‹ Saint AugustinChapitre 128 sur 292 · C. XI, n" 18; t. I, col · texte numérisé non relu

C. XI, n" 18; t. I, col

est (et vraiment elle ne peut le tenir craucune autre cause ; elle n'est pas par elle-même ; elle est donc par cette substance supérieure à l'âme); si, dis-je, c'est de cette substance que l'âme tient ce qu'elle est : rien n'existe qui puisse le lui faire perdre, car rien n'existe qui soit contraire à cette substance de qui elle le tient; et, par suite, l'âme ne cesse pas d'être ^ » Donc la substantialité de l'âme et la continuité de l'action créatrice sont les deux raisons de notre immortalité. Ce traité de Y Immortalité de Vàme nous donne ainsi la seule preuve métaphysique possible, ou la seule conception purement métaphysique de l'âme immortelle : preuve ou conception qui se ramène à ceci : toute unité substantielle subsiste tant que Dieu ne l'anéantit pas, c'est-à-dire ne cesse pas de la créer.

Une preuve plus sensible, c'est notre désir naturel de l'immortalité et du bonheur, c'est l'impossibilité pendant cette vie d'atteindre le bonheur et de nous expliquer totalement ce qui nous touche le plus; car, dans notre mérite et dans notre démérite, il y a, pour nous, des mystères impénétrables. Saint Augustin le, dit sans cesse, et il réserve pour l'autre vie l'achèvement et l'explication de notre destinée. Mais lorsqu'il en appelle ainsi à l'autre vie, il n'a pas l'intention de démontrer l'immortalité de l'âme; il songe alors uniquement à la liberté humaine ou à la grâce, ou au

1. C. xn, n° 19; t. I, col. 1031. — Cf. c. xiii, n» 22, où il est spt'clfif' que l'âme ne risque pas non plus d'(ilre transformée en un corps ni en aucune substance inférieure; car l'action divine, toujours actuelle, maintient l'être propre de l'âme.

péché, ou à la vertu, ou au souverain bien. On verra bientôt quelles sont ses réflexions. Pourtant, une fois, la considération de notre destinée lui fait expressément conclure Timmortalité de Tâme ; c'est au traité de la Trinité ^ Il va même jusqu'à dire que la vertu, sans l'immortalité, ne fait pas notre bonheur, et que, impuissante à rendre notre destinée parfaite, la vertu ne mériterait donc pas notre amour 2. A part cette réflexion capitale, tout le reste se trouve parfaitement résumé en un court chapitre de la Cité de Dieu : « Seul, celui qui est heureux vit selon sa volonté ; et, pour être heureux, l'on doit d'abord être juste. Mais le juste lui-même, avant de vivre selon sa volonté, doit arriver là où il est impossible de mourir, de se tromper, de subir enfin quelque ennui ; et où surtout il y aura pour lui la certitude d'une stabilité définitive... Car la vie heureuse, à moins d'être aimée, n'est pas possédée 3. Or, si on l'aime autant qu'elle le mérite, il n'est pas possible que, Taimant de la sorte, on ne la veuille pas éternelle. Donc elle sera heureuse lorsqu'elle sera éternelle *. »

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