I. Saint Grégoire de Nysse, De vita S, Macrinae
soins de cette vie, de telle sorte que rame ne se laisse troubler par aucune attache aux choses présentes*. »
Selon toute vraisemblance, alors seulement fut baptisé Basile. Le baptême des enfants était en usage dès les premiers temps de l'Eglise ; mais on voit, au iv® siècle, des familles chrétiennes le différer jusqu'à ce que leurs fils aient atteint l'âge d'homme. Quelques-uns, alors, entraînés par leurs passions, ou craignant de ne pouvoir concilier les commandements divins avec les exigences de la vie politique, le retardaient plus encore, attendaient parfois ^même jusqu'à la fin de la vie pour le solliciter : comme ce préfet de Rome, dont la piété est cependant louée dans son épitaphe, qui « à quarantedeux ans alla à Dieu, néophyte, » c'est-a-dire nouvellement baptisé, et sans doute au lit de mort*. Mais souvent c'était à vingt-cinq ou trente ans, quand on avait plus ou moins victorieusement traversé les tentations de la première jeunesse, qu'on demandait le baptême. Cela était de tradition dans beaucoup de familles, qui y voyaient une prudence louable et une marque de respect pour le sacrement. Saint Basile, saint Grégoire de Nysse, son frère, saint Grégoire de Nazianze, son ami, réfuteront avec une grande force ce scrupule, et feront ressortir le sophisme qui s'y cache'. Ils mettront dans' cette réfutation un aiîcent d'autant plus personnel, que le préjugé avait fait longtemps loi dans leurs propres familles. Grégoire de Nazianze faillit même en être victime . Il a raconté, avec un accent pathétique, ses angoisses alors que, voguant vers Athènes, il craignit, pen-
a. De Rossi, Inscr. christ, urbis Romae^ t. I, n" i4i, p. 80.
3. Saint Basile ,'iro/wi7/a XIII '^ saint Grégoire de Nysse, Adver- JUS eos qui differunt baptismum; saint Grégoire de Nazianze, Ora-' tio XL^ 16, 17.
dant une tempête, de mourir sans avoir été baptisé*. Dans le récit de sa vie commune avec Basile à l'université d'Athènes, il dit que tous deux fréquentaient assidûment les églises ; mais il marque avec soin que c'était a pour y entendre les prédicateurs ; » ni pour l'un ni pour l'autre il ne parle de participation aux saints mystères. Ils n'étaient probablement encore que catéchumènes. C'est donc (on peut le dire avec une certitude presque absolue) seulement quand Basile eut revu sa ville natale, et quand, les premières fumées de la gloire étant dissipées, il eut renoncé tout à fait au monde pour se consacrer à Dieu, que l'évêque de Césarée, Dianée, fit couler sur lui l'eau baptismale*.
On comprend la joie que causa à « la grande Macrine, » comme l'appelle un de ses frères, la détermination de Basile. A ce moment, Macrine se trouvait affranchie des devoirs domestiques. Ses sœurs étaient établies, ses frères mis en possession du patrimoine paternel, le plus jeune complètement élevé. Elle était libre de suivre l'attrait qui la portait à l'état religieux. Usant de l'influence que tant de services rendus lui donnaient sur l'esprit de sa mère, elle avait décidé la pieuse Emmelie à embrasser avec elle la vie monastique'. Le
I, Saint Grégoire de Nazianze, Poemata de se ipso^ I, 324-326 ; XI, 162-174; Oratio XVIII^ i3i. Au même péril échappera presque miraculeusement, en 378, Satyre, frère de saint Ambroise. De excessu Satyri^ 43.
a. Saint Basile, De Spiritu Sancto, ag. — Saint Basile dit clairement que c'est Dianée qui le baptisa. Or, celui-ci ne monta sur le siège épiscopal de Césarée que vers 34o, alors que Basile arait onze ans, et probablement habitait déjà avec ses parents dans le Pont. Dianée ne peut donc l'avoir baptisé que soit pendant son premier séjour d'études à Césarée, avant d'aller à Constantinople et à Athènes, soit, comme nous le pensons, après son retour d'Athènes.
3, Saint Grégoire de Njsse, De vita S, Macrinae.
noyau du monastère était tout trouvé : les servantes de la maison qui se sentirent la vocation de mener avec leurs maîtresses, sous le joug de Tégalité évangélique^ une vie de travail et de pauvreté*. Le domaine d'Annesi, au bord de Tlris, fut destiné à la pieuse colonie. Bientôt à ses premières habitantes se joignirent de pieuses femmes des meilleures familles du Pont et de la Cappadoce. On cite parmi elles une veuve, fille d'un sénateur, Vestiana. Pendant quelque temps, Pierre refusa de se séparer de sa mère et de sa sœur. Il demeura en leur compagnie dans la solitude, « où le chant des psaumes ne se taisait ni jour ni nuit. » Son esprit industrieux fournissait à ces pauvresses volontaires les moyens de vivre, et même de répandre autour d'elles, en temps de disette, les plus abondantes aumônes : il s'était fait l'économe de la maison*.
Avant d'embrasser, de son côté, la vie ascétique, dont l'exemple et le conseil lui étaient si éloquemment donnés, Basile prit le temps d'en étudier les règles et d'en considérer de près les modèles. On remarquera avec un é tonnement peut-être mêlé d' admiration qu'en ce temps , où les moyens de locomotion étaient lents et souvent périlleux, les plus longs voyages paraissent ne pas coûter. Non seulement les étudiants n'hésitaient pas à franchir montagnes et mers pour aller écouter un professeur en renom ; mais les évêques se visitaient ou s'assemblaient des provinces les plus éloignées, et même entre l'Orient et l'Occident les communications étaient fréquentes. Il semble qu'on allât plus souvent de Rome à Constantinople ou d'Alexandrie en Gaule, qu'on ne le fait de nos jours. Les hommes étaient-ils plus endurants, plus pa-