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chaleur, sans onction, sans piété, même sans style, Eunome, évêque de Cyzique, n'était pas un adversaire négligeable. Nul plus que ce dur et subtil raisonneur ne savait jouer avec la logique, et pousser de déductions en déductions un argument à ses dernières conquences. Il se tient a l'extrême gauche de Tarianisme, mais, en réalité, c'est un pur rationaliste. Il pose en principe que la nature de Dieu est pleinement intelligible à l'homme*. Puis, avec une audace tranquille, prenant des mots pour des idées, et le mécanisme du raisonnement pour l'évidence, il dresse un système d'où ont disparu tous les compromis, tous les artifices de parole, par lesquels l'hérésie essayait de se rattacher au dogme chrétien. C'est, selon l'expression de Basile, « là sagesse vaine et tout extérieure, » ruinant a la simplicité de la doctrine transmise par le Saint-Esprit. » C'est, « sous un faux semblant de christianisme, la négalion formelle de la divinité du Fils de Dieu*. » En un mot, c'est l'arianisme, dans une nudité effrayante aux ariens eux-mêmes.
Basile prend le meilleur moyen de le montrer. Sans rien dissimulerdel'argumentationd'Eunome, il en transcrit l'un après l'autre les passages caractéristiques, faisant suivre chaque argument d'une réfutation à la fois ample et rigoureuse. Il suit avec une admirable souplesse tous les replis de la pensée de son adversaire, et se montre, avec un tout autre talent d'exposition, aussi expert raisonneur que lui; mais chez Basile lapiété tendre, la profonde intelligence du dogme catholique, l'ardent amour des âmes, donnent au raisonnement de la chaleur, sans rien enlever de sa précision.