De Civitate Dei, lib. XIV, c. xxv ; t. VII, col
Il est donc établi que nous vivrons toujours. Mais à chaque moment de sa durée, notre existence a un rapport avec Dieu, et la nature de ce rapport dépend du degré où s'élève notre connaissance, et de la direction que prend notre volonté. Voici, maintenant, ce qu'il en est de notre connaissance.
Nous avons, pour connaître Dieu, divers moyens : l'effort de la réflexion philosophique, l'enseignement des Écritures, les apparitions divines, l'extase ou vision intellectuelle, enfin les facultés supérieures que la vie future nous réserve. Il ne sera pas traité ici de la réflexion philosophique, carie premier livre a épuisé ce sujet. Les autres modes de connaissance seront donc seuls étudiés. Or, à propos de chacun d'eux, saint Augustin enseigne qu'en dehors de la connaissance intellectuelle, il n'y a pas de connaissance qui atteigne Dieu ^ Son grand principe est d'appliquer à la créature tout ce qui, étant dit de Dieu, le représente comme susceptible d'un changement. Il emploie, dans cette circonstance, l'expreâsion accidents relatifs, laquelle signifie que l'accident attribué à Dieu se rapporte, en
1. Sur la manière dont nous connaissons Dieu, et sur l'impossibilité de le connaître autrement que par notre intelligence, voir surtout : Ép. CXLVIl [il3], à la veuve Pauline; c'est un traité sur la vision de Dieu; dailleurs, l'ÉpItre s'appelle Liber de videndo Deo. Ajouter : Kp. XCIl [408], à Italica; Kp. CXLVIH [il3], à l'évéque Forlunalianus : confirmation de ÏÉpttre CXLVIl et protestation de respect à l'égard d'un évoque
fait, à la seule créature : « Donc, lorsque, pour la première fois, on dit de Dieu, selon la condition de temps, telle chose qu'auparavant on ne disait pas de lui, il est manifeste que l'on parle relativement : et ce n'est pourtant pas que l'on exprime un accident survenu à Dieu ; mais, au contraire, c'est un accident de la créature à l'égard de laquelle on dit de Dieu quelque chose de
nouveau
Saint Augustin dit encore : « La sainte Écriture, s' exprimant en notre langage, nous montre par les termes mêmes dont elle se sert, que rien ne se peut dire dignement de Dieu 2. » L'Écriture s'exprime «le plus souvent selon les apparences sensibles, non selon la perception intellectuelle; ainsi la vision intellectuelle, visio mentis, oixvéûàe tout le fruit, est laissée comme exercice
inconnu dont cette Épître avait froissé la simplicité tout anthropomorphique.
1. De Trinitate, lib. V, c. xvi, n° 17; t. Vlll, col. 922 et 92i.
2. Contra Adlmantum Manichxi discipulum [39i], c. vu, n° 4; t. VIII, col. 136; cf. ib., c. xi, col. 142 et col. 143; c. xiii, n» 2, col. 447 ; c. XXVIII, n° 2, col. 172. — Sur la manière dont il faut entendre les anthropomorphismes, voir principalement A>. CXLVII, puis : 1° [389] Z)e la Genèse contre les Manichéens (lib. I, c. viii, n» 14; c. ix, n" 15; c. xiv, n° 20; c. XXIII, n° 41); — 2'» [389-395] Les Quatre-vingt-trois Questions (Qu^st. LX); — 3"* selon l'ordre chronologique, le livre Contre Adimante. indiqué au commencement de cette note; — 4" [397] Les Questions à Simplicien (lib. II, Quaest. II, et quelque chose au début de Quaest. III); — 5° [^iOiAiâ]Interpi'étation littérale de la Genèse (lib. V,*c. xix, n° 37 et n" 39); — 6" [400-416] Trinité (lib. I, c. i, n« 2; c. xii, n" 23 ; lib. If, Proœmium; lib. V in fine, \ib. VIII, c. ii, n'' 3; lib. XV, c. xiii, n° 22); — 7° [un peu avant 420] Cité de Dieu (lib. XV, c. vu; c. xxv; et [426] lib.
XXII, c. 2); —8° [vers 416] Traités sur saint Jean (Tract. XX, n" 2;
XXIII, n° 8; XCVIII, n° 2 in fine); — 9° [412] Ep. CXL (c. xxix, n" 69, etc. XXXV, n'' 81).
aux lecteurs 1 ». Dès lors, pour avoir bien le sens des Écritures, on transformera en notion intellectuelle, les indications si nombreuses qui assimilent Faction de Dieu à l'action de l'homme : «Le Psalmiste dit : On annoncera au Seigneur la génération future (Ps. XXÏ, 32). Il ne dit pas : On annoncera le Seigneur à la génération future, mais : On annoncera au Seigneur la génération future. Gardons-nous, d'ailleurs, d'entendre que l'on annoncera quelque chose à Dieu afin de le lui faire savoir. Mais la créature raisonnable toujours soumise à Dieu, rapporte nécessairement à Féternelle vérité les causes temporelles ; elle agit ainsi, soit en demandant que telle chose lui arrive, soit en consultant sur ce qu'elle doit faire; c'est là un pieux sentiment destiné à la rendre plus forte, et non à instruire Dieu-. — De même, dans la parabole des vierges folles. Dieu dit : Je ne vous connais pas (Mat th. XXV, 12) : « Mais je ne vous connais pas n'est pas autre chose que Vo7(s ne me connaissez pas. Lorsqu'en effet on dit de Dieu qu'il connaît, c'est qu'il nous donne la connaissance de lui-même^. » Enfin, les passages où l'Écriture mentionne la colère de Dieu, ne doivent nullement nous faire penser à ce que, selon l'habitude humaine, nous appelons colère. Le Saint- Esprit, en usant d'un tel langage, nous indique « com-
t. Contra Adimantum , c. xxviii, n- 2; t. VllI, col. 172.
2. Ep. CXr.f c. XXIX, n» 69; col. 568. — Sur le même sujet, les passages de la Trinité indiqués dans la noie ci-dessus. Cf. : « Tentât vos Deus •pester ut sciât si diligatis eum » (Deut. XIII, 3). «Non sic dictuinesl hoc quasi nesciat Deus : sed ul ipsi sciant quantum in Domini dilectione profecerinl » {De diversis Quœstionibus LXXXIll, Quœsl. LX ,• t. VI, col. 'i8),