‹ Saint AugustinChapitre 226 sur 292 · IV · texte numérisé non relu

IV

Les choses créées sont matière et forme. La matière, pure indétermination 2, réalité insaisissable, voisine du néant, de laquelle il faudrait pouvoir dire qu'elle est un rien réalisé, Nihil aliguid, ou encore l'être qui n'est pas, Est non est •^, la matière n'a pas eu d'abord une existence indépendante et isolée; elle a toujours été déterminée par quelque forme, sans quoi elle n'aurait pas subsisté. Ainsi, l'existence de la matière dans toute réalité actuelle doit se concevoir, à peu près, comme celle du son inarticulé dans le chant ; mais le son inarticulé n'est pas, dans le chant, un élément distinct; il n'est pas non plus un élément qui préexiste : et par là, il faut

1. Sur l'essence des choses créées, voir surtout: 1° Les trois traités ou les trois explications de la Genèse : 1) [389] De la Genèse contre les Manichéens (lib. I, c. v, n°9; c. vi et vu qui est important; c. xii); 2) [393] Ouvrage inachevé sur l'Interprétation littérale de la Genèse (cm, no 10; c. IV, les n"' 11-16, tous à remarquer; c. xii, n" 37); 3) [401- 415] Interprétation littérale de la Genèse (lib. I, c. i, n» 2; c. iv ; c. VI ;C. XV, très important; lib. II, c. xi; lib. V, c. v); — 2° [400] Confessions (lib. XII, c. iii-xiii, toute la série d'importance capitale, et c. XVII, XXI, XXII, xxix); — 3» [420] Contre l'Adversaire de la loi et des Prophètes (lib. 1, c. vu, x, xiii) ; — 4° Sermon 214, n» 2.

2. Confess., lib. XII, c. m, n^ 3; t. I,col. 827 : « Quœdam informitas sine ulla specle ».

3. Ibid., c. VI, n** 6 in fine; cf. c. viii, n*> 8 : « de nulla re pêne nullam rem ».

entendre qu'un chant n'est pas le résultat du son inarticulé actuel auquel viendrait se joindre et l'articulation et la modulation. H en est de même pour la matière : ni elle ne subsiste juxtaposée actuellement aune forme, ni elle n a existé la première, attendant que la forme vînt la compléter^. Saint Augustin emploie cette comparaison, à vingt ans d'intervalle, dans les Confessions [400] et dans le traité Contre U Adversaire de la loi et des Prophètes [420] 2.

V Interprétation littérale de la Genèse contient aussi sur la création simultanée de la matière et de la forme, plus d'un témoignage clair et précis. « Dieu n'a pas créé d'abord une matière informe, et il ne s'est pas mis ensuite une seconde fois à l'œuvre pour introduire, selon un certain ordre, la forme : il a créé, en effet, la matière tout informée. Mais parce que le principe d'où quelque chose est fait conserve à l'égard du résultat, même sans préexistence, une certaine antériorité d'origine : l'Écriture a bien pu, par son langage successif, établir une division là où Dieu n'agissait pas successivement et n'en établissait aucune ^. » Et en cet endroit, il allègue en comparaison le cri et le langage articulé.

Il n'est pas très facile de concevoir cette matière informe*; on ne peut la connaître qu'en l'ignorant 5; on

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