CHAPITRE IX. iOl
passait toate la nuit en prières y no-pieds sur le pavé , même au plus fort de l'hiver. Il embrassait avec ardeur tout ce que la pénitence a de plus humiliant. Il était si mort à lui-même y qu'il trouvait un sujet de joie dans les mépris et les insultes. Non content d'observer sa règle avec la ponctualité d'un fidèle disciple de saint Benoit, il pratiquait encore les austérités que prescrivent celles de saint Pacôme et de saint Basile. Il possédait dans un degré éminent cet esprit de componction , ce don des larmes y cette intelligence dans les voies de Dieu , qui sont le partage des âmes consommées dans la perfection.
Devenu cellérier, il s'acquitta de cet emploi d'une manière qui donna la plus haute idée de ses vertus et de sa capacité pour le gouvernement. C'est ce qui fit qu'après la mort de l'abbé , les moines le choisirent pour lui succéder; mais comme il connaissait leur aversion pour la réforme, il ne voulut point accepter cette charge. Il quitta même ce monastère en 780 , et retourna en Languedoc , où il bâtit un petit ermitage dans une terre de sa famille, près d'une chapelle de saint Saturnin, et sur les bords d'un ruisseau noiçmé Âniane. Il y vécut quelques années dans une grande pauvreté ,
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priant continuellement le Seigneur de lui décou- -^rir sa volonté et de lui faire la grâce de correspondre fidèlement à sa vocation. II lui vint des disciples , qu'il refusa d'abord par humilité ; mais à la fin il en reçut quelques-uns , du nombre desquels était le saint vieillard Guimer. Tous ces solitaires n'avaient d'autre revenu que le produit de leur travail : ils ne vivaient ordinairement que de pain et d'eau ; ils y ajoutaient , les jours de dimanche et de grandes fêtes, un pea de vin et de lait, qu'on leur apportait par charité. Le supérieur n'était distingué des autres que par sa vertu ; il s'assujettissait comme eux aux plus pénibles travaux. Benoît , voyant le nombre de ses disciples s'accroître de jour en jour, bâtit dans le voisinage un monastère plus grand et plus spacieux. Son amour pour la pauvreté allait si loin , qu'il ne se servait à l'autel que de calices de bois, de verre ou d'étain. Quand on lui faisait présent d'ornements précieux, il les donnait à d'autres églises. Outre la conduite de ses religieux, dont le nombre monta bientôt jusqu'à trois cents ^ il avait encore une inspection générale sur tous les monastères de Provence, de Languedoc et de Gascogne, qui tous le regardaient comme leur maître et leur père. Il établit partout la plus
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sévère réforme; mais à la fin il y apporta quelque adoucissement, par condescendance pour la fiiiblesse humaine.
Benoît fit Toir par son exemple que les pauvres trouvent souvent plus de ressources dans la pauvreté de ceux qui ont à peine le nécessaire, que dans le superflu des riches. Durant une famine qui affligea la Gaule en 793 , il fit mettre en réserve ce qui était absolument nécessaire pour la subsistance des moines jusqu'à la moisson , et fit distribuer le reste par jour aux pauvres , qui , n'ayant plus rien chez eux , s'étaient fait des cabanes autour du monastère en attendant la nouvelle récolte. Chaque jour on leur donnait la chair des bœufs et le lait des brebis. Benoît JSt réduire jusqu'à trois fois ce qu'il avait mis en réserve pour la subsistance des frères ; et ceux-ci, à leur tour, auraient tout donné, et portaient le fruit de leurs jeûnes aux malheureux affamés.
Notre saint , persuadé que toutes les bonnes «eoTres ne sont point méritoires sans la fol , conserva ce précieux dépôt avec la plus parfaite fidélité. Attaché inviolablement à l'Eglise , il s'éleva fortement contre ses ennemis , surtout contre Félix d'Urgel, qui attaquait la filiation divine de Jésus-