‹ Saint Benoit et les ordres religieux dont il fut le fondateurChapitre 19 sur 37 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nabuchodonosor? La réponse du souverain ponkife^ jointe à la lettre da sultan , commence ainsi : « Nicolas , serviteur des serviteurs de Dieu , salue cordialement Machabeth, seigneur des Turcs et prince des infidèles* » Quel contraste! Le pape entre ensuite dans le détail dés griefs du monde chrétien contre la puissance ottomane y et déclare avec une grande énergie que les feintes promesses du sultan ne lui feront pas prendre le change. Pourquoi les détracteurs de la papauté ne vont-ils pas fouiller nos vieilles archives ?

D Ce que nous visitâmes ensuite y pénétrés d'un respectueux amour, est la chapelle étroite et basse qui fut la cellule de saint Benoît. Une belle pein* tare représente le vénérable patriarche contemplant rame de sa sœur chérie qui s'envole au ciel sous la forme d'une colombe. Sortis des cloîtres , nous voulûmes parcourir les environs du couvent , moins pour jouir du vaste horizon que l'œil peut à peine embrasser, que pour glaner quelques-uns des nobles souvenirs dont cette terre abonde.

A l'ombre de ces grands murs , sur un large tapis de vert gazon , au bord de ces bois de chênes et d'oliviers sauvages, s'ébattaient , il y a six ou huit siècles , des troupes sémillantes de jeunes en-

fant9; joyeux écoliers^ fils des grands selgoeurs da pays, que leurs pareuls confiaient aux religieux de Saint-Benoit pour en. faire des hommes , et des hommes comme on Tenteudait alors. Une éducation sévère et chrétiennement intelligente disciplinait ces jeunes âmes , les trempait fortement , et les armait de toutes pièces pour les grandes luttes de la vie. Il faut bien le reconnaître , le moyen-âge , avec ses allures moitié chevaleresques, moitié monastiques, et toujours profondément empreintes d'un double caractère de religion et de grandeur, fut , en bonne partie , Télève des Bénédictins. Au nombre de ces nobles écoliers , le Mont-Cassin montre avec ua orgueil paternel le jeune Thomas , fils du comte d'Aquino , dopt le château est situé dans le voisinage. A Tâge de cinq ans , lui aussi jouait' sous les vastes cloîtres , au sommet de la haute montagne , d'où il ne devait descendre que pour devenir la gloire de TOrdre naissant de Saint-Dominique, l'astre le plus brillant de l'université de Paris, et sous le nom de Docteur angélique , l'éternelle admiration du monde entier....

i> Aux souvenirs succéda la réalité. Nous vîmes les classes où les Bénédictins continuent de former la jeunesse à la science et à la vertu ; soixante à

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soixante-dix jeunes gens composent leur intéressant collège. Au moment de notre passage , le Mont- Cassin comptait dix-hui^ pères ^ onze novices et treize frères. Leur vie y partagée entre la prière et l'étude j s'écoule sous l'œil de Dieu dans un calme que l'on ambitionne pour soi ; mais qui ^ bêlas I ne franchit pas les limites du cloître ^. »

- ■ Les Trois Home, journal d'un voyage à Borne, par M. Tabbé Gaame, t. ui.

Visite à Gluny et à Jumiéges.

Après avoir^ sur les pas de nos savants et pieux voyageurs j visité le Mont-Cassin , beau^de ses souvenirs j de ses saints trésors , de ses richesses intellectuielles , jetons les yeux sur deux des plus célèbres monastères de France , dont quelques ruines sont restées debout^ pour attester quels irréparables ravages des doctrines funestes, mises en pratique, ont fait peser sur la noble terre de France.

Cluny s'élevait aux confins de la Bourgogne méridionale y aux bords de la Grosne , petite rivière qui court des monts du Beaujolais à la Saône, arrose en passant des prairies verdoyantes, et Vient former, aux pieds des tours de Tabbaye, une large et fraîche cascade. C'est là que s'abritèrent ces générations religieuses gouvernées par des saints , illustrées par

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des savants, et qui réunissaient en elles la double puissance de la science et de la vertu. Cluny étendait snr une surface aussi grande que celle d*une ville ses murs défendus par des tours et des bastions y ses cloîtres immenses , son réfectoire où des papes s'étaient assis à la table frugale des religieux; sa salle du chapitre, chef-d'œuvre de l'art gothique, ornée de peintures tirées de l'Ancien Testament; ses cellules, ses bibliothèques, ses trois églises, ses opulents jardins dont la culture faisait l'innocente récréation des moines. Là reposaient dans la paix de leurs sépulcres un pape , Gélase ; quatre saints canonisés : saint Odon, saint Odilon , saint Mayeul, saint Hugues; un homme qui fut la lumière de son siècle , Pierre le Vénérable ; une princesse , sœur de saint Louis, qui n'avait d'autre épitaphe que €68 mots :

cX'an du Seigneur 4286, le mercredi de la Pentecôte; mourut Pernette , femme de Hugues- Richard , marquis , qui gît ici. Que son âme repose en paix. »

Dans le chœur dormaient les abbés, sous les dalles

de la nef les simples fils du cloître. La basilique de

Cluny avmt une légende miraculeuse. On dit qu'un

moine, nommé Gauzon, malade et paralytique,

vit apparaître dans son sommeil les saints apôtres Pierre et Paul , et saint Etienne , premier martyr. Le moine leur demanda qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. Saint Pierre se nomma lui-même et ses compagnons, — Lève-loi sur-le-cbamp , frère, lève-toi, et va porter mes ordres à Hugues , abbé de cette église. Les proportions étroites de notre basilique peuvent à peine contenir la multitude des frères ; nous voulons que l'abbé en bditisse une plus grande , et qu'il ne s'inquiète pas de la dépense y nous saurons bien pourvoir à tout ce qui sera nécessaire à celte œuvre. — Je n'ose pas me charger de porter ces ordres, répondit Gauzon, car on n'ajouterait nulle foi à mes paroles. •*— Tu as été eboisi entre tous , répliqua l'apôtre , pour transmettre à Hugues mes commandements , et ta guérison miraculeuse fera croire à tes paroles. Si tu obéis fidèlement, sept années seront ajoutées à ta vie, et si Hugues diffère d'exécuter notre volonté, le mal qui te quittent passera dans son corps.

Et , parlant ainsi , le prince des apôtres montrait ab înoibe toutes les proportions de Véàiûte futur, lui recommandant de bien garder en sa mémoire le dessin dé la basilique. Le moine , réveiHé en

sursaut , lui , dont tout le couvent attendait les

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fonérailles , Gournt dans la cellale de l'abbé , et lui répéta ce qu'avait dit et montré l'apôtre. A Taspect da moine guéri par la vision céleste , Hugues crut y obéit, commença et acheva en vingt années une église si grande et si belle , qu'il aurait été difficile de dire ce qui l'emportait de sa grandeur ou de sa beauté. Un religieux de Cluny, Hézélon , exécuta les plans de l'apôtre; il fut l'architecte de cet admirable monument et d'une grande partie des bâtiments du monastère.

L'église de Cluny appartenait à ce qu'on est con* venu d'appeler l'architecture romane; elle était moins remarquable par l'élégance des proportions et la richesse des ornements, que par la noble austérité de ses formes et la grandeur de ses dimen- «ions. Trois clochers la surmontaient , et deux grosses tours carrées s'élevaient du portail. Deux cent vingt -sept stalles ornaient le chœur; des vitraux peints tamisaient la lumière; des peintures antiques couvraient les murs; et marbres, ta- Ueaazy verrières étincelantes , peuple de statues debout dans les niches ou couchées sur les tom«* boam y tout concourait à donner à cette église le caractère le plus religieux et le plus imposant. Commencée en 1089^ debout, dans sa force pre-

mière, en 1790, elle pouvait durer des siècles encore y mais la volonté sacrilège des hommes demanda sa destruction. La législation souveraine avait prononcé la destruction de tout établissement monastique. Cluny ne fut pas épargné j ses religieux s'exilèrent;, un des plus âgés ferma, en versant des larmes , la porte de l'auguste monastère. 1793 arriva avec ses orgies, et Ton se hâta de faire tomber sous le marteau la vieille basilique romaine : les chapelles sont détruites , les grilles arrachées , les autels et les tombeaux renversés ; on brise les vitraux , les statues , on déchire les tableaux. Les colonnes et les murs restent seuls intacts , mais une compagnie de spéculateurs arrive , on leur vend la maison de Dieu. L'immense édifice devient une vile carrière : on enlève les dalles , on ébranle les colonnes... Au milieu de cette brutale destruction^ des hommes périssent, des accidents épouvantables semblent signaler la vengeance de Dieu sur. les profanateurs du saint temple. La Bourgogne s'émeut; des clameurs d'indignation et de regret s'élèvent de toutes parts , et un arrêt du pouvoir consulaire ordonne la suspension des démolitions commencées , mais il n'était plus temps*««

On dit que Napoléon , passant par la Bourgogne ,

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reçut à Màcon la municipalité de Clany, qui le conjurait d'honorer sa yille d'une visite. — Vous avez laissé vendre et détruire votre belle église y leur ré* pondit brusquement Tempereur, allez , vous êtes des vandales !

Maintenant il ne reste plus de Cluny qu'un clocher , une vieille chapelle où gisent quelques informes débris et quelques arches isolées qui témoignent de la majesté de l'édifice que les enfants de saint Benoit avaient consacré au Seigneur. Une route passe là oii s'élevait la basilique , et la poussière des rois et des saints gît sous les pieds des voyageurs et des troupeaux.

Une autre abbaye, chère aux rois de la première et de la seconde race , a subi le même sort. Jumièges en Normandie fut fondée en 560 par saint Philibert , dans un désert marécageux couvert de bois et presqu'inhabité. Les moines le cultivèrent et y firent nattre la fertilité. Sous la protection des rois de France et des ducs de Normandie ^ l'abbaye acquit de vastes proportions. Elle reçut sons ses voûtes les fils de Clo vis II ; TassUlon-et son fils , duc de Bavière 9 qui s'y lièrent par les vœux mcmastiques. Elle futjgouvernée par des saints y tels que saint Philibert y saint Hugues , saint Eucher y elle

fat comme un séminaire d'évéques ; elle forma l'historien de la Normandie y Guillaame de Jumièges. Elle donna souvent rhospitalllé aux rois de la première race y à RoUon , à Guillaume Longue-Epée y à Guillaume , roi d'Angleterre , à Charles VIL Sa beauté ne la sauva point , ses imposants souvenirs •ne furent pas une égide : Tabbaye de Jumièges tomba sous les mêmes coups qui avaient abattu Clany, mais quelques ruines restées debout donnent une idée plus exacte de son antique splendeur.

c Rien de plus imposant , dit un écrivain , qu'une promenade à travers les restes du monastère de Jumièges. Sous la voûte de son porche , surmonté de hautes tours carrées qui servent de point de reconnaissance aux navigateurs , et qu'ha* bitent de nombreuses familles de cornis et de choucas, voltigeant incessamment autour de leurs flèches^ entre ces colonnes qui semblent attendre une voûte en remplacement de celle dont les débris gisent à leur base ; sous ces ogives sans vitranx , où les infil* tintions pluviales ont imprimé des traces verdfttres; au pied de ces murs au sommet dentelé par la destraction, et tapissé de giroflées dont les oiseaux de la tour ou le vent des orages ont jeté ïes semences.si

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