‹ Saint BasileChapitre 85 sur 137 · Ep, i3o, i3i · texte numérisé non relu

Ep, i3o, i3i

Cette indigne conduite dissipa enfin les illusions de Basile. Il demeura, comme il le dit, « muet, frappé de stupeur, pensant à la profondeur de dissimulation d'Eustathe, et a la manière dont celui-ci s'était de tout temps insinué dans sa confiance. » Il se souvint alors qu'Eustathe avait eu Arius pour maître; se rappelant un proverbe populaire : « L'Ethiopien, dit-il, ne peut changer la couleur de sa peau, ni la panthère effacer les taches de son poil. » Cependant son âme fut ébranlée, comme le sont les âmes droites au spectacle de Tinjustice : « J'avais le cœur serré, la langue hésitante, la main sans force, le courage défaillant; j'ai été sur le point de haïr le genre humain, de le juger incapable d'affection, a la pensée de cet homme qui s'était gardé pur de l'enfance a la vieillesse et qui, pour des motifs insignifiants, s'emportait jusqu'à oublier ce qu'il savait de moi pour prêter l'oreille aux plus viles calomnies. Quen'avais-jepas le droit de penser des autres hommes, avec qui je n'avais pas échangé tant de gages d'amitié et qui ne m'avaient pas donné tant de preuves de vertu* ? » Mais Basile n'était pas de ceux qui, en face des plus cruelles épreuves, s'abattent ou s'irritent. « Prie pour moi, écrivait-il à Théodote, afin que le Seigneur me fasse la grâce d'éviter la colère, de garder la charité, qui est modérée et sans enflure. Vois comme ceux qui en manquent sortent des bornes de l'humanité et agissent mal, osant des choses dont les âges précédents n'ont pas d'exemple*. »

Saint Basile donna alors d'admirables preuves de patience. Pendant trois ans, il souffrit en silence « la flagellation de la calomnie, » se contentant de prendre

a. Ep, 244.

Dieu à lëmoin de son innocence. » Jésus autem tace^ bat. C'est seulement quand il craignit que ce silence ne devînt une occasion de scandale qu'il se décida à le rompre par une lettre justificative envoyée à tous les moines de son diocèse \ Vinrent ensuite une lettre d'explications, touchante dans son humilité, écrite aux évêques d'un district du Pont*; d'autres aux habitants, au clergé et aux principaux de Néocésarée, qu'il avait vus avec tristesse depuis plusieurs années prêter l'oreille aux hérétiques et s'éloigner de lui, attaché a eux et a leur ville par tant de souvenirs d'enfance*. Il eut la consolation de ramener à sa communion les évêques du Pont, mais ne put, même en invoquant la mémoire vénérée de sa sainte aïeule Macrîne, triompher des préventions de ses anciens concitoyens de Néocésarée. Les événements, cependant, se chargèrent de le justifier, car il vit son infidèle ami Eustathe s'enfoncer de plus en plus dans l'erreur, faire chaque année un nouveau pas hors de la vérité catholique et finir, vers 3^5 ou 376, par rechercher ouvertement la communion des ariens*. La Providence réservait a la mémoire de Basile une revanche meilleure, en faisant, après la mort ou la déposition d'Eustathe, en 38o, monter sur le siège de Sébaste Pierre, le plus jeune frère du saint évêque de Césarée.

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