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Saint Grégoire de Nazianze, Ep, 4o

l'élection. 71

partie saîne du clergé et du peuple désirait vivement sa venue; la faction opposée à Basile, où se trouvaient beaucoup d'évêques, qui multipliaient les réunions préparatoires et les conciliabules, la redoutait : de ce côté, tout en lui écrivant pour l'inviter à venir, on le faisait d'un ton où perçait le désir que l'invitation ne fût pas acceptée. Le vieux Grégoire, malade, presque impotent, différait le voyage. Il envoya plusieurs lettres, en se servant de son fils comme secrétaire. Une première fut adressée aux habitants de Césarée, « prêtres, moines, magistrats, sénateurs, peuple. » S'intitulant « le petit pasteur d'un petit troupeau, le dernier des ministres du Seigneur, » l'évêque de Nazianze recommandait, avec l'autorité de sa vertu et de son âge, le seul candidat à ses yeux désirable ou même possible, Basile^ Une autre lettre eut pour destinataire un des plus saints prélats du temps, défenseur intrépide de l'orthodoxie contre les ariens, Eusèbe de Samosate : bien que celui-ci ne fût pas au nombre des électeurs pour le siège de Césarée, puisqu'il résidait en Comma-^ gène, Grégoire le suppliait de venir user de son influence en faveur de Basile, ce qu'Eusèbe n'hésita pas à faire*. Enfin, Grégoire écrivit aux évêques du parti adverse une lettre énergique, leur disant qu'il se rendrait à leur appel, mais seulement s'ils se décidaient à choisir Basile, et réfutant les objections que l'on répandait dans le peuple pour empêcher son élection : « Basile est sans doute d'une santé frêle ; mais c'est un docteur de la foi, non un athlète qu'il nous faut^. » On avait affaire, cependant, à un fort parti. Les représentants des pouvoirs publics y cabalaient de concert

I. Saint Grégoire de Nazianze, Ep, 4i* a. Id., Ep, 4a» 44- 3. Id., Ep, 43.

avec les derniers du peuple *. L'influence et le tact d'Eusèbe de Samosate, en rendant courage aux orthodoxes,, n'eussent peut-être pas suffi à assurer le succès de leur candidat. Le vénérable évêque de Nazianze prit une résolution héroïque. Au risque de mourir en route, il quitta son lit pour monter en litière, et partit pour Cesarée. Son fils raconte que l'effort lui rendit la vigueur^ et que, redevenu jeune d'énergie et presque de corps^ il mit dans la balance le poids de son autorité, et décida de Télection. Ce fut lui qui consacra de ses mains et intronisa le nouvel évêque*.

L'élévation de Basile fît éclater les sentiments les plus divers : allégresse des orthodoxes et de la majo» rite du peuple de Césarée ; applaudissement du vétéran des luttes pour la foi, saint Athanase'; joie discrète et profonde du plus cher ami de Basile, Grégoire de Nazianze, qui, par un excès de délicatesse, hésita longtemps à venir féliciter le nouvel élu, et refusa les dignités que celui-ci lui offrait* ; dépit de Valens à la vue de la puissante digue élevée contre le flot montant de Farianisme.

Mais une pénible épreuve attendait Basile dès le début de son épiscopat. L'opposition faite à son nom se prolongea après qu'il eut été élu. Un sentiment d'envie, d'ambition blessée, anima contre lui beaucoup de sessuffragants. Ceux-ci avaient déjà manifesté leur humeur pardes traits malins décochés au vénérable etdoux évêque de Nazianze '^. Ils cherchèrent toutes les occasions de montrer à Basile que s'il était devenu leur

I. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII^ 37. a. Id., Oratio XVIII, 36; XUIl, 29.

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