À SAINT-AUGUSTIN
D'abord, mentionnons son pittoresque Lac Calvaire, où l'on va pêcher de la perchaude : le lac sans être bien vaste, est beau ; mais, dit on, traître aux touristes désireux &e s'y donner la jouissance d'un bain. Les nageurs qui s'y aventurent rarement en sortent vivants. Sont-ce les longues algues marines, connues comme chevelures de noyés, qui leur enlaçent les membres, rendent la natation impossible, et les retiennent sous l'onde perfide ?
Au bas des grandes côtes, sur la grêve, près du vieux moulin à farine et presqu'en ligne avec le vénérable Calvaire, élevé en 1698, par des mains pieuses, on voit encore les rares décombres de la veille église, des gros cailloux d'un poids énorme. La tradition veut que le diable sous forme d'un fort cheval de trait, un étalon noir, ait été employé à voiturer en place ces blocs de pierre. Je sais que d'autres paroisses protestent contre ce monopole de sa satannique majesté, au profit exclusif de Saint-Augustin dans l'érection de son ancienne église.
Le point capital, paraît-il, était de brider l'animal maudit, Pour cela il fallait un maitre homme. Bien bridé, il devenait un bon diable. Mais la bride, la
précieuse bride, il faiait lui laisser jour et nuit. Le
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bedeau de la paroisse, pour l'avoir débridé à l'abreuvoir, causa de fortes pertes à la fabrique. L'animal disparut en fumée avec force odeur de souffre, pendant le charroyage de la pierre de maçonnerie, le budget de la dépense fut doubié.— Aux antiquaires du Cercle des X° à vérifier cette vénérable tradition !
Saint-Augustin est la paroisse natale des ancêtres
de mon vieil ami, François Xavier Garneau, le
sympathique historien de notre Canada.
Que de fois en côtoyant les rives altières de Saint- Augustin ne me suis-je surpris à interroger les voix du passé, les palpitants souvenirs de 1750, toutes ces scènes émouvantes qui marquèrent, au Canada, la lutte suprême entre la France et l'Angleterre. C'était des hauteurs boisées de Saint- Augustin que Louis Garneau, l'aieul de l'historien national, contemplait le combat héroïque de Vauclain, le commandant de l'A/alante, en 1760 *.
* Mon viel aïeul courbé par l'âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche, perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de Saint-Augustin, nous montrait de sa main tremblante, le théâtre du combat naval de l’Atalante, avec plusieurs vaisseaux anglais, combat dont il avait été témoin dans son enfance. Il aimait à raconter comment plusieurs de ses oncles avaient péri dans les luttes héroïques de cette époque, et à nous rappeler ies noms des lieux où s'étaient livrés une partie des glorieux combats restés dans ses souvenirs./—(L'ABBÉ H, R. CASGRAIN.)
En 1760, pendant le combat de l'Æ/alante. en face même de Saint-Augustin, parmi les nombreux morts se trouvait Jean-Baptiste de La Rue, ancêtre du Dr Larue et un des premiers de ce nom qui
vinrent en Canada.
Vers le point du jour, le 14 Sept., 1759, l'on eut pu voir groupés sur la plage de St-Augustin, les blancs escadrons de Bougainville, maculés de boue, retraitant, épuisés de leur course de nuit du camp de Beauport ; quelques mois plus tard les hardis montagnards de Murray, venaient de Québec faire le coup de feu, jusqu'aux environs du Calvaire.
Puis, en avril 1760, encore «les uniformes blancs, campés sur la rive du fleuve: cette fois attendant, ces braves vainqueurs de Carillon, le signal de Lévis, pour aller investir Québec, et venger l'honneur du drapeau fleurdelysé, en remportant à Ste-Foye, la dernière victoire des armées françaises au Canada. Puis, seize ans plus tard, c'était l'année, /a lerriole ann’e des Bastonnais, le chemin du roi, à Saint-Augustin était bloqué, par les hordes dévuenillées de Montgomery et d'Arnold, fuyant devant nos milices, pillant et ravageant sur leur passage les poulalliers et les fermes du Cap Rouge et de Saint-Augustin, les malotrus !
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C'est encore vis-à-vis Saint-Augustin qu'avait lieu le 22 juin 18357, le lamentable désastre du vapeur Montréal, où périrent, par l'eau et le feu, 260 passagers.
Que d’autres souvenirs pourrais-je rappeler des temps qui ne sont plus !
Les choses ont bien changé ; le progrès moderne s'est implanté à Saint-Augustin comme ailleurs.
En 1870, je notais avec chagrin, certaines allures anté-diluviennes au village, surtout, l'existence d'une douzaine de hideuses, nauséabondes écuries paroissiales, lesquelles défiguraient les environs et le site même de la jolie église paroissiale.
J'écrivais en 1870, que, vu la persistance des intéressés à perpétuer cet abus, on en était réduit à ne compter que sur un tremblement de terre, tout faible qu'il pût être, pour abattre ces masures. Le Dr LaRue, membre d'un comité,aidé de quelque; autres amis du progrès, organisa une croisade contre cet état de choses. Après force pourparlers, il fut convenu que l'on remplacerait les structures du siècle dernier, par une grande écurie moderne,
placée moins en vue.
J'ai toujours associé le nom du Docteur LaRue, à l'importante amélioration de la voie publique, à Saint-Augustin, où un solide #acadam a remplacé les profondes ornières des anciens jours. Ce qui faisait dire à un gaillard de mes amis “ Le Docteur LakRue soigne les routes aussi bien que les malades,
à Saint-Augustin.”
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