‹ Saint BasileChapitre 98 sur 137 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

La fin de la vie de saint Basile fut marquée par une grande joie. Lui qui, humblement, attribuait à ses péchés le démenti jusque-là donné par les événements à toutes ses espérances^ les vit enfin s'accomplir. Quand il mourut, les catholiques jouissaient partout de la paix. La tyrannie exercée depuis quarante-sept ans par les ariens était brisée.

Refoulés par les Huns, qui, pour la première fois, apparaissent dans Fhistoire, les Goths des rives du Danube avaient obtenu de Yalens, en 376, la permission de passer le fleuve pour s'établir comme vassaux dans TEmpire. Mais la mauvaise foi de quelques officiers romains les mécontenta : prenant Toffensive, ils inondèrent la Thrace, pendant que d'autres Goths, qui ser« vaient comme auxiliaires dans la garnison d'Andrinople, faisaient défection et allaient rejoindre leurs compatriotes. Yalens, alarmé, demanda du secours à son neveu Gratien, qui avait succédé en Occident à Valentinien.

En 377, une bataille sanglante fut livrée à Salices, entre les Goths et les Romains, commandés par un ami de

Basile S le comte Trajan. La victoire demeura indécise. Valens, qui résidait à Ântioche, se décida à quitter cette ville. Il se rendit à Constantinople, où le peuple, inquiet des progrès de Tinvasion, le reçut assez mal. Valens déchargea sa colère sur Trajan, coupable de n*avoir pas été victorieux, et lui ôta son commandement. On raconte que Trajan osa lui répondre : « Ce n'est pas moi, seigneur, qui ai été vaincu. C*est toi-même qui as donné la victoire aux Barbares et qui leur as procuré le secours de Dieu en t*armant contre lui. Parce que tu lui as fait la guerre, il s*est mis du côté de tes ennemis. Ne te souviens-tu pas de ceux que tu as chassés des églises, et de ceux que tu en as rendus les maîtres? » D'autres généraux, dont l'un, Victor, élait encore un ami de saint Basile*, approuvèrent ces paroles'. Sans se laisser émouvoir, Yalens donna le commandement de l'armée .iu comte Sébastien, qui, bien que professant le manichéisme, avait été l'un des agents les plus cruels de la persécution, et, vingt ans plus tôt, avait accablé les catholiques de mauvais traitements lors de l'élévation de l'évêque intrus Georges en remplacement de saint Âthanase sur le siège d'Alexandrie*. Quelques succès partiels donnèrent courage à l'empereur. Sans attendre l'arrivée de Gratien, retardé par des combats victorieux contre les Alemans, il se porta, en 878, vers Andrinople, autour de laquelle s'était concentrée l'armée des Goths. Dans la bataille livrée le 9 août sous les murs de cette ville, les Romains furent entièrement défaits. Leurs meilleurs généraux périrent, parmi lesquels Trajan, dont nous avons rapporté l'énergique

^. Ep, i5a, i53.

Page 1