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Il y a deux manières de le garder : celle des avares et celle des prodigues. Aux premiers Basile s'adresse avec une extrême sévérité. « A qui fais-je injure? je ne conserve que ce qui est à moi. — Et quelles choses, dites-moi, sont à vous ? Vous ressemblez à celui qui, ayant occupé une place au théâtre, empêcherait d'entrer tous les autres spectateurs, pensant avoir en propre ce qui est fait pour l'usage commun. Tels sont les riches avares. Ils ont occupé les premiers ce qui est commun à tous, et s'autorisent de cette « préoccupation » pour se le réserver. Et cependant, si chacun se contentait du nécessaire et donnait son superflu aux indigents, il n'y aurait ni riche ni pauvre. . . . Est-ce que Dieu, en faisant une inégale répartition des biens de ce monde, aurait été injuste? A-t-il voulu que celui-ci fût pauvre, pendant que tu es riche ? n'a-t-il pas voulu plutôt te faire gagner la récompense d'une fidèle administration des richesses qui te sont confiées, tandis que cet autre obtiendra le prix dû a sa patience ?. . . L'avare est un spoliateur. Il s'est approprié ce qu'il avait reçu pour le distribuer. Si l'on appelle voleur l'homme qui arrache à quelqu'un son vêtement, quel nom donner à celui qui, pouvant revêtir son frère nu, ne l'a point fait? Ce pain que tu gardes, il appartient à l'affamé; cet habit que tu enfermes dans ton coffre, il appartient à cet homme sans vêtement ; cette chaussure qui pourrit chez toi, elle appartient à celui qui va nu-pieds; cet argent que tu tiens enfoui, il est aux pauvres. Tu es injuste en proportion de ce que tu pouvais donner aux hommes ^ »
Le riche, cependant, se défend d'une épargne immodérée, en invoquant ses devoirs envers ses enfants. Ba-
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sile le poursuit dans ce dernier retranchement. « Tu dis que la conservation de tes richesses est nécessaire à cause de tes enfants. Excuse spécieuse pour ton avarice ; tu allègues tes enfants pour défendre ta passion. . . N'oubliez pas que la richesse est pour beaucoup de gens une occasion de péché : prenez garde que cela ne cause un jour la perte de vos enfants. D'ailleurs, est-ce que votre âme ne vous est pas plus proche que vos enfants eux-mêmes? Donnez-lui donc, puisqu'elle est la première, la part principale dans votre héritage ; vous partagerez entre vos enfants le reste de votre fortune. Il y a même bien des enfants qui, n'ayant hérité d'aucun patrimoine, ont su se créer de bonnes maisons; maïs votre âme, si vous ne l'aidez, qui aura pitié d'elle*? » Ces paroles permettent de ramener à une mesure exacte ce qui, dans la citation précédant celle-ci, aurait pu paraître excessif. Basile ne dit que ce que diront après lui, parfois même en termes plus âpres, saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Augustin, ce que rappelleront, avec la précision de leur langage, les maîtres de la chaire chrétienne au xvii® siècle, les Bossuet, les Bourdaloue. S'il fait au riche un devoir de partager son patrimoine avec les pauvres, c'est du devoir de l'aumône, largement entendu, qu'il parle. Bourdaloue s'exprimera de même, quand il inculquera aux chrétiens de son temps l'obligation a de pourvoir h l'indigence et à la nécessité du prochain, et par titre de justice et par titre de charité*. » Mais Basile ne demande ni la destruction des fortunes, ni l'abolition de l'héritage. Comme on vient de le voir, il reconnaît expressé-