‹ Saint Athanase, etude litteraireChapitre 5 sur 142 · DORET · texte numérisé non relu

DORET

(*) Saint Athanase, Df Synodts, 17, t. i« pag, 584.

bt l'ahianisiib. 31

peirït la place dès clercs, lisait pabliquement un opuscule, dans lequel il justifiait la nouvelle doctrine (^). De tous côtés, des évêques^ et des plus considérables, se prononcent pour elle. Eusèbe de Césarée lui-mâme éèrit sans détour que le Christ n'est pas vrai Dieu ('). Fort de ces succès, Arius adresse à Alexandre une lettre dogmatique qui demeura le symbole de sa croyance.

« Au bienheureux pape Alexandre, notre évêque, » les prêtres et les diacres, salut dans le Seigneur.

' » Notre foi, que nous avons reçue de nos ancêtres et » apprise de toi, bienheureux pape, est telle : Nous con- » naissons un seul Dieu, seul incréé, seul éternel, seul » sans principe, qui seul possède Timmortalité... C'est » le Dieu de la Loi. des Prophètes et du Nouveau Testa- » ment. Il a engendré avant les temps son Fils unique, » par lequel il a fait les siècles et toutes choses. Il Ta en- » gendre non en apparence, mais en vérité. Il lui a don- » lié rétre par sa volonté et Ta fait immuable et inalté- » rable, parfaite créature de Dieu, non comme une des » créatures; production, non comme une des produc- » tions. Il n'est point une émission du Père, comme » dogmatisait Yalentin ; il n'est point une partie con- 1» substantielle, comme le pensait Manès; ni, à la fois, » Père et Fils, commente voulait Sabellius, en divisant » la monade ; ni , selon HiéraCas, une lampe allumée à » une lampe, ou un flambeau partagé en deux. Il n'est » pas vrai non plus qu'après avoir été d'abord, il ait été » engendré ensuite ou créé Fils. Toi-même, bienheu- » reux pape, lu as souvent condamné, au milieu de

(*) Saint Athanase, De SynodU, 18, pâg. 584 et 585. <•) Ibid.> il, ptg* 584.

32 ' GOMMENCEMBim DE L/âRIÂNISME.

» l'église et dans rassemblée des prêtres, ceux qui » introduisaient ces erreurs....

» Ainsi il y a troi^ hypostases, le Père, le Fils et le » Saint Esprit. Dieu étant la cause de tout, est sans prin- » cipe et très-seul. Le Fils, engendré hors le temps par » le Père, créé et fondé avant les siècles» n'était pas » avant d'âtre engendré... II n'a pas l'être en même » temps que son Père, comme quelques-uns disent des » choses relatives, introduisant deux principes incréés; » mais, comme la monade est le principe de tout, ainsi » Dieu est avant toutes choses. C'est pourquoi il est avant » le Fils, comme tu nous Tas enseigné, prêchant on » pleine église. Donc, en tant qu'il tient de Dieu Têtre, » la vie et la gloire, et qu'il en a tout reçu, Dieu est son » principe. Si quelques-uns entendent ces expressions : » Je suis sorti de mon Père, comme s'il était une partie » consubstantielle,ou une projection, le Pèreseracom- » posé, divisible et muable ; il sera corps, selon eux, » et le Dieu incorporel sera sujet à toutes les consé- » quences de la nature corporelle (*). »

La doctrine d'Arius était posée et avait son symbole. Laissons-la suivre ses destinées qui appartiennent moins A l'histoire littéraire qu'à l'histoire religieuse et politique. C'est aux historiens d'en tracer les progrès, les conquêtes et la chute ; c'est aux théologiens d'en apprécier les erreurs théologîques. Etudiant seulement ici le développement et l'antagonisme des idées qui, sous l'action des écrivains de génie, constituent une littérature, nous n'avons à nous occuper que du penseur, de ses conceptions, et de la puissance que leur donnait sa parole.

(*) Dans SAINT Athanasb, De Synodis, 16« t. i^ p. .583, et dans

SAINT ËPIPHANE, Héf. LXIX, 1, t. l, p. 732.

ORIGINES m jlUrianisme. 33

Il n*e$t pas de nouveauté, si surprenant que paraisse son premier éclat et avec quelque soudaineté qu*elle s^impose aux peuples, qui naisse tout d'un coup et sans préparation des rêves d*un esprit chagrin ou des conceptions d'une intelligence hardie. Or, est-il rien, dans rétablissement d'une religion, qui soit plus capable de séduire, je ne dis pas les multitudes, mais le$ hommes instruits, et même de faire illusion à ses fondateurs, ique de lui trouver une tradition dans le passé, de montrer les précurseurs de ses apôtres, les Pères de ses docteurs, et de cacher sa nouveauté sous une antiquité réelle ou apparente ? L'arianisme ne manqua pas d'ancêtres; il en eut qu'il désavouait et d'autres dont il se glorifiait; il en eut de profanes, il en eut d'orthodoxes. Il est la dernière éclosion de ce long travail de l'esprit oriental qui, toujours repris et jamais épuisé, à force de décomposer l'être divin, de le contempler tantôt dans son impénétrable unité, tantôt dans la multiplicité de son action, et de séparer ce qui, malgré •de mystérieuses incompatibilités, est inséparable, en est venu à trouver des parties, des degrés et finalement des êtres distincts, ou même à opérer des retranchements, dans le Dieu indivisible.

Platon est son premier ancêtre, lorsque, d'une part, il réunit en Dieu et subordonne l'un à l'autre trois principes, rUn ou le Bien, qui est comme le fond de l'être; l'Intelligence, qui conçoit les idées, c'est-à-dire, les formes de l'être, et l'Ame qui les réalise, en leur don-

nant la vie et le mouyement (M: le souverain roi de Funivers, sa royale raison, et, puisqu'il n'y a pas déraison sans âme (*), son âme royale ('), un seul et même Dieu pensant et vivant; et lorsque, dans le Timée, d'autre part, il distingue le père du monde des idées, comme l'artiste du modèle qu'il contemple, lorsqu'il ne dit pas qu'il est le Bien , mais seulement qu'il est bon , et semble établir, au-dessous du dieu immobile, un principe mobile et actif qui n'est qu'un démiurge et un dieu de second ordre [*). Si le Grec sait abstraire, il sait aussi reconstruire, et, même sans le dire, revenir de l'analyse à la synthèse. Le Dieu immobile de la République et le démiurge du Timée sont-ils deux êtres distincts, dans le rapport de l'Inengendré d'Arius et de son Verbe médiateur? Ne sont-ils pas plutôt un seul et même Dieu, considéré ici dans la pure idée de son essence , là dans son action sur le monde qu'il organise d'après l'éternel modèle qu'il porte en lui?

Tout en distinguant trois principes dans la divinité, Platon la concentrait, pour ainsi dire, dans le premier et l'absorbait dans l'unité de son essence. Après lui, Aristote, l'en^sageant plutôt dans ses puissances que dans son être, l'avait fait descendre dans le second et réduit au rôle d'intelligence, cause finale de l'univers ; le stoïcisme, la considérant surtout dans son activité, lavait abaissée encore et comme affaissée dans le troisième principe, où elle n'était plus que Tâmedu monde. De

(*) Platon, République, HSt. p. 508, c.

(*) Timée, p. 30, b.

(•) Philèhe, p. 30, d.

(*) Timée, p. 29, a.

DE l'arianisme. 35

là, dans la philosophie grecque, suivant le point de vue où elle se plaçait, trois dieux : TUnité absolue du platonisme, rintelligeuce de raristotélisme et TAme du monde du stoïcisme.

Le Grec peut être exclusif et ne voir qu*un côté d une question : il est toujours sensé. Mais que l'esprit oriental s'empare de ces diverses manières de considérer la divinité : à force d'isoler Dieu dans son impénétrable unité et de faire descendre le créateur et conservateur de l'univers dans le multiple et le variable, il arrivera à d'étranges disparates, à la multiplicité et à des différences de nature dans l'être essentiellement un. Contempler, rêver, créer, est pour l'oriental le suprême bonheur. Peu lui importe que ses conceptions soient logiques et se tiennent entre elles, pourvu qu'elles soient grandioses, <[u 'elles naissent ardentes, resplendissantes de couleur, pleines de mouvement, de vie et d'un superbe dédain pour le réel et le possible. Il est plus poëte que penseur. C'est ainsi que du premier au troisième siècle de l'Eglise, dix fois, vingt fois» et toujours avec des imaginations différentes, la Gnose reprit l'insoluble problème d'un dieu à la fois retranché dans son unité et partout présent dans le monde, pour n'aboutir jamais, en divisant Tindivisible , qu'a des rêves extravagants. Se jouant des textes, de l'histoire et de la raison, elle est un monstrueux assemblage de dogmes chrétiens, de traditions orientales et de philosophie grecque. Elle eut, dans tout l'Orient et surtout en Egypte, de nombreux docteurs et même des poètes, qui propageaient ses doctrines en grec, et, preuve de l'étendue de ses conquêtes parmi la race égyptienne, en langue copte (^). Longtemps vivace dans les contrées

(') G*est en copte qa*est écrit un petitpoême gnostique, rëçep»

^ ORIGINJBS

OÙ vanaitre et dominer rarîanisme, bien que décriée et -disicréâitée, elle y avait laissé des traces profondes.

La Gnose n'est pas un enseignement on une âéria d'enseignements analogues qu'on puisse rapporter à tel ^OMiUre ou à telle école.; cest un ensemble de doctrines diverses .et indépendantes les unes des autres» ^nées partout à la fois du même besoin de concilier les idées qu'avaient juxta-posées la conquête et l'émigra*

•ition (*). Néanmoins, quand on voit tous les Gnostiques, pénétrés du même esprit malgré les différences qui les distinguent, professer les mêmes principes et aboutir {aU't mêmes conclusions, ilest permis de dire que , s'il n'y a pas unité d'école, il y a communauté de dogmes. C'est surtout dans leur théorie de la création et de la rédemption que se manifeste cette identité

Le monde, dit la doctrine de Valentin, la dernière et la plus puissante expression du gnosticisme, le 'monde ne peut procéder immédiatement de Dieu. Quel rapport saurait-il y avoir, d'une part, entre la nature qui n'est ni substance, ni être, ni essence déterminée, qu'aucun »om n'est capable d'exprimer, pas même ceux de Pre-

^mier Principe, de Premier Père , d'Ahime, Bythos, à laide desquels la langue humaine essaie défaire comprendre ce qu'elle a de suprême et d'incompréhensible , et , d'autre part, cette œuvre misérable qui répugne à sa

^ bonté p<arfaite, à sa majesté ineffable et inaccessible (*)?

.' ment tFOUTéj la Sagesse croyante, iriOTig Dof ta. (Schwartz» Berlin, 1853). M. de Pressensé en donne l'analyse, p. 35 et suiv. du t. v de son Histoire des trois premiers siècles de V Eglise.

(*) M. VACHEROT/JJi^totre critique de V Ecole drAleaianârie,i, i, p. 204.

(*) Clément d*âlexaiidrie, p. 409; Saint Irénée « i « 1, { 1 ; u,

DE I/jARIAHf6ME. 37;

Quelkipuissance a donc doooé; l'être wi» moiide^T Quaad €k'^gftaDatioiis en émanations» qu'à rexempl^ de Yaotn eienne Egypte (^), il appelle des Eotis , des Eternités^, Vaientio atoit s'être assez éloigné du Dieu suprême, ;j fuand de la Raisan, première prod^ctiom divine, il esb arrivé à la Sagesse, qui clôt cette généalogie infinie^ edinme l'appelle Saint Irénée, c'est par cet être imparfait) et iispuissaofe qu'il fait créer, dans une heure d'éga^ veinent et de déKre , cette œuvre de misère^ de désardrcr et de> ipal. Il fallait à ce monde infortuné un sauveur qni, par la puissance de sa parole, de son amour et: da son sacrifice, réunit toutes les natures spirituielles, le^c flmdit dans un esprit universel et constituât TËglise. Hais, ne pouvant se résoudre à admettre la souffrance) dans l'impassible, le gnostii^isme ne faisait pas dt^scenr dre le rédempteur du ciel et ne voyait en lui qu'un» homme comme ceux qu'il venait sauver.

Déjà cependant la fusion que rêvait la Gnosie avaib étéi réalisée dans Alexandrie par un philosophe juif, eh devait l'être encore avec plus d'éclat, deux siècles plusi tard , par les Néoplatoniciens. Philon comprit que Platon, Aristote et Zenon n'avaient vu chacun qu'une d*09 tiois manières d'être de la divinité, que chacune de ces, trois tbéodicées n!était. qu'un chapitre de la vraie théordicée, et que, pQur compléter le livre , il n'y avait qu'i. eiMieilîer les trois dieux en un seul dieu, à la foi^ triplau et un. Cette trinité , il la trouvait dans les trois princi-

(*) « Plus tard , dit M. de Vogué en décrWaat les diO^^fenties » phases de la religion ëgy.pltenne, FËtre uaî(|ue engendre des • EoM , émanations de sa sul^stance apr^s avoir été de «Nnples > attributs. » Revue desdeuo) Mondes^ Chez leç.Pàafaons» 15 janvier 1877.

pes de la religion égyptienne; il ne TaperceTaît pas moins, sous des noms peu différents et dans le même rapport que les trois principes grecs, dans le Dieu suprême , la Sagesse et le Souffle vivifiant de la théologie hébraïque. Hais comment de TUnité absolue , « qui est à elle-même sa demeure , pleine de soi et se suffisant à elle-même (*), » descendre A Hntelligence, et de Tlntelligence à TActivité, pour donner Têtreau multiple, au variable et à Timparfait? Philon trouvait la solution

dans le livre de la Sagesse : « Elle peut tout, quoique » unique , et elle renouvelle tout , en demeurant en » elle-même (']. » Dieu, sans cesser de demeurer en lui-même et sans rien perdre de son unité, « descend de sa hauteur inaccessible vers le monde par deux degrés, par deux principes secondaires , le premier immédiatement issu de Dieu , le second issu du premier, mais l'un et Tautre de même nature , de même substance que Dieu , et formant avec lui une glorieuse Trinité (•). » Le Verbe, parole extérieure de Dieu, Xoyoç irpoyopixoç, est son image et sa figure, 7rpo(7(ù7rov(*), la forme et le caractère de son essence (•); il est le Fils, le premier-né du Père. Plein de la substance» divine , il en remplit TEsprit , par lequel Dieu , selon rexpressîon stoïcienne de Philon, tend ses puissances i travers la matière (•), et, à son tour, l'Esprit en remplit toutes choses, « sève active qui, circulant dans le monde

(') Philon, Leg. alleg., i, p. 48.

(•) Liber Sapientiœ, vu, 27.

(') M. Rataisson^ Ehsai sur la Métaph. dCArisî., Un, p. 359.

(*) Philon^ Leg, alleg., p. 82, et passim.

(*) Ibid., Fragm., t. II, p. 625.

(*) Ibid., De Confuê, iing., t. f, p. 42S. r . ;

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