‹ Saint-Augustin d'après ses ConfessionsChapitre 1 sur 13 · FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE · texte numérisé non relu

FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE

RTE ——

M. Brucu X, Doyen de la Faculté.

MM. Brucu Y, RICHARD, Reuss #, SCHMIDT,

Professeurs.

CoLant, LICHTENBERGER,

M. RicuarD, Président de la soutenance.

MM. Ricuarp, SCIIMIDT, Examinateurs.

CoLanI,

La Faculté n'entend ni approuver ni désapprouver les opinions

particulières au candidat.

AR En 4 46

< Fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te.

(Conf. lib. 4, cap. 4.)

Le titre de ce travail paraîtra bien banal. Tout n’a-t-il pas été dit sur les Confessions d’Augustin? Le sujet ne manque-t-il pas tout-à-fait d'originalité ? Et même il n’est pas possible d’y faire entrer un peu d’érudition, pas même de cette érudition apparente, qui suffit du moins pour éblouir les ignorants.

Cela est vrai; et malgré cela un travail sur les Confessions d’Augustin m'a semblé bien moins dépourvu d'intérêt qu’il ne peut paraître au premier abord. En effet, celui qui lit attentivement ce livre n’aura pas de peine à se convaincre que, contrairement à toutes les apparences, le sujet ne manque nullement d’à-propos.

Qu'est-ce, en effet, que le livre dont le titre se trouve en tête de ce travail? Ce sont les confessions, mais les véritables confessions d’un homme, qui a beaucoup failli, et qui, au milieu de ses larmes, au milieu des actions de grâce qu’il adresse à Dieu, fait le récit de ses erreurs et des miséricordes divines.

En y regardani de près, on se persuadera aisément que

la situation d’Augustin, avant sa conversion, est celle À

d’une foule d'hommes de notre temps. De nos jours aussi, l'humanité n’est-elle pas travaillée de cette soif inextinguible de sainteté et de vérité? Et cependant la faiblesse

de la nature humaine, et les difficultés inouies que la recherche de la vérité nous oppose, nous empêchent le plus souvent d'atteindre le but tant désiré. Et cette sainteté et cette vérité, qui sont l’objet de nos désirs et de nos efforts, ne sont atteintes le plus souvent ni par ceux qui les cherchent dans le maintien des anciens dogmes et des anciennes opinions, ni par ceux qui suivent la raison partout où elle les mène. Et il arrive un moment où conservateurs et hommes du progrès reculent épouvantés, en voyant se dresser devant eux les consé-

quences de leurs principes. Alors une tristesse profonde s'empare de leur âme; la plupart abattus, découragés, s’écrient : à quoi bon chercher encore? À quoi bon luiter encore? Tous nos efforts sont inutiles! Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?

Mais l’élite d’entre ces pionniers infatigables recommence la lutte et, après tant d'efforts inutiles, fait encore des efforts. Ceux-là trouveront dans les Confessions d'Augustin une lecture aussi attrayante qu'instructive. Ceux-là trouveront peut-être aussi quelque intérêt à lire ce travail.

Quani à ceux qui, sans avoir jamais douté, se flaitent, dans leur béatitude, d’être les dépositaires élus de la vérité, et qui, du haut de leur orgueil, considèrent avec pitié ces pauvres fous qui gémissent et qui pensent, — quant à ceux qui, entrainés par le tourbillon des plaisirs et des affaires, disent en souriant: qu'est-ce que la vérité? — tout prêts, à un moment donné, à accepter

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comme vérité tout ce qu’on voudra leur offrir — aux uns et aux autres je dirai : Le livre des Confessions n’est pas pour vous. Ce n’est pas pour vous qu'Augustin à écrit. Vous ne sauriez ni le comprendre ni l'aimer.

Mais vous, âmes généreuses, qui brülez de l’ardeur de connaitre la vérité, vous qui la cherchez avec des sanglots, lisez et méditez les Confessions d’Augustin. Mais faites comme lui; ne vous arrêtez pas à des compromis : soutenez la lutte jusqu’au bout; et, avec le patriarche Jacob, dites à Dieu : Je ne te laisserai pas que tu ne m’aies béni! Vous ne serez peut-être pas convaincus par les raïisons d’Augustin; mais vous trouverez en lui un ami qui a connu vos douleurs et qui les partage; il sera pour vous un compagnon d’infortune, vous verrez en lui un navigateur qui, ballotté comme vous par les vagues du doute, est arrivé enfin au port, d’où il vous tend les bras et vous crie d'espérer. Espérez-donc; car, ne pas désespérer c’est le commencement de la foi.

J’ose donc soutenir que, pour qui saura bien les comprendre, les Confessions d’Augustin offriront une lecture intéressante, et utile, et consolante, et surtout édifiante. L’édification, c’est en effet là le caractère le plus saillant de ce livre. J'aurai bien à parler des opinions religieuses et philosophiques d’Augustin, de celles du moins qui se trouvent exprimées dans les Confessions. J'aurai bien à caractériser Augustin comme littérateur, lui qui a été un des auteurs les plus éminents d’une époque aussi triste, il est vrai, au point de vue littéraire qu’au point de vue politique. Mais le plus grand intérêt s'attache, sans contredit, pour celui qui lit les Confessions, non pas au théologien, ni à l'écrivain, mais à l’homme.

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