RENTRÉE TRIOMPHALE D'ATHANASE
» de notre magnificence. Hâte-toi au plus vite d'offrir » ta présence à nos regards, afin qu'au comble de tes » vœux, tu fasses Tépreuve de notre clémence et sois » rendu aux tiens. J'ai prié mon seigneur et frère Cons- » tant, vainqueur, Auguste, de te permettre de venir. » Rendu à ta patrie, tu nous devras à tous deux ce gage » de notre grâce (*). ^
Constance avait beau parler de sa magnificence et de sa clémence; contraint de rappeler Athanase, il n'avait pas même la satisfaction d'en avoir été prié; Tempereur était obligé de faire les avances au fier exilé. Il fallait, au moins, empêcher une rentrée triomphale. Il écrit à l'Eglise orthodoxe d'Alexandrie : « Point de discorde, point de sé- » dition parmi vous... Recevez votre évêque avec joie, » de toute votre âme, de tout votre cœur. Pour enlever » aux méchants tout prétexte de trouble, j 'ordonnée à » vos magistrats de soumettre lès perturbateurs à la ri- » gueur des lois (*). » Cette fois, il parle une langue nette et précise, et reste dans la réalité la plus réelle. Pour atteindre son but, une ordonnance de police doit d'abord ne pas déclamer. Il était dit et compris de tous qu'on punirait toute manifestation; et pourtant on n'y échappa point. Ce fut , pour employer la poétique image de Grégoire de Nazianze, un fleuve de peuple, « le Nil aux flots d'or, » qui coula tout un jour. Comme Jésus, Athanase s'avançait à cheval. On étendait sur son passage des rameaux et des tapis aux mille couleurs; devant lui, la foule poussait des acclamations et formait des chœurs de danse ('). C'était la joie et l 'allégresse de
(») Ibid., 55, p. 137.
(^] Saint Grégoire de Naz., In laudem Athanasii, 29, p. 404 et 405.
son premier retour. Les clercs et les évoques, qui s'étaient crus exilés avec lui, disaient encore que c'était le plus beau jour de leur vie (*).
La cour d'Orient, pour donner une leçon à celle d'Occident et lui faire connaître son protégé par des actes, attendait, espérait presque des troubles, ces rixes tumulr tueuses qui souvent ensanglantaient les rues d'Alexandrie. On disait qu'au milieu des cris de triomphe des orthodoxes et de l'irritation de leurs adversaires vaincus, la première rentrée de l'archevêque avait été accueillie par des séditions ('] , et l'on n'oubliait pas que la simple espérance de son rappel venait d'être saluée par le meurtre de l'usurpateur de son siège, Grégoire de Cappadoce (').Qui pouvait promettre que, dans la continuelle fermentation de cette cité où s'agitaient toutes les passions, la joie insolente et les provocations des orthodoxes, le dépit des ariens et les sourdes colères de l'hellénisme n'éclateraient pas en violences et en sanglants désordres? On avait désobéi à l'ordonnance impériale, mais la désobéissance avait été calme , pacifique et irrépréhensible. Etait-ce assez d'humiliation pour ce despote, blessé dans sa foi, dans son orgueil et jusque dans la satisfaction qu'il s'était promise d'une imprudente manifestation de ses ennemis?
Mais, quand aura disparu le dernier protecteur de l'archevêque, avec ses résistances silencieuses et ses
(*) Discours apologétique, 4, p. 100.
(») Ibid.
(') ThÉODORKT, II, iâ.