‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 4 sur 142 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

A^yS £7" SA 00,GTfi,yfK.

I. Prospérité apparente de l'Eglise, après la eonyeraion dB GonstantlB. . «r Divisfoo^ sourdes. — ^issentiine.nt3 entre Ale^^&^dre , ari^ey^^^e d'Alexandrie, et Arius sur la seconde personne de la Trinité, -r Condamnation d'Ârius. ^ Une partie de l'Orient se déclare pour lui. — Ses lettres à Eusètte de Nicomédie et à l'arehevéque Alexandre.

U. .Origines 4e rarianlsoie. — Les trois pri^i^if^ ^ivins 4^ la pbilpi- Sophie çrecfue: TUn de Platon ; l'Intelligence d'Aristote; l'Ame dfi monde du stoïcisme. — La Gnose. — Philon et lés Néoplatoniciens : eonciliation des trois principes. — Denx tendanees etclnslTCs dans 4e ehristianisme; tendance sjtoîclepne de PrfLi^as à 3fL^eUiu8 , tBnd^Qi|e platonicienne des Apologistes et d'Origène à Arius. — L'arianlsmf , vaste syncrétisme. — Cliristianisme hellénisé.

III. Principes de Tarianlsme. — Incompati,bilité de Tinllni et du fini, 4b rimpass^ttle et de la souCt^anee. — Trinité arienne. ^ Première |igr-> jpostase : le Père ou Tlncréé , renfermant la divinité tout entière. ^ Seul il connaît son essence. — Gomment nous nous faisons une idée de ses attrlimti. — Seconde hypostaSe : le Fils ou le Verbe. — Llïm jet muiab^, m^is persistant daps le bien. — Médiateur entre .l'f^t>8oVa ,çt le contingent. — Créateur et Sauveur, r- Dieu, non par essenc^, mais par participation. — Troisième hypostase : le Saint-Esprit.

IV. Arius écrivain. — Ses divers ouvrages'. — Sa doetjrine pepillailj^é^ par desjchjvits. r- M T!^&Ue. — Restitution d^ début. — f^^^ .leçtique , sa qualité dominante. — Sa méthode : définition et syll^,gisme. — Son style.

. V. Côté faible du talent et de la doctrine d'Arlus. — G'esl mctae ttt ^dL\9uf /qu'i^A j»isopneijir. r- ^^ P^ n'f^^ ni |qe]^ ^ ,<^risti^^l^i^ ni celui de l'humanité. .

La victoire <l,e Constantin avait o^is le çbristianiSi^e

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les fonctions publiques et formaient le conseil de Tempereur. Lesévèqueset les prêtres, exempté^ d'impôts» étaient protégés et honorés; partout s'élevaient des églises. La religion chrétienne montrait avec orgueil les pompes de son culte, la science de ses docteurs, et Theureuse nouveauté de ses premières institutions de bienfaisance. Mais, cette prospérité cachait des périls. Sous ,oe calme apparent bouillonnaient et déjà grondaient des dissensions qui tout à coup allaient éclater avec violence. Des schismes divisaient les églises ; celui des mé- !Iéciens partageait la vallée du Nil en deux communions, ^et renouvelait un instant , entre la Haute et la Basse- Egypte, Tantique rivalité de Thèbes et de Memphis (*). Déjà même, sur cette terre si instable et si remuée par ,les religions et les philosophies , s'agitaient , au souffle de l'esprit d'examen, des doctrines qui ébranlaient les fohjdèments du christianisme. Les disciples de Sabellius niaient la Trinité qu'ils prétendaient expliquer, et, nouveaux Stoïciens » ne voyaient dans les trois hypostases divines, et môme dans le mond3, qu'une extension ^t une expansion panthéistes de Téternelle unité ('). Les disciples d'Origène répondaient par des exagérations qu'aurait désavouées leur maître, et, s'efFrayant «ux-mémea de leurs témérités, allaient et revenaient, «âittr ce terrain mouvant, de la certitude à l'hésitation et de l'affirmation au désaveu (•). Cette église d'Egypte, si compacte et si ferme aux mauvais jours, n'était plus qu'un champ de discorde C|ù tous , évéques, prêtres et

(*) EusÈBB, Fiie de Conitantin, m, 4.

(*) Saint â^hanask^ Contra Arianos, iy, 13, U i> p. 496.

f*) Saint âthanask. Dé sententia Dionysii, 6 et suiv.^ 1 1, p. 194.

laïques, dogmatisaient dans des disputes sans fin. Cba* cun des curés d'Alexandrie avait sa doctrine, ses adeptes et, sans qu'il 7 eût encore de division tranchée ^ sa communion (^). L'archevêque Alexandre lui-même, vieillard doux et disert, avant de se sentir soutenu par Athanase, partageait Thésitation commune (').

Tout à coup, du milieu de ce calme apparent part uiie étincelle, qui devient un incendie et embrase l'Orient. Si la terre d'Egypte semblait vouée à une éternelle servitude , ses populations étaient néanmoins les plus remuantes et les moins disciplinées de l'Orient, et, par un autre contraste, au milieu de cette perpétuelle effervescence, son église jouissait, dans un heureux tempérament d'autorité et de liberté , des plus sages ipstitutions. De mâme que les hommes éminents qui la gouvernaient ne prenaient point , comme archevêques , de décision qui intéressât la province entière sans avoir réuni tous ses évêques en synode, comme siùiples évêques d'Alexandrie, ils s'adressaient, dans leurs périls et leurs incertitudes, au synode des curés de la ville et de la campagne et ne faisaient rien qu'avec leur assentiment et leur approbation (*). Alexandre , effrayé des opinions audacieuses qui circulaient sur la seconde personne de la Trinité, réunit son clergé, et, désormais inspiré par le jeune diacre Athanase , son secrétaire et son conseiller (^), enseigne que la monade est dans la

(*) Saint Epifrane, Bér. lxk, 2, t. 1, p. 728, d. (*) Voyez la lettre d* Arias à Alexandre, citée plus loin, p. 31, et Sozomène, i, 14.

(') Lettre d* Alexandre aux prêtres d'Egypte et de la Maréote.

{*) SOCRATB, I, 3.

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triade tout entière. Arius , ouré de Bft^cale , une 4/V églises d*Al^xandrie , accuse Tarehey/àque de sabe^l^ar aisme et soutieal que le Fils de Dieu , \oii^ de îe^vp partie de l'ineffable et éternelle divinité du Pè^e, ^*eft ^i^e la première et la plus parfaite de ses créatures. ^ querelle s'anime et sort d^e l'assemblée. Des vierges, dj^s diacres , des prêtres et jusqu'à des éyêques prennent parti pour Aiius; d'Alexandrie le mal s^ propage d^ips les cités et les provinces d'Egypte ; en un instant, i\ atteint la Thébaïde et la Libye. Les conseillers d'Aie)[andre lui reprochaient de manqu^er à son devoir ep supportant de pareilles nouveautés et le pressaient de ^ prononcer. Mais, comme s'Use repentait de son premier éclat , et n'écoutant que la douceur de son carac^èr,^» -cet ami d$ Dieu ei des hommes disait que sur ces chosi^ douteuses il valait mieux entendre les raisons des ,4eux partis ; et, comptant plus sur la persuasion que sur l^ force, il les fait comparaître dans un synode, devant les quatre-vingt-dix évoques d'Egypte. Il y avait donc ^|l présence deux partis en dehors desquels il se mettaH encore, celui d'Arius et, sans qu'on puisse en douter» celui d'Athanase. On pe put s'entendre. Alexandre, toijijours hésitant, approuvait tantôt les uns, tantôt les aiir ires ; à la fin , entraîné par les raisons des Trinitaire^, il se prononce et, au nom du synode, condam^p Artus (*).

(*) La plupart des écrlyaiiis ecdésiastiqa^s s'attachent à disculper ^e](andre ^ cette hésitation; mais le récit de Sûzomèoe, historien Téridique, est formel (i, 14) et s'accorde avec les d^larations d*A,rij^. Aussi }li, de progljie, avec son esprit large et impartial, reconnatt-il les variations de Farchevéque. On ne voit pas d'ailleurs ce que la cause de l'orthodoxie peut gagner à soutenir le contraire.

DC L'AAIAlfmMB. 27

Tels furent ies commencements de cette grande querelle. Les contemporains la font naître de causes mesquines : les uns d'une dispute ambitieuse et juvénile (*] ; les autres, d'une compétition du trône archiépiscopal et des rancunes du raincu ('). Aucun ne semble se douter que la dissension fermentait depuis longtemps dans les esprits et n'attendait que le moment d'éclater. Tous, du moins, s'accordent A reconnaître Tardeur et Tacharnement avec lesquels, de toutes parts, on se prépare à cette lutte plus que fraternelle. « On s*arme » pour la guerre , dit Théodoret : dans chaque ville, » dans chaque bourg de TEgypto et de FOrient, ce sont » des querelles et des combats sur les choses divines. » Spectacle tragique et lamentable! Ce n'étaient pla^, » comme autrefois , des étrangers , des ennemis , qui » attaquaient TEglise. Les enfants de la même tribu, » habitant sous le même toit, nourris A la même table, » aiguisaient, au lieu de lances, leurs langues les uns » contre les autres. Membres d'un même corps, ils s'ar- » maient pour s'entre-détruire (*). » Le mal avait plus d'étendue. A la vue des évoques prêts à se déchirer.

(') c Ceux d'Alexandrie disputèrent des mystères comme des » jeunes geiis, veaviyuùç. i Eusèbb, Vie de Constantin , ii, 60. — » Alexandre s'abandonnait, sur la Trinité, à des développements * trop ambitieux, ftXorcjuiarepov rt eOeoXoyci. • Sogbatb, i, %

(*) f Arîus, par jalousie, cherche inatière de dis|^ute. » Théop^- .fOfT, 1, 2. — ^îcépbore (tiu, $) dit qu'il supporta avec peine 1*4lection d'Alexandre, dont il avait été le concurrent. Au contraire, suivant Philostorge (i, 3), les suffrages du clergé se seraient d'abord portés sur Arins, qui, en sa préfénnt Alexandre , les «urait ; reportes sur luj.

Ç) TnÉonouT, i, 6.

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l'hellénisme relevail la tète, et, sans se douter qu'il allait lui naître un restaurateur dans Tun des deux partis, il exposait leurs débats sur les théâtres à la risée des spectateurs (*).

Le promoteur du trouble immense qui s'emparait de TEglise était un vieillard très-instruit , d'une habileté consommée dans la dialectique et spécialetnent chargé d'expliquer les Ecritures aux fidèles d'Alexandrie. Une ^ haute taille, un air grave et sérieux, une tenue austère, prévenaient en sa faveur. Un abord poli et séduisant, une conversation insinuante et persuasive, lui gagnaient les cœurs et lui soumettaient les esprits. Mais, sous cet extérieur mortifié et modeste, sous ce visage pâli par l'é* tude, sous cette vue à demi-éteinte par les travaux nocturnes, s'agitaient dans une âme ardente et ambitieuse un orgueil indomptable et une violente passion de la gloire. Ce portrait, tracé parles adversaires mêmes d'Arius ('), suffit à la fois pour expliquer l'ascendant qu'on le voit exercer dès le début de son hérésie et pour faire justice des couleurs plus sombres dont leur passion ne se fit pas faute de le charger.

Arius , condamné et expulsé de l'église d'Alexandrie, remue tout en Orient, fait appela l'estime qu'inspire sa science et à la sympathie qui s'attache aux malheureux, exploite toutes les vanités et toutes les faiblesses. Il se posait en persécuté, insistait sur son désir de la paix, se plaignait dé la dureté de l'archevêque, et surtout de l'empire qu'exerçait sur le faible vieillard son jeune

(■) EosÊBi, Vi§ de Constantin, n, 60; SoGKAnc,r«5. (») Saint Epipha^ib, Hér. lxix, 3, t. 1, p. 729, a; Socratb, i, 3; SozoMÈNE, i^ 14; Théodoret^ i, 2 et 3 ; Gélasb pb €niQO«, u, 2.

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secrétaire, mauvaise tôte et esprit hautain. Il parcourt ainsi la Syrie, caressant et flattant les évéques, les priant de Tavertir, s'il est dans l'erreur (*), accueilli par les uns, repoussé par les autres. Un des plus considérables évéques de l'Orient était Eusèbe de Nicomédie, Eusèbe le Grand, comme on l'appelait alors, sans doute pour le distinguer du savant Eusèbe de Cé* sarée, fier de sa science , de son rang et de l'amitié de Constantin. Arius lui écrit humblement, le flatte, le caresse, et le supplie de prendre sous son puissant patronage les idées communes qu'ils avaient puisées tous deux à l'école du martvr Lucien.

a Au très-cher seigneur, homme de Dieu, fidèle or- » thodoxe, Eusèbe, Arius, injustement persécuté pour la » vérité toujours victorieuse , dont, toi aussi , tu es le » défenseur, salut dans le Seigneur.

» Mon père Ammonius partant pour Micomédie ,,la » raison me fait un devoir de te saluer et, en même » temps, d'informer ta charité naturelle et la bienveil- » lance que Dieu et son Christ t'inspirent pour tes frè- » res , de l'oppression et de la persécution dont je suis » victime. L'évêque remue tout contre nous, jusqu'à » nous avoir chassés do la ville comme des athées, parce » que nous n'adhérons pas à ce qu'il dit publiquement: » toujours Dieu, toujours Fils , à la fois Père, à la fois

» Fils Et, parce qu'Eusèbe de Césarée, ton frère,

» Théodore, Paulin, Athanase, Grégoire, AétiuSi et tous » les Orientaux disent que Dieu est avant le Fils sans » commencement, ils ont été frappés d'anathème. Quant » à nous, que disons-nous , que pensons^nous, qu'a-

0) S0ZQllàNI> 1, 14.

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» Tons-Dous enseigné etqu'enseignons-nous? Le Fils a » été engendré et il ne fait point partie de Tlncréé. Il » n*est point tiré d'un sujet, mais, parla volonté et le » conseil du Père, il a existé avant le temps et avant les » siècles, pleinement Dieu, Fils unique, immuable. » Avant d'être engendré ou créé , il n'était pas. Nous » sommes persécutés pour, avoir dit : Le Fils a un corn- » tnencement et Dieu est sans commencement. Nous » sommes persécutés pour avoir ajouté : Le Fils est tiré » du néant. Oui, nous Tavons dit , parce qu'il n'est ni » portion de Dieu , ni tiré d'un sujet. Yoilà pourquoi » Ton nous persécute ; tu sais le reste. Je souhaite » que tu te portes bien dans le Seigneur , en te » souvenant de nos afflictions, chercoUucianiste, véri- )► table Eusèbe(*). )>

La réponse d'Eusèbe dut combler Arius de joie ; elle accordait la protection demandée. « Tu penses bien, 1^ disait-il ; prie que tous pensent comiqetoi : car il est » évident que ce qui a été fait n'était pas avant d'exis- » ter (*). » Puis, il appelle Arius à Nicomédie, écrit à rârchevêque, et^ le trouvant inflexible, réunit un concile efi faveur de son protégé. En vain Alexandre remplit rOrient de ses encycliques : la querelle s'enflamme davantage. Les émissaires d'Arius et d'Eusèbe endoctrinent une partie de l'Asie-Mineure et de la Syrie. A leur tête, se distinguait par son activité Astérius, rhéteur de Cappadoce^ qu'Athanase appelle le sophiste à cent têtes et l'avocat de la secte. Il parcourait les églises, et, usur-

^\ Dans SAINT ëphipbanc, Eér. txix> 6, 1. 1, pi. 731, et dans Tuio*

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