‹ Saint-Augustin d'après ses ConfessionsChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'homme dans Saint-Augustin.

Lorsque vous songez à Augustin, et surtout lorsque vous considérez dans Augustin non pas le théologien, ni le littérateur, mais l’homme, il n’est pas possible que sur vos lèvres ne se presse pas un autre nom que le sien, le nom de sa mère. C’est en effet Monique qui a exercé sur le caractère d’Augustin l'influence la plus marquée et la plus salutaire. Augustin eut le bonheur de recevoir une bonne éducation, une éducation religieuse, sous le toit paternel, et cela de la meilleure des mères. Les traces de cette éducation ne se perdirent jamais tout-ä-fait. C’est elle, c’est Monique, qui lui inspira cet amour profond de Dieu, cette croyance inaltérable en Dieu, qui fut comme ange gardien de toute sa vie. Cette foi en Dieu, cet amour de Dieu, dont l’amour de Jésus était inséparable, «il l’avait, en quelque sorte, dès sa plus tendre enfance, sucé avec le lait de sa mère ‘.» <

Cet amour de Dieu et de Jésus était tout instinctif, si je puis m’exprimer ainsi. Il n’était nullement raisonné, ül était le fruit des lecons et de exemple de sa mère. C'était la foi des simples en esprit, et l’expression en était souvent naïve, quand, par exemple, il demandait à Dieu de ne pas être battu à l’école *.

Mais cet amour de Dieu avait poussé dans son cœur des racines que rien ne devâit en arracher. Il fut livré plus

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tard à tous les vents de doctrines, flottant entre les plus grandes superstitions et le scepticisme le plus désespérant. Mais jamais il ne put accepter une doctrine à laquelle les noms de Dieu et de Jésus eussent été étrangers. C’est ainsi que, ravi par le charme de l’Horlensius de Cicéron, il ne voulut pourtant pas s’abandonner à sa philosophie. «Tout ce qui se présentait à moi, dit-il, sans le nom divin de Jésus, quoique élégant, bien écrit, et même rempli de vérité, ne m’entrainait pas toute ntier‘.» Et plus tard, lorsqu'il eut déjà reconnu les erreurs du Manichéisme, quoique fasciné par la philosophie grecque, il ne l’adopta pas, le nom de Jésus n’y était pas *. Les principes de sa mère sur la chasteté n'avaient pas trouvé en lui un observateur fidèle; il avait cédé aux instincts charnels. Mais quand, de son commerce illégitime, lui naquit un fils, ii l’appela Dieu donné, Adeodatus *. Même au milieu de ses débauches la pensée de Dieu ne l'avait pas quitté entièrement.

Ainsi souvent l’homme qui habite une terre étrangère, pour qui depuis longtemps s’est évanoui le souvenir des années de sa jeunesse, vit au jour le jour, sans autre préoccupation que Pintérêt et le plaisir. Mais quelquefois le son d’une cloche ou la vue d'enfants qui jouent au soleil ou une association d'idées ramènent devant sa mémoire tout ce qui faisait son bonheur à l’aurore de sa vie. Alors surgit en lui un monde de souvenirs et d'idées. Il songe à sa mère, il songe à sa piété enfantine. Heureux si linstant qui a vu naître ces impressions ne les voit pas aus-

sitôt s'évanouir !

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Pour Augustin aussi le souvenir de son enfance et des leçons de sa mère ne disparut jamais complètement. Et quoiqu'il se soit livré au plaisir avec frénésie, quoiqu'il ait été tour à tour manichéen, Sceptique, astrologue, platonicien, il ne succomba jamais que pour un temps, et au milieu de cet océan de jouissances et d'opinions, son amour de Dieu, sa foi en Dieu ne sombrèrent jamais.

Mais si Augustin finit par triompher de tous les obstacles qui s'étaient opposés à sa conversion, si l'Église chrétienne peut le compter parmi ses grands hommes, à qui doit-elle surtout offrir son tribut de reconnaissance? N'est-ce pas à la femme pieuse et dévouée, qui consacra la meilleure partie de sa vie à ramener son fils égaré? C’est surtout à elle, en effet, que le monde (car je regarde Augustin comme un des patrimoines du monde entier) c’est à elle que le monde a dû Saint-Augustin.

Aussi bien, il n’y a rien de plus touchant que la piété filiale avec laquelle Augustin s'exprime sur le compte de sa mère, presque à chaque page de ses Confessions.

Avec quelle pieuse tendresse parle-t-1l de la sainteté de la vie de Monique, et des admirables qualités par lesquelles elle finit par amener à Dieu son mari! car «elle désirait avant tout, dit-il en s'adressant à Dieu, le gagner à toi, lui parlant de toi par la pureté de ses mœurs qui la rendaitbelle, aimable, admirable aux yeux de son époux".» Avec quelle admiration filiale il s'exprime sur le tact exquis de sa mère, gràce auquel elle sut vivre en bonne intelligence avec un homme irritable et aux principes relàchés! Avec quelle satisfaction il rappelle les excellents conseils qu'elle donna à ses amies qui, par leur faute, ‘ne

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Jouissaient pas du même bonheur domestique qu'ellemême.

Avee quelle reconnaissance il parle de l'éducation que Monique avait donnée à ses enfants «les enfantant, en quelque sorte, de nouveau, toutes les fois qu’elleles voyait s’écarter des voies de Dieu ‘.» | 2 Æ

Et quand il songe à ses erreurs, avec quelle amertume ne se reproche-t-il pas les larmes que sa mère versa sur lui, et les prières qu’elle adressa à Dieu, pour le salut de son enfant! «Ma mère, ta servante, dit-il à Dieu, pieurait sur moi, et versait plus de larmes que les mères n’en versent d'ordinaire sur les cadavres de leurs enfants *.» Et quand il raconte son départ de l'Afrique et les efforts de Monique pour le retenir, et la ruse dont il se servit poux partir sans elle, il éclate dans ce cri de remords: « Ainsi je trompai ma mère, une telle mère, et je ui échappai°!>

Combien n'est-il pas touché quand il parle de tous les moyens auxquels elle eut recours pour, le faire rentrer dans le giron de l’église, lorsqu'elle s’adressa à un évêque, le priant de ramener son fils par la discussion ", lorsque, plus tard, le voyant encore retenu par les liens de la chair, elle essaya de le marier, espérant l’amener ainsi au baptême ”.

Je ne résiste qu'avec peine à la tentation de citer tant d’autres passages dans lesquels se peint Pamour filial d’Augustin pour sa mère, cettel femme courageuse qui «dans un grand danger qu’elle courut sur mer, consola les matelois, qui d'ordinaire consolent eux-mêmes les passagers ignorants et effrayés”.»

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