lutte, c'était, pour citer encore Grégoire de Nazianze, « un roi qui luttait contre un roi. BocffiXeï ^ocŒiXebç 'McrocitalaleToci (•)». De là

0) Discours apologétique^ 1% p. 149.

(*) Saint Grégoire DE Naz., In laudem Aih(ma9i%,l!B, p. 40i.

(») Ibid., 33, p. 408, d.

les soupçons, les colères et les rigueurs de Constantin; de là la haine vivace et Timplacable animosité de Constance. « Athanase, dit Ammien Marcellin, s'emportait » au-delà de sa condition, et, d'après des bruits sans » cesse répétés, ses efforts aspiraient aux choses exté- » rieures; l'empereur lui fut toujours hostile (*). »

A la mort de Constantin (337), ses frères et ses neveux, à l'exception de Gallus et de Julien, avaient été massacrés, et ses trois fils s'étaient partagé l'empire. Constance avait eu l'Orient; Constant, l'Italie, TlUyrieet l'Afrique; Constantin II, la Gaule, l'Espagne et la Bretagne. Leur concorde fut vite troublée. Constantin II périt dans une guerre contre Constant, au sujet de leurs limites, et Constant fut massacre par Magnence, qui, vaincu par Constance, se tua de sa propre main. En 3^0, treize ans après la mort de son père, Constance restait seul empereur.

A la demande de ses frères, orthodoxes comme leurs peuples, il avait dû rappeler les évoques exilés. Le retour d'Athanase était une humiliation pour la politique de son père, pour la sienne et pour ses convictions religieuses. Dès 341 , il le fait déposer de nouveau par le synode d'Antioche, et, pour échapper aux mains du préfet Philagrius, l'archevêque n'a que le temps de fuir au désert et de là en Italie, dans l'empire de Constant. Mais, en 347, Constance voit le concile deSardique, que lui a imposé son frère, proclamer l'innocence d'Athanase et le mettre lui-même dans la nécessité de rappeler une seconde fois son ennemi. Ainsi cet homme qui, comme autrefois Arius , troublait la tranquillité

(*) Ammien Marcellin, xv.

des nuits impériales, allait encore rentrer triomphant dans Alexandrie , plus puissant et plus hostile que jamais. L'empereur lui adresse une lettre hypocrite, où tout est faux, sentiments et expression. Pétrone dit que les jeunes gens, en passant des écoles des rhéteurs au forum , devaient se trouver dépaysés- et comme transportés dans un autre monde. Il n'eût pas éprouvé cette crainte au quatrième siècle ; la déclamation était passée des écoles dans la vie pratique. Un Athanase ne déclame pas ; mais tout déclame autour de^ lui , jusqu'à la chancellerie impériale. Comment annoncer à cet exilé, accueilli partout, sur son passage et dans ses séjours, par les évêques et le prince son frère, qu'il le rend à son église? Il déguisera ses sentiments, et la fausseté de la pensée jettera l'expression dans de ridicules hyperboles. Les malheurs d'Athanase s'appelleront des vagues furieuses; la terre étrangère, avec ses généreuses hospitalités, d'inaccessibles retraites de bêtes sauvages. Métaphores peu polies pour les évêques et l'empereur d'Occident, s'ils n'avaient eu le secret de celte phraséologie vide ot pompeuse.

« Constance, vainqueur, Auguste, à Athanase. La » clémence de notre Douceur n'a pas permis que tu fus- » ses davantage agité et battu par les vagues furieuses » de la mer. Arraché au foyer de tes pères, dépouillé de » tes biens, errant dans les inaccessibles retraites des » bêtes sauvages, tu n'as pas échappé au regard de notre » infatigable Piété. Si j'ai longtemps différé de t'écrire » l'intention de mon âme, c'est que j'attendais que de » toi-même tu vinsses nous demander le remède de tes » maux; peut-être as-tu été retenu parla crainte; c'est » pourquoi nous adressons à ta Fermeté cette lettre pleine

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