UomiL VI, VU, IX
Il y a deux manières de le garder : celle des avares et celle des prodigues. Aux premiers Basile s'adresse avec une extrême sévérité. « A qui fais-je injure? je ne conserve que ce qui est à moi. — Et quelles choses, dites-moi, sont à vous ? Vous ressemblez à celui qui, avant occupé une place au théâtre, empêcherait d'entrer tous les autres spectateurs, pensant avoir en propre ce qui est fait pour Tusage commun. Tels sont les riches avares. Ils ont occupé les premiers ce qui est commun à tous, et s'autorisent de cette « préoccupation » pour se le réserver. Et cependant, si chacun se contentait du nécessaire et donnait son superflu aux indigents, il n'y aurait ni riche ni pauvre.. .. Est-ce que Dieu, en faisant une inégale répartition des biens de ce monde, aurait été injuste? A-t-il voulu que celui-ci fût pabvre, pendant que tu es riche ? n'a-t-il pas voulu plutôt te faire gagner la récompense d'une fidèle administration des richesses qui te sont confiées, tandis que cet autre obtiendra le prix dû à sa patience ?... L'avare est un spoliateur. Il s'est approprié ce qu'il avait reçu pour le distribuer. Si l'on appelle voleur l'homme qui arrache à quelqu'un son vêtement, quel nom donner à celui qui, pouvant revêtir son frère nu, ne l'a point fait? Ce pain que tu gardes, il appartient à l'affamé; cet habit que tu enfermes dans ton coffre, il appartient à cet homme sans vêtement; cette chaussure qui pourrit chez toi, elle appartient à celui qui va nu-pieds ;' cet argent que tu tiens enfoui, il est aux pauvres. Tu es injuste en proportion de ce que tu pouvais donner aux hommes ^ »
Le riche, cependant, se défend d'une épargne immodérée, en invoquant ses devoirs envers ses enfants. Ba-