Rufin, Hist. ceci.., II
devant la volonté de la Providence, 11 déchira, plein d'émotion, la sentence d'exil*.
Une sorte d'attrait, mêlé de terreur, ramenait malgré lui Valens vers Basile. Il voulut le revoir à l'église. Il y revint, s'assit de nouveau parmi les fidèles, entendit l'instruction, fit son offrande. Puis, l'office terminé, il fut introduit dans le sanctuaire, où Basile, assis, l'attendait. Là, abrité par le voile qui, dans les anciennes basiliques, séparait l'autel de la nef, il put s'entretenir longuement avec le saint docteur. Plusieurs personnes de la suite impériale étaient présentes; Grégoire de Nazianze assistait aussi à l'entretien. « Ayec quelle sagesse, dit celui-ci, Basile parlait à l'empereur! C'était bien la parole de Dieu qui sortait de sa bouche*. » C'était bien aussi, parfois, la parole de l'homme du monde, accoutumé à remettre, d'un mot piquant, chacun à sa place. Parmi les assistants à ce colloque à la fois solennel et intime était un important fonctionnaire de la cour, surintendant des cuisines impériales, qui portait assez ridiculement le grand nom de Démosihènes. Celui-ci, ayant voulu se mêler à l'entretien et fait une objection, commit un solécisme. « Quoil dit en riant Basile, Démosthènes ne sait pas le grec ! » et comme le grossier personnage s'emportait, il le renvoya à ses sauces. Valens sortit de l'entretien, en laissant à Basile une large aumône pour ses fondations charitables'.
« A partir de ce moment, ajoute saint Grégoire, Va lens se sentit mieux disposé envers Basile et son Eglise. Les rigueurs s'apaisèrent, comme des flots qui ont ren-
I. Saint Éphrem (Cotelier, t. III, p. 65); Théodoret, IV, i6. a. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII^ 53. 3. Saint Grégoire de Nysse, Contra Eunomium^ I; Théodoret, IV, i6.
Sk SAINT BASILE.
contre un obstacle*. » Il s^agit là d'un apaisement tout relatif, car, jusqu'à la fin de son règne, c'est-à-dire pendant cinq ans encore, Valens ne cessera de persécuter les catholiques. Cependant, il ne recommencera la persécution qu'après avoir quitté Césarée. Les Églises de la Syrie, de la Mésopotamie, de la Palestine, de l'Egypte, de tout l'Orient romain, souflFrirent alors cruellement; mais le souvenir de Basile protégea la Cappadoce. « Je suis, écrivait-il lui-même quelques années plus tard, comme un rocher contre lequel les vagues de l'hérésie ne cessent de se briser, et qui abrite derrière lui tout le rivage; ou plutôt, ajoute-t-il avec humilité, je ressemble à cette chose infime, vile et petite entre toutes, le grain de sable, que la volonté du Tout-Puissant a posé comme limite aux colères de l'immense océan*. »