‹ Saint BasileChapitre 116 sur 137 · I. Homil · texte numérisé non relu

I. Homil

sile le poursuit dans ce dernier retranchement. « Tu dis que la conservation de tes richesses est nécessaire à cause de tes enfants. Excuse spécieuse pour ton avarice ; tu allègues tes enfants pour défendre ta passion.. . N'oubliez pas que la richesse est pour beaucoup de gens une occasion de péché : prenez garde que cela nç cause un jour la perte de vos enfants. O'ailleurs, est-ce que votre âme ne vous est pas plus proche que vos enfants eux-mêmes? Donnez-lui donc, puisqu'elle est la première» la part principale dans votre héritage; vous partagerez entre vos enfants le reste de votre fortune. Il y a même bien des enfants qui, n'ayant hérité d'aucun patrimoine, ont su se créer de bonnes maisons; mais votre âme, si vous ne l'aidez, qui aura pitié d'elle*? » Ces paroles permettent de ramener à une mesure exacte ce qui, dans la citation précédant celle-ci, aurait pu paraître excessif. Basile ne dit que ce que diront après lui, parfois même en termes plus âpres, saint Jean Chrysostome, saint Âmbroise, saint Augustin, ce que rappelleront, avec la précision de leur langage, les maîtres de la chaire chrétienne au xvii® siècle, les Bossuet, les Bourdaloue. S'il fait au riche un devoir de partager son patrimoine avec les pauvres, c'est du devoir de Taumône, largement entendu, qu'il parle. Bourdaloue s'exprimera de même, quand il inculquera aux chrétiens de son temps l'obligation « de pourvoir a l'indigence et à la nécessité du prochain, et par titre de justice et par titre de charité'. » Mais Basile ne demande ni la destruction des fortunes, ni l'abolition de l'héritage. Comme on vient de le voir, il reconnaît expressé-

I, Homil, y/I, 7.

a. Bourdaloue, Sermon pour le premier vendredi de carême : Sur Vaumdne*

nient aux pères de famille le droit de laisser celui-ci à ses enfants, après l'avoir allégé de tout ce qu'exige la charité, c'est-à-dire, selon le motde Bossuet, résumant avec sa forme et sa concision habituelles la doctrine de ses prédécesseurs, après avoir « suppléé au défaut par Tabondance, » et « acquitté les assignations que Dieu a données aux nécessiteux sur le superflu des opulents ^ »

Cependant on doit reconnaître que les moralistes chrétiens du iv* siècle, et Basile avec eux, ne voyaient pas clairement le rôle nécessaire que le capital aurait un jour dans la société chrétienne, et ne devinaient pas ce que peut la conservation et l'accroissement de celui-ci pour la prospérité générale, par conséquent pour l'amélioration du sort des petits et des pauvres. C'est que la science économiquen'était pas encore née ; c'est peut ètreaussiquele capital industriel se confondait en grande partie, à cette époque, avec la possession et le travail des esclaves, et ne profitait guère qu'à la classe restreinte des maîtres. Et le produit de ce travail s'accumulait souvent, avili et stérile, au lieu de se répandre ; Basile l'indique d'un mot, quand il parle des vêtements qui s'entassaient dans les coffres des riches, et des chaussures qui a pourrissaient » dans leurs armoires; c'était le trop-plein du travail de leurs esclaves.

Si Basile, cependant, ne paraît pas, selon nos idées modernes, estimer l'épargne à sa juste valeur, il n'est pas un économiste qui n'approuvera, même de nosjours, les critiques qu'il dirige contre le luxe. Elles sont d'autant plus justifiées que ce luxe (on le voit par ses paroles mêmes) est surtout celui qui résulte soit de la présence, soit du travail des esclaves, et résume des forces

I. Bossuet, Sermon pour le dimanche de la Septuagésime : Sur Véminente dignité des pauvres dans V Église.

incalculables stérilement gaspillées pour le bien-être, ramiisement ou la vanité de quelques-uns. « Je ne saurais assez m'étonner qu'on ait pu imaginer tant d'inutiles manières de dépenser son argent. » Passe alors sous nos yeux le tableau cent fois tracé du luxe antique : le cortège somptueux du riche en voyage, avec ses chars incrustés de métaux précieux, la multitude des mules rangées par couleurs, les troupes de chameaux chargés de bagages, les chevaux revêtus de housses de pourpre et harnachés d'or et d'argent; « le nombre infini des esclaves, » représentant tous les métiers, tous les arts et tous les plaisirs ; les maisons étincelantes de marbres, lambrissées d'or, pavées de mosaïque, et où « toute la place laissée par la mosaïque est remplie par des peintures de fleurs; » la parure des femmes; les mains innombrables qui y sont occupées*. Que de ressources dérobées au travail utile où à l'aumône! '< Ceux qui jugent prudemment ne devraient pas oublier que l'usage des richesses nous a été concédé pour les employer, non pour les faire servir à nos plaisirs'. » Le premier de leurs emplois, c'est d'assister les pauvres. « Comment peux-tu posséder des lits d'argent, des tables d'ar gent, des couches et des sièges d'ivoire, quand le vestibule de ta maison est assiégé par d'innombrables pauvres, dont tu entends la plainte lamentable?... L'anneau de ton doigt suffirait à payer leurs dettes, ou à relever leurs masures croulantes ; un seul de les coffres à vêtements contient de quoi réchauffer tout un peuple qui tremble de froid'. »

Ceux que Basile poursuit de ces éloquentes paroles

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