‹ Saint AugustinChapitre 235 sur 292 · De Utilitate credendi, c. xvi, n" 34; t. VIII, col · texte numérisé non relu

De Utilitate credendi, c. xvi, n" 34; t. VIII, col

dire, voici, parmi plusieurs autres, un passage très explicite : « La force divine gouverne la totalité do l'univers spirituel et corporel : voilà pourquoi , chaque année, à des époques fixes, les eaux de la mer sont attirées, et elles se répandent sur la surface de la terre. Mais lorsque, à la demande de saint Élie, la même chose arriva, il se trouvait que la sécheresse avait duré longtemps sans interruption; les hommes périssaient de faim, et de plus, au moment où ce serviteur de Dieu pria, il n'y avait dans l'air aucune humidité propre à faire prévoir la pluie; aussi, dans Tabondance et dans la rapidité de Taverse, la force divine apparut visible à ceux pour lesquels était accordé ce miracle (III ^eg. XVIII, 45). De même. Dieu opère les foudres et les tonnerres ordinaires : mais, parce que sur le mont Sina les foudres se produisaient d'une manière inusitée; parce que leur bruit n'était pas un fracas confus, et qu'au contraire, il apparaissait manifestement comme significatif, ces foudres étaient chose miraculeuse (Exod. IX, 16). Qui donc attire Fhumidité par la racine de la vigne jusqu'au raisin, et qui donc fait le vin, sinon Dieu? L'homme plante et il arrose, et Dieu donne l'accroissement (I Cor. III, 17). Mais lorsque, sur la volonté du Seigneur, l'eau, avec une rapidité inusitée, fut changée en vin, les insensés eux-mêmes avouèrent que la force divine se rendait visible (Joan. II, 9). Qui donc, dans la marche ordinaire des choses, recouvre les arbustes de feuilles et de fleurs, sinon Dieu? Mais lorsque In verge d'Aaron fleurit, c'est comme un langage que la divinité adresse à l'humanité hésitante (Num. XVII, 8).

Il y a pour la production et pour la formation de tous les bois, comme pour celle de toutes les chairs d'animaux, une commune matière terrestre; et qui donc produit les bois et les chairs, sinon celui qui, après avoir commandé à cette terre de les produire (Gen. 1, 2), gouverne par son même Verbe et conduit ce qu'il a créé? Mais lorsque, dans la verge de Moyse, par un acte brusque et rapide, il change cette même matière en chair de serpent (Exod. IV, 3), le miracle consista dans le changement inusité d'une chose d'ailleurs faite pour le changement. Mais encore, qui donc anime tous les vivants à leur naissance, sinon celui qui, au moment convenable, anima brusquement ce serpent. Et lorsque les morts ressuscitaient (Ezech. XXXVII, 1-10), qui rendit aux cadavres leurs âmes, sinon celui qui anime les corps dans le sein des mères, afin de faire naître des hommes destinés à mourir^? »

Saint Augustin arrête là son énumération, et aussitôt il conclut que de simples particularités extérieures font toute la différence entre le miracle et les phénomènes ordinaires : (( Lorsque, dit-il, tous ces événements se produisent selon le cours ininterrompu des choses fugitives et transitoires, lesquelles, par le procédé accoutumé, passent de l'état latent à l'état visible , et de l'état visible à l'état latent, c'est ce que l'on appelle événements naturels ; mais lorsque, pour l'instruction des hommes, ces événements sont amenés par un changement inusité, c'est ce quel'on nomme de grandes merveilles-. «

1. De Trinilate, lib. III, c. y, nMl, et c. yC-, t. VIII, col. 874-875.

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