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CHAPITRE I

l'élection

L'évêque de Césarée, Eusèbe, mourut vers le milieu de 370, assisté au lit de mort par Basile. Une grave question se posa : le choix de son successeur. Césarée n'était pas seulement la métropole ecclésiastique de la Cappadoce : la juridiction de son évêque paraît s'être étendue sur cinquante suffragants, répartis dans onze provinces, qui comprenaient plus de la moitié de l'Asie Mineure*. Dans l'état présent de l'Eglise et de l'Empire, en face de l'arianisme triomphant, devant un souverain comme Valens, ennemi déclaré de l'orthodoxie, l'élection d'un prélat aussi considérable dépassait l'importance d'une afiaire locale. Les ambitieux convoitaient un des plus grands sièges de l'Orient; les hérétiques, soutenus par toutes les influences officielles,

1. Tillemont, Mémoires pour servir à Vhistoire ecclésiastique, t. IX, p. 10a.

espéraient y placer un des leurs ; les vrais catholiques tournèrent les yeux vers Basile, en qui se réunissaient la science, l'orthodoxie, l'éloquence, l'indomptable énergie, l'esprit de gouvernement. Basile lui-même sentait trop la gravité de la situation, pour se dérober par excès de modestie à un devoir évident. Il crut bien faire en appelant à Césarée son ami intime Grégoire de Nazianze, de qui il attendait, dans la crise décisive qu'il voyait venir, conseil et appui.

Mais Grégoire avait une de ces âmes délicates à l'excès, facilement ombrageuses, qui répugnent à servir toute ambition, même la plus sainte et la plus légitime. Pour l'attirer, Basile crut pouvoir user d'un subterfuge. Il écrivit à son ami que, gravement malade, il désirait le voir. Sa santé toujours en péril lui permettait de parler ainsi, sans blesser matériellement la vérité. Mais Grégoire, en route vers Césarée, rencontra des évêques de la Cappadoce, qui s'y rendaient pour participer à l'élection. Il comprit alors dans quel dessein Basile l'avait mandé. Craignant, dit-il, les mauvaises langues, et s'imaginant que la tyrannie et la brigue auraient plus de part au choix du futur métropolitain que le sufifrage des hommes droits et pieux, il « mit la proue en arrière » et rentra chez lui, non sans adresser à Basile une lettre d'amical reproche*.

Heureusement vivait encore à Nazianze un vieil évêque qui n'avait pas de ces scrupules, plutôt homme d'action qu'homme de pensée, mais voyant toujours droit et agissant de même. C'était le père de Grégoire, entré tard du paganisme dans l'Église, et promu des fonctions civiles à l'épiscopat : on se souvient de son rôle lors de l'élection du précédent métropolitain. La

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