‹ Saint Basile (329-379): (329-379)Chapitre 63 sur 146 · I. Innocent I*', Ep, à Alexandre d'Antîoche · texte numérisé non relu

I. Innocent I*', Ep, à Alexandre d'Antîoche

a. Saint Basile, Ep, 98, a ; saint Grégoire de Nadanze, Ora* tio XUII, 58.

Anthime fit plus encore : il se conduisit enivrai brigand. Le monastère de Saint-Oreste, bâti sur une des pentes du Taurus, devait a TÉglise de Césarée un tribut en argent et en nature. Basile, voulant, en face des prétentions de ses adversaires, affirmer son droit, ré solut d'aller en personne percevoir ces redevances. Grégoire, en fidèle ami, l'accompagna. Comme ils revenaient, ramenant un troupeau, et suivis d'une caravane de mules, ils furent assaillis, dans un défilé de la montagne, par une troupe d'hommes armés, que dirigeait Anthime en personne. « Je ne permettrai pas de payer tribut aux hérétiques, » s'écriait celui-ci, joignant à la violence l'injure la plus cruelle et la plus imméritée, et cachant sa cupidité sous le faux prétexte de l'intérêt des âmes et d'un zèle jaloux pour l'orthodoxie. Il fallut employer la force pour se frayer un passage : des hommes aussi pacifiques que Basile et Grégoire furent obligés de prendre part au combat. Il semble qu'une partie des mules resta aux mains des assaillants ^ On s'étonnera peut-être de l'ardeur mise par Basile, ce pauvre volontaire, qui ne possédait en propre. que ses habits et ses livres, a défendre des biens temporels. Il faut se souvenir qu'il ne pouvait en conscience y renoncer, puisque ces biens n'étaient dans ses mains qu'un dépôt. Et l'on ne doit pas oublier qu'à cette époque, où il n'y avait pas de budget des cultes, les Églises, avec leur personnel considérable de prêtres, de clercs, de veuves, de vierges, d'orphelins et de pauvres, ne pouvaient subsister que du revenu de leurs immeubles. Nous verrons bientôt l'immensité des fondations charitables entreprises par Basile : à elles seules elles

I. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII^ 58; Ep, 48; Focmata de se ipso, XF, 45i-453.

suffiraient à le justifier de s'être montré le gardien scrupuleux du patrimoine ecclésiastique.

Ce qui préoccupait Basile, ce n'était pas seulement la diminution des revenus de son Église; c'était encore l'amoindrissement du siège de Césarée par suite de la défection de beaucoup de suffragants. Il résolutd'accroître, dans la partie de la Cappadoce qui lui restait, le nombre des évêchés. Cette résolution n'était pas inspirée par une puérile vanité, qui était bien éloignée de l'esprit de Basile; mais, comme les canons des conciles obligeaient les suffragants k se réunir, à des époques périodiques et assez rapprochées, autour du métropolitain de la province, il importait, et pour la dignité du siège, et pour la bonne direction des affaires, que son synode ne fût pas trop réduit. La multiplication des évêchés, dans la partie de la province qui garde le nom de première Cappadoce, eut, selon saint Grégoire, de grands avantages, et pour le bien des âmes, dont elle rapprocha les pasteurs, et pour la conciliation future, dont elle prépara les voies*. Cette mesure opportune fit cependant une victime, qui fut Grégoire lui-même.

Parmi les localités qu'Anthime disputait h la juridiction de Basile était le bourg de Sasimes. Bien qu'assez distant de Césarée, il parait avoir eu pour T Eglise de cette ville une importance particulière, à cause de sa situation au confluent de plusieurs routes par lesquelles passaient les convois d'animaux ou de denrées qui, de divers cotés, lui étaient envoyés en tribut*. Basile comprit Sasimes parmi les évêchés nouveaux qu'il érigea, et ne crut pas trop présumer de l'amitié de Grégoire en l'appelant a en occuper le siège, dont les circons-

I. Saint Grëgoîre de Nazîanze, Oratîo XLIII, Sr;. a. Saint Grégoire de Nazianze, Ep, 48.

tances faisaient comme une sorte de point stratégique. Quand il prit cette détermination, à laquelle rien n'avait préparé Grégoire, Basile ne se doutait pas du coup qu'il portait à son ami. Peu s'en fallut que l'étroite liaison qui l'unissait à l'ancien compagnon de ses études, au cher confident de ses pensées, n'en fût rompue. Pour comprendre la peine que ressentit Grégoire, il faut savoir que ce soudain appel à l'épiscopat était pour lui la brusque fin d'un rêve longtemps caressé. Grégoire, qui préféraità tout lacontemplationetla solitude, quimême n'avait naguère reçu la prêtrise que par obéissance pour son père, et presque malgré lui, avait formé le dessein d'embrasser la vie monastique après la mort de ses parents. Voyant Basile, qui savait cela, qui avait approuvé ce dessein, n'en pas tenir compte, et le jeter d'autorité dans une voie nouvelle, contraire à tous ses goûts, Grégoire ne put retenir ses plaintes. Il fut amer jusqu'à l'injustice. Il se crut sacrifié à un intérêt étranger, « emporté par une volonté qui entraîne tout comme un torrent. » Le choix du lieu lui fut particulièrement pénible. A l'en croire, Sasimes est un bourg étroit, sans eaux courantes, sans verdure, traversé par trois routes poudreuses, vulgaire, bruyant, plein de voitures, de chevaux, de voyageurs, d'agents du fisc, ayant une population pauvre et flottante. L'envoyer là, comme une sentinelle avancée, condamnée à une lutte perpétuelle avec Anthime, n'était-ce pas un crime de lèse-amitié? « Il apprenait enfin à ne plus se fier à un ami, et à mettre sa confiance en Dieu seul. » Le ressentiment, sans doute, ne durera pas, et dans l'âme loyale de Gré-r goire, l'ancienne amitié pour Basile reviendra bientôt, aussi franche, aussi dévouée, aussi tendre que jamais. Cependant de la blessure il restera toujours un point douloureux. Dix ans pins tard, quand, jouissant enfin

de la retraite tant désirée, Grégoire écrira le poème de sa vie, il ne pourra toucher à ce souvenir sans que le flot comprimé de Fancienne amertume ne jaillisse de nouveau*.

Grégoire consentit, cependant, à recevoir la consécration épiscopale. L'ascendant qu'avaient sur lui le vieil évéquede Nazianze et Basile triompha de ses résistances. Il inclina la tête sous Tonction sainte, tout en protestant dans son cœur contre ce qu'il estimait une atteinte à sa liberté. Les discours qu'il prononça dans cette occasion solennelle sont curieux à lire. On y trouve un mélange de sentiments contraires. Prêchant à Nazianze, peu de jours après avoir été consacré, devant son père et Basile : « Ce que tu voulais est arrivé, dil-il à ce dernier; tu m'as maintenant en ta dépendance ; tu as vaincu celui qui ne devait pas céder.... Je n'ai pas été persuadé, mais contraint'. » La vertu de Basile est telle, cependant, qu'à ces reproches à peine voilés le nouvel évêque ne peut s'empêcher de joindre de justes louanges : « Enseigne-moi, s'écrie-t-il, à imiter ta charité pour ton troupeau, ton soin, ton attention, ta sollicitude, tes veilles, la subordination de ton corps à l'esprit, le zèle qui te fait pâlir au service des âmes, le soin avec lequel tu as tempéré ta vivacité de cœur, ta sérénité et ta mansuétude (exemple rare entre tous) dans le maniement des affaires, les combats que tu as livrés pour tes ouailles, les victoires que, par la grâce du Christ, tu as remportées'! »

Un autre Grégoire, cependant, le frère de Basile, récemment nommé évêque de Nysse, était arrivé à Na-

I. Saînt Grégoire de Nazianze, Ep, ifi ; Poemata de se ipso, XI, 386-485; Oratio XLIII, 69.

a. Id., Oratio IX ^ 4, 5.

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