De Civitate Dei, lib. XI, c. v
ception de l'espace n'atteint et ne représente que notre manière d'être : « Puisque, à l'égard du corps universel, il n'existe ni devant ni derrière, ni droite ni gauche, il ne peut exister, non plus, ni haut ni bas. Mais, en pareille matière, on se laisse tromper, car il est difficile de résister aux sens et à la coutume^. » Vers la même époque [vers 390] , saint Augustin écrivait d'autres réflexions bien plus complètes, desquelles il ressort que nous percevons, non pas la réalité de l'espace, mais simplement la comparaison établie par nous entre nos diverses impressions : « Tout grain de mil, par rapport à telle de ses parties qui, en lui, a autant d'importance que notre corps dans le monde, doit être aussi grand que le monde l'est pour nous 2. »
Les deux passages qu'on vient de lire, ne sont ni les premiers en date, ni les plus importants. C'est quelques années plus tôt, vers 388, que saint Augustin s'était arrêté davantage à étudier notre connaissance de l'espace et notre perception de la grandeur ou étendue. Les hommes, observait-il, acquièrent par l'exercice un sens plus délicat et plus juste du rythme poétique; ils n'arriveraient pourtant pas à percevoir un rythme dont le développement complet exigerait plusieurs mois, ou plusieurs jours, ou simplement plusieurs heures^. V Pourquoi donc cette impuissance, continue-t-il, sinon parce que chaque animal, selon son genre propre et selon son rapport avec l'univers, a reçu un sens parti-
1. De diversis Quxstionibus LXXXrif, Quaest. XXIX; t. VI, col. 19.