DIFFÉRENCE DE LA PHILOSOPHIE
firent couler les beaux et limpides fleuves de leur science (*). >
Les ariens, qui étaient plutôt d'habiles dialecticiens que des penseurs , ne négligeaient aucune arme, ni celles de la théologie, ni celles de la philosophie. lis excellaient à faire marcher de front la raison et l'Ecriture dont ils savaient tourner tous les textes à leur avantage ; c'étaient à la fois des théologiens et des philosophes. Athanase, tout en leur reprochant de ne pas s'en tenir à la simplicité de la foi et de faire appel aux habiletés de la science profane, les combat avec les mêmes armes; il est, comme eux, à la fois philosophe et théologien. '
La philosophie et la théologie peuvent-elles légitimement et sans de mutuels inconvénients se prêter ce concours? Elles visent au même but, la connaissance de Dieu et de nous-mêmes, mais par des moyens très-différents et presque contradictoires. L'une recherche la vérité par l'effort individuel de la raison; l'autre la reçoit et l'expose, au nom du ciel. Pour l'une, la vérité est une conquête; pour l'autre, un acte de foi. De là deux sciences parfaitement séparées, qui, sans se préoccuper l'une de l'autre, doivent marcher dans la même direction, mais en suivant des lignes parallèles et indépendantes. Obéissant à des esprits distincts et presque hostiles, l'esprit d'examen et l'esprit de soumission, elles ne font alliance que pour se dénaturer et s'absorber. C'est en faisant appel à la philosophie, c'est-à-dire, à la raison et à ses audaces, que la théologie engendre les hérésies; c'est en soumettant la raison à la foi, que la philosophie, cessant d'être un travail personnel de la réflexion, s'est
(») Photius, cod. 140, p. 316 et 317.