‹ Saint Benoit et les ordres religieux dont il fut le fondateurChapitre 3 sur 37 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Naissance et premières années de saint Benoît.

Le Seigneur adressait autrefois à Jacob , son serviteur, celle parole : // naîtra de toi une postérité àinombrable. Il semble que la même promesse ait élé faite au saint patHarche dont nous écrivoDs l'histoire; car, depuis leeîte cents ans, ses fils n'ont pas cessé de féconder la terre par leurs sueurs , d'é-

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vangéliser les âmes par leurs prédications, d'éclairer les intelligences par leurs écrits et ieurs recherches laborieuses. La famille bénédictine , née au désert de Subiac , s* est répandue promptement dans l'Europe entière : il n est pas un royaume , peut-être pas une province , du nord au midi , de Test à Touest , qui ne compte un bénédictin parmi ses premiers apôtres , qui n'ait possédé une abbaye , UQ prlëoré , un collège de bénédictins ; qui ne cite , dans les annales , un écrivain , un savant , poète , antiquaire , historien , appartenant à la filiation de saint Benoît. C'est à ce grand saint, qu'elles ont oublié maintenant , que les nations du Nord , tombées dans l'hérésie , ont dû les lumières du christianisme , le défrichement de leurs landes incultes , et les premières notions des sciences humaines. Il forma ces ouvriers évangéliques qui portèrent au loin la bonne nouvelle, et qui la scellèrent de leur sang : les Boniface , les Willebrord , les Augustin , étaient enfants de saint Benoît. Il forma ces laborieux artisans qui ennoblirent le travail , qui, conduisant la charrue au chant des hymnes sacrées, défrichèrent les forêts de la Germanie, les marais de la Hollande , les plaines de la Grande- Bretagne. Il forma ces tribus studieuses qui , dans

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le sOence du cloître , conservèrent à la postérité les œuvres d'Homère et de Tacite . qui recueillirent l'histoire de leur époque , seuls paisibles et re* cneillis au milieu de la turbulence universelle , et qui élevèrent tour à tour sur leurs genoux les générations naissantes. Né sur les ruines de la civilisation antique , l'Ordre tie Saint-Benoit avait conservé les trésors de la science prêts à disparaître ; il les avait épurés au feu du christianisme ; et, tout à la fois apôtre et précepteur des peuples , il avait nourri dans la piété et dans les lettres les barbares appelés à fonder des empires nouveaux.

Le fondateur de cet Ordre , le premier instituteur de la vie monastique en Occident , fut un homme obscur, sans lettres , que Dieu avait conduit dans la solitude et à qui il avait parlé au cœur.

Saint Benoit naquit vers Tan 480 , à Norcie , dans le duché de Spolette, d'une famille honorable et pieuse. Son père se nommait Eutrope , et sa mère Abundantia. Cette dernière se distinguait par sa piété tendre et fervente ; elle la communiqua , comme un précieux héritage , à ses enfants , à Benoît et à Scholaslique sa sœur jumelle, qui, tous les deux, après une vie toute consacrée au Seigneur, furent placés sur les saints autels.

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Très-jeune encore , Benoît fut envoyé à Rome pour y faire ses études ; mais son âme Innocente et tendre fut révoltée à la vue des scandales par les* quels les jeunes gens ses condisciples offensaient chaque jour la religion et les mœurs. Effrayé, craignant sa propre faiblesse , pénétré d'une humble défiance 7 il quitta Rome et s'enfuit au désert. Sa nourrice le suivit jusqu'en un lieu nommé Âfile ; là il trouva le moyen de s'échapper seul et de gagner les montagnes de Sublac. Un moine du voisinage , nommé Romain , le rencontra et lui demanda où il allait; Benoît lui confia ses projets ; Romain le bénit 7 l'embrassa , lui donna un habit semblable au sien , et le conduisit à une caverne profonde , située au milieu des montagnes et dans un lieu presque inaccessible.

Cette caverne , appelée depuis la Sainte-Grotie y parut à Benoît un lieu de délices. Il y entra avec la même joie que Paul, le père des Solitaires, avait resssentie autrefois en entrant dans la caverne qui devait abriter sa longue pénitence , et il espéra vivre et mourir en cette solitude où Dieu l'avait conduit. Romain lui apportait de temps en temps sa nourriture; et pendant trois ans Benoit vécut Je cette vie mortifiée et contemplative, se préparant dans le

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silence aux desseins que Dieu avait sur lui et dont la Yue lui était encore Toilée. Il plut enfin à Dieu de faire connaître la sainteté de son serviteur.

Il advint qu'un jour de Pâques , Benoit souffrait une faim extrême ; ses provisions étaient épui» fiées , et Romain , par une vue providentielle , l'avait tout à fait oublié. Un bon prêtre , qui s'apprêtait à rompre le jeûne y entendit tout à coup une voix qui lui disait : « Tu te prépares à manger^ tandis que Benoit , mon serviteur, meurt de faim à Sublac ! 9 Le prêtre y ému par cette voix mystérieuse , courut à la montagne y et pendant longtemps il chercha le solitaire sans pouvoir le trouver. Enfin, il le rencontra, et après l'avoir salué, il voulut lui offrir la nourriture qu'il avait apportée ; mais Benoît ne consentit à la prendre qu'après qu'ils eurent prié ensemble. La conversation ne roula que sur les choses de Dieu. Le prêtre invita ensuite le saint à manger, apportant pour raison qu'on ne devait pas jeûner, le jour de Pâques. Le repas fini, le prêtre retourna chez lui.

Quelque temps après , des bergers aperçurent le saint près de la caverne. Il était vêtu de peaux de brebis , et ils le prirent d'abord pour un animal sauvage, car ils cro^f aient impossible qu'un homme

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habitât des rochers aussi affreux que ceux de Sa* blac. Lorsqu'ils se furent assurés que c'était ua homme , et que cet homme servait Dieu , ils conçurent pour lui le plus grand respect. Quelquesuns d'entre eux, touchés de ses discours, entrèrent dans les voies de la perfection. Ils lui fournissaient la nourriture du corps , et lui nourrissait leurs âmes d'une doctrine céleste qui les détachait de la terre et les attirait à Dieu.

Mais , quoiqu'il eût fui les plaisirs de Rome , quoiqu'il eût mis la mortification comme un rempart entre les plaisirs et lui , Benoît , au fond de sa solitude , ne laissa pas d'éprouver les assauts du tentateur. Nous avons beau nous éloigner du monde, le démon nous suit partout ; toujours il entretient des intelligences secrètes avec cet ennemi domestique qui réside dans notre propre cœur et qui ne mourra qu'avec nous. Pendant que Benoît méditait les choses célestes , l'esprit de ténèbres essaya de le distraire en se présentant à lui sous une forme visible : le signe de la croix chassa le fantôme. Le démon eut recours à une autre ruse : il rappela au saint le souvenir d'une femme que celui-ci avait Tue autrefois à Rome , et il en grava si fortement l'image dans son esprit , que Benoît fut tenté de quitter

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