‹ Saint Benoit et les ordres religieux dont il fut le fondateurChapitre 21 sur 37 · DE S. BENOIT · texte numérisé non relu

DE S. BENOIT

Carloman.

L'Ordre de saint Benoît parcourait le second siècle de sa glorieuse carrière , lorsqu'un jour, vers le coucher du soleil , deux pèlerins inconnus gravissaient le flanc rocailleux du Mont-Gassin j puis venaient frapper à la porte du couvent. — Soyez les bienvenus, mes frères, leur dit le père hôtelier* — Dieu vous bénisse de votre charité* — Frères, que demandez-vous ? leur dit Tabbé. — Nous sommes venus , reprennent les étrangers , pour servir Dieu avec vous dans cette sainte maison.

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Ils sont admis au nombre des frères ; mais, selon les règles de la prudence, ordre est donné de veiller avec soin sur leur conduite et d'éprouver leur voca* tion. L'abbé lui-même veut se charger de Tun d'eux. Pour exercer sa patience et son humilité , il l'envoie garder les brebis; l'étranger obéit avec empres* sèment. Chaque matin il conduit sur le plateau de la montagne son petit troupeau qu'il surveille avec zèle et qu'il ramène chaque soir au monastère. Un jour, des larrons, sortis brusquement de la forêt, voulurent lui enlever une de ses brebis ; il court à eux et leur dit : a Faites de moi ce que vous voudrez, mais je ne souffrirai pas que vous preniez rien de ce qui m'est confié. » Alors ces méchants lui arrachent ses habits et se retirent ; le pauvre berger revient dépouillé au monastère. Pour l'éprouver, l'abbé le réprimande; l'inconnu répond humblement : a Je sais que je ne suis qu'un pécheur qui commets beaucoup de fautes. »

Quelque temps après, l'abbé le met à une autre épreuve et lui ordonne d'aller aider le frère qui sejl à la cuisine. L'étranger s'incline profondément et se rend à son nouvel emploi ; mais^ dans des Conc* tions nouvelles pour lui , il accumule les maladresses. Le frère cuisinier, pâtre grossier, s'impa^

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tiente si fort qu'il en vient à le frapper. L'inconna ne répond rien ; mais l'autre étranger, ne pouvant eontenirson indignation, dit au cuisinier : x> PVère, que Dieu et Carloman vous le pardonnent ! » A quel* ques jours de là , une nouvelle faute provoque la répétition de cette scène , et le compagnon de Tinconnu dit encore : a Frère, que Dieu et Carloman vous pardonnent! » Enfin, une troisième maladresse attire le même traitement au pauvre novice. Alors son compagnon , emporté par la colère , saisit un pilon , en frappe le cuisinier , et lui dit : a Méchant serviteur, que ni Dieu ni Carloman ne te le pardonnent ! x>

L'abbé, ayant appris cette querelle, fit compa— raitre I3 coupable devant le chapitre assemblé. — Pourquoi , lui dit Tabbé, avez-voufi frappé le frère cuisinier? — C'est parce que j'ai vu le plus méchant de tous les serviteurs frapper le meilleur et le plus noble de tous les hommes. — Quel est ce religieux que vous appelez le plus noble de tous les hommes? — C'est notre prince Carloman , qui a quitté sa dignité et la gloire du monde pour l'amour de Jésus^Christ.

A ces mots , tous les religieux étonnés se lèvent de leurs stalles^ entourent le prince et lui font mille

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excuses. Mais oubliant ce qu'il avait été dans le siècle : a Mes pères et mes frères, leur dit-il, vous vous trompez , je ne suis pas un prince , je ne suis qu'un pauvre pécheur.

Carloman était le tils de Charles Martel et le frère de Pépin le Bref; il se trouvait, par le testament de son père , roi d'Austrasie.

Bientôt , par ordre du pape Etienne , il fut envoyé en France pour traiter avec son frère Pépin des grands intérêts de la paix de rF4urope. Il mourut pendant ce voyage ; et son corps seul revint au Mont-Cassin, dans un cercueil d*or, où il fut trouvé en 1628.

Saint Benoît d'Anianc.

Saint Benoît , fils d'ÂJigulfe , comte de Magnelone , naquit en Languedoc. Il fut successivement échanson du roi Pépin et de Charlemagne, qui tous deux le comblèrent de richesses et d'honneurs. Eclairé par la grâce sur la vanité des biens sensibles, il résolut, à Tâge de vingt ans, de tourner toutes ses vues vers la conquête du royaume céleste. Il resta cependant encore trois

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ans à la cour ; mais il y menait la vie la plus mortiSée et la plus pénitente : il vivait dans une charité parfaite, il réprimait sa langue, il se privait de nourriture et de sommeil. Il examinait quel genre de vie il voulait embrasser : ou prendre l'habit de pèlerin , ou se louer comme domestique pour garder les troupeaux, ou travailler de ses mains pour gagner de quoi donner aux pauvres. Enfin une occasion où il pensa périr, en voulant sauver son frère , qui se noyait dans le Tésin , près de Pavie , acheva de le détacher du siècle. De retour en Languedoc, il ouvrit son cœur à un vertueux solitaire nommé Widmar ou Guimer, qui le confirma dans la résolution qu'il avait prise de renoncer entièrement au monde. Il partit donc de chez lui , comme pour aller à Aix-la-Chapelle , où était la cour; mais il s'arrêta en chemin à l'abbaye de Saint-Seine, où il prit l'habit monastique en 774. Il y vécut deux ans et demi dans la pratique d'une rigoureuse abstinence et de la mortiâcatioa la plus parfaite. Il traitait son corps comme un esclave rebelle, ne lui accordant que ce qui était absolument nécessaire pour le soutenir : du paia et de l'eau faisaient toute sa nourriture. II dormait peu, et souvent sur la terre nue; quelquefois il

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