‹ Saint BasileChapitre 52 sur 137 · I. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII · texte numérisé non relu

I. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII

bère repoussant celui de Constance. Valens, baptisé par des hérétiques, et faisant profession d'hérésie, n'avait aucun droit à être compté parmi les fidèles. Mais Basile était aussi conciliant qu'intrépide; il n'eût pas voulu éteindre par un refus blessant la première étincelle de bonne volonté qu'il apercevait chez son ennemi. Là se bornèrent ses concessions : il ne donna pas la communion à l'empereur.

Les deux adversaires demeurèrent quelque temps ainsi, dans un état, si l'on peut dire, de paix armée. Bientôt, cependant, la haine persévérante des ariens l'emporta de nouveau dans les conseils de Valens. On obtint de lui l'exil de l'évêque de Césarée. L'heure du départ fut fixée ; il devait avoir lieu de nuit, à cause de l'amour que le peuple portait à Basile. Déjà la voiture était attelée : les ennemis du confesseur de la foi, prévenus, laissaient éclater leur joie; les catholiques pleuraient; quelques amis fidèles, comme Grégoire de Nazianze, se tenaient prêts à suivre le voyageur. Celui-ci, sans montrer d'émotion, et sans faire d'autres préparatifs, avait seulement donné ordre à l'un de ses serviteurs de l'accompagner, porteur de ses tablettes. Soudain, une nouvelle se répand : le fils de l'empereur est malade, on désespère de sa vie ! Valens avait un fils unique, né en 366, et surnommé Galate, parce qu'il était venu au monde pendant un séjour de l'empereur en Galatics Une fièvre pernicieuse venait de l'atteindre à Césarée : les médecins, mandés en grande hâte, paraissaient désespérer de la guérison. « Le malheur abat et humilie les rois, » dit Grégoire : il touche surtout le cœur des mères. L'impératrice Dominica supplia son mari de recourir aux prières de Basile. « L'enfant a été frappé, disait-elle, à cause de la manière injuste dont celui-ci est traité. » Dans l'excès de son inquiétude, Valens

consentit à tout. Aussitôt contre-ordre est donné : deux officiers de la maison militaire de Tempereur, Térence etArintlîée, accourent chez Basile, au moment où celuici allait partir pour Texil. Ils le conjurent, au nom de Valens et de Timpératrice, de venir sans retard au palais prier sur Tenfant malade. Basile y consent, mais sous la condition que Tenfant, qui n'était pas encore baptisé, recevrait le baptême des mains d'un prêtre orthodoxe, et serait instruit dans la foi catholique. A son arrivée, le petit prince se trouva mieux. On le crut guéri. Mais, dès que Basile eut quitté le palais, les ariens reprirent le dessus. Cédant à leurs conseils, Valens fit baptiser son fils par l'un d'eux. Presque aussitôt l'enfant mourut. « Tous les assistants, tous les témoins de ce malheur, dit Grégoire de Nazianze, demeurèrent persuadés qu'il eût été sauvé, » si Valens n'avait manqué à sa promesse*.

Cependant les ariens avaient regagné leur ascendant sur l'esprit du souverain. Ils pressèrent celui-ci d'ordonner de nouveau l'exil de l'évêque. Valens finit par céder. Mais il ne le fit pas sans trouble. La mort de Galate l'avait frappé de terreur. Malgré son attachement à l'hérésie, il n'était pas éloigné de voir dans celte mort une punition divine*. Aussi, au moment de signer l'ordre de bannissement, sa main tremblait si fort qu'une première plume, puis une seconde, se brisèrent sans qu'il pût tracer son nom. Une troisième fois, il tenta encore d'écrire, et le roseau se rompit de nouveau. Alors, croyant à un miracle, et s'inclinant

1. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII^ 54 ; saint Éphrem (dans Cotelier, Mon. Eccl, graecae^ t. III, p. 63) ; Socrate, IV, 2fS; Sozomène, VI, i6; Théodoret, IV, i6.

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